Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme

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[Entretien, 12.2008]

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JUIN 1998, L'INNAUGURATION DU PALAIS WILSON A GENEVE
__Flavio Cotti : ancrer la Genève internationale dans la Genève des citoyens


L'inauguration du Palais WilsonDeux ans après la fin de la Première Guerre mondiale, la Société des Nations nouvellement créée décidait de racheter l'ancien Hôtel National afin d'en faire son siège mondial. Cette décision, dont nul ne pouvait encore mesurer la portée, allait jeter les bases de la vocation internationale de Genève telle que nous la connaissons aujourd'hui. Certes, Genève était déjà connue comme berceau de la Croix-Rouge, comme lieu de négociations du Traité de l'Alabama entre les jeunes Etats-Unis d'Amérique et la Grande-Bretagne, mais l'installation de la Société des Nations dans le bâtiment qui fut, en 1924, appelé Palais Wilson en l'honneur du président américain disparu, constitua au XXe siècle l'étape fondamentale du développement international de la ville du bout du lac.

Le Palais Wilson, à l'époque, se situait en bordure de la ville. Le besoin d'espace se faisant progressivement sentir, la Société des Nations décida d'émigrer en direction du Jura et emménagea au Palais des Nations en 1936, laissant à l'abandon son prestigieux premier siège. Par cela, la communauté internationale s'éloignait du coeur de la ville, de la population genevoise, mais elle ouvrait en même temps la porte à l'installation future des multiples organisations internationales qui se créèrent entre 1946 et nos jours et qui font aujourd'hui de Genève l'un des premiers centres de la coopération internationale.

Photo Di Nolfi. M. Flavio Cotti en compagnie de Mme Mary Robinson, Haut commissaire des Nations unies aux droits de l'homme.

Renforcer les contacts humains

Entre-temps, le Palais Wilson connaissait diverses mésaventures, mais également des temps forts puisqu'il fut notamment le lieu où Jean Piaget enseigna ses théories qui allaient révolutionner le monde de la pédagogie. Impliquée depuis des décennies à des titres divers dans la gestion du bâtiment, la Confédération décida, en 1993, de le restaurer dans les règles de l'art pour le mettre à disposition de l'Organisation des Nations unies. C'est aujourd'hui chose faite.(...)

La fin du XXe siècle entraîne avec elle, nous le voyons tous dans notre vie quotidienne, une profonde mutation de la société. Le développement des techniques de l'information réduit certes les dimensions virtuelles de notre planète, mais ne renforce pas nécessairement les contacts humains. Or, sur une toile de fond de problèmes économiques et sociaux, il me paraît indispensable d'encourager autant que possible toutes les synergies qui pourraient combler les fossés qui se créent au hasard des événements ou encore par ignorance et indifférence.

Les droits de l'homme au coeur de la cité

Le transfert des Droits de l'homme au Palais Wilson répond à cette attente. En effet, pour la première fois depuis soixante ans, un organisme international d'importance réintègre le coeur même de la ville, recréant ainsi un lieu entre deux communautés, internationale et la locale, que certains pessimistes voyaient séparées à jamais. Et cela dans un quartier dont la richesse et la diversité culturelles en font un pendant citadin à une entité internationale. Chaque jour, les multiples nationalités que représentent les habitants des Pâquis côtoieront les quelque 140 nationalités qui fréquenteront le Palais Wilson. Je souhaite ardemment que des arrêtés puissent se créer, qui faciliteront la compréhension mutuelle entre les communautés. De que j'ai entrepris d'ancrer plus profondément encore la Genève internationale dans la Genève des citoyens, ce qui ne peut être que bénéfique pour tous.

Ce sont les valeurs humaines qu'il convient de privilégier

D'autre part, il me paraît significatif que ce soient les Droits de l'homme, auxquels j'attache une importance fondamentale, qui s'installent au Palais Wilson. Dans le cadre des mutations que je citais, une phrase me revient, que l'on voit depuis longtemps inscrite sur un pont de l'autoroute Genève-Lausanne : Voulez-vous d'abord globaliser les droits de l'homme, s.v.p. ? Un meilleur avenir pour l'humanité ne se dessinera pas tant qu'il existera des pays qui ne respectent pas les valeurs fondamentales de respect de la personne, et cela quelles que puissent être les différences culturelles entre les Etats. Je citerai pour exemple cette phrase du philosophe français Bernard Groethuysen: "Les hommes valent ce que valent leurs droits. Ce qui fait d'un homme un homme est en même temps ce que lui donne ses droits."

A plusieurs reprises, le Conseil fédéral a rappelé l'importance qu'il attachait à la Genève internationale d'une part, aux droits de l'homme d'autre part. Il démontre aujourd'hui, en mettant le Palais Wilson à disposition du Haut commissariat aux droits de l'homme, qu'au-delà des mots ou des institutions, ce sont les valeurs humaines qu'il convient de privilégier. Je sais que ces idées sont partagées par Mme le Haut commissaire Mary Robinson, et je ne puis que lui souhaiter de trouver sur les bords du Léman les ressources nécessaires pour mener son difficile combat.

Flavio Cotti / Président de la Confédération helvétique.

Source : La Tribune de Genève, 30-31 mai 98