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CONSEIL DES DROITS DE L'HOMME, SEPTEMBRE-OCTOBRE 2006/ 2e SESSION
__Les rapports : les enfants et les conflits armés
Le Conseil des droits de l'homme a entendu, le 29
septembre 2006, Mme Radhika Coomaraswamy, Représentante
spéciale du Secrétaire général des
Nations unies pour les enfants dans les conflits armés,
qui a présenté son rapport.
Mme Coomaraswamy a rappelé qu'aucun groupe
d'enfants n'est plus vulnérable que celui des enfants impliqués
dans la guerre. Elle a annoncé qu'elle lancerait un
cadre stratégique d'action dès le mois d'octobre
2006 qui portera notamment sur la place des enfants dans le
droit pénal international et la réinsertion des
enfants soldats.
Mme Coomaraswamy s'est félicitée de la résolution
1612 adoptée par le Conseil de sécurité,
qui prévoit la création d'un groupe de travail
spécial sur les enfants dans les conflits armés,
avec l'adoption d'un plan de travail annuel. Elle a par ailleurs
informé le Conseil qu'elle avait contribué aux rapports
du Secrétaire général sur la situation en
République démocratique du Congo et au Soudan, pour
leur partie consacrée aux enfants dans les conflits armés.
La Représentante spéciale a enfin observé
que le récent conflit au Liban a fait davantage de victimes
parmi les enfants que parmi les soldats, ce qui montre que
nous sommes entrés dans une période dangereuse où
les principes les plus fondamentaux du droit international humanitaire
sont remis en cause.
Les représentants des pays suivants sont intervenus
au cours du débat qui a suivi : Finlande (au nom
de l'Union européenne), Sri Lanka,
Suisse, Canada, Azerbaïdjan, Australie,
Fédération de Russie et Soudan. Les
représentants des organisations non gouvernementales suivantes
sont également intervenus : Alliance mondiale des unions
chrétiennes de jeunes filles (au nom également de
l'Alliance mondiale des unions chrétiennes des jeunes hommes
et United Nations Watch); International Educational Development;
et Nord-Sud XXI.
Le Sri Lanka a exercé le droit de réponse.
LA PRESENTATION DU RAPPORT
Mme RADHIKA COOMARASWAMY a exprimé sa satisfaction de faire rapport devant un nouvel organe au mandat renforcé appelé à devenir un véritable pilier du système de défense des droits de l'homme des Nations Unies. Elle a rappelé qu'aucun groupe d'enfants n'est plus vulnérable que celui des enfants impliqués dans la guerre. La Représentante spéciale a annoncé qu'elle lancerait un cadre
stratégique d'action dès le mois d'octobre 2006,
visant notamment à la sensibilisation du grand public,
au suivi des violations, à la recherche dans des domaines
aussi importants que la place des enfants dans le droit pénal
international et la réinsertion des enfants soldats.
Mme Coomaraswamy s'est félicitée que le Conseil
de sécurité se soit saisi de manière concrète
de ce problème et que sa résolution 1612
crée un Groupe de travail spécial sur les enfants
dans les conflits armés, avec l'adoption d'un plan de travail
annuel. En juin et en août 2006, la Représentante
spéciale a participé à la préparation
des rapports du Secrétaire général sur la
situation en République démocratique du Congo et
au Soudan, s'agissant des parties consacrées aux enfants
impliqués dans le conflit armé dans chacun de ces
pays.
La Représentante spéciale a aussi fait état
des activités du Haut Commissariat aux réfugiés
et du Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF) en faveur
des enfants impliqués dans les conflits armés. Mme
Coomaraswamy a estimé le Conseil des droits de l'homme
doit conserver ce problème à son ordre du jour.
Elle s'est dite encouragée par la pratique de nombreux
Rapporteurs spéciaux d'intégrer à leurs rapports
un chapitre consacré à ce problème. La Représentante
spéciale a enfin observé que le récent
conflit au Liban a fait davantage de victimes parmi les enfants
que parmi les soldats, ce qui montre que nous sommes entrés
dans une période dangereuse où les principes les
plus fondamentaux du droit international humanitaire sont remis
en cause.
LE RAPPORT
Le rapport sur les enfants et les conflits armés
(E/CN.4/2006/66), a été préparé
par Mme Karin Sham-Poo, de l'UNICEF, dans l'attente de
la nomination du successeur de M. Olara Otunnu, Représentant
spécial jusqu'en juillet 2005 (Mme Coomaraswamy a été
nommée en février 2006).
Le rapport fait le point sur les efforts actuellement entrepris pour appeler l'attention sur les violations graves dont les enfants sont victimes dans les conflits armés afin de faire pression sur les parties à des conflits qui violent les droits de l'enfant. Le Secrétaire général a lancé la campagne en faveur de la "phase de mise en uvre", destinée à faire appliquer sur le terrain les normes et les critères internationaux relatifs à la protection des enfants.
C'est aux Etats membres qu'il incombe au premier chef de
faire appliquer les normes internationales en matière de
droits de l'homme, mais les efforts concertés de tous
les organismes compétents des Nations unies sont essentiels
pour garantir la protection de ces droits. Le rapport met l'accent
sur les éléments de la coopération actuelle
entre les composantes clefs du système de défense
des droits de l'homme des Nations unies, ainsi que sur les questions
nécessitant une coopération accrue à la lumière
des efforts entrepris dans le cadre de la réforme en cours.
Le système des Nations unies pour la défense
des droits de l'homme joue un rôle essentiel et a la responsabilité
de garantir la protection des droits des enfants touchés
par les conflits armés sur le terrain. Les efforts de collaboration
déployés au cours des dernières années
sont à l'origine de l'intérêt dont bénéficie
actuellement la question de la protection des enfants touchés
par les conflits.
L'entreprise de réforme du système de défense
des droits de l'homme au sein des Nations unies engagée
actuellement vise à faire mieux respecter les normes et
les critères internationaux relatifs aux droits de l'homme
au niveau des pays. Le plan d'action présenté par la haut commissaire, Mme Louise Arbour, contient des propositions concrètes dans ce sens. Le rapport appelle les principaux organismes de défense des droits de l'homme à s'engager de nouveau à faire en sorte que la phase de mise en uvre des normes et des critères internationaux relatifs à la protection des enfants touchés par les conflits armés devienne réalité.
Le rapport recommande que le Haut-Commissariat continue
d'accorder une place prioritaire à la protection des droits
des enfants touchés par la guerre dans les mandats et les
plans et programmes de travail des missions à part
entière et des composantes droits de l'homme intégrées
d'opérations de maintien de la paix, en mettant notamment
à la disposition de ces dernières des spécialistes
de la protection de l'enfance, dans le cadre de la coordination
et de la coopération avec les autres acteurs chargés
de cette question au sein de structures de ce type. Le Haut-Commissariat
souhaitera peut-être garantir à l'avenir le recours
à des spécialistes de la protection de l'enfance
ayant les compétences nécessaires dans le cadre
de ses commissions d'enquête ou de ses missions d'établissement
des faits chargées de faire la lumière sur des violations
graves et généralisées des droits de l'homme.
LE DEBAT
MME KIRSTI POHJANKUKKA (Finlande, au nom de l'Union
européenne) s'est félicitée du rapport
de Mme Coomaraswamy et a rappelé que l'Union européenne
est très attachée au respect des droits de l'enfant
dans le contexte des conflits armés. Elle a relevé
que, selon le rapport de Mme Coomaraswamy, les atrocités
à l'encontre des enfants et l'impunité des responsables
de ces atrocités se poursuivent.
MME HIRANTHI WIJEMANNE (Sri Lanka) a rappelé
que son pays, directement concerné par le phénomène,
a été l'un des premiers à attirer l'attention
de la communauté internationale sur la question des enfants
soldats et à demander son intervention pour faire cesser
l'impunité des acteurs non-étatiques qui continuent
d'exploiter les enfants dans le cadre des conflits. Elle a signalé
que Sri Lanka se prépare à recevoir la visite du
Conseiller spécial Allen Rock, et a exprimé le souhait
que cette visite contribuerait à mettre un terme au recrutement
d'enfants pratiqué par le LTTE. Celui-ci, a-t-elle dénoncé,
continue à enrôler des enfants malgré les
dispositions prévues par le Plan d'Action.
M. JEAN DANIEL VIGNY (Suisse) a félicité
la Représentante spéciale pour sa récente
nomination et son engagement résolu en faveur des enfants
impliqués dans les conflits armés. Le représentant
a demandé à Mme Coomaraswamy quels pays, après
le Soudan, la République démocratique du Congo et
l'Ouganda, elle comptait visiter et sur quelles situations porteraient
ses prochains rapports. Il a également voulu savoir si
elle avait déjà pu dégager des bonnes pratiques
concernant les acteurs non étatiques et si les programmes
de démobilisation améliorent l'assistance médicale
et émotionnelle dont ont besoins ces enfants.
MME SARAH FILOTAS (Canada) s'est notamment félicitée de la visite de la Représentante spéciale du Secrétaire général sur les enfants et les conflits armés en Ouganda. Elle s'est enquise des meilleurs moyens qui permettraient de promouvoir la mise en uvre des dispositions de la résolution concernant ce mandat, de manière à ce que les enfants ne soient plus victimes de guerre. Elle a par ailleurs déploré que le VIH/sida ne soit pas mentionné dans la résolution relative au mandat de la Représentante spéciale, alors que les enfants impliqués dans les conflits armés y sont particulièrement exposés.
M. SEYMUR MARDALIYEV (Azerbaïdjan) a souligné
la nécessité que les rapports n'abordent pas uniquement
les situations post-facto, mais puissent établir une analyse
à titre préventif. Il a engagé la Représentante
spéciale à inclure dans son prochain rapport un
chapitre sur les situations prolongées de conflits et
leur incidence sur les enfants. A-t-elle l'intention de se
pencher sur la situation des enfants dans les conflits armés
dans d'autres régions également, a-t-il demandé
?
MME HELEN HORSINGTON (Australie) a dit que son pays
est reconnu pour la protection juridique qu'il accorde à
ses enfants. L'Australie vient de ratifier le Protocole facultatif
à la Convention sur les droits de l'enfant sur la participation
des enfants dans les conflits armés. L'Australie appuie
la recommandation de Mme Coomaraswamy appelant la communauté
internationale à mettre toute son énergie à
l'application de tous les instruments juridiques protégeant
les enfants.
MME GALINA KHVAN (Fédération de Russie)
a estimé que la Représentante spéciale du
Secrétaire général fait une précieuse
contribution aux efforts de la communauté internationale
pour aborder la question des enfants dans les conflits armés.
Elle s'est enquise de la manière dont il faudrait utiliser
les mécanismes de surveillance, s'agissant des six catégories
de violations des droits de l'enfant dans les conflits armés
qui ont été retenues.
M. HAMATO MUKHTAR MUSA (Soudan) a dit que son
pays rejette catégoriquement les accusations contenues
dans le rapport concernant l'utilisation d'enfants dans les forces
armées soudanaises, une pratique interdite par le droit
soudanais. D'autres parties ont commis de tels crimes contre les
enfants, qui ont de ce fait besoin d'une aide sanitaire en particulier,
a ajouté le représentant.
M SERGIO CERDA (Argentine) a rappelé que
son pays avait ratifié le Protocole facultatif relatif
à la Convention relative aux droits de l'enfant et recommandé
que la Représentante spéciale coordonne son travail
avec celui d'autres titulaires de procédures spéciales,
estimant, notamment, qu'il y aurait lieu d'incorporer
des aspects sur la situation des femmes dans les conflits armés.
La question essentielle dans ce domaine, a-t-il souligné,
consiste à trouver les responsables des recrutements et
à lutter contre l'impunité.
MME YURIKO FUKUSHIMA (Alliance mondiale des unions
chrétiennes de jeunes filles au nom également
de l'Alliance mondiale des unions chrétiennes des jeunes
hommes et United Nations Watch) a appelé le Conseil à
prendre des mesures globales à long terme pour garantir
le bien-être des jeunes filles avant, pendant et après
les conflits armés. Les filles sont particulièrement
vulnérables face à la violence sexuelle qui, en
période de conflit armé, accélère
la propagation du VIH/sida, a par ailleurs souligné la
représentante.
MME KAREN PARKER (International Educational Development)
a relevé que les graves problèmes que posent les
conflits armés pour les enfants est devenu un dossier dont
la communauté internationale a tendance à se détourner.
La situation est préoccupante à Sri Lanka par exemple,
où plusieurs milliers d'enfants sont pris dans des zones
à risque. Les autorités de Sri Lanka bloquent
la seule route d'accès humanitaire, tandis que les Tigres
de libération ont recruté près de mille enfants
soldats (âgés de moins de 18 ans).
M. BASSAN KANTOR, of Nord-Sud XXI, relevant que
des enfants auraient été utilisés comme boucliers
humains pendant le récent conflit ayant affecté
le Liban, a dit que son organisation avait des preuves que les
enfants n'ont pas servis de boucliers humains mais ont été
victimes de massacres délibérés de la part
de l'armée israélienne. Plus d'un million de bombes
à fragmentations ont été utilisés
pendant cette guerre, a-t-il dit, et les engins non explosés
continuent à causer des dommages à la population
et notamment aux enfants.
LES COMMENTAIRES DE L'EXPERTE DES NATIONS UNIES
MME COOMARASWAMY a notamment souligné que la situation à Sri Lanka demeure source de préoccupation.
Elle a en outre rappelé, s'agissant de la visite qu'elle
a effectuée en Ouganda, que le gouvernement s'est
engagé, en principe, à démobiliser les enfants-soldats
qui auraient pu passer entre les mailles du filet et être
engagés dans les forces armées.
La Représentante spéciale a indiqué qu'à
l'heure actuelle, des visites sont envisagées au Liban,
au mois de novembre 2006, en République démocratique
du Congo, au mois de décembre 2006, et au Soudan,
en février 2007. Des visites sont également envisagées
en Birmanie et au Népal, a-t-elle ajouté.
Elle a par ailleurs souligné qu'une étude
avait été engagée sur les bonnes pratiques
en matière de lutte contre l'implication des enfants dans
les conflits armés. Il faut porter toute l'attention
nécessaire à la réinsertion des enfants qui
ont été impliqués dans des conflits armés,
a-t-elle ajouté. Une fois démobilisés, les
enfants se retrouvent souvent dans des camps de réfugiés
où ils sont recrutés par d'autres groupes armés,
a-t-elle déploré.
Mme Coomaraswamy a rappelé que les six catégories
de violations des droits des enfants qui ont été
retenues dans le contexte des conflits armés sont :
le recrutement et l'utilisation d'enfants-soldats; l'enlèvement
d'enfants; le massacre d'enfants; le déni des droits de
l'homme des enfants; et la violence sexuelle à l'encontre
des enfants.
S'agissant du Soudan, a déclaré Mme Coomaraswamy,
le cadre juridique a certes été fixé et les
forces de sécurité du Soudan, elles, ne recrutent
pas d'enfants; toutefois, les enfants sont souvent recrutés
par des acteurs non étatiques dont certains sont étroitement
associés aux acteurs étatiques, a-t-elle souligné.
DROIT DE REPONSE
MME SARALA FERNANDO (Sri Lanka) a déploré
que, dans sa déclaration, l'organisation non gouvernementale
International Educational Development ait tenté de désinformer
le Conseil en répandant des informations erronées.
Source : Nations unies, Genève, septembre 2006.
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