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__"Peut-on tolérer que les Droits de lHomme tombent en désuétude faute de voix qui réclament leur application universelle ?"
Discours prononcé par Laurent Moutinot, Conseiller d'Etat, Etat de Genève, le 22 septembre 2004, au Centre de conférences de Varembé en ouverture du 2ème Rassemblement pour les droits de l'Homme. J'ai le grand plaisir, au nom du Gouvernement de la République et canton de Genève, de vous souhaiter la bienvenue au 2ème Rassemblement pour les Droits de l'Homme.
Le théologien répond dans les limites de son domaine de compétence. Le juriste avoue que le droit n'est rien sans assise et approbation populaire. Quand à l'économiste, il répond apparemment hors de l'économie au sens strict mais réclame, lui aussi, l'adhésion à un idéal. Il ressort de ces quelques exemples faciles à étendre aux scientifiques, aux politiciens, à la mère de famille, à l'industriel, que la résolution pratique, technique du problème n'est pas une difficulté insurmontable mais que l'essentiel pour y parvenir est de donner un sens au mouvement, un sens à la vie. Il est de bon ton, dans les réunions consacrées
aux Droits de l'Homme, de se lamenter sur les dures réalités
de ce monde, réalités juridiques et économiques
pour l'essentiel. Or, nous constatons que le juriste et l'économiste
avouent leur impuissance et réclament un changement de
mentalité, l'émergence de valeurs nouvelles ou tout
simplement la redécouverte de valeurs anciennes. Ce doit être pour nous tous, défenseurs des Droits de l'Homme, une gifle salutaire car cette clé de l'espoir, cet idéal revigorant, cette confiance en l'avenir, nous en sommes les dépositaires, les gardiens et les promoteurs. En effet, la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme est porteuse d'un immense espoir en l'être humain et en son avenir et nous savons que les plus beaux textes, les mécanismes de préventions les plus habiles ne sont rien sans la volonté inébranlable de les respecter. Il est d'ailleurs frappant de constater que les dictatures ne modifient que très peu les lois. Elles se contentent de les oublier ou de les réinterpréter à leur façon. A titre d'exemple, tous les Etats punissent le crime d'atteinte à l'ordre public, mais si d'aucuns ne le considèrent comme réalisé qu'en présence d'un véritable complot, il en est d'autres qui poursuivent déjà le moindre murmure de désapprobation. L'action des défenseurs des Droits de l'Homme doit dès lors s'exercer sur quatre axes :
Je reprends brièvement chacun de ces axes. La réaffirmation constante des principes fondamentauxCe devrait être normalement une banalité. Mais, hélas, il est nécessaire aujourd'hui de combattre des idéologies qui remettent en cause la notion même des Droits de l'Homme en affirmant, par exemple, la primauté de la préférence nationale, atteinte majeure aux principes de l'égalité. Si le respect des différentes cultures doit nous conduire
à traduire, à interpréter les Droits de l'Homme,
jamais ce respect légitime des différentes cultures
ne doit nous amener à justifier la torture, à accepter
la peine de mort ou à tolérer les mutilations sexuelles
de jeunes filles. Il ne s'agit pas à mon sens d'une vision
ethnocentriste car les Droits de l'Homme ne sont pas une création
purement européenne; ils ont mûri, pour une large
part, au Proche-Orient et ils ont mûri partout là
où des hommes et des femmes ont lutté pour la liberté. La mise en place de mécanismes performants de contrôle[En 2003], lors du premier rassemblement, Bertrand Ramcharan, haut commissaire adjoint pour les Droits de l'Homme, prêchait pour des mécanismes de contrôle nationaux du respect des Droits de l'Homme. Il a éminemment raison; c'est bien le contrôle local, quotidien et immédiat qui est essentiel et il est possible avec des moyens assez limités si l'on songe, par exemple, aux tribunaux gachacha institués au Rwanda et aux garanties tout à fait sérieuses qu'ils offrent aux accusés qui comparaissent devant eux. Le contrôle international ne doit évidemment pas être négligé et nous nous réjouissons tous de la mise en place du Tribunal pénal international qui permet de juger, en l'absence d'un jugement national, les crimes les plus graves, les crimes contre l'humanité. La mise à disposition de moyens matériels suffisantsC'est une question qu'on oublie trop souvent. Il ne faut pas se leurrer : respecter les Droits de l'Homme coûte cher, très cher. Il suffit de penser à ce que coûte le droit à la santé, le droit à l'éducation et même tout simplement le droit à un procès équitable et à des conditions de détention décentes. Vous me pardonnerez de penser, et de surcroît, de dire, que la démesure des coûts d'armement dans le monde est un véritable scandale, au sens littéral du terme, lorsque tant d'êtres humains manquent du minimum de nourriture, d'eau potable et d'un toit. La publicité constante pour le respect des Droits de l'Homme
C'est peut-être l'action la plus facile, en tout cas celle à la portée du plus grand nombre même si, dans certains régimes, la propagande pour les libertés est sévèrement réprimée. Mais c'est certainement l'action la plus importante et c'est
celle que vous menez, Mesdames et Messieurs les fonctionnaires
des organisations internationales spécialisées,
Mesdames et Messieurs les militants des organisations non gouvernementales,
Mesdames et Messieurs les professeurs des instituts spécialisés.
C'est celle qui nous réunit aujourd'hui. Car tous les juristes le savent, une norme qui n'est pas portée par une volonté populaire forte tombe en désuétude. Peut-on tolérer que les Droits de l'Homme tombent en désuétude faute de voix qui réclament leur application universelle ? Le rassemblement d'aujourd'hui poursuit plusieurs buts. Tout d'abord et tout simplement réaffirmer que les Droits de l'Homme sont l'idéal qui doit illuminer l'avenir de l'humanité, rappeler que les Droits de l'Homme sont universels et que tout être humain en est doté, qu'il en va de sa dignité et de son existence. En deuxième lieu, le rassemblement de ce jour témoigne de l'engagement des organisations internationales spécialisées, des ONG, de l'ensemble des militants et vise à unir, dans un réseau performant, l'ensemble des forces actives, quels que soient les domaines ou les méthodes d'activité. Ce deuxième but, il conviendra que nous le reprenions parce que si l'on compare le réseau extrêmement performant qui existe entre les organisations qui luttent en faveur de l'environnement, on doit malheureusement constater qu'en matière de Droits de l'Homme, le réseau est au moins numériquement aussi important, mais pratiquement beaucoup moins bien organisé et j'ai l'ambition, dans les temps à venir, de favoriser la création d'un tel réseau. En troisième lieu, ce rassemblement me permet, en tant que membre du Gouvernement genevois, de vous dire que la République et canton de Genève est et restera un lieu où tous les défenseurs de la liberté sont les bienvenus. Le programme de cette journée va nous permettre de nous ressourcer, d'apprendre, d'apprendre aussi à nous connaître et nous encourager à persévérer sur les chemins parfois ardus que nous suivons. Ce matin, c'est le thème de l'éducation et des Droits de l'Homme, de l'éducation aux Droits de l'Homme qui retiendra notre attention. Cet après-midi, ce sont les défis de la mondialisation qui nous occuperont et les pauses seront certainement elles aussi fructueuses pour toutes les rencontres qu'elles favoriseront. Laurent Moutinot, Conseiller d'Etat, Etat de Genève, septembre 2004. |