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Kofi Annan a fait la leçon à la Commission des droits de l'homme, la rappelant à ses obligations, ses devoirs et sa mission. "Votre voix a été affaiblie par les dissensions, et votre message a perdu de sa clarté... il faut que cela change", a dit le secrétaire général des Nations unies, en visite à Genève. Il n'a pas ménagé son auditoire, en affirmant : "Qu'ils soient civils, politiques, économiques, sociaux ou culturels, les droits de l'homme sont universels." Une manière de dénoncer la sélectivité dont a fait preuve la Commission en fondant ses critiques et ses condamnations sur des critères essentiellement politiques. [
] Il est manifeste pour le secrétaire général que la Commission "doit changer de discours". Il importe, à ses yeux, que les questions les plus sensibles soient abordées franchement, et que tous les pays, riches ou pauvres, grands ou petits, soient traités sur un pied d'égalité. "Chaque pays doit balayer devant sa porte et commencer par veiller au respect des droits de sa propre population." Une admonestation peu courante dans les instances onusiennes, où les pays membres n'ont pas l'habitude d'être ainsi bousculés. Laurent Mossu, Le Figaro, Paris, 25 avril 2003.__________________
[En 2002], déjà, la Commission des droits de l'homme (CDH) battait des records d'impopularité. De part et d'autre, l'on criait au "fiasco", à la "mascarade" ... Pouvait-on tomber plus bas ? Après six semaines de négociations, la 59e session de la Commission s'est achevée [ ] dans une ambiance délétère. Le conflit irakien a certes cristallisé les divisions de la CDH. Mais le mal dont souffre cet organe vital de l'ONU, forum unique au monde, semble bien davantage structurel. Retour sur un psychodrame en trois actes. Acte 1. Fin janvier, de fâcheux auspices s'accumulent dans le ciel de la Commission. La Libye doit accéder, selon le principe de rotation géographique, à la présidence. La polémique fait rage. Comment un tel organe peut-il être représenté par une diplomate ressortissante d'un Etat militaire qui bafoue ce même principe ? Un vote à bulletin secret - demandé par les Etats-Unis - confirme néanmoins l'ambassadrice du régime de Kadhafi dans sa fonction. Acte 2. Le 17 mars, les travaux débutent. Et pour sa première intervention devant la presse, Najat Al-Hajjaji se révèle incapable d'énumérer les principales conventions relatives aux droits de l'homme - conventions que son pays n'a pas signées. Acte 3.[Le 24 avril], le secrétaire général de l'ONU lui-même monte au créneau. Kofi Annan de sermonner les représentants des 53 Etats membres, de déplorer "une inaction inacceptable" et d'appeler à "une nouvelle ère pour les droits de l'homme". Claudine Girod, Tribune de Genève, 26 avril 2003.__________________
La session annuelle de la Commission des droits de l'homme
s'est terminée sans condamner, voire même sans évoquer,
plusieurs pays violant les droits humains, tels le Soudan ou la
Russie. D'autres, comme Cuba, s'en sont tirés avec une
simple admo-nestation. Dans un contexte de guerre irakienne et
avec une pré-sidence libyenne, la commission a, une fois
de plus, fondé ses critiques et ses condamnations sur des
critères très politiques, et a ainsi révélé
ses contradictions comme ses limites. Si le régime castriste a pu échapper à une condamnation, c'est essentiellement grâce aux pays du Sud, à la Russie et à la Chine. En contrepartie, ces der-niers et Cuba se sont opposés à toute résolution contre le Soudan et le Zimbabwe. Moscou n'a de son côté pas été critiqué sur la Tchétchénie grâce au clivage Nord-Sud et aux alliances nouées dans la lutte antiterroriste. Les Etats-Unis ont, quant à eux, renoncé à faire condamner la Chine, et l'Union européenne n'a pas voulu sanctionner l'Iran. [ ] Federico Andreu-Guzman, conseiller juridique de la Commission internationale de juristes a Genève, décrit "l'at-mosphère générale de marchan-dage politique et géostraté-gique". Il dénonce la dérive des Etats membres de la Commis-sion qui est, selon lui, chaque an-née plus grande. "Il y a eu, cette année, un nouvel élément très préoccupant : l'offensive de plu-sieurs pays, dont les Etats-Unis, visant à saper le travail de la Commission, en tentant de re-pousser les négociations, en pinaillant sur les mots, etc." Pour Federico Andreu-Guzman, la question à se poser reste, plus que jamais : "Existe-t-il une vo-lonté réelle des Etats d'améliorer les droits humains?" Linn Levy, Le Temps, Genève, 26 avril 2003.__________________ ATS Suisse Bilan désastreux, selon les ONG Les organisations de défense des droits de l'homme ont dressé un bilan désastreux de la session annuelle de la Commission des droits de l'homme. Les participants parlent de régression dans ce domaine et jugent que l'organe de l'ONU est "sur le déclin". "L'organe de l'ONU est sérieusement sur le déclin", a affirmé Human Rights Watch (HRW). "La Commission a échoué à protéger les victimes des violations", a renchéri Amnesty international (AI). "Les Etats ont fait encore un pas supplémentaire en arrière", a ajouté la Commission internationale de juristes (CIJ). [HRW] a notamment critiqué les Etats-Unis, pour avoir
renoncé à parrainer la résolution sur la
Tchétchénie (rejetée) et n'avoir présenté
cette année aucun texte sur la Chine. Les Etats-Unis sont
aussi montrés du doigt pour s'être opposés
à un débat spécial sur la guerre en Irak
et avoir refusé un contrôle du respect des droits
de l'homme dans ce pays lors des hostilités et après
la chute de Saddam Hussein. Reste quelques nouvelles initiatives saluées par les défenseurs des droits de l'homme : les résolutions sur la Corée du Nord, le Bélarus et le Turkménistan. La Commission a par ailleurs renouvelé son appel pour un moratoire sur la peine de mort. ATS, 25 avril 2003.__________________
L'alliance, à géométrie variable, entre pays africains et musulmans, mais aussi avec certains Etats occidentaux, a empêché le désaveu de la Russie, de la Chine, du Soudan et du Zimbabwe, écrit Afsané Bassir Pour, la correspondante du quotidien français à Genève. [ ] Par une série de marchandages, la Russie, la Chine, le Soudan et le Zimbabwe ont réussi à échapper à toute condamnation. Logiquement, la Corée du Nord s'est portée candidate pour un siège à la Commission lors des élections, la semaine prochaine, à New York. [ ] Cette année, quelques pays démocratiques ont créé la surprise en s'alliant, à leur tour, aux dictatures. L'Afrique du Sud, le Sénégal et l'Inde ont volé au secours de Harare et de Khartoum. Le Brésil a voté contre le projet européen sur la Tchétchénie. Pour Najat Al-Hajjaji, l'ambassadrice libyenne et présidente de la 59e session, "cette division n'est que la réaction de pays qui ont l'impression d'être, année après année, au banc des accusés face aux Occidentaux donneurs de leçons". A la suite de la nomination fort controversée de Mme Al-Hajjaji, en janvier, les organisations non gouvernementales (ONG) avaient proposé que soient instaurés des critères pour des pays voulant être membres de la Commission, telles la ratification des principales conventions des droits de l'homme et l'invitation permanente au rapporteur des droits de l'homme. "Nous aussi, nous avons des critères, rétorque l'ambassadrice libyenne. Les pays voulant être membres ne devraient pas avoir de passé colonialiste, devraient avoir des lois antiracistes irréprochables, des politiques acceptables en matière d'immigration... Voulez-vous que je continue ?" [
] Aux yeux du haut-commissaire des droits de l'homme, Sergio
Vieira de Melo, les pays candidats à la Commission
devraient "non seulement ratifier les sept instruments des
droits de l'homme de l'ONU et donner une invitation permanente
aux rapporteurs, mais aussi libérer tous les prisonniers
enfermés pour délit d'opinion". Il faut créer,
dit-il, "des obligations tacites". M. Vieira de Melo
n'est pas choqué par la candidature de la Corée
du Nord : "Cela pourrait encourager un pays si fermé
à s'ouvrir, il vaut mieux engager les Nord-Coréens,
plutôt que de les isoler encore plus." Tout en admettant
des "défaillances" de la CDH et en regrettant
"les excès de langage et la rhétorique au vitriol",
il note que le Zimbabwe l'a invité à se rendre à
Harare, que le Soudan " a fait des efforts", et que
la Russie a ouvert la porte aux rapporteurs. Le Monde, Paris, 27 avril 2003.____________________ |