AOUT 2004, CHILI / LA LEVEE DE LIMMUNITE DE lEX-DICTATEUR CHILIEN __Augusto Pinochet pourra être jugé pour les crimes de l'opération Condor", commis sous la dictature
La Cour suprême de justice chilienne, la plus haute juridiction du pays, a décidé, le 26 août 2004, de lever l'immunité d'Augusto Pinochet. L'ancien dictateur, âgé de 88 ans, arrivé au pouvoir par un coup d'Etat en 1973 et président du Chili jusqu'en 1990, est mis en cause pour sa participation à l'opération "Condor", un plan des dictatures sud-américaines (Argentine, Bolivie, Brésil, Chili, Paraguay et Uruguay) pour éliminer physiquement leurs opposants de gauche dans les années 1970 et 1980. Augusto Pinochet, qui est également poursuivi pour corruption, enrichissement et fraude fiscale, pourra finalement être jugé au Chili. Le juge Juan Guzman avait réclamé la levée de cette immunité - levée, le 28 mai 2004, par la Cour d'appel de Santiago. Mais les avocats du général Pinochet avaient alors fait appel. L'ex-dictateur a fait l'objet de plus de 300 plaintes pour enlèvement, torture, disparition et exécution d'opposants politiques après avoir dirigé l'un des régimes militaires les plus répressifs d'Amérique latine. Le général Pinochet avait renoncé, en juillet 2002, à sa fonction de sénateur à vie (acquise en mars 1998, après avoir quitté le commandement en chef de l'armée), mais il bénéficiait toujours d'une immunité spéciale octroyée par le Parlement pour avoir été président du Chili du 11 septembre 1973 (date du coup d'Etat militaire ayant entraîné le renversement et le suicide de Salvador Allende) à 1990. Une saga judiciaire de Londres à SantiagoL'opération "Condor" a fait l'objet d'enquêtes
en Espagne, avec le juge Baltasar Garzón, et en Argentine
avec le juge Rodolfo Canicoba. Le 16 octobre 1998, à la
demande du juge espagnol, qui avait engagé une procédure
d'extradition pour des délits de "génocide",
"tortures" et "disparitions", commis sous
la junte militaire de 1973 à 1990, Augusto Pinochet était
arrêté dans une clinique de Londres où il
était hospitalisé. Après une année de rebondissements, la justice britannique autorisait, le 8 octobre 1999, l'extradition de l'ex-dictateur vers l'Espagne en retenant contre lui l'ensemble des accusations de torture portées par le juge Garzón. Aussitôt, le gouvernement chilien demandait sa libération pour raisons de santé - Pinochet, alors âgé de 84 ans, souffrait, selon les autorités chiliennes, de divers maux qui avaient entraîné une "détérioration intellectuelle". La sénilité de l'accusé, clairement établie par quatre spécialistes britanniques, "interdit sa comparution en justice" déclarait Jack Straw, ministre de l'Intérieur de Grande-Bretagne, en février 2000. Le 2 mars, il prenait la décision d'éteindre la procédure d'extradition engagée par quatre pays (l'Espagne, la France, la Belgique et la Suisse) contre Augusto Pinochet, qui, dès lors, quittait libre la Grande-Bretagne - et rentrait au Chili après 503 jours d'assignation à résidence à Londres. Un revirement judiciaire importantDe retour à Santiago, Augusto Pinochet était inculpé, en décembre 2000, par le juge Juan Guzman pour enlèvements et assassinats d'opposants politiques - dans le cadre notamment du dossier de la "Caravane de la mort", un commando militaire qui avait sillonné le pays en octobre 1973, exécutant 75 opposants politiques. Mais, en juillet 2002, la Cour suprême classait l'affaire, estimant qu'une "démence légère", ne permettait pas au général d'assurer sa défense au cours d'un procès. La décision de la Cour suprême, après l'arrêt de la Cour d'appel de Santiago, marque un revirement judiciaire important. Deux précédentes demandes de levée de l'immunité de Pinochet avaient en effet été rejetées. Le 23 décembre 2003 le juge Guzman avait à nouveau demandé la levée de cette immunité après avoir reçu un recours des avocats des familles de neuf militants de gauche disparus entre 1973 et 1990. Le juge chilien avait affirmé avoir suffisamment de preuves de la bonne santé mentale de l'ex-dictateur, notamment un entretien accordé à une télévision de Miami (Etats-Unis) pour le 30ème anniversaire du coup d'Etat du 11 septembre. L'ancien dictateur était apparu lucide, avait précisé se porter "comme un ange" et affirmé "ne pas avoir à demander pardon". PLUS DE CINQ ANS DE PROCEDURES
Sources : presse internationale, mai et août 2004. "Libération", Paris, 27 août 2004; "Le Monde", Paris, 28 août 2004. |