La Commission des droits de l'homme


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59e session

17 MARS - 20 AVRIL 2003, 59e SESSION COMMISSION DES DROITS DE L'HOMME
UNOG__Présidence libyenne : les réactions de la presse internationale


Le FigaroL'élection obtenue grâce aux voix du tiers-monde et à l'abstention des Européens suscite la polémique

Comble de la dérision, la Libye a été élue [...], pour un an, à la présidence la Commission des droits de l'homme de l'ONU. Cet organe majeur des Nations unies n'avait pas besoin de cela pour voir son autorité morale, une nouvelle fois, battue en brèche. Le voilà discrédité. [...] C'est à [la Libye qu'échoit] l'organisation et la direction des débats de la session annuelle, appelée à passer en revue les atteintes portées aux libertés fondamentales. Le pays du colonel Kadhafi, où les violations des droits de l'homme sont légion, se retrouve en position d'arbitre.

[...] La réaction du gouvernement de Tripoli, affirmant "que cette victoire éclatante représentait une reconnaissance mondiale historique du dossier vierge de la Libye dans le domaine des droits de l'homme", augure pourtant mal de la suite des événements. L'ambassadeur des Etats-Unis, Kevin Moley, regrettait qu'on ait manqué une occasion "de faire savoir que ceux qui violent les droits de l'homme ne sont pas dignes d'occuper des positions morales et politiques dans le système de l'ONU". [...]

La France s'est abstenue [...] lors de l'élection controversée de la Libye à la tête de la Commission des droits de l'homme de l'ONU. Quatorze ans après l'attentat contre le vol d'UTA Brazzaville-Paris (170 morts), le vote confirme la volonté française de tourner la page. Selon le Quai d'Orsay, la décision de vote a été "prise à quinze, dans un cadre européen". La France a aussi voulu respecter le choix des pays africains. On peut supposer cependant que le souci de ménager l'influence libyenne en Afrique fait partie des préoccupations de la France, au moment où elle s'efforce de ramener le calme en Côte d'Ivoire. / Laurence Mossu, Le Figaro, Paris, 21 janvier 2003.Up

AFP   La réaction américaine

La Libye "ne mérite pas un rôle dirigeant dans le système de l'ONU", a déclaré [...] le représentant des Etats-Unis auprès de l'ONU à Genève, Kevin Moley, exprimant "la profonde déception" de son gouvernement après l'élection de Najat Al-Hajjaji, ambassadrice de Libye, à la tête de la Commission des droits de l'homme.

"Nous regrettons que d'autres membres de la Commission ne nous aient pas rejoints pour adresser un message clair à la Libye et au reste du monde: que ceux qui violent les droits de l'homme ne sont pas dignes d'occuper des positions d'autorité morale et politique dans le système de l'ONU", a dit M. Moley.

"Qu'une nation sous sanctions des Nations unies, qu'une nation avec un bilan aussi horrible en matière de droits de l'homme préside cette commission est spécialement triste le jour où nous célébrons aux Etats-Unis la naissance de Martin Luther King", a-t-il dit. / Agence France-Presse, Paris, 20 janvier 2003.

LIBERATION   La Libye fait main basse sur les droits de l'homme à l'ONU

C'est un peu comme si un mafioso faisait main basse sur la Cour suprême. La Libye, l'un des pays les moins recommandables du monde, a été élue hier à la présidence de la Commission des droits de l'homme des Nations unies. Une élection en forme de coup de grâce pour cette institution bureaucratique qui avait déjà perdu beaucoup de sa crédibilité ces dernières années en se montrant de plus en plus réticente à condamner fermement les violations de certains pays.[...]

"C'est une victoire éclatante", a aussitôt triomphé le gouvernement libyen, que le rapport 2002 d'Amnesty International fustigeait de long en large. Les prisonniers politiques se comptent par centaines et beaucoup ont été incarcérés sans inculpation ni jugement. Le "contexte" libyen est tout aussi édifiant : la liberté d'expression est strictement limitée, la législation interdit la formation de partis politiques ainsi que toute critique du régime. [...]

Le haut commissaire des Nations unies pour les droits de l'homme, le Brésilien Sergio Vieira de Mello, soutient la demande de militants qui proposent qu'un pays remplisse un certain nombre de critères pour pouvoir siéger à la Commission. Les membres pourraient ainsi être obligés de signer et ratifier tous les traités et conventions relatifs aux droits de l'homme et accepter la possibilité pour les enquêteurs de l'ONU de se rendre dans le pays./ Philippe Grangereau, Libération, Paris, 21 janvier 2003.Up

Le MondeLes ONG réclament un débat de fond pour sauver [la Commission] du discrédit total

 Un édito du Monde   Le cas libyen

C'est la première fois qu'un pays qui fait l'objet de sanctions des Nations unies est appelé à prendre la présidence d'un organe censé surveiller le respect des droits de l'homme dans le monde. Le régime du colonel Kadhafi est accusé d'avoir commandité l'attentat perpétré en 1988 contre le vol 103 de la PanAm au-dessus de Lockerbie. La droite américaine ne manquera pas de réclamer la suppression de tout subside à un organe "dirigé par les régimes terroristes".
Comment éviter ce genre de mésaventures à la Commission ? Une fois de plus, silence embarrassé du côté américain : "Nous n'avons pas encore abordé le sujet." Seules à s'être penchées sur l'avenir de la Commission, les ONG réclament depuis deux ans l'instauration de "critères" d'admission pour les pays souhaitant en devenir membres. La ratification des principales conventions internationales dans le domaine des droits de l'homme pourrait faire partie de ces critères, tout comme l'accueil des rapporteurs des droits de l'homme.

Mais ces deux conditions excluraient les Etats-Unis, et, comme le note un diplomate, "les deux tiers des pays membres de l'ONU". Le vrai problème, estiment les experts onusiens, est la tendance de plus en plus affirmée à voter par blocs de pays. L'année dernière, une coalition de pays africains, asiatiques et musulmans a ainsi permis à plusieurs pays, dont la Russie, la Chine et l'Iran d'échapper à toute condamnation de la Commission./ Afsané Bassir Pour, Le Monde, Paris, 21 janvier 2003,

Tribune de Genève   Un scandale bon marché

Incongrue, la présidence libyenne de la Commission des droits de l'homme ? Certainement. Cynique, le vote de la communauté internationale ? Sans aucun doute. Rarement l'instance onusienne aura exposé ses contradictions et ses limites avec autant de visibilité. Difficile de ne pas s'en offusquer. Et de ne pas dénoncer.

Ce serait oublier un peu vite la nature de la Commission. Même si chaque année des mauvaises notes sont attribuées à certains Gouvernements, le rendez-vous printanier deUp Genève n'a pas grand-chose à voir avec une police de surveillance en matière des droits de l'homme. C'est bien au contraire le lieu d'un véritable bras de fer planétaire en la matière. S'ils prêchent la bonne parole, les Etats intriguent en réalité pour éviter une sanction, même symbolique. Ainsi, la Chine parvient toujours à éviter l'humiliation d'une condamnation.

Navrant ? Evidemment. Mais existe-t-il une autre solution ? Par définition, la Commission ne peut se permettre d'exclure les mauvais élèves. A quoi bon vanter les droits de l'homme au sein d'un petit club de pays bien-pensants? Cela ne fera certainement pas avancer la cause à travers le monde. Avec raison, les ONG réclament régulièrement que les Etats membres de cette instance s'engagent au moins à ouvrir leurs portes aux rapporteurs de l'ONU. Une solution tentante, mais qui n'obtiendra jamais la majorité. / André Allemand, La Tribune de Genève, 21 janvier 2003.

LE COURRIER   Grossière manipulation

L'autisme de la politique étrangère étasunienne a encore dévoilé toute sa grandeur... En provoquant, pour la première fois en plus de cinquan-te ans d'existence, un vote - perdu d'avance - sur la présidence de la Commission des droits de l'homme (CDH), les Etats-Unis ont offert sur un plateau une nouvelle légitimité à l'autocrate Mouammar Kadhafi! Bel exploit que Tripoli ne s'est pas privé d'exploi-ter dès la fin du scrutin ... […]

Evidemment, on aurait rêvé d'une autre présiden-ce pour la CDH, que celle d'un régime autoritaire, mille fois dénoncé par les ONG. Un coup d'oeil aux rapports de ces dernières montre effectivement le mépris de Tripoli pour le droit international humani-taire. Concrètement, le bilan établi [en 2002] par Amnesty International signale des centaines de prisonniers politiques, une liberté publique réduite à la portion congrue et la condamnation à mort d'une quinzaine de détenus [non exécutés].

Reste que s'il fallait établir sur cette base un clas-sement des dictateurs, Mouammar Kadhafi passerait pour un agneau en comparaison, par exemple, avec ses collègues des Emirats pétroliers, Si proches de Washington... […]

En se servant à nouveau des droits humains comme d'un vulgaire atout de politique impériale, les Etats-Unis affaiblissent, consciemment ou pas, une Commission des droits humains, déjà fortement ébranlée par la politisation aiguë de ses dernières sessions. Après le camouflet infligé par Washington aux pays africains et l'échec de l'offensive étasunienne, la 59e session de la CDH promet de tourner à la foire d'empoigne. / Benito Perez, Le Courrier, Genève, 21 janvier 2003.
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