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2002, LINSTALLATION DE LA COUR PENALE INTERNATIONALE
__Logique du droit, logique de la guerre,
par Lloyd Axworthy, Robert Badinter et Emma Bonino
Maintenant, c'est sûr. Avec le dépôt des
instruments de ratification par plus de soixante Etats membres
des Nations unies, le 1er juillet 2002 - quatre ans seulement
après son adoption -, entrera en vigueur le statut qui
institue la Cour pénale internationale (CPI) avec juridiction
sur les crimes de guerre, le génocide et les crimes contre
l'humanité. Ce qui apparaissait encore il n'y a pas très
longtemps comme un objectif irréalisable : mettre fin à
l'impunité pour les violations les plus graves de la vie,
de l'intégrité et de la dignité de la personne
humaine, devient ainsi une réalité concrète
dont les pires criminels devront tenir compte. |
Le statut de Rome, qui a été adopté le
17 juillet 1998, est le résultat d'années de négociations.
Il a été nécessaire, en effet, de conjuguer
des traditions juridiques très différentes pour
doter l'ensemble de la communauté internationale d'un instrument
capable d'universaliser la portée d'une juridiction pénale
sur les individus. Le statut de la CPI n'est certes pas parfait.
Il représente toutefois une première tentative très
concrète d'opposer à la logique de la guerre celle
du droit, et de faire face aux atrocités que la guerre
engendre avec les instruments de la justice. La simple entrée
en fonctions de la Cour permanente représentera en soi
une puissante force de dissuasion à l'égard
de tous ceux qui seront tentés de transformer les conflits
de demain en de nouveaux théâtres d'atrocités
et de barbarie.
Mais le statut de Rome n'est pas que cela. Il représente
aussi, à notre avis, une étape fondamentale dans
l'évolution des rapports, de plus en plus interdépendants,
entre les affaires intérieures des Etats et les affaires
internationales. Les pays qui ont ratifié le traité
ont dû amender dans certains cas leur Constitution et devront
réviser leur code pénal et leur système pénitentiaire.
Ils sont devenus partie d'un traité qui exclut la peine
de mort. Ces pays seront amenés à engager au niveau
national les procès pour les crimes qui sont poursuivis
par le procureur général de la CPI, s'ils veulent
éviter le déclenchement des mécanismes judiciaires
internationaux. Ils devront, enfin, administrer la justice en
se conformant aux plus hauts standards qui sont définis
par la communauté internationale.
Il ne peut y avoir de paix durable sans justice
Il n'est pas étonnant, dès lors, que la majorité
des Etats qui ont ratifié le statut de Rome soient des
démocraties ou des pays en transition, qui visent à
réaliser pleinement l'état de droit. Personne n'ignore
en effet que la nouvelle CPI facilitera, outre l'administration
de la justice, également la défense de la démocratie
et des libertés individuelles, qui sont les prémices
pour la paix et le développement des nations.
La Cour pénale internationale n'a pas une compétence
universelle, sauf lorsqu'elle serait saisie par le Conseil de
sécurité des Nations unies. Hors ce cas, la CPI
exercera sa juridiction sur les nationaux des Etats qui ont adhéré
au statut et sur ceux qui commettraient des crimes sur le territoire
de ces Etats. C'est pourquoi il faut élargir le plus possible
le groupe des Etats parties au statut et assurer un régime
efficace de collaboration entre eux et avec la Cour.
A un moment historique où la communauté internationale
est en train de juger Slobodan Milosevic, premier leader politique
à être poursuivi pour les crimes contre l'humanité
commis dans les Balkans alors qu'il était encore au pouvoir,
et le colonel Théoneste Bagosora pour le génocide
qui a été accompli au Rwanda en 1994; à un
moment où une nouvelle expérience de coopération
internationale est en cours au Sierra Leone dans le cadre de la
justice pénale, la Cour permanente devrait ouvrir la
voie à une nouvelle approche de la politique mondiale,
basée sur le principe qu'il ne peut y avoir de paix durable
sans justice.
Lloyd Axworthy est ancien ministre canadien des affaires
étrangères; Robert Badinter est ancien ministre
de la justice, sénateur des Hauts-de-Seine; Emma Bonino
est députée européenne, ancienne commissaire
européenne. Article publié dans le quotidien Le
Monde, Paris,14 avril 2002.
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