|
NATIONS UNIES, DECEMBRE 2006 / LA JUSTICE INTERNATIONALE
__Les tribunaux internationaux pour l'ex-Yougoslavie et pour le Rwanda présentent un bilan de leurs travaux au Conseil de sécurité

Les présidents et procureurs des tribunaux internationaux
pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) et pour le Rwanda (TPIR)
ont présenté, le 15 décembre 2006,
leurs rapports semestriels au Conseil de sécurité
des Nations unies.
Fausto Pocar, président du Tribunal pénal
International pour l'ex-Yougoslavie a affirmé que le
TPIY avait fait face à une situation très difficiles
au dernier semestre, "ce qui ne l'a pas empêché
de connaître l'une des périodes les plus productives
de son histoire".
"En juillet 2006, les deux derniers procès à
accusés multiples - Milutinovic et Popovic
- se sont ouverts avec six mois d'avance grâce à
la réorganisation effectuée", a-t-il dit. "Six
procès ont été menés de front et 25
accusés jugés, soit un nombre record. En conséquence,
le nombre d'affaires en instance a été réduit
considérablement".
Selon le bilan dressé par le juge Pocar, les poursuites
engagées contre 100 accusés sur 161 ont été
menés à leur terme. Au train où vont
les choses, a indiqué le président du TPIY, et sauf
impondérables, tous les accusés effectivement
déférés à La Haye devraient être
jugés d'ici la fin de l'année 2009 au plus tard.
Pour sa part, Carla del Ponte, procureur du TPIY, a
déclaré que son Bureau avait étroitement
collaboré avec les Chambres en vue de hâter la tenue
des procès, tout en s'efforçant de maintenir pour
chacun d'entre eux les normes juridiques les plus hautes.
À la suite de son initiative de juger simultanément
les personnes accusées de crimes similaires, Carla Del
Ponte a rappelé que deux procès impliquant de
nombreux accusés s'étaient ouverts en juillet 2006
à La Haye. L'un d'eux concerne le génocide
de Sebrenica et réunit sept accusés, tous d'anciens
aides de camp de Ratko Mladic, a-t-elle indiqué, regrettant
que celui-ci ne puisse être jugé aux côtés
de ses complices.
Le procureur a ensuite attiré l'attention du Conseil
de sécurité sur la réaction négative
des associations de victimes de Bosnie-Herzégovine, qui
sont amères devant la perspective de voir la Stratégie
d'achèvement des travaux du TPIY se conclure avant que
Radovan Karadzic et Ratko Mladic ne puissent être arrêtés
et jugés à La Haye.
"Si le gouvernement serbe le souhaitait réellement,
il pourrait parfaitement faire arrêter Ratko Mladic,
qui n'a jamais cessé de bénéficier de la
protection de l'armée", a-t-elle déploré
une fois de plus.
Il s'agit simplement d'une question de volonté politique,
a-t-elle insisté, soulignant que le refus de coopérer
de la Serbie avec son Bureau témoignait du mépris
de la part des autorités serbes pour les victimes, principalement
musulmanes, mais également croates et non serbes, de Bosnie-Herzégovine.
Carla del Ponte a plaidé pour que le TPIY reste ouvert
jusqu'à ce que Mladic et Karadzic soient traduits en justice
à La Haye et que des mesures soient prises pour renforcer
la volonté politique des États, indispensable à
l'arrestation des fugitifs.
S'agissant des travaux du Tribunal pénal international
pour le Rwanda (TPIR), son président Erik Møse
a indiqué que lorsqu'il avait fait son exposé devant
le Conseil en juin 2006, le nombre d'accusés dont les procès
étaient en cours ou achevés était au nombre
de 55.
Ils sont désormais 59, quatre autres jugements ayant
été rendus depuis. Cinq personnes ont été
acquittées lors de ces derniers procès, a ajouté
le juge, qui a ensuite expliqué que neuf procès
se déroulaient actuellement.
Ces affaires représentent l'un des principaux défis
du TPIR, en raison du nombre d'accusés (25 au total) et
de leur complexité. En outre, le président a rappelé
que trois nouveaux procès avaient débuté
en septembre et en novembre derniers. Il a cependant regretté
que 18 accusés soient toujours en fuite. Même
s'ils venaient à être arrêtés, le TPIR
ne sera pas en mesure de pouvoir les juger d'ici à la fin
2008, a-t-il assuré.
Il est cependant nécessaire de pouvoir compter sur la
pleine coopération des Etats membres dans l'arrestation
et le transfert de ces individus au TPIR, et notamment de Félicien
Kabuga, qui se trouve en Afrique de l'Est.
Evoquant ensuite la situation des personnes acquittées,
le juge a rappelé qu'un seul des cinq individus acquittés
par le Tribunal avait trouvé un pays d'accueil, les quatre
autres étant encore sous la protection du Tribunal à
Arusha. Il a donc lancé un appel aux Etats membres pour
qu'ils offrent l'asile à ces personnes.
Il a précisé en conclusion que le Tribunal poursuivait
la rationalisation de ses méthodes de travail et que le
Rwanda faisait preuve d'une coopération continue avec le
TPIR.
Hassan Bubacar Jallow, procureur du TPIR a estimé
que l'éventualité du transfert de certaines affaires
dans des pays africains est difficilement envisageable. Tous les
pays qui ont été approchés, sans être
hostiles au principe, ont fait valoir leurs ressources limitées,
leurs juridictions étant déjà surchargées.
Le Rwanda, même s'il n'est pas encore prêt,
reste par conséquent le seul pays africain prêt à
juger des affaires en provenance du TPIR.
Il n'a pas été possible d'appréhender
les 18 fugitifs qui continuent d'échapper à la justice,
a indiqué le procureur Jallow qui a évoqué
lui aussi le cas de Félicien Kabuga, l'un de ces principaux
fugitifs.
Le Kenya a promis son concours actif. Sur les 11 accusés
en détention préventive, cinq devraient faire l'objet
d'un transfert. Sur les 18 fugitifs, six au maximum dont Félicien
Kabuga, pourront être immédiatement traduits à
Arusha, a-t-il assuré.
Concernant le renvoi de certaines affaires au Rwanda, si celles-ci
s'avèrent impossibles, le procureur Jallow a émis
l'espoir qu'elles pourraient être transférées
vers d'autres juridictions plutôt qu'à Arusha.
Les Etats-Unis, le Canada et des pays d'Europe ont mis sur
pied des bureaux pour poursuivre des génocidaires présumés
pouvant s'être établis sur leurs territoires, a-t-il
par ailleurs précisé.
|