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GENEVE, 60e SESSION / LA SITUATION DES DROITS DE LHOMME DANS LE MONDE La Commission des droits de l'homme a examiné, le 19 mars 2004, le rapport du Rapporteur spécial sur la situation des droits de l'homme dans les territoires palestiniens occupés par Israël depuis 1967, John Dugard,. Ce dernier a affirmé que la construction d'un mur qui pénètre en profondeur sur le territoire palestinien constitue une acquisition par la force de territoires et une violation grave du droit à l'autodétermination du peuple palestinien. Le représentant d'Israël a dénoncé la vision simpliste présentée par le rapport qui, selon lui, offre le monopole de la victimisation à un seul camp. Le représentant de la Palestine a salué un rapport, selon lui, objectif et fidèle à la réalité. L'INTERVENTION DU RAPPORTEURJOHN DUGARD, Rapporteur spécial sur la situation des droits de l'homme dans les territoires palestiniens occupés par Israël depuis 1967, a décrit la situation dans les territoires palestiniens occupés comme une crise humanitaire. Points de contrôle et couvre-feu emprisonnent les Palestiniens comme dans une prison avec des conséquences désastreuses pour l'emploi, la santé et l'éducation. Des civils sont tués lors d'opérations militaires menées par des forces israéliennes qui ne font aucun effort sincère pour distinguer entre cibles civiles et militaires. Ainsi, le 7 mars 2003, une attaque contre des camps de réfugiés a fait une quinzaine de victimes. Un tel bilan peut malheureusement être qualifié d'habituel à Gaza, a-t-il déploré. Depuis 2003, un nouveau problème s'est ajouté à une liste déjà longue : la construction d'un
mur, construit par Israël au nom de sa sécurité
et qui pénètre profondément en territoire
palestinien. Ce mur a entraîné la création
d'une zone tampon interdite aux Palestiniens, qui doivent disposer
d'une autorisation des autorités israéliennes pour
y travailler, vivre ou aller à l'école. Le Rapporteur
spécial a expliqué que le système d'octroi
de permis pour l'accès à cette zone est arbitraire
et humiliant. Les permis sont souvent refusés, même
pour les résidents et propriétaires terriens de
cette zone, ce qui signifie à terme que les terres fertiles
sont laissées à l'abandon. D'autre part, et de manière
injustifiable, même compte tenu des besoins légitimes
de sécurité de l'Etat d'Israël, le mur est
construit presque entièrement sur le territoire palestinien. Le Rapporteur spécial s'est interrogé sur la question de savoir si la volonté d'Israël n'était pas, en fin de compte, d'obliger les résidents de la zone tampon à abandonner leurs terres pour émigrer vers d'autres régions. Israël doit donner une réponse claire à cette question s'il souhaite convaincre la communauté internationale que la construction du mur répond effectivement à des impératifs de sécurité plutôt qu'à une volonté d'expansion territoriale. Quoi qu'il en soit, le Rapporteur spécial ne peut que conclure que la construction du mur est une acquisition par la force de territoires et qu'elle constitue une violation grave du droit à l'autodétermination du peuple palestinien. D'autres principes sont également remis en question par ce mur, en particulier s'agissant de la question de l'annexion de territoires occupés, de la colonisation, de la confiscation de terres et des transferts forcés de populations. Le droit au déplacement, le droit à la vie familiale ainsi que les droits à l'éducation et à la santé sont également menacés, a dit le Rapporteur spécial. La répression des droits de l'homme des Palestiniens ne fera pas avancer la cause de la paix, a-t-il conclu. LE RAPPORTSelon le rapport du Rapporteur spécial sur la situation des droits de l'homme dans les territoires palestiniens occupés par Israël depuis 1967 (E/CN.4/2004/6 et add.1), la situation dans ces territoires demeure un grave sujet de préoccupation. En dépit des perspectives de paix ouvertes par la feuille de route établie par le Quatuor, ces six derniers mois ont été marqués par des violations constantes des droits de l'homme et du droit international humanitaire, souligne le rapport, publié en septembre 2003. Il précise que le gouvernement israélien a invoqué la légitime défense et la lutte contre le terrorisme pour justifier son action dans les territoires palestiniens occupés. Il ne saurait être question de nier les préoccupations légitimes d'Israël en matière de sécurité, admet-il. Cela étant, il est indispensable d'imposer une limite aux violations des droits de l'homme pouvant être commises au nom de la lutte contre le terrorisme. Il faut conserver un certain équilibre entre le respect des droits de l'homme et les impératifs de sécurité, insiste le rapport. Plus de 210'000 Palestiniens auront à subir
les conséquences de la construction du mur séparant
Israël de la rive occidentale du Jourdain, construction
qui s'est poursuivie à un rythme soutenu ces derniers mois,
poursuit le rapport. Ce mur ne suit pas la Ligne verte,
qui marque la frontière de fait entre Israël et la
Palestine; il empiète au contraire sur une partie non négligeable
de la Rive occidentale. Ceux qui vivent dans la zone située
entre le mur et la "Ligne verte" ne pourront plus se
rendre sur leurs terres agricoles ou sur leur lieu de travail
ni accéder aux écoles, aux hôpitaux ou aux
autres services sociaux. Cette situation entraînera probablement
de nouvelles vagues de réfugiés ou de personnes
déplacées, affirme le rapport. Le mur présente
toutes les caractéristiques d'une structure permanente.
Le fait qu'il englobe la moitié des colons de la rive occidentale
et de Jérusalem-Est tend à prouver qu'il est conçu
pour renforcer la position des colons. Tout laisse à penser qu'Israël est déterminé à créer une situation sur le terrain qui revienne à une annexion de fait. Ce type d'annexion, désigné sous le terme de conquête en droit international, est interdit par la Charte des Nations Unies et la 4e Convention de Genève, souligne le rapport. Le Rapporteur spécial considère qu'il est grand temps de dénoncer la construction du mur en tant qu'acte illégal d'annexion, au même titre que l'annexion de Jérusalem-Est et des hauteurs du Golan par Israël. De même, la communauté internationale ne devrait en aucun cas reconnaître le contrôle exercé par Israël sur les territoires palestiniens entourés par le mur. Les restrictions à la liberté de circulation continuent de provoquer une crise humanitaire dans les territoires palestiniens occupés, ajoute le rapport. Les pertes en vies humaines n'ont cessé d'augmenter en raison des attentats-suicide à la bombe et des incursions militaires. On dénombre environ 6'000 Palestiniens dans les prisons et centres de détention israéliens. Malheureusement, des allégations de torture et de traitements inhumains et dégradants continuent d'être faites. Le Rapporteur spécial préconise donc la réalisation d'une enquête indépendante dans le but de faire la lumière sur ces allégations. Le Rapporteur spécial indique qu'il a du mal à admettre que l'usage excessif de la force au mépris de la distinction entre civils et combattants, la création d'une crise humanitaire par les restrictions à la mobilité des biens et des personnes, les meurtres et traitements inhumains d'enfants, les destructions systématiques de biens et, à présent, l'expansion territoriale puissent être justifiés comme constituant une réponse proportionnée à la violence et aux menaces de violence auxquelles Israël est soumis. LES DECLARATIONS DES PARTIES CONCERNEESYAAKOV LEVY (Israël) a déploré que
le rapport du Rapporteur spécial soit comme les précédents
et que le mandat et la mission des rapporteurs soient utilisés
à des fins politiques. Il a dénoncé la
vision simpliste présentée par le rapport qui offre
le monopole de la victimisation à un seul camp. Le
refus d'imputer aux Palestiniens toute responsabilité ou
acte malveillant reflète une attitude paternaliste à
l'égard de la société palestinienne qui ne
peut que saper les efforts pour établir une direction palestinienne
responsable, a-t-il estimé. En rejetant toute la faute
des difficultés éprouvées par les Palestiniens
sur Israël, le Rapporteur absout les terroristes qui prennent
la société palestinienne en otage, la direction
palestinienne corrompue qui a floué son peuple et les pays
arabes qui ont délibérément tenté
de promouvoir le terrorisme dans la région. A cet égard,
ce rapport participe clairement au problème et non à
la solution, a-t-il ajouté s'indignant que le rapport
ignore délibérément les attaques subies par
Israël. Yaakov Levy est revenu sur plusieurs point spécifiques du rapport, dénonçant notamment l'absence de reconnaissance des préoccupations sécuritaires légitimes d'Israël, le refus de reconnaître le terrorisme comme une menace appelant des actions fortes, ainsi que l'absence d'évaluation réelle de la situation sécuritaire avant de juger de la proportionnalité, légitime, de la réponse d'Israël. Il a également dénoncé l'usage par le Rapporteur spécial d'un langage biaisé, citant et réfutant les expressions telles que "le mur", "le mur de l'apartheid", "Palestine" ou encore "assassinat" quand Israël prend pour cible des terroristes. Il a en outre dénoncé les arrières pensées politiques du Rapporteur spécial et l'utilisation de son mandat comme tribune pour des déclarations médiatiques, ainsi que le caractère vague et infondé de ses allégations et les nombreuses omissions de faits. Le document présenté n'est pas, comme il devrait l'être, un rapport factuel, mais une présentation d'une réalité virtuelle conforme aux arrières pensées politiques du Rapporteur dans laquelle aucune action israélienne de légitime défense n'est justifiée, et dans laquelle la direction palestinienne ne saurait être rendue responsable ni de la corruption, ni du détournement de l'aide, ni de son soutien au terrorisme. NABIL RAMLAWI (Palestine) a salué le rapport objectif et fidèle à la réalité présenté par le Rapporteur spécial chargé d'enquêter sur les violations par Israël des principes du droit international et humanitaire dans les territoires palestiniens. Il a néanmoins fait observer qu'il lui est évidemment impossible de traiter, dans le cadre d'un tel rapport, de l'intégralité des violations des droits de l'homme commises contre le peuple palestinien. Sur le fond de cette question, le représentant de la Palestine s'exprimera plus avant dans le cadre de l'examen de ce point de l'ordre du jour. La "clôture de séparation" construite par Israël discutée devant la Commission La Commission des droits de l'homme a achevé, le 24 mars 2004, son débat sur la question de la violation des droits de l'homme dans les territoires arabes occupés, y compris la Palestine, en entendant les déclarations d'une quarantaine de délégations. La construction par Israël d'une clôture de séparation a été massivement condamnée. Plusieurs intervenants ont affirmé que la construction par Israël d'un "mur de séparation" constitue une tentative d'annexion par le fait accompli de territoires et de ressources palestiniens. Certains ont exprimé l'espoir que la Cour internationale de justice jugera cette construction illégale et en ordonnera le démantèlement. L'illégalité de cette clôture, qualifiée par certains de "barrière de sécurité" et par d'autres de "mur de l'apartheid", a en tout cas été massivement dénoncée cet après-midi, certains soulignant qu'il ne suit pas la "Ligne verte" de 1949 qui représente la démarcation entre Israël et la Palestine. Le représentant israélien a assuré que le seul objectif poursuivi par son pays en érigeant la clôture de sécurité est la lutte contre le terrorisme et la prévention des attaques suicide. Des clôtures ont, par le passé, été érigées à titre temporaire et n'ont jamais empêché la tenue de négociations, a-t-il ajouté. Plus de 2'800 Palestiniens ont été tués depuis septembre 2000, a pour sa part rappelé le représentant palestinien. A l'instar de nombreuses délégations, il a dénoncé le "terrorisme d'Etat" auquel se livre Israël. Il a en outre estimé que le mandat du Rapporteur spécial sur la situation des droits de l'homme dans le territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967 doit être maintenu tant qu'il y aura occupation du territoire par Israël. Le représentant syrien a quant à lui rappelé la condamnation, par la communauté internationale, des pratiques expansionnistes et oppressives israéliennes visant à modifier la composition démographique du Golan. |