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LE RAPPORT 2002 DAMNESTY INTERNATIONAL / FRANCE
__Des juifs et des Arabes ont été victimes dune vague dattentats racistes
[REPUBLIQUE FRANÇAISE. CAPITALE : Paris. SUPERFICIE : 543 965 km2. POPULATION : 59,7 millions. CHEF de l'ETAT : Jacques Chirac. CHEF du GOUVERNEMENT : Lionel Jospin, remplacé par Jean-Pierre Raffarin le 7 mai. PEINE DE MORT : abolie. COUR PÉNALE INTERNATIONALE : Statut de Rome ratifié.]
Des juifs et des Arabes ont été victimes d'une
vague d'attentats racistes. Des cas de brutalités policières
ont été signalés, notamment contre des étrangers
ou des ressortissants français d'origine étrangère.
L'extension de l'utilisation par la police du flash-ball, une
arme à projectiles en caoutchouc souple, a fait craindre
une augmentation du nombre de blessés. Les décisions
de justice rendues dans certaines affaires de recours excessif
à la force et de mauvais traitements par des membres des
forces de l'ordre ont aggravé les préoccupations
suscitées par l'impunité de fait dont semble bénéficier
la police. La mort d'un ressortissant argentin au cours d'une
opération de renvoi forcé a soulevé de nouvelles
inquiétudes quant à l'utilisation de méthodes
de contrainte. Cette année encore, des étrangers
ont fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence
(forme de détention administrative). Les conditions dans
lesquelles étaient détenues certaines personnes
qui seraient atteintes d'une maladie grave ont suscité
de vives inquiétudes pour leur intégrité
mentale ou physique.
LE RAPPORT
Contexte
A l'issue d'une campagne dominée par le thème
de l'insécurité, le scrutin présidentiel
de mai a vu la réélection de Jacques Chirac
à une écrasante majorité, après que
le candidat socialiste, le Premier ministre Lionel Jospin, eut
été battu au premier tour par le représentant
du Front national (FN, extrême droite), Jean-Marie Le
Pen. La présence de celui-ci au second tour a donné
lieu à des manifestations de grande ampleur au cours desquelles
plusieurs dizaines de milliers de personnes ont défilé
pour protester contre le FN, en particulier contre sa politique
en matière d'immigration. 
Les élections législatives de juin se sont soldées
par une très large victoire de l'Union pour la majorité
présidentielle (UMP), un parti de centre droit. Le
nouveau gouvernement a rapidement instauré des mesures
en matière de lutte contre la délinquance et la
criminalité, dans le but notamment de renforcer les pouvoirs
de la police. Les réformes judiciaires adoptées
dans le cadre d'une loi promulguée en septembre ont autorisé,
entre autres, le placement en détention provisoire de mineurs
âgés de treize à seize ans et la création
de "centres éducatifs fermés" pour certains
enfants. Le projet de loi sur la sécurité intérieure
présenté en octobre proposait de punir le racolage
public, l'installation non autorisée de gens du voyage
sur un terrain, la mendicité "en réunion et
de manière agressive", et les rassemblements dans
les parties communes d'immeubles d'habitation. Le texte prévoyait
aussi de punir de peines d'emprisonnement et d'amendes les personnes
reconnues coupables d'avoir proféré des injures
contre un représentant de l'Etat. Par ailleurs, un avant-projet
de loi mis au point à la fin de l'année prévoyait
la possibilité de prolonger la garde à vue jusqu'à
quatre-vingt-seize heures dans un plus grand nombre de cas, notamment
pour les infractions liées à la "criminalité
organisée". Si ce texte était adopté,
on peut craindre qu'un nombre accru de personnes se trouvent dans
l'impossibilité de faire appel à un avocat avant
la 36e heure de garde à vue.
Violences racistes
Les Arabes ont continué d'être la principale cible
d'actes racistes au quotidien. En outre, l'importante communauté
juive a été victime d'une vague d'attentats. Pas
moins de 395 actions à caractère antisémite
ont été recensées pour les seuls mois de
mars et avril, au cours desquels plusieurs synagogues notamment
à Lyon, Montpellier et Strasbourg ont fait l'objet
d'actes de vandalisme. Une synagogue de Marseille a été
totalement détruite par le feu, et une école juive
de la banlieue de Paris a elle aussi été incendiée.
Dans une déclaration commune du mois de mai, Amnesty
International et Human Rights Watch ont condamné
la vague d'attentats racistes qui ont visé les juifs et
les Arabes dans plusieurs pays d'Europe, notamment en France.
Les deux organisations ont appelé notamment les autorités
françaises à redoubler d'efforts pour lutter contre
le racisme sous toutes ses formes et traduire en justice les auteurs
présumés de "crimes haineux". Les débats
parlementaires sur une proposition de loi visant à aggraver
les peines punissant les infractions "à caractère
raciste, antisémite et xénophobe" ont débuté
en décembre [2001].
Brutalités policières
Les cas de brutalités policières signalés
au cours de l'année étaient le plus souvent liés
à des contrôles d'identité. En avril, plusieurs
associations de juristes se sont inquiétées du fait
que ces contrôles qui ont conduit, au cours des dernières
années, à l'accroissement du nombre d'infractions
pour "outrage" ou "rébellion"
étaient le plus souvent pratiqués dans des quartiers
dits "sensibles", dont une grande partie des habitants
sont des jeunes d'origine non européenne.
Karim Latifi, de nationalité française,
a déclaré avoir subi, en février, des injures
racistes et des violences physiques qui lui auraient été
infligées par des policiers après qu'il fut intervenu
lors d'un contrôle dans une rue de Paris. Dans sa plainte,
il a expliqué qu'une quinzaine de policiers étaient
présents lors de l'agression, durant laquelle il aurait
reçu des coups de matraque, de poing et de pied. Une fracture
du nez et des contusions à la tête ont été
constatées par la suite. Karim Latifi a été
retenu dans un commissariat de police pendant un quart d'heure
environ, avant d'être informé qu'aucune charge ne
serait retenue contre lui. Il a déposé une plainte
devant la justice mais, au mois de juillet, celle-ci a été
classée sans suite par le parquet, au motif que l'enquête
menée sur ses allégations n'avait "pas permis
de caractériser suffisamment l'infraction pour permettre
d'engager la responsabilité pénale". La procédure
judiciaire se poursuivait néanmoins, Karim Latifi ayant
décidé d'engager des poursuites par voie de citation
directe.
* Le 31 décembre, un avocat, Me Daniel François,
a été sollicité pour assister un jeune homme
de dix-sept ans placé en garde à vue au commissariat
d'Aulnay-sous- Bois (Seine-Saint-Denis). Il a informé l'agent
de permanence qu'il souhaitait rédiger une note en double
exemplaire pour signaler que son client avait été
brutalisé par des policiers, mais se serait heurter à
un refus. Devant son insistance, six ou sept policiers l'auraient
forcé à sortir du commissariat, mais il serait revenu.
Accusé de "rébellion" et d'"outrage",
il aurait alors été contraint de se déshabiller
et aurait été retenu pendant quinze heures. Me Daniel
François a ensuite emmené son client à l'hôpital
pour le faire soigner de ses blessures à la tête,
au nez et aux jambes.
Flash-balls
En mai, le ministre de l'Intérieur a annoncé
que les membres de la police de proximité seraient progressivement
dotés de flash-balls. Il s'agit d'armes de poing "non
létales" ou "à létalité
réduite", qui tirent des balles en caoutchouc souple
censées s'étaler comme des crêpes lors de
l'impact. La décision d'étendre l'usage de telles
armes est intervenue à la suite de plusieurs agressions
contre des policiers.
Amnesty International a adressé une lettre au ministre
de l'Intérieur en juin pour lui faire part de l'inquiétude
suscitée par cette mesure. En effet, a souligné
l'organisation, même si les normes internationales encouragent
le recours à des armes neutralisantes non létales
dans la mesure où elles permettent de maîtriser des
situations dans lesquelles les membres des forces de l'ordre feraient
autrement usage d'armes à feu, il n'en demeure pas moins
que, selon plusieurs informations, les flash-balls peuvent causer
des blessures graves, voire mortelles, lorsque la balle est tirée
de près. 
Amnesty International a également exprimé la
crainte que les policiers prennent l'habitude de se servir de
ces armes au lieu d'utiliser des moyens non violents, ou qu'ils
tirent de trop près, à des distances dangereuses,
s'ils ne suivent pas une formation rigoureuse comportant des séances
d'entraînement régulières. Le ministre de
l'Intérieur a répondu, en octobre, que depuis la
mise en service des flash-balls, une seule information judiciaire
a été ouverte quant à l'utilisation de ces
armes, et que l'affaire avait été classée
sans suite par le parquet. Il a ajouté que le nombre d'enquêtes
pénales concernant l'usage par la police des armes de service
classiques avait diminué d'un quart au cours de la dernière
décennie, et qu'une formation était régulièrement
dispensée sur toutes les armes à balle en dotation
au sein de la police.
Détenus malades
En septembre, Maurice Papon, ancien haut fonctionnaire
et ancien préfet de police de Paris, a été
remis en liberté alors qu'il purgeait une peine de dix
ans de réclusion criminelle pour crimes contre l'humanité.
En juillet, la Cour européenne des droits de l'homme avait
estimé qu'il n'avait pas bénéficié
d'un procès équitable, son pourvoi en cassation
n'ayant pas été examiné. Maurice Papon
a été libéré en vertu des dispositions
humanitaires de la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des
malades et à la qualité du système de
santé, qui prévoit que les peines des prisonniers
gravement malades ou atteints d'une pathologie chronique incompatible
avec leur détention peuvent être suspendues indéfiniment.
Evoquant les vives préoccupations suscitées par
le nombre de détenus atteints du sida, de cancer en phase
terminale ou d'autres maladies graves ou chroniques, Amnesty International
a demandé au gouvernement, en décembre, des informations
sur le nombre de personnes ayant bénéficié
d'une remise en liberté en vertu de la nouvelle loi. L'organisation
a également exprimé, une fois de plus, son inquiétude
quant aux effets potentiellement nocifs d'un isolement prolongé
sur la santé physique et mentale des détenus, des
conditions qui pourraient s'apparenter dans certains cas à
un traitement cruel, inhumain et dégradant. Amnesty International
a demandé des informations sur la situation dans laquelle
se trouvaient quatre prisonniers qui ont appartenu à l'ancien
groupe armé Action directe, en particulier Georges Cipriani
et Nathalie Ménigon, dont l'état de santé,
qui s'est détérioré après de longues
périodes d'isolement, constituait une source de préoccupation
pour l'organisation depuis longtemps.
* Alain Solé se trouvait toujours en détention
provisoire à la fin de l'année, plus de trois ans
après son arrestation, en octobre 1999, pour sa participation
aux activités illégales présumées
du groupe nationaliste breton Emgann. Ce diabétique n'aurait
pas reçu les soins que nécessitait sa maladie au
cours des premiers mois de sa détention. Selon certaines
sources, il est devenu insulino-dépendant en prison et
a fait une tentative de suicide en mars 2001, après avoir
été informé qu'il était atteint d'une
maladie virale. Souffrant de problèmes circulatoires dans
une jambe qui nécessitaient une intervention chirurgicale,
il aurait été transféré à l'hôpital
pénitentiaire de Fresnes en octobre. Dans une lettre adressée
en décembre au ministère de la Justice, Amnesty
International a indiqué qu'en vertu des normes internationales,
toute personne avait le droit d'être jugée dans des
délais raisonnables ou d'être libérée,
et que le gouvernement devait s'acquitter de son obligation d'accélérer
la procédure judiciaire pour les personnes en détention
provisoire. L'organisation a souligné le caractère
particulièrement préoccupant du maintien en détention
d'Alain Solé, s'il s'avérait que son état
de santé nécessitait de manière permanente
des soins médicaux spécialisés.
Impunité de fait
Les décisions judiciaires rendues dans certaines affaires
de mort en garde à vue ont accentué les préoccupations
suscitées de longue date par l'apparente réticence
des tribunaux à prononcer des peines qui correspondent
à la gravité de l'infraction commise. En juillet,
un policier reconnu coupable d'avoir abattu un homme non armé,
Riad Hamlaoui, en avril 2000, a été condamné
à trois années d'emprisonnement avec sursis. Il
était donc toujours en liberté à la fin de
l'année. Dans d'autres cas, comme celui de la mort en détention
d'Edouard Salumu Nsumbu, un ressortissant de la République
démocratique du Congo, en octobre 2001, il est apparu que
l'enquête n'était pas menée avec la diligence
requise. En octobre, le ministre de l'Intérieur a informé
Amnesty International que le juge d'instruction n'avait pas encore
terminé son enquête sur la mort d'Édouard
Salumu.
* Plus de onze ans après la mort en garde à vue
d'Aïssa Ihich, âgé de dix-huit
ans, la condamnation de deux policiers pour violences a été
confirmée par la cour d'appel de Versailles en février.
Cependant, les peines de dix mois d'emprisonnement avec sursis
qui leur avaient été infligées ont été
réduites à huit mois d'emprisonnement avec sursis.
Les fonctionnaires ont ainsi pu bénéficier d'une
amnistie et poursuivre leur carrière dans la police. La
cour d'appel a également confirmé la condamnation
d'un médecin impliqué dans l'affaire. Aïssa
Ihich est mort d'une crise d'asthme, en mai 1991, dans les locaux
du commissariat de Mantes-la-Jolie (Yvelines). Des gendarmes ont
témoigné qu'il avait été brutalisé
par la police immédiatement avant sa mort.
Mort au cours d'une opération de renvoi forcé
Ricardo Barrientos, un ressortissant argentin, est mort
à bord d'un avion à l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle
alors qu'il était sur le point d'être renvoyé
de force dans son pays d'origine. Selon certaines informations,
il aurait été emmené sous escorte à
l'avion avant l'embarquement des autres passagers. Il se serait
débattu, et deux agents en uniforme lui auraient passé
les menottes et l'auraient maintenu plié en deux sur un
siège, en appuyant sur chacune de ses omoplates. Ricardo
Barrientos aurait perdu connaissance avant le décollage.
Quelques minutes plus tard, un médecin l'a examiné
à bord et l'a déclaré mort. L'autopsie pratiquée
a conclu que la victime avait succombé à une crise
cardiaque. Selon l'enquête menée par la police, la
marche à suivre a été respectée. Amnesty
International a néanmoins estimé que cette mort
soulevait de nombreuses questions quant aux méthodes de
contrainte utilisées lors de renvois forcés; l'organisation
s'est également demandé dans quelle mesure ces méthodes
étaient conformes aux normes internationales.
Détention administrative d'étrangers
Selon les informations recueillies, plusieurs étrangers
- notamment des Kurdes d'Irak - qui ne pouvaient être
renvoyés dans leur pays en raison des dangers qu'ils y
encouraient étaient assignés à résidence
en divers endroits du territoire français. Bien que cette
forme de détention administrative, qui restreint les mouvements
de la personne à certaines zones géographiques spécifiques
et limitées, puisse sembler préférable à
l'expulsion, Amnesty International a néanmoins exprimé
sa préoccupation quant au fait qu'elle pouvait être
imposée pour une durée illimitée sans possibilité
de recours judiciaire et sans que la personne concernée
soit informée du motif de l'assignation.
* Salah ben Hédi ben Hassen Karker, un réfugié
tunisien, a été assigné à résidence
à Digne-les-Bains (Alpes-de-Haute-Provence) en 1995 et
n'en a jamais bougé depuis. Amnesty International a demandé
à plusieurs reprises que son cas soit réexaminé.
En décembre, l'organisation a une nouvelle fois écrit
au gouvernement pour obtenir des informations complémentaires
sur la situation de Salah Karker, sur le nombre total de personnes
assignées à résidence et sur le motif de
la privation de leur liberté de mouvement.
Source: Rapport 2002 d'Amnesty International, mai 2003.
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