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CONSEIL DES DROITS DE L'HOMME, JUIN 2007, GENEVE | LES RAPPORTS
__Formes contemporaines de racisme : des plates-formes politiques incitent à la discrimination raciale ou l'encouragent en Europe, en Asie en Afrique, en Amérique et au Moyen-Orient

La Commission des droits de l’homme a examiné, le 11 juin 2007, les rapports de Doudou Diène, d’une part sur les plates-formes politiques qui incitent à la discrimination raciale ou l'encouragent, d’autre part, sur la mission qu'il a effectuée en juin 2006 en Fédération de Russie.
Le Rapporteur spécial sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l'intolérance qui y est associée, a attiré l'attention du Conseil sur deux manifestations croissantes de la banalisation du racisme, à savoir la lecture ethnique et raciale des questions politiques, économiques et sociales et le traitement idéologique et politique de l'immigration comme un enjeu sécuritaire et comme une menace à l'identité nationale. Un exemple en la matière vient d'être donné par la France avec la création d'un ministère spécifique à cet égard, a-t-il souligné.
S'agissant de la Fédération de Russie, le Rapporteur a déploré une dynamique profonde de racisme et de xénophobie dans la société russe, qui s'articule autour de la multiplication d'incidents et de crimes racistes, et de l'extension de cette violence aux membres d'organisations de défense des droits de l'homme, aux intellectuels et étudiants engagés dans le combat contre le racisme.
Doudou Diène a également fait état de l'existence d'un certain degré d'impunité dont jouissent les auteurs de ces actes. La perpétuation de la violence raciste et xénophobe constitue la menace la plus grave à l'approfondissement d'un processus démocratique dans la Fédération de Russie, a-t-il estimé.
Les Maldives, la République démocratique du Congo et la Fédération de Russie sont intervenues en tant que pays concernés par ces rapports.
En réponse aux différentes déclarations, Doudou Diène a notamment répondu à la délégation de la Fédération de Russie qui avait pris la parole pour regretter un manque d'objectivité du rapport.
LA PRESENTATION DES RAPPORTS
DOUDOU DIÈNE, Rapporteur spécial sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l'intolérance qui y est associée, a présenté son rapport sur les plates-formes politiques qui incitent à la discrimination raciale ou l'encouragent, ainsi que deux additifs au rapport sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l'intolérance qui y est associée qu'il avait déjà présenté lors d'une session précédente et qui portent respectivement sur le résumé des cas transmis aux gouvernements et des réponses reçus (A/HRC/4/19/Add.1) et sur la mission qu'il a effectuée en Fédération de Russie du 12 au 17 juin 2006.
La Rapporteur a expliqué que son rapport, qui analyse les principales plates-formes politiques qui incitent à la discrimination raciale ou l'encouragent en Europe, en Asie en Afrique, en Amérique et au Moyen-Orient, confirme les tendances lourdes déjà identifiées dans les précédents rapports, comme la banalisation du racisme, la prégnance de plates-formes politiques racistes ainsi que de partis et mouvements d'extrême droite et la légitimation intellectuelle croissante de ces plates-formes.
Dans ses conclusions, le Rapporteur a souligné l'importance de l'expression d'une volonté politique forte et d'une grande vigilance éthique pour s'opposer non seulement à la prégnance des ces plates-formes, mais également pour éviter de donner une légitimité démocratique à ces partis en les incluant dans des coalitions de gouvernement. Il a en outre attiré l'attention du Conseil sur deux manifestations croissantes de la banalisation du racisme, à savoir la lecture ethnique et raciale des questions politiques, économiques et sociales et le traitement idéologique et politique de l'immigration comme un enjeu sécuritaire et comme une menace à l'identité nationale. Un exemple en la matière vient d'être donné par la France avec la création d'un ministère spécifique à cet égard, a-t-il souligné.
Doudou Diène a par ailleurs plaidé pour la participation et la représentation des minorités ethniques culturelles et religieuses au processus décisionnel dans la vie politique, culturelle et économique afin de mettre un terme aux deux expressions centrales de la discrimination dont elles sont victimes : l'invisibilité et le silence.
Evoquant ensuite la mission qu'il a menée en Fédération de Russie, le Rapporteur a fait état de l'existence d'une dynamique profonde de racisme et de xénophobie dans la société russe, qui s'articule autour de la multiplication d'incidents et de crimes racistes, notamment perpétrés par des groupes néo-nazis, dont le degré de violence se traduit de plus en plus par des assassinats de personnes non slaves et originaires d'Afrique, d'Asie, du monde arabe et du Caucase, ainsi qu'autour de l'extension de cette violence aux membres d'organisations de défense des droits de l'homme, aux intellectuels et étudiants engagés dans le combat contre le racisme; M. Diène a également fait état de l'existence d'un certain degré d'impunité dont jouissent les auteurs de ces actes. Il s'est en outre inquiété de la montée de l'antisémitisme et de l'intolérance religieuse - notamment l'islamophobie -, ainsi que de l'existence de plates-formes politiques qui incitent à la discrimination raciale.
Dans ses recommandations, le Rapporteur a plaidé pour l'élaboration d'un programme fédéral d'action contre le racisme et la xénophobie, avec la participation démocratique de toutes les communautés nationales et des organisations de défense des droits de l'homme. Doudou Diène a rappelé que la Fédération de Russie dispose de deux atouts majeurs, que sont le maillage multiethnique profond de la société, qui structure en profondeur son identité multiculturelle, et l'héritage historique du combat contre le nazisme. La perpétuation de la violence raciste et xénophobe constitue la menace la plus grave à l'approfondissement d'un processus démocratique dans la Fédération de Russie, a-t-il insisté, avant de se proposer de suivre la situation avec vigilance.
LES RAPPORTS
Le RAPPORT sur les plates-formes politiques qui incitent à la discrimination raciale ou l'encouragent (A/HRC/5/10) se penche notamment sur la légitimation progressive de plates-formes qui propagent la haine et l'exclusion, que ce soit de la part de certains intellectuels qui promeuvent des discours d'exclusion centrés sur la défense de l'identité nationale ou de la part de partis politiques parmi les principaux qui soit recourent à la même rhétorique anti-immigrant et xénophobe que les organisations politiques d'extrême droite, soit se retrouvent dans des coalitions de gouvernement avec de tels groupes. Étant donné le défi posé par l'instrumentalisation croissante de la liberté d'expression de la part des groupes d'extrême droite, le Rapporteur appelle à une réflexion renouvelée autour du thème de l'équilibre et de la complémentarité entre liberté d'expression et liberté de religion.

Le RAPPORT du Rapporteur spécial sur sa mission en Fédération de Russie (A/HRC/4/19/Add.3) conclut que s'il n'y a pas de politique de racisme d'Etat en Fédération de Russie, la société russe est confrontée à une tendance alarmante de racisme et de xénophobie. Cette montée alarmante de la violence raciste et xénophobe est liée à deux tendances fondamentales dans la société russe, à savoir : d'une part, le fait que le fondement idéologique de la montée de ce type de violence prend sa source dans l'interprétation ethnique, de la part des groupes néo-nazis et extrémistes ainsi que de la part de certains partis politiques, du nationalisme politique promu par les autorités russes afin de remplir le vide idéologique laissé par l'effondrement de l'ex-Union soviétique; et, d'autre part, la profonde crise sociale et économique que traverse la société russe et qui a nourri l'instrumentalisation politique de l'idéologie du nationalisme, tout en promouvant une culture de xénophobie et de racisme dans les groupes de plus en plus marginalisés de la société.
Dans ce contexte, l'approche sécuritaire dominante de la question de l'immigration ainsi que l'association croissante entre minorités ethniques et religieuses, d'une part, et criminalité, de l'autre - justifiée par le "combat contre le terrorisme" -, apportent une légitimité à la rhétorique et à la violence racistes et xénophobes. Aussi, Doudou Diène recommande-t-il notamment que soit officiellement reconnue l'existence du racisme, de la discrimination raciale et de la xénophobie et que soit exprimée une volonté politique de combattre ces phénomènes.
LE DEBAT
MME ANKE KONRAD (Allemagne, au nom de l'Union européenne) a indiqué que l'Union a adopté une résolution facilitant la lutte contre les appels publics à la discrimination raciale ou religieuse. La représentante a demandé à Doudou Diène s'il avait vu d'autres cas dans le monde où des mesures similaires ont été prises pour garantissant simultanément la liberté d'expression et la lutte contre la discrimination raciale.
M. SÉRGIO ABREU E LIMA FLORENCIO (Brésil) a rappelé que l'Assemblée générale des Nations unies a exprimé sa profonde préoccupation face aux récentes tentatives visant à établir des hiérarchies entre les formes émergentes et renaissantes de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l'intolérance qui y associée. Il a demandé instamment aux Etats d'adopter des mesures pour lutter contre ces fléaux.
Le Brésil insiste sur la responsabilité des Etats pour adopter des mesures efficaces de manière à réprimer les nouvelles formes de racisme. Le Brésil est également préoccupé quant à la nécessité d'accorder une attention particulière aux effets négatifs du racisme et de la discrimination raciale sur la pleine jouissance des droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels par les minorités nationales ou ethniques ou les majorités souffrant de discrimination. A ce sujet, le Brésil est en train de mener des efforts pour aboutir à l'adoption d'une convention interaméricaine contre le racisme et toutes les formes de discrimination et d'intolérance. Cette Convention doit aider l'hémisphère américain à élaborer des stratégies efficaces pour promouvoir le lien entre le racisme et la discrimination et la construction dans la durée d'un multiculturalisme égalitaire.
M. JUAN MANUEL GÓMEZ ROBLEDO (Mexique) a partagé l'inquiétude manifestée par le Rapporteur sur l'apparition d'une nouvelle rhétorique en matière de suprématie raciale. Les effets des actions des groupes extrémistes peuvent être considérables, a-t-il averti. Pour conclure, il a encouragé le Rapporteur à continuer d'évaluer les pratiques racistes, comme il l'a si bien fait jusqu'ici.
M. DONG-HEE CHANG (République de Corée) a dit partager la conclusion du Rapporteur que les phénomènes de racisme risquent d'affecter la stabilité régionale et les relations entre Etats. L'engagement des dirigeants démocratiques du monde entier doit être renforcé et il faut appuyer l'idée de Doudou Diène de demander l'adoption de codes de conduite volontaires pour lutter contre le racisme.

MME PAULINE DAVIES (Uruguay) s'est dite d'accord avec la nécessité exprimée par le Rapporteur d'inclure les minorités et groupes vulnérables dans les instances du pouvoir politique du pays. Elle s'est en outre inquiétée de la discrimination croissante à l'égard des migrants et, s'intéressant plus spécifiquement à la situation en Amérique latine, de la coïncidence préoccupante entre facteurs raciaux et culturels et indicateurs de pauvreté et d'exclusions. Elle a, à cet égard, rappelé que son pays œuvre à sensibiliser la population sur les questions du racisme et de l'exclusion, dans le but de créer une société plus égalitaire.
M. SWASHPAWAN SINGH (Inde) observe que le rapport de Doudou Diène mentionne, à tort, le système de castes existant en Inde. Le représentant indien a rappelé les efforts importants consentis par le gouvernement indien à l'instauration de l'égalité entre les citoyens. Le système de castes n'étant pas basé sur des critères raciaux, a rappelé le représentant, il ne peut donc s'agir d'une manifestation de racisme, a-t-il souligné.
MME REN XIAOXIA (Chine), commentant le rapport sur le racisme, a déclaré que ce rapport permet de mieux comprendre les formes nouvelles de ce phénomène. Le rapport fait une large place à une analyse au niveau du pays et du continent. La représentante chinoise a relevé que le rapport mentionne que le terrorisme ne peut pas être mis en équivalence avec certaines religions. La Chine a toujours soutenu que le terrorisme ne devait en aucune manière être assimilé à une religion. A ce titre, une plus grande information est nécessaire sur les cultures non intégrées afin d'en avoir une connaissance approfondie, a estimé la représentante chinoise.
MME TEHMINA JANJUA (Pakistan, au nom de l'Organisation de la conférence islamique) a estimé que M. Diène a été extrêmement franc dans la mise en lumière des formes contemporaines de racisme et de xénophobie et l'a remercié pour son rapport. Citant ce dernier, elle s'est inquiétée de la résurgence de la violence raciste, de la résistance intellectuelle et politique au multiculturalisme, du rejet de la diversité, et de la hiérarchisation des libertés fondamentales, et en particulier celle qui place la liberté d'expression au-dessus des autres et notamment de la liberté de religion. Elle s'est dite préoccupée par le retour du racisme et de l'islamophobie et remercié le Rapporteur spécial d'attirer l'attention du Conseil sur l'actuelle tendance à associer l'Islam avec la violence et le terrorisme et les mesures de stigmatisation prises à l'égard des musulmans.
C'est un sujet de préoccupation et le Conseil ne peut rester sourd à ces signaux de régression et à la montée de la violence raciste, a-t-elle insisté. Elle a ainsi exhorté le Conseil à prendre des mesures pour mettre en œuvre les recommandations du Rapporteur.
M. MUSTAFIZUR RAHMAN (Bangladesh) s'est s'inquiété de la "légitimation démocratique" du racisme telle qu'elle se rencontre en Europe. Il est également néfaste d'établir des hiérarchies entre les libertés et a souligné qu'une autre source d'aggravation du phénomène du racisme se manifeste notamment par une augmentation de l'islamophobie. Les gouvernements doivent manifester leur volonté de lutter contre ces phénomènes et mettre en œuvre des mesures pratiques pour répondre aux exigences du Programme de Durban. On pense par exemple à des campagnes systématiques de lutte contre la diffamation des religions, a insisté le représentant.
M. JUAN PABLO VEGAS (Pérou) a expliqué que l'expression "Amérique latine" fait référence à une réalité plutôt culturelle, alors que l'expression "Amérique du Sud" est géographique. Il a à cet égard demandé que l'expression "Amérique latine" ne soit pas employée de manière péjorative, mais comme un héritage qui tient compte de l'apport fondamental en Amérique latine par toutes les cultures, y compris les cultures préhispaniques et africaines.
M. MOHAMMED LOULICHKI (Maroc) a estimé que les manifestations multiples d'incitation à la haine, à la xénophobie et à l'intolérance qui se développent devraient constituer une source d'inquiétude et inciter les Etats à prendre des mesures pour lutter contre ces dérives. Le Maroc tient à mettre l'accent sur plusieurs questions fondamentales, notamment sur l'importance de l'éducation et de la formation aux droits de l'homme pour lutter contre toutes les formes de racisme et de discrimination raciale.

A cet égard, le Maroc compte présenter à la prochaine session du Conseil un projet de résolution visant le lancement du processus en vue de l'adoption d'une déclaration des Nations unies portant sur l'éducation et la formation aux droits de l'homme. Le Maroc a aussi tenu à souligner l'importance de l'équilibre et de la complémentarité entre la liberté d'opinion et d'expression et la lutte contre la discrimination. Si le Maroc accorde la plus haute importance à la liberté d'expression, celle-ci ne peut pas constituer un prétexte pour véhiculer des propos racistes ou discriminatoires. Le Maroc tient aussi à souligner l'importance primordiale du dialogue interculturel et interreligieux qui contribuent au renforcement des valeurs de paix et de tolérance. Le Maroc a pris individuellement et de concert avec des pays amis plusieurs initiatives pour renforcer la compréhension et le respect mutuel.
M. GUSTI AGUNG WESAKA PUJA (Indonésie) a souligné que le rapport encourage les Etats à formuler de nouveaux engagements pour assurer que tous les citoyens jouissent des bienfaits de la démocratie. Il a demandé des précisions sur la méthode utilisée pour l'application du code de conduite volontaire proposé. N'est-ce pas difficile de l'imposer, alors qu'il implique autant une volonté qu'une obligation d'agir, a-t-il demandé ?
M. LEVAN MIKELADZE (Géorgie) partage les conclusions du rapport et souligne que la xénophobie et la discrimination raciale constituent une menace croissante, non seulement pour les droits des victimes, mais aussi pour le développement de la démocratie et de la cohésion sociale. Ce phénomène peut être terrifiant quand il trouve une traduction dans des politiques étatiques. Le représentant de la Géorgie a tenu à rappeler les cas de persécution et de déportation de près de 6’000 citoyens géorgiens en Fédération de Russie depuis le mois de septembre 2006. Ces cas sont accompagnés de la violation des droits fondamentaux de ces personnes. Dans trois cas, les personnes déportées ont trouvé la mort. La Géorgie a dit apprécier l'intention du Rapporteur de prendre des mesures à ce sujet. La Géorgie est prête à coopérer pleinement avec le Rapporteur sur ce point.
M. BART OUVRY (Belgique) a demandé au Rapporteur comment la communauté internationale peut agir contre les plates-formes politiques incitant au racisme, par exemple dans le contexte du conflit dans la région du Darfour.
M. MOHAMED-ZIAD DOUALEH (Djibouti) a estimé que le rapport de Doudou Diène dresse un tableau préoccupant de la situation du racisme et de la xénophobie actuelle et qu'elle pose la question des fondements mêmes des démocraties actuelles. Il a ainsi estimé qu'il semble y avoir une remise en cause radicale des fondements de la démocratie. Le défi est énorme et la tâche semble insurmontable, a-t-il poursuivi avant d'encourager le Rapporteur dans son travail.
M. JUAN ARIAS PALACIO (Venezuela) a souligné que la Constitution du Venezuela comporte tous les éléments pour permettre une société multiethnique et pluriculturelle. Le Venezuela partage les conclusions du Rapporteur.
M. HIROSHI MINAMI (Japon) a rappelé que le Japon a adhéré à la Convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale en 1995 et a clairement montré sa volonté de lutter contre la discrimination. Il a également souligné que son pays soutient la construction à long terme d'une société multiculturelle, démocratique, non discriminatoire et interactive, fondée sur la reconnaissance, le respect et la promotion de la diversité culturelle, ethnique et religieuse, ainsi que l'a recommandé Doudou Diène dans son rapport. Le Japon promeut des stratégies d'élimination de la discrimination à l'égard des Dowas, des Aïnous et des ressortissants étrangers, a-t-il insisté. Enfin, il a partagé l'avis du Rapporteur sur l'importance de créer une société multiculturelle tolérante.
MME NADIA STUEWER (Canada). La lutte contre la discrimination constitue un élément essentiel de la démocratie. Le Canada s'est préoccupé par la situation au Zimbabwe et il encourage le Rapporteur à effectuer une visite dans ce pays.

M. CHOE MYONG NAM (République populaire démocratique de Corée) a déploré que des cas d'intimidations et de harcèlement à l'égard des ressortissants coréens au Japon se poursuivent et expliqué qu'ils sont sources de grande inquiétude pour sa délégation. Nous avons à maintes reprises essayé d'attirer l'attention de la communauté internationale sur ces problèmes, a-t-il expliqué. Pour conclure, il a saisi l'occasion pour encourager Doudou Diène à poursuivre son travail, et lui a demandé ce qu'il compte faire pour remédier à la situation des Coréens au Japon.
M. ALI CHERIF (Tunisie) a remercié Doudou Diène pour son travail exhaustif. Parmi les recommandations faites par le Rapporteur, la Tunisie retient notamment celle qui incite à obtenir une ferme volonté pour combattre le phénomène du racisme et de la discrimination raciale. La lutte, tant au niveau national qu'international, pour enraciner davantage les valeurs humaines est essentielle. La Tunisie déploie d'importants efforts pour promouvoir la culture de la différence.
M. MARTIN UHOMOIBHI (Nigéria) a salué un rapport qui contribue à mettre en lumière les dangers du racisme utilisé à des fins politiques. L'incursion effectuée par les plate-formes racistes dans les programmes politiques des partis démocratiques et leur légitimation par les milieux intellectuels sont très préoccupantes, a-t-il souligné. Il s'est dit d'accord avec la remarque du Rapporteur spécial sur le fait que le caractère multiethnique de certains pays d'Afrique a eu des conséquences sur les conduites politiques partisanes.
Mais, ce phénomène n'est pas limité à l'Afrique, a-t-il fait observer. Il s'agit d'une conduite politique et d'un comportement universels, qui se trouve dans toutes les classes et toutes les races. Le représentant nigérian a ainsi fait observer que l'électorat a tendance à voter en fonction de ses besoins particuliers. S'intéressant plus particulièrement à son pays, il a rappelé que le caractère fédéral du Nigéria est consacré par la Constitution. Il a été possible d'organiser un partage des fonctions politiques sur le principe d'inclusion, et d'assurer une harmonie interculturelle et interreligieuse, a-t-il précisé.
M. EDUARDO CHIHUALIAF (Chili) a souligné qque le rapport de Doudou Diène permet de constater que, même si les origines du racisme sont anciennes, de telles attitudes se manifestent actuellement sous d'autres formes. Le racisme, la discrimination raciale et la xénophobie constituent une menace pour la démocratie, a-t-il insisté. Aucune société ne peut croître si la discrimination à l'égard de certaines personnes persiste. Par conséquent, la délégation chilienne appuie les recommandations faites par le Rapporteur aux partis politiques, ainsi que la recommandation relative à la mise en œuvre et à l'application de la déclaration et du programme de Durban, a-t-il conclu.
M. IDRISS JAZAÏRY (Algérie) a salué le rapport du Rapporteur, compte tenu de l'importance de la question de la lutte contre le racisme pour les peuples d'Afrique. Le représentant s'est dit d'accord avec un commentaire du représentant de Djibouti, estimant que des raisons dogmatiques ont conduit à une distinction artificielle entre les notions de racisme et d'islamophobie, voire entre ces deux notions et celle d'antisémitisme, dans la mesure où tous les sémites - arabes et juifs - ont été victimes de ce fléau. Il vaut mieux se concentrer sur le concept général de racisme, étant entendu qu'il n'est pas "islamophobe" de critiquer tel ou tel pays arabe commettant des actes répréhensibles, ni antisémite de critiquer le régime israélien pour d'autres actes répréhensibles. Mais quels que soient les termes employés, le racisme revient toujours à la même chose, à savoir la mise en avant de stéréotypes et de clichés pour mieux stigmatiser l'un ou l'autre groupe.
M. USMAN SARKI (Union africaine) a salué le rapport de M. Diène. L'Union africaine est préoccupée par toutes les formes insidieuses que prennent le racisme et les discriminations raciales. La lutte contre toutes les formes de racisme constitue le fondement du programme d'action de Durban, a rappelé le représentant de l'Union africaine. La Commission des droits de l'homme de l'Union africaine attache donc une grande importance à ce sujet et entend coopérer avec le Conseil des droits de l'homme afin d'éliminer ce fléau.

Le représentant de l'Union africaine a estimé qu'il devait être reconnu que le rapport de M. Diène souligne une question éthique fondamentale, à savoir : est-ce que les nouvelles formes de racisme devraient être tolérées et acceptées dans le contexte général de la démocratie et de la liberté ?
MME ARUNA SHARMA (Commission nationale des droits de l'homme de l'Inde) a tenu à rappeler que, ainsi que l'a souligné la délégation indienne, le système des castes ne relève pas techniquement de la thématique du racisme. Ce dont il est question, c'est de discrimination, a-t-elle poursuivi. Et dans la mesure où aucune discrimination ne saurait être tolérée en Inde, elle a expliqué qu'il existe au sein de la Commission nationale des droits de l'homme un spécialiste qui traite des questions touchant les castes et plus particulièrement des questions de discrimination à l'égard des Dalits.
LES INTERVENTIONS DES ONG
MME SHIREEN MUKADAM (Amnesty International) souhaiterait savoir quelles mesures devraient prendre les Etats pour lutter contre le rejet de la diversité et du multiculturalisme.
MME CAROLINE GROSS (United Nations Watch) a félicité le Rapporteur pour son travail précieux en faveur de la lutte contre le racisme. Elle s'est inquiétée de la résurgence d'actes antisémites en Iran, des appels du président Ahmadinejad à rayer Israël de la carte, du concours de caricatures antisémites lancé dans ce pays, ainsi que des tentatives de légitimer le révisionnisme en invitant des représentants des leaders de mouvements racistes notoires - notamment du mouvement du Ku Klux Klan des Etats-Unis. La discrimination perpétrée par l'Iran à l'encontre de nombreux groupes, comme les Balouches, les Juifs ou les Chrétiens, ne viole pas seulement le droit international en matière de droits de l'homme mais contrevient aussi à la Cconstitution même de l'Iran, a-t-elle fait valoir. Quelles mesures peuvent être prises pour protéger les minorités en Iran face aux politiques de discrimination raciale et d'intolérance menée par le gouvernement, a-t-elle demandé.
M. RONALD BARNES (Consejo Indio de Sud América) a souligné que les populations autochtones ont subi les effets de la légitimation du racisme depuis leurs premiers contacts avec les colons. Un véritable génocide a provoqué la quasi-disparition de nombreux peuples autochtones. Les Etats qui refusent de reconnaître les droits des peuples autochtones vont-ils continuer de nier le droit de ces peuples à l'autodétermination, a demandé le représentant. Aussi, a-t-il prié le Rapporteur de se pencher sur cette question. Le représentant a aussi dénoncé le soutien du gouvernement des Etats-Unis à un membre de son appareil judiciaire, ancien membre du Ku Klux Klan, qui n'hésite pas à afficher ses vues racistes.
LES REPONSES DU RAPPORTEUR SPECIAL
Intervenant en réponse aux déclarations, DOUDOU DIÈNE a abordé la question des méthodes de travail des Rapporteurs spéciaux. Il a relevé que le représentant de la Fédération de Russie qui est intervenu a estimé que son rapport manquait d'objectivité et qu'une plus grande part était accordée au point de vue des membres de la société civile, au détriment des informations émanant du gouvernement. Cette déclaration est inquiétante, a-t-il souligné, le représentant semble nier les faits. La violence raciste et xénophobe en Fédération de Russie est un fait massif et incontestable.
Le gouvernement a fourni au Rapporteur spécial des informations faisant état de 10’000 à 20’000 actes de racisme, les organisations non gouvernementales en dénonçant 50’000. Il a en outre reçu de nombreux témoignages de meurtres à motivation raciste, a poursuivi le Rapporteur spécial. C'est un fait massif. Et au lieu de s'intéresser à ces faits, le représentant russe a remis en cause l'objectivité du rapport, a-t-il regretté. Doudou Diène a ainsi déploré qu'un pays demande que les Rapporteurs spéciaux occultent ce qu'ils voient et les témoignages qu'ils reçoivent. Relevant que le représentant de la Russie a affirmé que la question de l'identité nationale de la Russie a été définie il y a mille ans, le Rapporteur spécial a souligné qu'il s'agit d'un fait grave; car si le concept de l'identité nationale est ainsi inscrit dans le marbre, alors cela signifie que toutes les évolutions historiques et les mouvements populations n'ont aucun impact sur cette identité nationale, qui est ainsi définie pour l'éternité.
D'autre part, répondant à la question de représentants d'Amérique du Sud, il a fait remarquer que le concept d'"Amérique latine" est un concept connoté. Il nie le pluralisme de l'identité de l'Amérique du Sud, a-t-il souligné. S'adressant aux représentants de l'Union européenne, il a fait observer que depuis l'affaire des caricatures danoises et tout le débat qui a suivi, l'Union européenne est arrivée à la limite des instruments internationaux qu'elle a adoptés.
Depuis le 11 septembre, il y a une lecture idéologique et politique des instruments internationaux, a-t-il averti. Il est devenu indispensable de trouver un équilibre entre la défense fondamentale de la liberté d'expression et la liberté de religion, d'une part, et l'instrumentalisation de la liberté de religion par les partis d'extrême droite pour légitimer leurs plate-formes racistes, d'autre part.
Le Rapporteur spécial a ainsi plaidé pour qu'une réflexion soit menée sur ces questions. Il faut favoriser et défendre la diversité culturelle, ethnique et religieuse. Doudou Diène a ainsi déploré que l'intégration soit traitée sur le mode "strip-tease". On demande aux étrangers de se déshabiller aux frontières, de quitter leurs coutumes pour revêtir le manteau national, a-t-il regretté. Ces questions sont centrales et méritent réflexion.
Source : Nations unies, Genève, 11 juin 2007.

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