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Amnesty International


__1968 - 2001 : les 40 ans d’Amnesty International


C'est la parution d'une tribune libre - "Les prisonniers oubliés" - de l'avocat Peter Benenson, 39 ans, le 28 mai 1961 dans l'hebdomadaire britannique "The Observer", qui constitue l'acte de naissance d'Amnesty International. Indigné par l'incarcération de deux étudiants portugais, condamnés à sept ans de réclusion sous la dictature de Salazar pour avoir porté un toast à la liberté, l'avocat lance un "Appel à l'amnistie" en faveur de six détenus originaires de l'Angola, des Etats-Unis, de Grèce, de Hongrie, de Roumanie et de Tchécoslovaquie - tous emprisonnés pour "dissidence" d'opinion.

Ecrire contre l'oubliPeter Benenson invite le public à écrire directement aux gouvernements accusés de détenir des prisonniers politiques et religieux pour leur réclamer la libération de ces prisonniers, parallèlement au lancement de campagnes de sensibilisation de l'opinion. "C'était une idée très loufoque, mais cette idée tordue a attiré l'attention", explique Jonathan Power, auteur de "Like water on Stone", un livre qui retrace l'histoire d'Amnesty International.

En un mois, plus d'un millier de personnes proposèrent leur aide à Peter Benenson. Amnesty International est née. Une jeune artiste anglaise, Diana Redhouse, lui dessine son logo: une bougie entourée de barbelés. Les offres de services affluent.

Après un an d'existence, Amnesty, rejointe dès ses premières heures par l'Irlandais Sean Mac Bride, avait pris en charge 210 prisonniers. A chaque fois, une règle sacro-sainte anime les adhérents: les "adoptés" ne doivent avoir ni usé de violence, ni préconisé son usage. L'organisation, qui affiche sa neutralité, se veut impartiale et sans parti pris.Haut de page

L'arme d'Amnesty, l'écriture

"L'arme d'Amnesty, note Jill Lawless, journaliste de l'agence "Associated Press", c'est avant tout l'écriture. L'écriture qui dénonce: l'organisation se veut "un observatoire" qui révèle chaque année dans son rapport, fruit du travail d'enquête des "chercheurs" de l'organisation, les violations des droits de l'homme dans le monde.

"L'écriture qui mobilise, qui bouscule les consciences: "Les réfugiés, ils sont là pour prendre votre boulot. C'est sûr, ce n'est pas vous qui prendrez le leur'", disait en 1997 le slogan d'une affiche française pour le droit des réfugiés montrant le visage d'un jeune homme bâillonné et les yeux bandés par du scotch dans un champ.

"L'écriture enfin, pour agir et faire pression sur les gouvernements. Une action qui n'est pas vaine comme le montre ce témoignage d'un ancien tortionnaire du Salvador, recueilli par Amnesty, à propos des prisonniers. "S'il y a beaucoup de pression - d'Amnesty International ou de pays étrangers - il arrive qu'on les fasse passer devant le juge. Mais s'il n'y a pas de pression, alors ils sont morts."

Amnesty, relève encore "Le Monde", "n'a cessé, en grandissant, d'aiguiser sa vigilance, d'élargir son audience, de renforcer la sûreté de ses informations, dont témoigne son rapport annuel, véritable état des lieux planétaire des répressions en tout genre. Elle a largement contribué, par ses campagnes à l'avènement d'une "justice sans frontières". Tous les régimes sont tentés d'abuser de leurs pouvoirs, et même certaines démocraties du nord, apparemment irréprochables, ont dû, un jour ou l'autre, subir les foudres d'Amnesty, pour qui la lutte en faveur des droits de l'homme est une croisade universelle que chacun doit mener dans son propre pays".Haut de page

Les combats d'Amnesty

En quarante ans, Amnesty International, récompensée du Prix Nobel de la Paix en 1977, a mené un combat déterminé pour la libération des prisonniers d'opinion, mais aussi pour l'abolition de la torture et de la peine de mort ou encore la fin des assassinats politiques. Elle affirme s'être mobilisée sur plus de 45.000 cas et d'avoir répondu à près de 17.000 appels urgents en faveur de personnes "en danger". Elle s'est élevée contre les exécutions en Chine, contre la peine de mort aux Etats-Unis - et a accusé la Grande-Bretagne d'actes de torture en Irlande du Nord.

Au fil des ans, la liste des prisonniers - et des libérations - s'allonge. Parmi eux, on retrouve une foule d'anonymes mais aussi nombre de prisonniers célèbres ou qui le devinrent: le Russe Andreï Sakharov; le Nigerian Olusegun Obasanjo; le nationaliste ukrainien Danylo Chumuk, libéré en 1987 après 47 ans de camp; le dramaturge tchécoslovaque et futur président Vaclav Havel, premier chef d'Etat à avoir adhéré [en 1991] à Amnesty; le pianiste argentin Miguel Angel Estrella, victime des dictatures sud-américaines; les dissidents chinois des Printemps de Pékin en 1978 et 1989, Wei Jingsheng ou Fang Lizhi; l'écrivain bengalie Taslima Nasrin; la démocrate birmane Aung Saan Suu Kyi [toujours assignée à résidence près de Rangoon] ou le sud-coréen futur chef d'Etat Kim Dae-Jung.

Amnesty a même défendu l'ex-empereur centrafricain déchu Jean-Bedel Bokassa, qu'elle avait pourtant fermement mis en cause pour ses assassinats, estimant que celui-ci avait quand même droit à un procès équitable. En revanche, le prisonnier politique le plus célèbre, le sud-africain Nelson Mandela, fut défendu, mais jamais adopté, pour avoir prôné la violence comme moyen d'action politique.

Un million de membres dans plus de 140 pays

En quarante ans, Amnesty, n'a pas été à l'abri d'erreurs de jugement qui lui ont valu parfois d'être fortement critiquée : mobilisation, dans les années 70, pour l'amélioration des conditions de détentions des membres de la bande à Baader, cellule révolutionnaire allemande; diffusion d'informations, qui se sont révélées fausses, pendant la Guerre du Golfe, selon lesquelles des soldats irakiens avaient arraché des bébés de leurs couveuses après l'invasion du Koweït par l'Irak.

Amnesty International compte aujourd'hui plus d'un million de membres dans plus de 140 pays et des sections nationales dans 55 pays. L'organisation est devenue une institution qui emploie plus de 350 personnes dans son siège londonien et possède un budget annuel de 28 millions de dollars. La section française, créée en 1971, revendique 20.000 membres et 250.000 donateurs.

Sources: Amnesty International et presse internationale, dont agence Associated Press [26 mai 2001] et quotidien "Le Monde" [30 mai 2001].Haut de page