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GENEVE, 60e SESSION / LA SITUATION DES DROITS DE L'HOMME EN COLOMBIE La Commission des droits de l'homme a examiné, le 13 avril 2004, le rapport du haut commissaire aux droits de l'homme par intérim, Bertrand Ramcharan, sur la situation des droits de l'homme en Colombie. Ce dernier a notamment regretté qu'aucun des groupes armés illégaux n'ait tenté d'appliquer de quelque manière les recommandations du rapport présenté en 2003. Les deux groupes de guérillas, les FARC-EP et l'ELN, ainsi que les groupes paramilitaires ont continué à tuer, à prendre des otages, à provoquer des déplacements de populations, à recruter des mineurs et à poser des mines antipersonnel, a-t-il déploré. Des informations ont également été reçues sur des violations des droits de l'homme et du droit humanitaire international imputables à des membres des forces armées et de la police, a souligné Bertrand Ramcharan. Il a également réitéré l'importance qu'il y a à ne laisser aucune place à l'impunité et a regretté que l'application de la loi de "sécurité démocratique" ne soit pas toujours compatible avec les engagements internationaux pris par la Colombie. A l'issue de cette présentation, le représentant
de la Colombie est intervenu, soulignant notamment que
durant l'année 2003, le nombre de cas de déplacements
forcés a chuté de 50%, le nombre d'assassinats de
20%, le nombre d'enlèvements de 26% et le nombre de meurtres
de syndicalistes de 57%. Sont également intervenus les
représentants de l'Irlande (au nom de l'Union européenne),
des Etats-Unis, de la Suisse, de la Norvège et du Canada,
ainsi que les représentants des organisations non gouvernementales
suivantes : Commission internationale de juristes (au nom également
de la Commission colombienne de juristes et de Amnesty International);
Fédération internationale des ligues des droits
de l'homme (FIDH); Organisation mondiale contre la torture (au
nom également de la Fédération internationale
des ligues des droits de l'homme); Franciscain international (au
nom également de Dominicains pour justice et paix); Human
Rights Watch; Ligue internationale pour les droits et la libération
des peuples; Fédération syndicale mondiale; Association
internationale des juristes démocrates; Fédération
latino-américaine des associations des familles des détenus
disparus - FEDEDAM; Confédération internationale
des syndicats libres et Agir ensemble pour les droits de l'homme;
Consejo Indio de Sud America. A l'issue du débat, la Colombie a fait une déclaration dans l'exercice de son droit de réponse. LA PRESENTATION DU RAPPORT SUR LA SITUATION DES DROITS DE L'HOMME EN COLOMBIEBERTRAND RAMCHARAN, haut commissaire aux droits de l'homme par intérim, a présenté le rapport du haut commissaire aux droits de l'homme sur la situation des droits de l'homme en Colombie en soulignant que peu de situations font l'objet d'un examen aussi approfondi que celle de la Colombie. Soulignant que le Bureau du Haut Commissariat aux droits de l'homme en Colombie a poursuivi sa relation avec le gouvernement colombien, il a affirmé que, même si de nombreuses recommandations restent à mettre en uvre, le travail a été approfondi et le Bureau a effectué des visites systématiques dans les zones qui sont sources de préoccupation. Le Bureau en Colombie a également continué à conseiller le Gouvernement et à lui apporter sa coopération technique. Un nouveau bureau annexe a été ouvert il y a quelques semaines dans la zone de Bucaramanga, dans le nord-est du pays, a indiqué Bertrand Ramcharan. Le haut commissaire a regretté qu'aucun des groupes armés illégaux n'ait tenté d'appliquer de quelque manière les recommandations du dernier rapport. Les deux groupes de guérillas, les FARC-EP et l'ELN, ainsi que les groupes paramilitaires, ont continué à tuer, à prendre des otages, à provoquer des déplacements de populations, à recruter des mineurs et à poser des mines antipersonnel. Ils ont continué à martyriser la population et à mener des actions terroristes, a-t-il poursuivi. Des informations ont également été reçues
sur des violations des droits de l'homme et du droit humanitaire
international imputables à des membres des forces armées
et de la police. Le haut commissaire par intérim a souligné
l'importance cruciale de progresser sur la voie du dialogue afin
de rétablir la paix. Il a également réitéré
l'importance qu'il y a à ne laisser aucune place à
l'impunité et à garantir les droits des victimes
et de leurs familles à la vérité, à
la justice et à une indemnisation. Il a en outre déploré
que l'application de la loi de "sécurité démocratique"
ne soit pas toujours compatible avec les engagements internationaux
pris par la Colombie. A cet égard, il a estimé que
le défi auquel sont confrontés tant le gouvernement
que le Congrès consiste à faire en sorte que les
législations adoptées ne viennent pas saper les
institutions et mécanismes nationaux courageux qui existent
pour protéger les droits et libertés fondamentaux.
Bertrand Ramcharan a particulièrement insisté sur
la nécessité d'amender la loi contre le terrorisme,
qui est incompatible avec les instruments internationaux auxquels
la Colombie est partie. Bertrand Ramcharan a attiré l'attention sur le fait que les chiffres officiels indiquent une réduction du nombre d'actes violents en 2003. Toutefois, il a exprimé sa préoccupation face à la situation des droits de l'homme, qui continue d'être critique. Il a notamment souligné que des allégations dignes de foi font état de violations perpétrées par les forces armées et par la police. Il s'est tout particulièrement inquiété d'allégations de collusion entre des fonctionnaires et des groupes paramilitaires, qui n'a pas fait l'objet de sanctions. Plus généralement, il a exprimé sa préoccupation face à l'impunité persistante dans le pays et a regretté que le Bureau du Procureur n'ait pas réussi à prouver la responsabilité d'officiers supérieurs dans des actes graves en rapport avec des massacres. En outre, les groupes vulnérables, tels que les journalistes, les populations autochtones, les Afro-Colombiens, les personnes déplacées, les femmes et les enfants vivent dans des conditions extrêmement difficiles. Non seulement ils souffrent du conflit armé mais aussi de l'action des fonctionnaires à travers la politique de sécurité, les discriminations et les violations de leurs droits économiques, sociaux et culturels. Il a rappelé qu'il est du devoir des fonctionnaires de respecter et de garantir le travail des défenseurs des droits de l'homme. Le rapport reprend nombre de recommandations déjà formulées en 2003 mais qui n'ont toujours pas été mises en uvre, a précisé Bertrand Ramcharan. IIl se concentre sur la prévention et la protection; le conflit interne; la primauté du droit et l'impunité; les politiques économiques et sociales; la promotion d'une culture des droits de l'homme; et sur la coopération technique du Bureau du Haut Commissariat en Colombie. Il a insisté sur le fait qu'il est essentiel que les groupes armés appliquent sans délai les recommandations qui leur ont été adressées; il est impératif qu'ils respectent totalement les droits des populations civiles et les obligations découlant du droit international humanitaire. Le haut commissaire a également invité le gouvernement colombien à approfondir son engagement et à appliquer les recommandations qui lui sont adressées. LE RAPPORTDans son rapport sur la situation des droits de l'homme
en Colombie (E/CN.4/2004/13), le haut commissaire aux droits
de l'homme estime que l'évolution du conflit armé
interne et les problèmes d'endettement, de déficit
des finances publiques, ainsi que la politique législative
ont constitué de nouveaux défis pour le pays. Le
gouvernement a intensifié les opérations visant
à maintenir ou à rétablir l'ordre public
dans le cadre de la politique de "sécurité
démocratique". Les combats entre les forces de l'ordre
et les groupes armés illégaux, en particulier les
groupes de guérilleros, se sont intensifiés et,
rencontrant une résistance accrue de la part des forces
de sécurité, les guérilleros se sont repliés
vers les zones rurales traditionnelles et se sont livrés
à des actes de terrorisme. Le dialogue a été
développé entre le bureau en Colombie du haut commissaire
et le gouvernement, en particulier avec le vice-président
et d'autres organes de l'Etat, afin d'obtenir une meilleure application
des recommandations. Il y a eu quelques progrès, mais la
majorité des recommandations n'étaient toujours
pas appliquées quand le présent rapport était
sur le point d'être achevé. La situation des droits de l'homme en Colombie a continué d'être critique, affirme le rapport. Pendant l'année, le Bureau du Haut-Commissaire a enregistré des plaintes faisant état de violations du droit à la vie, à l'intégration physique, à la liberté et à la sécurité de la personne; du droit à un procès équitable et aux garanties judiciaires; de l'indépendance et de l'impartialité du système judiciaire; du respect de la vie privée ainsi que des libertés fondamentales que sont le droit de circulation, de résidence, la liberté d'opinion et d'expression et des droits politiques. Le Bureau en Colombie a continué de recevoir de plus en plus de plaintes dénonçant des violations dans lesquelles étaient directement impliqués des agents de l'Etat, et en particulier des forces de sécurité, dans plusieurs cas conjointement avec la Fiscalía General. Malgré une diminution des meurtres de dirigeants syndicaux, la situation des défenseurs des droits de l'homme et des dirigeants syndicaux a continué d'être critique. La discrimination et les violations des droits économiques, sociaux et culturels subies par les groupes ethniques n'ont pas cessé. Le conflit armé interne a aggravé le sort des communautés autochtones et des Afro-Colombiens, un accroissement des actes de violence sélectifs commis par les groupes armés illégaux étant observé. La situation des journalistes, toujours aussi précaire, s'est caractérisée par des restrictions à l'exercice du droit à la liberté d'opinion, d'expression et d'information, en particulier à cause des actions des groupes armés illégaux. En 2003, la tendance à l'augmentation des déplacements forcés s'est inversée, mais le phénomène a continué d'être important. Le rapport du haut commissaire présente un ensemble
de recommandations concrètes et prioritaires pour l'année
2004, fort de la conviction que leur application pourrait
contribuer de façon notable à améliorer la
situation en Colombie. Ces recommandations portent sur des questions
importantes relatives à la prévention et la protection,
au conflit armé interne, au respect de la légalité
et à l'impunité, aux politiques économiques
et sociales, à la promotion d'une culture des droits de
l'homme et aux services de conseil et d'assistance technique du
Bureau en Colombie du haut commissaire. Les recommandations s'adressent
aux autorités du pays, aux groupes armés illégaux,
aux secteurs représentatifs de la société
civile et à la communauté internationale. LES DECLARATIONSSon pays étant directement concerné par le rapport du Haut-Commissaire, M. CARLOS FRANCO ECHAVARRÍA (Colombie) a remercié le haut commissaire pour son rapport et l'a assuré de la détermination de son gouvernement à poursuivre leur collaboration. Le rapport, a estimé le représentant, témoigne des garanties accordées par la Colombie au pluralisme politique et au renforcement de la démocratie, comme en témoignent concrètement les deux élections qui se sont tenues en 2003. La protection des droits de l'homme est le but ultime du gouvernement, qui bénéficie pour ce faire d'une légitimité populaire. Il vaut la peine, a affirmé le représentant colombien, de souligner que, durant l'année 2003, le nombre de cas de déplacements forcés a chuté de 50%, le nombre d'assassinats de 20%, le nombre d'enlèvements de 26% et le nombre de meurtres de syndicalistes de 57%. La conclusion est claire, a insisté le représentant : la Colombie jouit d'un régime démocratique et légitime dont la politique a permis d'améliorer la grave situation des droits de l'homme de la population colombienne. Ces faits prouvent par ailleurs le bien-fondé des observations du rapport du haut commissaire concernant la politique de sécurité démocratique du gouvernement : les objectifs principaux en sont bien la protection de tous les Colombiens, sans aucune discrimination; la garantie du respect de leurs droits et libertés; et le respect de l'autorité démocratique sur tout le territoire. Cette politique, enfin, est devenue une garantie réelle, qui permet la confrontation pacifique des idées politiques. Le gouvernement reconnaît toutefois que ses efforts sont encore insuffisants, a poursuivi le représentant. Il est ainsi conscient de la nécessité de parvenir à une meilleure administration de la justice, de mieux contrecarrer les actions violentes commises par les bandes armées illégales contre la population civile et de poursuivre en justice, et de punir si nécessaire, les agents du gouvernement accusés de violations des droits de l'homme. Le représentant colombien a souligné la convergence qui existe entre nombre de recommandations du haut commissaire et les politiques lancées en Colombie depuis 2002 dans le cadre du Plan de développement de l'actuel gouvernement. S'agissant de la polémique sur la question de savoir quels moyens sont nécessaires pour faire face à la situation sur le terrain et si ces moyens sont conformes aux dispositions des conventions internationales, il convient de garder à l'esprit que, malgré les circonstances exceptionnelles que connaît le pays, les mesures qui ont été prises l'ont été au terme d'une procédure démocratique permettant d'en contrôler l'application, a fait valoir le représentant. S'agissant de l'autre question délicate - celle
de la négociation avec les groupes d'autodéfense
et du projet de loi visant leur démilitarisation -,
le représentant a indiqué que cette offre, ouverte
à tous les groupes armés illégaux, a été
lancée par le gouvernement afin de mettre un terme à
leur action et de rétablir le monopole étatique
de la force armée. Le débat entourant ce processus
de démobilisation s'est déroulé ouvertement
et dans le calme, avec des audiences publiques auxquelles étaient
conviés des intervenants nationaux et étrangers,
a rappelé le représentant colombien. Aussi, ce projet
est aujourd'hui enrichi des nombreuses contributions issues du
débat public, a-t-il ajouté. La Colombie a réalisé des progrès considérables depuis dix ans, a poursuivi le représentant, citant notamment l'adoption d'une des constitutions les plus progressistes qui soient, la ratification des traités et conventions internationales et l'adaptation subséquente de la législation interne, les offres de négociation de paix, ainsi que l'ouverture du pays aux processus d'enquêtes internationaux. Enfin, tous les groupes illégaux ont été combattus avec la même détermination, a assuré le représentant colombien. Le monde peut être certain que le gouvernement colombien ne manquera pas à son engagement de défendre tous les droits de tous les Colombiens, a conclu le représentant. MME MARY WHELAN (Irlande, au nom de l'Union européenne) s'est félicitée de la volonté de la Colombie de mener un dialogue constructif avec le Bureau du Haut Commissariat aux droits de l'homme à Bogotá. L'Union européenne appuie pleinement l'importante Déclaration de Londres adoptée le 10 juillet 2003. Elle se réjouit des progrès significatifs accomplis en vue d'étendre l'autorité de l'Etat à l'ensemble du territoire colombien. L'Union européenne appuie pleinement le gouvernement de la Colombie dans sa lutte contre le terrorisme et contre le trafic de stupéfiants, deux fléaux qui font peser une menace constante sur la construction démocratique dans le pays. Ce combat doit se faire dans le respect des règles de l'Etat de droit, a souligné la représentante irlandaise. L'Union européenne se réjouit par ailleurs de l'engagement du Président Uribe à rechercher une solution négociée au différend qui déchire le pays. L'Union européenne est d'avis qu'une solution globale et négociée permettra de parvenir à une paix durable et se tient prête à assister le Président dans cette action. L'Union européenne a suivi de près les accords conclus entre le Gouvernement et les groupes armés, visant une démilitarisation de ces derniers d'ici à 2005. La représentante irlandaise a toutefois exprimé
sa préoccupation face aux graves violations des droits
de l'homme qui continuent de se produire en Colombie. Elle a appelé le Gouvernement colombien à respecter les principes du droit humanitaire international. Elle a fermement condamné la technique de la prise d'otage et a lancé un appel en faveur de la libération immédiate des personnes kidnappées. La représentante a par ailleurs exprimé son inquiétude face à l'impunité qui entoure l'activité des groupes armés; elle a exhorté le gouvernement à y mettre un terme. Enfin, l'Union européenne exhorte la Colombie à mettre en uvre de façon concrète et prioritaire les recommandations du haut commissaire aux droits de l'homme et de la Commission. M. JEFFREY DE LAURENTIS (Etats-Unis) a déclaré que l'engagement du Président Uribe en faveur du renforcement de la démocratie était évident et que la situation sur le terrain s'était ainsi améliorée. L'Etat assure désormais des services essentiels tels que la sécurité policière, ce qui permet aux Colombiens de se faire entendre plutôt que d'être soumis à la terreur des groupes armés illégaux. Le gouvernement a aussi accompli des efforts en matière de lutte contre les forces paramilitaires, a dit le représentant des États-Unis, notant que le cessez-le-feu observé par certaines de ces forces a permis de réduire le niveau de violence; cependant, ni les FARC ni l'ELN n'ont accepté de trêve, pas plus qu'elles n'ont répondu aux offres de dialogue du gouvernement, a déploré le représentant des Etats-Unis. Ce dernier a reconnu que le respect des recommandations des Nations unies n'est certes pas le critère ultime de la situation des droits de l'homme en Colombie; il est de fait, a-t-il aussi relevé, que le gouvernement a progressé de manière importante vis-à-vis de plusieurs de ces recommandations. Ainsi, le programme de protection des défenseurs des droits de l'homme enregistre des résultats positifs; la Chambre de justice a fait son apparition dans 23 régions et un programme de formation ciblé a permis de réduire les plaintes des citoyens contre les forces de l'ordre. Des lacunes demeurent, mais l'amélioration générale de la situation ne peut être niée, a conclu le représentant des Etats-Unis. M. JEAN-DANIEL VIGNY (Suisse) s'est félicité de la collaboration entre le Bureau du Haut Commissariat aux droits de l'homme en Colombie et le gouvernement colombien. Il a rappelé au gouvernement l'importance de tout entreprendre pour mettre en uvre les recommandations du Haut Commissariat. La Suisse reconnaît la légitimité des efforts entrepris pour restaurer l'ordre et la sécurité dans le pays et salue à cet égard les premiers résultats enregistrés; elle tient toutefois à souligner l'importance d'un renforcement des contrôles civils indépendants sur les actions des forces de l'ordre et déplore l'octroi de pouvoirs de police judiciaire aux forces armées. La Suisse est en outre préoccupée par les
informations faisant état de détentions arbitraires,
à l'encontre surtout de dirigeants communautaires,
de défenseurs des droits de l'homme et de syndicalistes,
ainsi que par l'existence de cas d'exécutions extrajudiciaires,
de disparitions forcées et de torture imputables à
des agents de l'Etat. La Suisse condamne par ailleurs les graves
infractions au droit international humanitaire commises par les
FARC, l'ELN et les AUC, ainsi que le recrutement d'enfants par
l'armée colombienne. Elle s'inquiète en outre de
la situation des communautés indigènes et afro-colombienne,
principales victimes des déplacements forcés. La
Suisse constate que le gouvernement a intensifié ses efforts
dans la lutte contre les groupes paramilitaires et encourage tout
effort visant la recherche d'une solution négociée
au conflit armé. MME ASTRID HELLE AJAMAY (Norvège) a souligné que les politiques colombiennes en matière de droit humanitaire et de droits de l'homme sont fortement marquées par les exigences liées au respect de la "sécurité démocratique". La Norvège comprend que ces politiques ont pour but de consolider l'état de droit dans le pays et de garantir le droit à la sûreté personnelle des citoyens colombiens; toutefois, elle reste préoccupée par le fait que les recommandations du haut commissaire aux droits de l'homme ne sont pas suffisamment prises en compte dans la politique gouvernementale. La Norvège est également préoccupée par le manque de considération accordée aux recommandations du haut commissaire par les groupes armés. La Norvège exhorte les groupes armés à libérer immédiatement et sans condition tous les otages et à cesser de recruter des enfants à des fins militaires. M. PAUL MEYER (Canada) a félicité le gouvernement de la Colombie pour l'amélioration de la situation dans le pays mais s'est déclaré inquiet des informations faisant encore état de détentions arbitraires et illégales, d'exécutions arbitraires et d'autres violations des droits de l'homme. La Colombie doit rester fidèle à ses obligations internationales et engager les ressources nécessaires pour raffermir ses institutions et investir dans les services sociaux dans toutes les parties du pays. S'agissant du processus de démobilisation des forces armées illégales, force est de constater que les paramilitaires poursuivent leurs exactions : la Colombie doit les affronter résolument et imputer aux fonctionnaires la responsabilité pénale de leurs liens avec les opérations de ces groupes, a insisté le représentant canadien. Le Canada exhorte tous les groupes armés illégaux à respecter la vie des civils et à libérer immédiatement et sans condition tous leurs otages. Le Canada est également préoccupé par le sort des défenseurs des droits de l'homme et par le grand nombre de personnes déplacées en Colombie. M. ANDRÉS SÁNCHEZ (Commission internationale de juristes, au nom également de la Commission colombienne de juristes et d'Amnesty International) a dénoncé l'aggravation de la situation en Colombie en 2003, en raison non seulement des violations mais aussi à la politique de démantèlement de l'Etat social et démocratique mise en uvre par le gouvernement. Il a demandé que la Commission agisse fermement face à la situation qui se détériore, contrairement à ce que le gouvernement tente de faire croire. Environ 4'000 personnes ont été assassinées pour des raisons politiques cette année, ce qui représente le double du nombre de tués il y a six ans, a poursuivi le représentant. En outre, il y a eu une grave augmentation des disparitions forcées, ainsi que des exécutions extrajudiciaires et des actes de torture dans un climat d'impunité. Plusieurs actions
du gouvernement sont en contradiction flagrante avec les engagements
pris par la Colombie. Le représentant a préconisé
l'adoption de mesures visant à garantir que le gouvernement
respecte sa parole; il pourrait par exemple s'agir de demander
au haut commissaire de soumettre un rapport intérimaire
à l'Assemblée générale. Le représentant de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH) a estimé que le gouvernement colombien n'a déployé aucun effort pour démettre de leurs fonctions certains fonctionnaires qui entretiennent des liens avec les groupes armés. Il a par ailleurs dénoncé le fait que la loi colombienne investisse les forces armées de pouvoirs de police judiciaire. La FIDH est également préoccupée par l'usage sélectif de la force contre les défenseurs des droits de l'homme. Les menaces, les assassinats et les persécutions continuent d'être les mécanismes habituels utilisés par les groupes armés pour réduire au silence toutes les voix qui s'élèvent en faveur des droits de l'homme et de la justice. M. JOHN QUIGLEY (Franciscain international, au nom également de Dominicains pour justice et paix) a établi un lien entre les très nombreux déplacements internes de population constatés en Colombie, le contrôle militaire du pays et l'instauration d'un modèle économique donné. Quoi qu'en dise le gouvernement, a-t-il déploré, la diminution du nombre des personnes déplacées ne s'accompagne pas d'une amélioration de la situation de ces populations. Les politiques du gouvernement dans ce domaine se sont avéré être un échec, ce dont témoigne l'appauvrissement des populations déplacées. Le représentant a par ailleurs dénoncé l'utilisation de la force pour faire aboutir des intérêts économiques particuliers. Si la politique gouvernementale échoue, a-t-il déploré, c'est avant tout par manque de motivation politique. Le gouvernement doit absolument prendre en compte tous les facteurs qui suscitent les déplacements à grande échelle. M. LOUBNA FREIH (Human Rights Watch) a déploré que le gouvernement colombien n'ait pas réussi à rompre les liens qui unissent les forces de sécurité et les paramilitaires, ni à assurer que les auteurs de crimes contre l'humanité soient traduits en justice. La guérilla commet également de graves violations, a-t-elle souligné tout en insistant sur le fait que les efforts pour combattre la violence de la guérilla ont conduit à l'abrogation de droits sans réussir à ramener la sécurité. Elle a demandé à la Commission de continuer à demander au gouvernement colombien de mettre en uvre les recommandations du Haut Commissariat et de demander à ce dernier de soumettre un rapport de suivi lors de la prochaine session. Elle a également estimé que le mandat du Bureau du Haut Commissariat en Colombie devrait être renégocié afin de l'autoriser à transmettre aux organisations internationales ou non gouvernementales, ainsi qu'à la presse des informations sur des cas précis. MME VERENA GRAF (Ligue internationale pour les droits
et la libération des peuples) a déclaré qu'en
2003, 4'538 personnes sont mortes de manière violente du
fait du conflit social ou armé qui sévit en Colombie.
Bien que les statistiques diffusées par le gouvernement
colombien tendent à montrer que les violations graves des
droits de l'homme sont en baisse, il semble qu'en réalité
ces atteintes n'aient pas diminué. La représentante
a en outre remis en cause la politique de démobilisation
des groupes armés. Elle a également souligné
que des réformes constitutionnelles ont entraîné
la suspension de nombreuses garanties démocratiques prévues
dans les conventions internationales. Certaines d'entre elles
confèrent notamment à l'armée des pouvoirs
de police judiciaire. MME AIDA AVELLA (Fédération syndicale mondiale) a dénoncé la situation dramatique des travailleurs colombiens et les détentions, les mesures d'exil forcé, les perquisitions qui se poursuivent dans les locaux de syndicalistes. Quatre-vingt-douze d'entre eux ont été assassinés en 2003; en 2004, onze ont été menacés, ainsi que leurs familles. Le syndicat des enseignants de Risaralda a été menacé par les forces paramilitaires et n'a pas bénéficié de la protection de l'État. Mme Toledo Rubiano, syndicaliste, a été assassinée le 24 mars à Tame; M. Segundo Vergara, président du syndicat des chauffeurs de taxis de Carthagène, a subi le même sort. La représentante a demandé à la Commission de nommer un rapporteur spécial et de mettre sur pied un mécanisme complémentaire pour lutter contre ces violations des droits de l'homme en Colombie. MME GLORIA MANSILLA (Association internationale des juristes démocrates) a dénoncé les assassinats de défenseurs des droits de l'homme et le non-respect par le gouvernement colombien du droit à exercer des activités syndicales ou politiques. Elle a également dénoncé la poursuite des déplacements internes du fait non seulement des opérations militaires mais aussi du Plan Colombie et d'intérêts économiques et géopolitiques en jeu. Il y a une crise humanitaire non déclarée pour les plus de trois millions de personnes déplacés, s'est-elle indignée. La politique de sécurité démocratique, le non-respect des recommandations du Haut Commissariat et des obligations internationales reflètent le manque de volonté politique. Elle a demandé la mise en place de mécanismes supplémentaires, tels que la présentation d'un rapport intérimaire à l'Assemblée générale et la nomination d'un rapporteur spécial sur la situation en Colombie. M. JOSÉ DANIEL ALVAREZ (Fédération
latino-américaine des associations des familles des détenus
disparus - FEDEDAM) a exprimé sa préoccupation quant
au projet de loi sur les peines de substitution qui, en contradiction
flagrante avec les principes directeurs du droit international
des droits de l'homme, prévoit la possibilité pour
le gouvernement d'octroyer des avantages à des paramilitaires
qui se seraient rendus coupables de crimes contre l'humanité.
Le représentant a exhorté les Nations unies à
réagir promptement à ce projet afin de préserver
le droit des victimes à connaître la vérité
et à obtenir réparation des dommages qu'elles ont
subis. Il a par ailleurs estimé que la visite en Colombie
du Rapporteur spécial sur les disparitions forcées
s'impose de façon urgente. MME ANNA BIONDI BIRD (Confédération internationale des syndicats libres) a dit sa vive préoccupation devant l'insécurité dans laquelle vivent les syndicalistes colombiens. Le nombre d'assassinats de syndicalistes a diminué, a aussi reconnu la représentante, mais cela est dû à des négociations du gouvernement avec les groupes paramilitaires qui ont abouti de fait à leur assurer l'impunité pour les crimes commis. La représentante a dénoncé l'assassinat récent d'un important représentant syndical à Bogotá, probablement par les forces paramilitaires. Pour la représentante, le gouvernement colombien doit lutter contre l'impunité qui profite aux auteurs de ces très nombreux meurtres, dont deux seulement ont été condamnés à ce jour. Le 10 décembre 2003, la Confédération a remis aux autorités colombiennes une liste de 18 noms de syndicalistes dont les assassinats restent impunis. Le Gouvernement n'a pas donné de réponse à cette demande de renseignements. Pour la représentante, le gouvernement persécute les syndicalistes pour faire aboutir son propre programme économique de privatisation et d'interdiction des syndicats. La représentante a notamment demandé au haut commissaire en exercice de continuer à faire rapport, y compris au sujet du respect des droits économiques et sociaux des Colombiens. M. ANDRES PEREZ BERRIO (Agir ensemble pour les droits de l'homme) a dénoncé les liens entre les agents de l'Etat et les groupes paramilitaires et l'impunité flagrante qui règne, comme en témoigne le cas du général Rito Alejo del Rio, libéré faute de preuves. Il a également dénoncé l'absence d'un processus de paix sérieux et de politique de sécurité respectueuse de la démocratie, ainsi que les négociations confidentielles avec les groupes paramilitaires, sans participation des citoyens et des victimes, qui ne garantissent pas la vérité, la justice et le droit à indemnisation, alors même que ces groupes n'ont pas cessé leurs attaques contre la population civile. M. TOMAS CONDORI (Consejo Indio de Sud America) a déclaré que les peuples autochtones de Colombie sont victimes de la terreur imposée par les groupes militaires. Le représentant a affirmé que le Gouvernement colombien ne fait malheureusement pas de distinction entre la population civile combattante et non combattante. Nous sommes contraints à vivre prisonniers dans nos territoires, a dénoncé le représentant. Il a par ailleurs souligné les nombreuses violations du droit à la terre. Il a enfin souligné que les modes de vie traditionnels des peuples autochtones sont menacés en raison du conflit armé. DROIT DE REPONSEM. CARLOS FRANCO ECHAVARRIA (Colombie), exerçant son droit de réponse, a invité toutes les parties intéressées à la situation en Colombie à en débattre de manière approfondie dans le cadre des institutions de son pays. Le représentant a aussi tenu à rectifier certaines affirmations qui sont, de son avis, manifestement fausses. Ainsi, le projet de démobilisation ne prévoit pas que le Président dispose de pouvoirs judiciaires en la matière. Il n'est pas vrai non plus que les opposants politiques soient arrêtés pour au seul motif qu'ils sont opposants; certains de ces opposants sont d'ailleurs à la tête de municipalités colombiennes, a fait remarquer le représentant, qui aussi réaffirmé qu'une diminution du nombre des disparitions forcées a bien été constatée. Les affirmations qui nient ces faits ne permettent pas de faire avancer les choses, a estimé le représentant. Le gouvernement a la volonté de négocier avec tous les groupes concernés, y compris les églises et les pays amis, a dit le représentant, pour lequel la voix du peuple colombien est claire : il ne veut plus de ce conflit. |