La Commission des droits de l'homme


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59e session

2003 / LA 59e SESSION DE LA COMMISSION DES DROITS DE L'HOMME
__La Libye élue à la présidence de la Commission


UNOGMme Najat Al-Hajjaji, ambassadeur de Libye auprès des Nations unies à Genève, a été élue, le 20 janvier 2003, à Genève, à la présidence de la Commission des droits de l'homme (CDH) des Nations unies, à la majorité des voix, à l'issue d'un vote demandé par les Etats-Unis, opposés à ce choix. Elle présidera, du 17 mars au 25 avril 2003, la 59e session de la Commission. La Commission compte 53 Etats membres. La Libye a officiellement salué cette élection qualifiée de "victoire éclatante".

Le bureau de la Commission est constitué du président, de trois vice-présidents et d'un rapporteur, chacun étant issu de l'un des cinq groupes régionaux : Afrique, Asie; Europe orientale, Amérique latine et Caraïbes, et Europe occidentale et autres pays. La présidence est assurée à tour de rôle par un pays appartenant à l'un des cinq groupes régionaux. Pour 2003, c'était au tour des pays africains de choisir le président.

Contrairement à la tradition selon laquelle le président de travaux de la Commission était jusqu'ici désigné par acclamation, il a été procédé à un vote à bulletins secrets, à la demande des Etats-Unis qui s'opposaient au choix de la Libye. Mme Najat Al-Hajjaji a recueilli 33 voix. Trois Etats (les Etats-Unis, le Canada et le Nicaragua) ont voté contre, et 17 se sont abstenus. L'Union européenne (UE), qui compte sept membres (dont la France) dans la Commission, s’est abstenue.

Les autres membres du Bureau ont été élus à l'unanimité. Les trois vice-présidents de la Commission sont M. Prasad Kariyawasam, du Sri Lanka, M. Jorge Voto Bernales, du Pérou, et M. Mike Smith, de l'Australie. Le Rapporteur est M. Branko Socanac, de la Croatie.

[Interrogé le 27 janvier 2003 par la chaîne de télévision France 3, Dominique de Villepin, ministre français des affaires étrangères, a répondu aux critiques dont la France a fait l’objetUp pour n’avoir pas voté contre l’élection de la Libye à la présidence de la commission: ”Nous avons décidé, dans le cadre de l’Union européenne, que nous avions le choix soit de la rupture avec la Libye, soit de prendre acte du chemin effectué par ce pays, en particulier depuis les attentats du 11 septembre [2001], et de l’encourager [...]. Nous tentons de trouver les moyens d’un dialogue”.]

Les critiques des Etats-Unis

Les Etats-Unis avaient depuis plusieurs mois mis en garde contre l'élection de la Libye, un pays responsable, selon eux, de nombreuses violations des droits de l'homme et accusé de soutenir des actions terroristes. Plusieurs organisations de défense des droits de l'homme avaient également critiqué le choix de la Libye par le groupe des pays africains.

La Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH) a cependant appelé la Libye à prendre "des engagements fermes en matière de droits de l'homme", notamment en invitant de façon permanente les rapporteurs de la Commission qui enquêtent sur les violations et en ouvrant ses frontières aux organisations non gouvernementales indépendantes, ainsi qu' à la presse.

En 2002, lors de la 58ème session, Amnesty International, la FIDH et Human Rights Watch (HRW) avaient vivement critiqué la coalition de plusieurs pays africains et asiatiques, volant au secours de pays menacés par une condamnation de la Commission. La FIDH avait dénoncé "un chèque en blanc aux oppresseurs", désignant notamment l'Iran, la Russie en Tchétchénie, le Zimbabwe et la Guinée équatoriale. Selon l'organisation, les Etats africains avaient apporté leur appui à ces pays, "au nom d'une solidarité régionale à visées exclusivement politiques".

"Je suis un très grand défenseur des droits de l’homme, c’est tout ce que j’ai voulu faire dans ma vie: la promotion des droits de l’homme dans mon pays et partout dans le monde", déclare-t-elle, radieuse, dans la belle villa au bord du Léman qui est le siège de la mission libyenne.

Lorsqu’on fait valoir que son pays est plutôt réputé pour ses violations flagrantes des droits de l’homme, Mme Al-Ajjaji proteste: "Je conteste fermement cette affirmation. Il y a peut-être des policiers en Libye qui donnent parfois des gifles à des détenus dans les commissariats. Aucun pays n’est complètement innocent, mais je le répète: il n’y a pas de violation systématique des droits de l’homme en Libye". Et pour avoir raison de toute incrédulité, elle enchaîne: ”Il suffit de consulter les dossiers de la Commission des droits de l’homme ces dix dernières années. Vous verrez que la Libye n’a été que très rarement critiquée, alors que les Américains l’ont été à chaque ordre du jour de chaque session”. [Le Monde, Paris, 23 janvier 2003]

02.2003.
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