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LIVRE, 2006 / HISTOIRE : DU BOLCHEVISME A L'ALTERMONDIALISME
__Le jour se lève : L'héritage du totalitarisme en Europe, 1953-2005
par Stéphane Courtois, Collectif

Vingt-deux historiens, politologues et sociologues se sont penchés sur la question de la réminiscence des mouvements d'extrême droite en Europe.

Le jour se lèveAttentat d'un jeune d'extrême droite contre le président de la République française, croix gammées dans les cimetières juifs, saluts fascistes dans les stades de football, la passion raciste et ultra-nationaliste, la fascination pour la violence, réminiscences des mouvements et régimes totalitaires d'extrême droite, semblent s'être emparées d'une fraction de la jeunesse européenne. Tee-shirts à l'effigie de Che Guevara, de Lénine et même du KGB, défilés russes à la gloire de Staline, montée en puissance du vote trotskyste à l'élection présidentielle française, mobilisation spectaculaire des "nouvelles radicalités " contre le projet de Constitution européenne : les idées qui ont fait la force du mouvement communiste tout au long du XXe siècle semblent connaître une nouvelle jeunesse.

Soixante ans après la défaite du nazisme allemand et du fascisme italien, un demi-siècle après la mort de Staline, la pensée totalitaire et les pratiques qu'elle induit hantent-elles toujours l'Europe ? Pourquoi nos sociétés opposent-elles tant d'obstacles à un travail d'histoire et de mémoire des totalitarismes européens ? Pourquoi la pensée totalitaire, fondée essentiellement sur l'idéologie révolutionnaire et l'utopie, continue-t-elle de trouver bon accueil dans nos sociétés démocratiques ? C'est à toutes ces questions qu'une équipe de vingt-deux historiens, sociologues et politologues venus de toute l'Europe consacre sa réflexion, dans cet ouvrage qui poursuit une recherche déjà engagée dans Quand tombe la nuit - Origines et émergence des régimes totalitaires en Europe, 1900-1934 (L'Age d'homme, 2002) et Une si longue nuit - L'apogée des régimes totalitaires en Europe, 1935-1953 (Editions du Rocher, 2003) [Présentation de l'éditeur].

Stéphane CourtoisHistorien spécialiste du communisme, Stéphane Courtois est directeur de recherches au CNRS. Au sein de cette institution, il est également responsable du laboratoire GEODE, le Groupe d'Observatoire et d'études de la démocratie. Ancien militant maoïste au début des années 70, il est (avec Annie Kriegel, aujourd'hui décédée) directeur de la revue "Communisme" qui réunit les meilleurs spécialistes de l'historiographie du communisme français.

En novembre 1997, Stéphane Courtois et ses collaborateurs publient "Le Livre Noir du Communisme" qui dresse un bilan catastrophique de l'application de l'idéologie marxiste à travers le monde. Cet ouvrage a provoqué l'émoi d'une partie de l'intelligentsia de la gauche française. Depuis la publication de cet ouvrage, Stéphane Courtois a élargi ses recherches à l'ensemble des totalitarismes.

Le jour se lève : l'héritage du totalitarisme en Europe, 1953-2005, sous la direction de Stéphane Courtois. Editions du Rocher, 494 pp., janvier 2006, 22 euros.

Libération Le totalitarisme rouge en héritage. Chercher le fil rouge : comment depuis 1953 - date de la mort de Staline - les idées et les pratiques totalitaires peuvent disparaître, perdurer, voire muter jusqu'à nos jours ? Cinquante ans après le rapport Khrouchtchev et la déstalinisation, l'intérêt de cet ouvrage collectif réside précisément dans l'étude éclectique et engagée de la persistance de la "flamme de la pensée totalitaire", écrit Stéphane Courtois. Le coauteur du Livre noir du communisme pointe les traces - lisez les signes alarmants - d'une résurgence des pensées et des procédés qui hantent l'Europe et "semblent connaître une nouvelle jeunesse".

On l'aura compris, Le jour se lève s'intéresse presque exclusivement à la prégnance du communisme drapé dans l'altermondialisme ou paré de nouvelles radicalités. Et ne devrait pas laisser de marbre sympathisants de gauche et militants d'extrême gauche. Les auteurs estiment que le nazisme et le fascisme, "condamnés sur le plan moral, juridique et politique", sont largement "délégitimés par les démocraties". […]

La vingtaine de chercheurs ici rassemblés dissèquent l'idéologie sans frontière : cet "héritage bolchevique" dont "certains de ces éléments constituants ont été recyclés, plus particulièrement l'idéologie et l'utopie, désormais dégagées d'une histoire sur laquelle nombre de chercheurs et militants refusent de se pencher", écrit Yolène Dilas-Rocherieux dans un article décapant sur les traces de la pensée totalitaire dans la gauche radicale actuelle, "hypercritique et indécise du point de vue doctrinal". Qui a pris une "dimension fourre-tout" pour "célébrer le retour de l'utopie". Arnaud Vaulerin, quotidien Libération, Paris, 2 mai 2006.top