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CONSEIL DES DROITS DE L'HOMME | SEPTIEME SESSION, LE RAPPORT DU HAUT COMMISSARIAT
__Louise Arbour annonce qu'elle ne briguerait pas un deuxième mandat au poste de haut commissaire des Nations unies aux droits de l'homme

Louise Arbour, la haut commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, qui présentait, le 7 mars 2008, son rapport annuel au Conseil des droits de l'homme, à Genève, a annoncé qu'elle ne solliciterait pas de deuxième mandat après les quatre années de travail dont elle s'est acquittée, selon le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, avec un "énorme dévouement".

La haut commissaire, dont le mandat arrive à échéance le 30 juin, avait remplacé en juillet 2004 le Brésilien Sergio Vieira De Mello, tué dans un attentat au camion piégé contre le quartier-général des Nations unies, à Bagdad, le 19 août 2003.

Cette femme énergique, née à Montréal le 10 février 1947, est devenue mondialement célèbre en mai 1999 en inculpant l'ex-président yougoslave Slobodan Milosevic de crimes contre l'humanité au Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPI), où elle avait été nommée procureur en octobre 1996.

Ban Ki-moon : un système des droits de l'homme renforcé

Ban Ki-moon, à qui Louise Arbour a fait connaître sa décision de ne pas solliciter le renouvellement de son mandat au-delà du mois de juin, a dit avoir reçu la nouvelle "avec grand regret".

"J'ai été très impressionné par le courage exceptionnel, l'énergie et l'intégrité qu'elle a démontrés en défendant avec force les droits de l'homme, qui sont l'un des mandats les plus importants des Nations unies. Elle a relevé le défi de cette tâche difficile exactement comme je l'aurais espéré", a-t-il déclaré.

Soulignant son "immense dévouement", Ban Ki-moon a reconnu que "Louise Arbour n'a jamais hésité à s'exposer aux critiques des Etats ou d'autres entités, lorsqu'elle jetait la lumière sur les victimes des abus et sur les insuffisances des systèmes juridiques partout dans le monde".

Il a rendu hommage à l'héritage qu'elle laisse, "celui d'un système des droits de l'homme renforcé et beaucoup plus élargi, qui met beaucoup plus l'accent sur la justice et la responsabilisation, qui jouit de mécanismes de protection réformés et adopte une approche plus équilibrée en ce qui concerne la totalité des droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels".

Evoquant sa succession, Louise Arbour a estimé qu'il serait "très utile" que le prochain haut commissaire soit issu d'un pays en développement. Selon elle, son successeur devrait présenter "une image qui le rapproche des détenteurs de droits dans les pays ou les régions qui se sentent les plus éloignés de nos efforts".

LES REACTIONS

Epuisée par quatre années sur la brèche, la haut commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, la Canadienne Louise Arbour a annoncé qu'elle quitterait son poste fin juin sans solliciter un nouveau mandat.

Après avoir informé le secrétaire général des Nations unies, Mme Arbour a présenté [le 7 mars] son dernier rapport annuel devant le Conseil des droits de l'homme réuni à Genève.

La haut commissaire, 61 ans, a assuré à des journalistes qu'elle avait pris cette décision "essentiellement pour des raisons personnelles" et non en raison des attaques parfois virulentes dont elle a été la cible. […]

La haut commissaire a dû faire face aux critiques des Etats-Unis et de nombre de pays en voie de développement dont elle a dénoncé les violations des engagements en matière de droits de l'homme. "Les pressions s'exercent par des critiques publiques, mais je ne fais pas l'objet d'obscures pressions secrètes", a-t-elle assuré. Certaines attaques "extrêmement injustes" l'ont "blessée", a-t-elle reconnu, "surtout quand cela touche à l'intégrité" ou lorsqu'elles visent "sur un ton méprisant" ses collaborateurs déployés sur le terrain.

"Je ne renonce pas à un second mandat à cause de ces critiques, bien au contraire : je dois me raisonner pour résister à la tentation de rester pour y faire face", a-t-elle insisté.

Mme Arbour a admis que des tensions existaient avec le Conseil des droits de l'homme, dont certains Etats membres voudraient bien voir le Haut commissariat sous leur coupe. "C'est un débat institutionnel très complexe : le Haut Commissariat dépend du secrétaire général, et le Conseil est un organe subsidiaire de l'Assemblée générale des Nations unies. Ce débat n'est pas fini, ça ne fait que commencer", a-t-elle prévenu. Agence France-Presse, Genève, 7 mars 2008.___________________________

Selon des informations obtenues par l'agence Reuters, Louise Arbour déplore que plusieurs Etats membres des nations unies cherchent à contrôler le Haut Commissariat aux droits de l'homme.

Dans l'une de ses interventions, dont l'agence Reuters a pu obtenir une copie, l'ancienne magistrate canadienne âgée de 61 ans indique que plusieurs Etats membres cherchent à contrôler le Haut-commissariat, organe indépendant du Conseil des droits de l'homme, qui regroupe 47 pays.

"Cette bataille va nous occuper pendant un moment. Nous sommes toujours menacés. Il y aura des revers.

"Le plus manifeste est la tentative de certains membres du Conseil pour superviser nos choix de gestion et les décisions que nous prenons, qui entrent pleinement dans le cadre de mon mandat", poursuit-elle.

Louise Arbour était notamment contestée par les Etats-Unis et par plusieurs pays en développement. Washington était particulièrement irrité par ses positions au sujet de la lutte antiterroriste et du conflit israélo-palestinien. Agence d'information Reuters.___________________________

Le départ de Louise Arbour, après un mandat de quatre ans, […] intervient à un moment extrêmement délicat. Le nouveau Conseil des droits de l'homme créé au printemps 2006 est encore très fragile. Dominé par les Etats dits du Sud, il est désormais très polarisé. Les pays occidentaux, minoritaires et moins organisés, se contentent d'être réactifs. Quant à la haut-commissaire, elle fait l'objet d'un tir croisé de critiques. [le 6 mars], par exemple, lors des débats sur la situation à Gaza, plusieurs pays arabes s'en sont pris à Louise Arbour au motif qu'elle aurait réagi trop tard. Un mauvais procès quand on sait qu'elle a toujours condamné les excès de l'Etat israélien et les tirs de roquettes palestiniens.

[…] Certains pays asiatiques et arabes dont le Sri Lanka et l'Egypte appellent même à la création d'une commission chargée de contrôler le travail du Haut-Commissariat pour mieux lui couper les ailes. Au Conseil des droits de l'homme, leur ambition est de mettre le Haut-Commissariat sous tutelle. Institutionnellement, ce plan n'a aucune chance d'aboutir, mais la menace de ces Etats en dit long sur le caractère dérangeant du travail effectué par l'équipe de Louise Arbour. Les pays arabes n'ont pas non plus apprécié le fait qu'elle ait salué la Charte arabe des droits de l'homme avant d'émettre des réserves.

Les attaques contre la juriste québécoise sont aussi venues des Etats-Unis. Les néo-conservateurs ne se sont pas privés de tirer à boulets rouges sur la haut-commissaire, la jugeant plus conciliante "avec les tyrans qu'avec les démocraties". Ils n'ont jamais avalé le fait que la haut-commissaire a soumis un rapport à la Cour suprême américaine sur la question de la licéité des tribunaux militaires. Stéphane Bussard, Le Temps, Genève, 7 mars 2008.___________________________

Certains pays aimeraient bien voir l'autoroité du haut commissaire subordonnée à celle du conseil des droits de l'homme. Autrement dit, une rivalité larvée oppoerait en coulisses deux structures : le Haut Commissariat aux droits de l'homme, qui est directement rattaché au secrétaire généarl des Nations unies, et le Conseil des droits de l'homme, organe subsidiaire de l'Assemblée générale. Un organe où les pays occidentaux se retrouvent minoritaires.

"Le risque, c'est que des pays qui considèrent que les droits de l'homme ne sont pas la chose la plus importante réduisent la mission du haut commissaire à un travail bureaucratique", confie une source proche de l'Onu. Alain Jourdan, La Tribune de Genève, 7 mars 2008.

Sources : Nations unies, Genève et New York; presse internationale, mars 2008.
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