LE RAPPORT DE RSF

> Entre impuissance et veulerie [Robert Ménard et Jean-François Julliard]

> Le rapport
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Reporters sans frontières

LIBERTE DE LA PRESSE, 2008 | LE BILAN ANNUEL DE REPORTERS SANS FRONTIERES (RSF)
_Moins de journalistes tués en 2008, mais RSF se garde de tout optimisme

| L’ANALYSE DE REPORTERS SANS FRONTIERES |

Logo RSFLa situation est "globalement mauvaise", mais les chiffres "ne sont pas aussi alarmants que les années précédentes". Le bilan annuel de Reporters sans frontières (RSF), publié le 30 décembre 2008, rapporte ainsi qu'en 2008 soixante journalistes et un collaborateur des médias ont été tués.

Ce chiffre est en net recul par rapport à 2007, où quatre-vingt-six journalistes et vingt de leurs collaborateurs avaient été tués. Les arrestations ou interpellations ont également reculé, touchant 673 journalistes, contre 887 en 2007.

Si les chiffres "ne sont pas aussi alarmants que les années précédentes", l'organisation de défense de la liberté de la presse juge cependant que "l'optimisme n'est pas de mise".

Les pays les plus meurtriers pour les journalistes ont été l'Irak (15 tués), le Pakistan (7 tués) et les Philippines (6 tués). En Afrique, trois journalistes ont été tués cette année, contre douze en 2007. Mais, ce recul s'explique surtout "par le renoncement de nombreux professionnels à exercer leur métier" ainsi que par "la disparition progressive des médias en zones de conflit", notamment en Somalie, selon RSF. En Irak (31 arrestations), l'armée américaine "continue à gérer la situation sécuritaire en faisant parfois incarcérer les collaborateurs de médias étrangers ou les journalistes locaux", indique RSF.

En Chine (38 arrestations), l'année olympique "a servi de prétexte pour de nombreuses incarcérations", tandis qu'en Birmanie (17 arrestations), le "raidissement de la junte a été payé de leur liberté par de nombreux journalistes ou blogueurs critiques", ajoute l'organisation.

"Déplacement" et "diversification" de la répression

La censure est également en repli – avec 353 médias censurés recensés par RSF, contre 528 en 2007 –, tout comme les enlèvements de journaliste (29 contre 67 en 2007). Concernant Internet, pour la première fois, un blogueur a été tué alors qu'il effectuait un travail de "journalisme citoyen", note RSF : l'entrepreneur chinois Wei Wenhua a été battu à mort par des officiers municipaux le 7 janvier après avoir filmé une altercation avec des manifestants à Tianmen, rappelle l'organisation.

"Le triste spectacle d'un journaliste menotté est quotidien, ou presque, sur tous les continents. La prison est la réponse la plus fréquente des gouvernements aux remises en cause. Et les assassinats [...] ne font quasiment jamais l'objet d'un procès", déplore RSF, pour qui la répression s'est "déplacée et diversifiée".

La "réaction épidermique de certains gouvernements envers les sites 'collectifs' commence à entraîner des phénomènes de 'censure de masse', notamment des réseaux sociaux", indique RSF, qui note la censure de Twitter (en Syrie) ou de Facebook (bloqué en Syrie et en Tunisie, filtré en Turquie et aux Emirats arabes unis).

RSF a recensé des actes de censure d'Internet dans 37 pays, notamment en Chine, en Syrie et en Iran, mais aussi dans des démocraties comme en Thaïlande ou en Turquie. Au total, 1’740 sites d'information ont été fermés ou suspendus en 2008, contre 2’676 en 2007. En outre, le nombre de blogueurs interpellés a fortement augmenté, avec 59 interpellations contre 37 en 2007.

LIBERTE DE LA PRESSE : L’ANNEE 2008 EN CHIFFRES | Rsf

Un mauvais climat, mais de meilleurs chiffres; la répression se déplace sur Internet.

En 2008 : 60 journalistes tués, 1 collaborateur des médias tué, 673 journalistes arrêtés, 929 agressés ou menacés, 353 médias censurés, 29 journalistes enlevés.

Et concernant Internet 
: 1 blogueur tué, 59 blogueurs interpellés, 45 agressés, 1740 sites d’information fermés ou suspendus.

A titre de comparaison, en 2007 
: 86 journalistes tués, 20 collaborateurs des médias tués, 887 journalistes interpellés, 67 enlevés, 1511 agressés ou menacés, 528 médias censurés.

RSF a pris en compte les cas où le lien entre la profession de la victime et l’incident est soit établi, soit hautement probable. Les chiffres indiqués recensent les épisodes dont l’organisation a eu connaissance, ce qui ne prend pas en compte ceux pour lesquels les victimes ont volontairement gardé le secret, souvent pour protéger leur sécurité. Pour autant, le bilan présenté pour l’année 2008 est fondé sur la même méthodologie que les années précédentes, rendant possible une comparaison.

VUE GENERALE

Les zones Asie-Pacifique et Maghreb-Moyen Orient sont toujours les plus meurtrières pour la presse. Après l’Irak (15 tués), le Pakistan (7 tués) et les Philippines (6 tués) sont les deux pays où les journalistes ont le plus perdu la vie cette année. L’hécatombe se poursuit au Mexique, où 4 journalistes ont été assassinés pour des raisons professionnelles. La baisse du nombre de morts en Afrique (3 en 2008, 12 en 2007) s’explique surtout par le renoncement de nombreux professionnels à exercer leur métier, prenant souvent le chemin de l’exil, ainsi que par la disparition progressive des médias en zones de conflit (en Somalie, notamment).

Les arrestations ou interpellations (au-delà de 48 heures de privation de liberté) sont particulièrement élevées en Afrique, où les commissariats sont un lieu de passage obligé pour de nombreux reporters ayant "dérangé" les gouvernements en place et franchi leurs lignes rouges. En Irak (31 arrestations), l’armée américaine continue de gérer la situation sécuritaire en faisant parfois incarcérer les collaborateurs de médias étrangers ou les journalistes locaux. En Chine (38 arrestations), l’année olympique a servi de prétexte pour de nombreuses incarcérations. En Birmanie (17 arrestations), le raidissement de la junte a été payé de leur liberté par de nombreux journalistes ou blogueurs critiques.

RSF. "Les chiffres sont certes moins élevés que l’année précédente, mais cette baisse masque mal une généralisation de l’intimidation et de la censure, y compris en Occident, ainsi qu’un raidissement des gouvernements les plus autoritaires. Si certaines situations se sont effectivement améliorées quantitativement, cela est parfois dû au découragement des journalistes eux-mêmes, qui prennent le chemin de l’exil ou renoncent à leur métier. Dans ce contexte, nous ne pouvons pas dire qu’une soixantaine d’assassinats, des arrestations par centaines et des actes de censure généralisés soient un motif d’optimisme".

LA REPRESSION SE DEPLACE SUR INTERNET

L’année 2008 a connu moins de journalistes des médias traditionnels tués ou arrêtés. Mais, la situation de la liberté de la presse dans le monde ne s’est pas améliorée pour autant : désormais, à mesure que la presse écrite et audiovisuelle se transforme et que la blogosphère prend une envergure mondiale, la prédation s’exerce sur Internet.

A cet égard, les chiffres sont parlants. Pour la première fois, un homme a été tué en 2008, alors qu’il effectuait un travail de "journalisme citoyen" : l’entrepreneur chinois Wei Wenhua a été battu à mort par des officiers municipaux ("chengguan"), le 7 janvier, après qu’il avait filmé une altercation avec des manifestants dans la ville de Tianmen (province du Hubei). Des actes de censure sur le web ont été recensés dans trente-sept pays, notamment en Chine (93 sites censurés), en Syrie (162 sites censurés) en Iran (38 sites censurés).

Mais, les démocraties ne sont pas en reste, en ce qui concerne la surveillance et la répression du Net : en Thaïlande ou en Turquie, les tabous du roi ou de l’armée sont si tenaces que la police surveille et punit de plus en plus les utilisateurs indélicats du cyberespace. Les sites de partage de vidéos, comme Youtube ou Dailymotion, ont été particulièrement visés par les censeurs officiels. Blocages ou filtrages sont de plus en plus courants, dès lors que l’un des contenus est jugé "offensant" pour telle ou telle autorité.

Cette réaction épidermique de certains gouvernements envers les sites "collectifs" commence à entraîner des phénomènes de "censure de masse", notamment des réseaux sociaux. La censure d’un site comme Twitter (en Syrie) ou Facebook (bloqué en Syrie et en Tunisie, filtré en Turquie et aux Emirats arabes unis) entraîne une cascade de blocages qui, s’ils étaient ajoutés aux mesures de contrôles habituelles, multiplieraient le résultat par dix.

La prison est, enfin, la réponse de plus en plus souvent apportée par les gouvernements aux critiques formulées dans les blogs. Dix cyberdissidents ont été arrêtés en Chine, 31 ont été agressés ou menacés, au moins trois condamnés par la justice. En Iran, Reporters sans frontières a recensé dix-huit arrestations, 31 agressions et dix condamnations. En Syrie (8 arrestations, 3 condamnations), en Egypte (6 arrestations) ou au Maroc (2 arrestations, 2 condamnations), la libre expression sur Internet est très problématique.

La machine à broyer la liberté d’Internet a été particulièrement sévère en Birmanie, où la junte a fait condamner, dans des conditions honteuses, le blogueur et comédien Zarganar et le jeune cyberdissident Nay Phone Latt à des peines de prison incroyablement lourdes (59 ans pour le premier, 20 ans pour le second). Ces deux hommes ont rejoint les nombreux autres prisonniers politiques birmans, dont 16 journalistes.

RSF. "L’accroissement de l’influence et des potentialités d’Internet s’accompagne d’une plus grande vigilance de certains gouvernements, aux tendances sécuritaires déjà fortes. Les pays répressifs se dotent chaque année de nouveaux outils, permettant le traçage des données et la surveillance du Réseau. Ce dernier devient peu à peu le champ de bataille des citoyens au regard critique ou des journalistes censurés, et à ce titre représente une menace pour les puissants, habitués à gouverner selon leur bon vouloir et dans l’impunité".

MAUVAIS CLIMAT, MEILLEURS CHIFFRES

Cette recrudescence de la répression d’Internet survient dans un contexte où les médias traditionnels, y compris dans les grandes démocraties occidentales, sont soumis à des pressions nouvelles. Les lois antiterroristes ou "post-11 septembre" placent les journalistes d’investigation dans des situations très délicates. Les envoyés spéciaux sont confrontés à une hostilité grandissante, s’ils sont issus de pays alliés à la "coalition antiterroriste" des Etats-Unis ou assimilés.

Toutefois, même si la situation est globalement mauvaise, les chiffres ne sont pas aussi alarmants que les années précédentes. La répression s’est déplacée et diversifiée. Quelques gouvernements autoritaires ont quitté le pouvoir. Il reste que 24% d’arrestations en moins ne signifient pas que l’envoi de la police dans une rédaction ou au domicile d’un reporter ne continue pas d’être trop fréquents, y compris en France. Des figures du journalisme ou de la liberté d’expression, comme Hu Jia, prisonnier "olympique" d’un gouvernement chinois toujours aussi intolérant, entament l’année 2009 en prison.

L’optimisme n’est pas de mise. Les assassinats de journalistes continuent, avec une légère décroissance (86 tués en 2007, 60 en 2008, soit 22% de moins), et se concentrent désormais dans des zones "chaudes" où les conflits armés, la violence politico-mafieuse ou le terrorisme frappent tous les civils (Irak, zones tribales pakistanaises, Philippines, Mexique). Les enlèvements, sources efficaces de revenus et d’assise politique, sont toujours très fréquents en Afghanistan (7 journalistes ou collaborateurs kidnappés), en Somalie (5 kidnappings), au Mexique (5 kidnappings) ou en Irak (4 kidnappings).

Enfin, la censure est un outil qui connaît certes une légère déflation (un tiers de moins entre 2007 et 2008), mais qui reste une arme quotidienne dans de nombreux pays, avec une répartition équitable sur tous les continents (Soudan : 4 médias censurés; Guinée : 5; Somalie : 5; Iran : 27; Egypte : 10; Syrie : 11; Russie : 15; Belarus : 18; Turquie : 13; Birmanie : 85; Chine : 132; Pakistan : 19; Malaise : 25; Bolivie : 20; Brésil : 14; Mexique : 10; Venezuela : 7...).

RSF. "Il ne faut pas croire qu’une baisse des chiffres indique une meilleure situation. Le triste spectacle d’un journaliste menotté est quotidien, ou presque, sur tous les continents. La prison est la réponse la plus fréquente des gouvernements aux remises en cause. Et les assassinats, qui se comptent encore par dizaines et où l’implication des forces de sécurité est parfois plus que probable, ne font quasiment jamais l’objet d’un procès, que ce soit au Sri Lanka ou au Burkina Faso".

Source : Reporters sans frontières, Paris, décembre 2008. Site web : rsf.org
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