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SESSION SPECIALE

Une session sur la crise alimentaire mondiale

Le Conseil préoccupé par la crise

La résolution adoptée par le Conseil

LA SESSION

Intervention Louise Arbour

Intervention Olivier de Schutter

Le DEBAT – Pays

Le DEBAT – Agences intergouvernementales

Le DEBAT - Ong

CONSEIL DES DROITS DE L'HOMME, 22 MAI 2008 | SESSION SPECIALE SUR "LA CRISE ALIMENTAIRE MONDIALE"
__Le débat : la crise alimentaire n'est pas une catastrophe naturelle, mais la conséquence de certaines stratégies suivies dans le monde

Le Conseil des droits de l'homme a tenu, le 22 mai 2008, une session extraordinaire, consacrée à l'examen de "l'impact négatif sur la réalisation du droit à l'alimentation de la crise alimentaire mondiale résultant, entre autres, de l'explosion des prix des denrées alimentaires". Il a dans ce cadre entendu des déclarations de la haut commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Louise Arbour; du nouveau Rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation, Olivier de Schutter; de Eibe Riedel, membre du Comité des droits économiques, sociaux et culturels; ainsi que de nombreux Etats membres du Conseil.

A l'ouverture de la séance, le Président du Conseil, l'Ambassadeur Doru Costea de la Roumanie, a rappelé que cette session a été convoquée à la demande de Cuba au nom du Mouvement des pays non-alignés, soutenue par plusieurs membres du Conseil.

M. EIBE RIEDEL, membre du Comité des droits économiques, sociaux et culturels, a rappelé que vendredi dernier, le Comité a adopté par consensus une déclaration sur la crise alimentaire mondiale (E/C.12/2008/1, disponible en anglais seulement). La crise alimentaire actuelle doit être considérée sous l'angle de ses liens étroits avec les droits de l'homme, a-t-il précisé. La crise alimentaire mondiale ne fait que souligner des causes structurelles qui étaient en action depuis plusieurs années, a-t-il souligné. Il convient de prendre des mesures urgentes, tant au niveau individuel que par le biais de l'aide internationale, pour mettre chacun à l'abri de la faim et apporter une aide alimentaire à ceux qui en ont besoin.

A chaque fois que cela est possible, les aliments doivent être achetés au niveau local, a par ailleurs souligné M. Riedel. La flambée des prix des denrées alimentaires est une question qu'il convient d'aborder en priorité, a-t-il souligné. Des mesures doivent notamment être prises face à la spéculation dont font l'objet les produits de base de l'alimentation et s'agissant également de la question des biocarburants. Le Comité des droits économiques, sociaux et culturels propose pour sa part que soit mis en place un mécanisme international de coordination pour surveiller et coordonner l'action en rapport avec la crise alimentaire mondiale. De l'avis du Comité, le Conseil des droits de l'homme doit se pencher sur les causes structurelles de cette crise et notamment revoir la politique commerciale agricole mondiale de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), afin de promouvoir un commerce agricole propice à l'élimination de la faim dans le monde.

LE DEBAT

Au cours du débat, nombre d'intervenants ont salué la convocation de cette session extraordinaire, la première que le Conseil consacre à une question thématique. Il a maintes fois été souligné que la flambée des prix des denrées alimentaires affecte en premier lieu les personnes les plus vulnérables à travers le monde. Plusieurs délégations ont insisté sur la nécessité de s'attaquer aux causes structurelles de la crise alimentaire mondiale actuelle associée à la hausse constante des prix des denrées alimentaires de base. Afin de résoudre cette crise, il est important d'assurer une cohérence et une coordination des actions menées aux niveaux national, régional et international. Certains intervenants ont clairement appelé à la cessation de la production de biocarburants.

Plusieurs orateurs ont dénoncé, au nombre des facteurs ayant engendré la présente crise alimentaire dans le monde, les subventions agricoles accordées par les pays riches à leurs agriculteurs, rendant non viable l'agriculture dans la plupart des pays en développement et provoquant une flambée des prix.

Nous sommes convaincus que le monde dispose de suffisamment de ressources et de capacités pour faire face à cette crise, a déclaré le représentant de l'Inde, avant d'appeler à un accord mondial afin de stabiliser les prix des denrées alimentaires, fruit d'un nouveau partenariat entre pays développés et en développement.

Plusieurs intervenants ont jugé inacceptable la persistance de pénuries alimentaires, compte tenu des capacités techniques permettant de nourrir plus du double de la population actuelle. Il a aussi été souligné que la crise alimentaire n'est pas une catastrophe naturelle, mais la conséquence de certaines stratégies suivies dans le monde, avec pour conséquence que plus de 850 millions de personnes sont aujourd'hui privées de leur droit à l'alimentation. Certains orateurs ont en outre estimé que la crise alimentaire mondiale actuelle est une conséquence directe de nombreuses années de privatisation d'institutions étatiques et des effets de la libéralisation des marchés axée sur les exportations. Faute d'une maîtrise du coût des aliments, a-t-il en outre été souligné, on doit craindre que les émeutes constatées ces derniers mois ne s'étendent à d'autres parties du monde, compromettant ainsi la paix et la sécurité internationales.

La communauté internationale doit simultanément s'attaquer au problème du réchauffement climatique qui, par les inondations et la sécheresse qu'il occasionne, est un facteur des pénuries alimentaires.
D'autres intervenants ont estimé important que le Conseil se concentre exclusivement sur les aspects relatifs aux droits de l'homme de la question, certains estimant que si certains pays ne sont pas capables de réaliser le droit à l'alimentation de leur population, ils doivent accepter l'aide qui leur est proposée.

Nombre d'intervenants se sont par ailleurs félicités de la mise sur pied par le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, d'une équipe spéciale chargée de la crise mondiale de la sécurité alimentaire, espérant en particulier qu'elle saura promouvoir une réponse unifiée et durable au défi actuel en matière d'approvisionnement alimentaire. Plusieurs organisations non gouvernementales ont toutefois déploré l'absence, dans cette structure, de représentants des principales victimes de la crise alimentaire, et se sont élevées contre les politiques commerciales internationales qui sont à l'origine de la crise actuelle.

En fin de séance, le nouveau Rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation, Olivier de Schutter, a déclaré que grâce à la résolution adoptée par le Conseil, il avait reçu un mandat clair pour porter le message en provenance des droits de l'homme face à la crise alimentaire mondiale. Il faut travailler sur les causes structurelles et développer des politiques globales pour faire face à la crise alimentaire, a ajouté le Rapporteur spécial, qui a conclu a soulignant que les biocarburants peuvent constituer un danger si l'alimentation et les combustibles sont en compétition sur les terres arables.

LES DECLARATIONS

M. JUAN ANTONIO FERNÁNDEZ PALACIOS (Cuba) a fait remarquer que cette session extraordinaire offre une occasion sans précédent au Conseil d'analyser un thème d'une importance cruciale pour des dizaines de millions de personnes. Le Conseil des droits de l'homme a réagi de façon rapide et efficace, s'est-il réjoui. Il a notamment tenu à saluer le rôle joué par le nouveau Rapporteur spécial qui a su, dans le cadre de cette session extraordinaire, faire preuve d'un grand dynamisme. Les peuples ont faim, a poursuivi le représentant. Il a déploré que la faim ait cependant disparu de la conscience de la communauté internationale en tant que problème, pour être remplacée par le terrorisme et les changements climatiques. Il a rappelé que la montée des prix des denrées alimentaires a plongé dans la pauvreté et la précarité des millions de personnes dans les pays en développement. Attirant l'attention sur les causes de ce phénomène, il a fustigé la répartition injuste et inéquitable des richesses au niveau mondial et le modèle économique néo-libéral. Il s'agit d'un problème structurel, a-t-il insisté, et non une crise conjoncturelle.

Cuba préfère que la communauté internationale élabore des stratégies globales plutôt que des projets d'aide ponctuelle. L'expression "du pain aujourd'hui et la faim pour demain" ne doit pas sous-tendre l'action de la communauté internationale aujourd'hui, a-t-il insisté.

M. Fernández a fait remarquer que ceux qui meurent de faim en ont assez que le monde riche dépense 8'000 millions de dollars par année en cosmétiques et 17'000 millions pour nourrir leurs animaux domestiques. Ceux qui meurent de faim en ont assez du budget mondial pour la guerre; ils ne supportent plus l'idée que les problèmes du monde peuvent se régler par la guerre, a-t-il ajouté. Le représentant cubain a enfin souligné que les solutions sont à la portée de la communauté internationale. Un monde sans faim est possible, un monde juste est possible, a-t-il souligné citant Fidel Castro.

M. SAMEH SHOUKRY (Egypte, au nom du Groupe africain) a fait observer que la crise alimentaire mondiale due à la flambée des prix a un impact disproportionné sur les pays africains. Le continent a d'ores et déjà pris des mesures effectives pour faire face à cette montée des prix, a-t-il ajouté. Face à cette situation, il convient de promouvoir une cohérence entre les politiques nationales et internationales afin de faire prévaloir le droit à l'alimentation, a souligné le représentant du Groupe africain. Il a rappelé l'obligation principale des États de soulager la faim. La crise actuelle est le résultat de facteurs internationaux, a-t-il poursuivi.

Cette crise a été aggravée par les subventions au profit de sources alternatives d'énergie, en particulier les biocarburants, a par ailleurs fait observer le représentant. Il a dénoncé les mesures et politiques qui entraînent une violation du droit à l'alimentation et a plaidé en faveur d'une approche coordonnée face à cette crise. Il convient de trouver des solutions à long terme à la crise alimentaire mondiale en traitant les problèmes essentiels qui la sous-tendent, a insisté le représentant. La situation actuelle est inacceptable et elle continue de menacer la sécurité régionale et internationale, souligne le Groupe africain.

M. MASOOD KHAN (Pakistan, au nom de l'Organisation de la Conférence islamique) a déclaré que plus de 82 pays sont dans une situation d'urgence alimentaire et plus de 850 millions de personnes vivent dans l'insécurité alimentaire. Les stocks de céréales ont fortement diminué. L'augmentation des prix entraîne faim et insécurité partout dans le monde. Le Conseil des droits de l'homme n'est pas une institution spécialisée, mais peut définir des mesures pour le respect du droit à l'alimentation, toute inaction ou passivité serait une violation de ce droit.

A long et moyen terme, il faudra régler les problèmes que sont les interdictions d'exportation de produits agricoles, la généralisation des biocarburants et les changements climatiques, notamment. Dans l'immédiat, la crise actuelle remet en question tous les progrès enregistrés à ce jour dans le domaine de la lutte contre la faim et la pauvreté extrême, a déploré le représentant, appelant au renforcement de l'aide aux petits producteurs et à l'amélioration des systèmes de distribution. Il faut également répondre sans délai à l'appel lancé par les agences internationales en faveur des populations les plus vulnérables, a déclaré le représentant pakistanais. Quant au Conseil des droits de l'homme, il devrait apporter son soutien à l'équipe spéciale du Secrétaire général des Nations unies sur la crise alimentaire mondiale dans ses efforts de mobilisation d'une aide financière d'urgence et de renforcement des capacités d'action des autorités locales et nationales.

M. ANDREJ LOGAR (Slovénie, au nom de l'Union européenne) s'est félicité de l'appui général dont les Etats ont témoigné pour la convocation de cette session extraordinaire. Il s'est dit persuadé que le Conseil des droits de l'homme peut jouer un rôle fondamental pour répondre aux aspects relatifs aux droits de l'homme de cette crise. Il a fait observer que les nombreuses causes de cette crise ne relèvent pas du mandat du Conseil et qu'il n'appartient pas à ce dernier d'en discuter.

D'autres organes des Nations unies travaillent actuellement sur une stratégie pour aider les pays en développement à faire face à cette crise alimentaire. Les Etats ont toutefois l'obligation de prendre des mesures pour assurer besoins fondamentaux de leurs populations. Une bonne gouvernance et l'exercice de tous les droits civils et politiques et les droits économiques sociaux et culturels sont essentiels pour assurer la sécurité alimentaire, a-t-il souligné. De même, la liberté d'expression et l'état de droit constituent des instruments puissants pour éradiquer la faim et la pauvreté. Il faut oeuvrer ensemble pour assurer la réalisation et le plein respect du droit à l'alimentation.

Le représentant de l'Union européenne a souligné l'importance d'accorder une attention particulière aux groupes vulnérables. Parmi les mesures à mettre en oeuvre, il a estimé nécessaire de veiller à augmenter la production et la productivité dans les pays en développement, avec un accent tout particulier sur l'amélioration des capacités de l'agriculture à petite échelle. Il a d'autre part souligné que les Etats doivent assurer un accès entier à l'assistance humanitaire. A cet égard, il s'est dit choqué par les conséquences du cyclone Nargis et souligné que la communauté internationale doit faire tout son possible pour assurer que l'assistance humanitaire parvienne à la population. L'aide alimentaire d'urgence peut apporter une contribution importante à la réduction de la crise actuelle, a souligné le représentant, qui a fait valoir que l'Union européenne a augmenté sensiblement son financement à l'aide alimentaire en 2008. Mais. l'aide alimentaire répond à un besoin à court terme, c'est pourquoi il est important d'assurer une augmentation de la production locale.

M. MOHAMMAD ABU-KOASH (Palestine, au nom du Groupe arabe) a souligné que le Conseil se doit de faire face à la crise alimentaire mondiale, eu égard à ses compétences et à sa spécialisation dans le domaine des droits de l'homme. Il a souligné que la présente session extraordinaire doit se solder par l'adoption d'une résolution par consensus, afin d'envoyer un message sans équivoque à tous ceux qui souffrent de la faim dans le monde, leur indiquant que nous ne sommes pas de simples spectateurs de leurs souffrances. La crise alimentaire actuelle n'a rien à voir avec une quelconque théorie malthusienne; elle est due à l'homme et il ne s'agit pas d'une crise "naturelle". Il faut que les institutions spécialisées s'attachent à faire face aux facteurs qui sont la cause de cette crise. Certains parlent de l'offre, d'autres de la demande, mais en fait, cette crise doit nous amener à remettre en cause toutes les théories et leur mise en oeuvre. Tout le monde est aujourd'hui d'accord pour qu'une initiative soit prise afin d'assurer la production de denrées alimentaires. Dans des circonstances normales, le Soudan, par exemple, pourrait nourrir non seulement sa propre population, mais aussi d'autres populations.

M. SHINICHI KITAJIMA (Japon) a souligné que tous les peuples ont le droit fondamental d'être à l'abri de la faim. La flambée des prix alimentaires pose des problèmes graves et laissent planer la menace de la malnutrition, avec des impacts négatifs sur la jouissance des droits de l'homme. Les prix alimentaires mondiaux influencent égalent les prix au Japon, qui est fortement dépendant de l'approvisionnement sur le marché international. Le Japon estime que le problème des prix alimentaires doit être traité dans le cadre des prochaines réunions du G8 et qu'il doit être mis à l'ordre du jour d'autres instances internationales.

Dans le cadre de la coopération internationale, le Japon a déjà annoncé un plan d'aide alimentaire d'urgence d'un montant de 100 millions de dollars d'ici à juillet 2008. Cinquante millions de dollars ont déjà été versés au Programme alimentaire mondial et cinquante autres millions seront consacrés à l'aide aux petits paysans. A long terme, il conviendra de réfléchir aux moyens d'augmenter la production et la productivité agricoles dans le contexte des changements climatiques. Quant à la promotion des biocarburants, elle doit tenir compte de la nécessité d'équilibrer les exigences de la lutte contre le réchauffement climatique et de la réalisation du droit à l'alimentation, a souligné le représentant du Japon.

M. CARLOS RAMIRO MARTÍNEZ ALVARADO (Guatemala) a estimé que cette session extraordinaire est particulièrement opportune et a tenu à remercier les Etats qui l'ont convoquée. Il a ensuite expliqué que l'ancien Rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation, M. Jean Ziegler, s'est rendu au Guatemala en 2005 et a reconnu que le gouvernement faisait des efforts face à ce problème. Pour mettre un terme à la faim et la malnutrition, une stratégie intégrale de développement acceptée par tous les secteurs a été mise en place. Des mécanismes institutionnels et légaux ont été mise en oeuvre et une politique nationale de sécurité alimentaire a été élaborée, a-t-il indiqué. Il a également souligné que ces efforts nationaux ont été complétés par l'aide bilatérale et multilatérale de la coopération internationale.

Toutefois, a-t-il fait remarquer, la crise actuelle entrave la capacité des pays en développement de faire face et compromet à moyen terme les possibilités pour ces États de réaliser les objectifs du Millénaire pour le développement. Les causes de la crise ne sont pas nouvelles et touchent en particulier les populations des pays en développement et les secteurs les plus vulnérables de ces pays. Le représentant du Guatemala a souligné que la crise résulte é la fois des distorsions du commerce international, des inégalités entre les différents pays et du changement climatique. Les efforts déployés par les pays en développement ne suffisent pas à régler cette crise.

M. AMRAN MOHAMED ZIN (Malaisie) a déclaré que son pays est particulièrement préoccupé par le fait que la crise alimentaire actuelle met à l'épreuve de très nombreux pays en développement qui n'ont pas les moyens de s'adapter face à cette crise. Le risque d'instabilité politique induit par cette crise est énorme, a-t-il ajouté. L'objectif du Millénaire consistant à réduire de moitié la faim dans le monde d'ici 2015 est gravement menacé par la présente crise alimentaire mondiale. Pour assurer la sécurité alimentaire mondiale, il faut des mesures concertées au niveau interne associées à un partenariat international, a souligné le représentant malaisien. Il faut incontestablement une réaction mondiale à cette crise, a-t-il insisté. Le représentant malaisien a indiqué attendre avec impatience les résultats de la conférence de haut niveau qui va se tenir à Rome, sous l'égide de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), au début du mois prochain. La crise actuelle doit être appréhendée dans le cadre beaucoup plus large du développement durable, a conclu le représentant.

M. BOUDEWIJN J. VAN EENENNAAM (Pays-Bas) a engagé le Conseil des droits de l'homme à se pencher sur la manière dont les gouvernements peuvent garantir, à court terme, l'accès de leurs citoyens à une nourriture adéquate. A titre de filet de sécurité, les Etats devraient notamment prévoir des transferts directs d'argent ou, à défaut, un approvisionnement ciblé en produits alimentaires. Les quotas à l'exportation de produits agricoles devraient être supprimés, a aussi préconisé le représentant, et l'action à moyen terme porter sur le développement du secteur agricole, grâce notamment à des investissements dans les infrastructures. Toutes ces mesures ont un coût, a admis le représentant, et les pays concernés doivent faire appel à l'aide internationale s'ils n'ont pas les moyens de l'assumer. Les Pays-Bas sont de leur côté prêts à assumer leurs responsabilités financières. Le représentant néerlandais a ainsi fait valoir que son pays a déjà dégagé plus de 70 millions de dollars au titre de l'aide alimentaire d'urgence et, à terme, consacrera 400 millions de dollars par an au développement agricole durable.

M. JOSE A. MORATO TAVARES (Indonésie) a fait remarquer que la crise actuelle, résultat de l'augmentation des prix des denrées alimentaires, a souligné que l'objectif aujourd'hui est de pousser les Etats à agir, notamment en mettant en place un régime mondial de gouvernance alimentaire qui aurait dû voir le jour depuis longtemps. Le droit à l'alimentation est un droit fondamental, a rappelé le représentant. Il ne peut être réalisé qu'en assurant un accès universel à l'alimentation. Le représentant indonésien a également fait remarquer qu'alors que l'on fête le soixantième anniversaire de la Déclaration des droits de l'homme, le droit à l'alimentation fondamental reste inaccessible pour 854 millions de personnes.

Cette session extraordinaire est essentielle pour appeler les Etats à l'action et leur rappeler leurs obligations, et notamment celle de protéger contre la faim. Les gouvernements et les acteurs mondiaux sont invités à évaluer et à chercher à améliorer les mécanismes de la production alimentaire, ainsi que l'offre et la demande, a-t-il ajouté. Il a rappelé que l'ancien Rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation, M. Jean Ziegler, avait mis en lumière les inégalités profondes qui perdurent dans le monde s'agissant de l'accès à l'alimentation. Il faut créer les conditions nécessaires à la promotion de la dignité humaine et donner aux plus pauvres les moyens de réaliser leur droit à l'alimentation, a-t-il insisté. Il a réitéré l'importance de revoir les mécanismes de production alimentaire et du commerce. Il faut trouver de nouveaux modes de fonctionnement pour assurer que la situation soit plus équitable, a-t-il conclu.

M. DEBAPRIYA BHATTACHARYA (Bangladesh) a relevé que pour la première fois, une session extraordinaire sur une question thématique a été convoquée. Selon les estimations, près de 900 millions de personnes dans le monde ont régulièrement faim et sont sous-alimentées. En outre, près de 40'000 enfants meurent de faim et de maladies évitables dans le monde chaque jour. La faim, la malnutrition et la pauvreté dans les pays les plus touchés par ces phénomènes sont considérablement aggravées par la hausse des prix des denrées alimentaires.

En outre, des phénomènes tels que la sécheresse, la demande accrue de biocarburants et la demande accrue des consommateurs dans les grands pays ne font qu'aggraver cette situation mondiale. Or, il semble que la flambée des prix ne soit pas sur le point de s'inverser, a déploré le représentant. Il devient dès lors capital de trouver des solutions pour aider les pays importateurs nets de denrées alimentaires. Dans ce contexte, il convient d'entendre l'appel de fonds lancé par le Programme alimentaire mondial à hauteur de 750 millions de dollars pour répondre aux besoins les plus urgents. Par ailleurs, la production de biocarburants doit cesser, a estimé le représentant du Bangladesh. Il s'est dit confiant que le prochain sommet sur cette question qui se tiendra à Rome au début du mois prochain traitera les problèmes urgents de faim et d'alimentation et traitera également le problème urgent de la sécurité alimentaire.

M. BABACAR CARLOS MBAYE (Sénégal) a déclaré que la manière dont l'appel à la tenue d'une session extraordinaire s'est concrétisé témoigne d'une conscience collective de l'urgence de la crise actuelle et de la volonté d'intégrer les droits de l'homme à la recherche de solutions durables au problème de la faim dans la monde. La situation alimentaire mondiale est d'une nature si complexe que ses causes interpellent et engagent tous les intervenants concernés par le droit à l'alimentation. Il incombe, certes, aux Etats de réaliser ce droit. Mais, la collaboration étroite des Nations unies et des organisations internationales concernées, des secteurs privé et public, est aussi indispensable, les efforts nationaux devant être complétés par une aide technique et par le développement du secteur agricole. C'est dans cet esprit que le gouvernement du Sénégal a pris une série de mesures pour faire de l'agriculture le moteur du développement du pays.

M. SAMEH SHOUKRY (Egypte) s'est félicité de la tenue de cette session extraordinaire et s'est dit d'avis que cette session engage la crédibilité du Conseil. Nous sommes à un moment important dans l'histoire de ce Conseil; l'opinion publique observe la capacité du Conseil à adresser un message uni et solidaire face à la crise alimentaire. Le représentant égyptien a expliqué que la crise alimentaire et la flambée des prix des denrées alimentaires découlent de nombreux facteurs, et notamment des politiques prônées par certaines organisations internationales financières et spécialisées qui ont mené à une baisse des fonds investis dans l'agriculture et à des changements dans les cultures. Ces répercussions ont été aggravées par les déformations commerciales qui sont le fait des subventions accordées par les pays riches à leurs agriculteurs.

Les changements climatiques, la hausse des prix de l'énergie, la spéculation sur les marchés internationaux et les productions excessives de biocarburants à l'heure où des millions de personnes souffrent de la faim contribuent également au phénomène. Le représentant a appelé les Etats à évaluer les différents facteurs qui ont mené à cette crise et à revoir les politiques nationales qui pourraient avoir contribué à cette situation. Rappelant que certains États ont invoqué les principes de responsabilité de protéger et de sécurité humaine pour intégrer la dimension des droits de l'homme dans les politiques de développement, il a dit s'attendre à ce que ces mêmes États élèvent leurs voix pour insister sur l'importance de répondre à cette crise d'un point de vue des droits de l'homme. L'éradication de la pauvreté, de la faim et de la maladie et la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement représentent une obligation morale, politique et éthique, ainsi qu'une responsabilité partagée, a conclu le représentant égyptien.

M. SHREE BABOO CHEKITAN SERVANSING (Maurice) s'est réjoui que la présente session extraordinaire du Conseil permette de procéder à une analyse approfondie des liens entre insécurité alimentaire, vulnérabilité et droit à l'alimentation. Il est impossible de faire prévaloir les droits civils et politiques si l'on ne cherche pas à promouvoir le droit à l'alimentation, a-t-il souligné, mettant l'accent sur l'indivisibilité de tous les droits de l'homme. La crise alimentaire actuelle est plus durement ressentie par les États les plus vulnérables, au nombre desquels les petits insulaires en développement, a-t-il poursuivi. En tant que pays importateur net de produits alimentaires, Maurice est préoccupé que de nombreux pays exportateurs aient pris des mesures strictes en matière commerciale, au nombre desquelles des restrictions à l'exportation voire carrément des mesures d'interdiction pour certains produits de base; pour légitimes et compréhensibles qu'elles soient, de telles mesures ont des conséquences néfastes sur l'accès à l'alimentation, du fait de la hausse des prix des denrées qu'elles provoquent. La crise actuelle requiert une coopération et une solidarité internationale pour y faire face, a conclu le représentant mauricien.

MME HARIVOLA MIRANA RAVOKATRASOLOFO (Madagascar) a déclaré que l'appui par plus de 82 Etats membres des Nations unies, dont le sien, pour la tenue de cette session extraordinaire, démontre la détermination de la communauté internationale à chercher une solution nécessaire au plein respect du droit à l'alimentation. Plus de 850 millions de personnes se trouvent dans une situation d'insécurité alimentaire, a rappelé la représentante, et deux milliards souffrent de malnutrition. L'Afrique subsaharienne est l'une des régions du monde les plus touchées par ce fléau. Cette situation requiert non seulement une action énergique au niveau national mais aussi des efforts accrus et un engagement collectif de la communauté internationale, en vertu de l'obligation pour tous les États de garantir le droit à une alimentation adéquate, une obligation que les pays les moins avancés ne peuvent assumer à eux seuls. Le respect du droit à l'alimentation incombe au premier chef aux Etats et un plan d'action nationale approprié pour faire face à la crise alimentaire doit être mis en place dans l'urgence. De telles mesures devraient être prises également au niveau régional et international; l'Union africaine dispose pour sa part déjà d'un mécanisme afférent, a observé la représentante malgache. Le rôle du Conseil des droits de l'homme est de déployer tous ses efforts pour faciliter les échanges de vues et d'expériences entre les Etats, les parties prenantes et les organisations internationales pour éradiquer la crise alimentaire mondiale.

M. SÉRGIO ABREU E LIMA FLORÊNCIO (Brésil) a regretté qu'après des années de dévouement à cette question, la communauté internationale doive encore faire face à des problèmes dans la réalisation du droit à l'alimentation. Il a espéré que cette session extraordinaire permettra d'adopter une perspective axée sur les droits de l'homme dans le cadre de la crise alimentaire actuelle. Il a félicité le Secrétaire général d'avoir pris l'initiative de créer une cellule de crise sur la question. La lutte contre la faim est une priorité pour le Brésil, a-t-il poursuivi, faisant notamment référence à la politique brésilienne de "faim zéro". Il a fait remarquer que la communauté internationale ne fait pas uniquement face au manque de produits alimentaires et agricoles mais aussi à une distribution et une capacité d'achat inégales.

Citant le Président Lula, le représentant brésilien a souligné que la crise actuelle est une combinaison de multiples facteurs, comme la flambée des prix du pétrole, les spéculations sur les marchés financiers internationaux et l'accumulation des denrées alimentaires dans certains pays comme la Chine, l'Inde et le Brésil. Il a plaidé en faveur de la mise en place de solutions d'urgence, mais également de plans sur le long terme. Il a ensuite estimé que les allégations qui lient la montée actuelle des prix à la production de bioéthanol ne sont pas fondées. Il s'est inscrit en faux face aux propos de M. Jean Ziegler, l'ancien Rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation, qui proposait de considérer la production de biocarburants comme un "crime contre l'humanité". Pour surmonter la crise actuelle, le succès du Cycle de négociations de Doha est nécessaire, a-t-il insisté. Nous devons contribuer tous ensemble à cet objectif, a-t-il conclu.

M. SWASHPAWAN SINGH (Inde) a jugé impératif que le Conseil et d'autres institutions internationales réagissent à la crise alimentaire mondiale actuelle en toute sincérité et que tous les pays, développés comme en développement, joignent leurs efforts pour résoudre cette crise. La crise alimentaire mondiale et la hausse des prix alimentaires exacerbent les inégalités mondiales et les différences de revenus et de richesses. Les énormes subventions agricoles accordées par les pays développés à leurs agriculteurs, qui déversent alors leurs produits dans les pays en développement, a rendu non viable l'agriculture dans la plupart des pays en développement et provoqué une flambée des prix, a souligné le représentant indien. Une utilisation de plus en plus fréquente des céréales disponibles aux fins de production de biocarburants n'a fait qu'aggraver le problème, a-t-il ajouté.

Le représentant indien a affirmé que les pays en développement, pour accroître leur production, ont besoin d'un transfert de technologiques modernes, de semences résistant aux pesticides, de systèmes d'irrigation performants et d'engrais améliorés. L'un des progrès les plus notables enregistrés en Inde s'est fait dans le domaine de la sécurité alimentaire, a par ailleurs souligné le représentant indien, tout en reconnaissant que le pays doit encore faire davantage pour améliorer les niveaux nutritionnels. Nous sommes convaincus que le monde dispose de suffisamment de ressources et de capacités pour faire face à cette crise, a-t-il conclu, appelant à un accord mondial afin de stabiliser les prix des denrées alimentaires, fruit d'un nouveau partenariat entre pays développés et en développement.

M. ELCHIN AMIRBAYOV (Azerbaïdjan) a dit la vive préoccupation de son pays devant le sort de millions d'individus privés du droit à l'alimentation. Cette insécurité exacerbe la situation dans les pays pauvres et entrave leurs efforts de développement; elle engendre manifestations, troubles civils et déplacements massifs de populations. Les Etats doivent donc redoubler d'effort pour assurer la sécurité alimentaire de leurs populations. S'ils n'y parviennent pas seuls, ils doivent pouvoir compter sur l'aide internationale. Par ailleurs, la communauté internationale doit se préoccuper des effets destructeurs du changement climatique et de la désertification. Le représentant azerbaïdjanais a observé que certains groupes paraétatiques empêchent la distribution d'aide alimentaire et a dénoncé l'utilisation de la famine comme arme de guerre.

M. LUIS ALFONSO DE ALBA (Mexique) a estimé que la convocation de cette session extraordinaire constitue un précédent très important et a exprimé l'espoir que le Conseil emploiera tous les moyens dont il dispose pour mettre en lumière les aspects de la crise alimentaire actuelle qui relèvent des droits de l'homme. L'ampleur de la crise est particulièrement alarmante. Parmi les différents facteurs qui ont mené à cette crise, le représentant a souligné l'augmentation de la demande d'aliments, les changements climatiques, la diminution des réserves, les barrières aux exportations et les subventions à la production agricole, l'augmentation de la demande de céréales pour la production de biocarburants et la spéculation financière.

Tous ces facteurs mettent en lumière la complexité du problème et l'urgence de mettre en oeuvre des mesures à court, moyen et long terme. Il a ainsi lancé un appel aux Etats, aux organisations internationales et à tous les acteurs intéressés, pour qu'ils gardent à l'esprit la nécessité d'agir de manière coordonnée et solidaire. Dans la définition des stratégies à mettre sur pied pour faire face à la crise, il est essentiel d'insister sur l'élément "droits de l'homme", a-t-il martelé. Il faut que la personne soit au centre de la stratégie. Il faut également tenir compte des questions sexospécifiques et garantir l'accès à l'alimentation pour les femmes et pour d'autres groupes vulnérables, a-t-il préconisé. Il a également relevé l'importance d'assurer la participation de la société civile. Le Conseil des droits de l'homme et tous les autres mécanismes ont l'occasion de collaborer pour trouver des solutions efficaces à cette crise, a-t-il conclu.

M. MARIUS GRINIUS (Canada) a déclaré que, dans le contexte de la crise alimentaire mondiale actuelle, la contribution du Conseil doit se concentrer sur les droits de l'homme et les aspects humanitaires de cette crise et apporter un soutien pratique aux principales instances chargées d'y répondre. Rappelant que la crise a des effets disproportionnés sur les personnes les plus vulnérables, le représentant canadien a demandé à tous les Etats d'assurer un accès égal pour tous aux services humanitaires. La crise alimentaire est particulièrement grave pour les personnes qui vivent dans des pays où l'accès humanitaire sans entrave n'est pas assuré, lorsqu'il n'est pas tout simplement refusé, comme cela est le cas au Myanmar [Birmanie], au Zimbabwe, en République populaire démocratique de Corée, en Somalie et au Soudan. Le représentant canadien a par ailleurs souligné que le Canada alloue cette année 230 millions de dollars à l'aide alimentaire, soit une hausse de 50 millions de dollars par rapport à 2007.

MME ERLINDA F. BASILIO (Philippines) a qualifié d'occasion historique cette première session thématique du Conseil des droits de l'homme. Compte tenu de l'urgence de la crise, les Philippines estiment que le Conseil doit jouer un rôle pour améliorer la situation des droits de l'homme des personnes touchées par la crise actuelle. Les familles les plus pauvres sont les plus sensibles à la flambée des prix et ne peuvent même plus toujours accéder à un bol de riz quotidien, a déploré la représentante. Le gouvernement des Philippines a procédé à une réévaluation immédiate des revenus des familles les plus démunies. Il a plaidé pour une meilleure coopération régionale dans le domaine de la recherche de méthodes de production plus efficaces. La communauté internationale peut et doit faire face globalement à une série de défis tels que les changements climatiques et le développement inégal. Le respect des obligations internationales en matière de droits de l'homme doit être au centre des activités de la communauté internationale, c'est pourquoi les Philippines appellent le Conseil des droits de l'homme à assumer un rôle constructif à cet égard.

M. CARLOS ROBELO RAFFONE (Nicaragua) a fait observer qu'il est inacceptable que 880 millions de personnes survivent avec moins d'un dollar par jour, alors que le monde est plus riche que jamais. Il a également déploré que des millions de dollars soient dépensés chaque jour pour financer des guerres. Les inégalités oppriment les plus pauvres et les plus marginalisés. Il faut réunir des fonds pour nourrir les plus pauvres et il faut donner des ressources pour développer les capacités productives de nos pays, a préconisé le représentant nicaraguayen. Les Etats sont aujourd'hui réunis pour évaluer ensemble les causes de cette crise alimentaire et son impact sur le droit à l'alimentation. Le représentant a souligné que le Nicaragua s'est appauvri à cause des politiques néolibérales imposées par le système capitaliste et souligné que les denrées alimentaires ne doivent pas faire l'objet du "marché libre". Il a regretté que les pays riches conservent leur système de subventions à leurs agriculteurs; ces pratiques déforment le commerce international. Il a ensuite estimé indispensable de garantir une production fiable de denrées alimentaire, ainsi que la sécurité alimentaire pour tous. La réalisation du droit à l'alimentation sera possible lorsque le monde sera moins inégal, a souligné le représentant.

M. MOHAMMED I. HAIDARA (Nigéria) a fait part de sa profonde préoccupation face à la crise alimentaire actuelle qui menace les vies de plus de 800 millions de personnes et constitue incontestablement une menace pour l'humanité. Face à cette crise, la pire depuis 45 ans, il convient d'agir sans plus tarder et de manière globale. Il faut agir ici et maintenant, a insisté le représentant nigérian. Il faudrait que le Conseil appelle les institutions financières internationales et les institutions spécialisées, dans leurs domaines de compétences, à fournir des solutions pratiques à court, moyen et long terme à la crise alimentaire persistante et aux défis que lance la hausse continue des prix des denrées alimentaires. Le Nigéria exhorte toutes les parties prenantes à prendre les mesures nécessaires afin d'assurer que l'organisation des marchés des produits alimentaires au niveau mondial soit compatible avec le droit à l'alimentation.

M. JEAN-BAPTISTE MATTEI (France) a notamment déclaré que son pays est fortement préoccupé par la gravité de la crise alimentaire mondiale, entraînée par la hausse continue des prix des denrées alimentaires, compte tenu des tensions qu'elle provoque au détriment des populations et de son impact sur la poursuite des objectifs du Millénaire pour le développement. La France a immédiatement réagi à la situation d'insécurité alimentaire actuelle en décidant de doubler son enveloppe d'aide au Programme alimentaire mondial, à l'Organisation des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation, aux organisation non gouvernementale et aux Etats.

Le président français Nicolas Sarkozy a également proposé la mise en place d'un partenariat mondial pour l'alimentation et l'agriculture, permettant de mieux coordonner les interventions des Nations unies, des institutions financières internationales, des Etats, du secteur privé et des organisations non gouvernementales. Des réponses durables sont aussi nécessaires, c'est pourquoi la France a mis en place un groupe de travail interministériel. Des organisations non gouvernementales sont associées à ses travaux. Par ailleurs, la France inscrira la résolution de cette crise parmi les priorités de sa présidence de l'Union européenne au second semestre 2008. A plus long terme, la crise alimentaire ne peut être résolue qu'en redynamisant l'agriculture mondiale. Ceci passe notamment par une augmentation de la productivité dans les régions du monde où les gains potentiels sont les plus importants, et par un renforcement des stocks alimentaires nationaux et des infrastructures.

M. ARCANJO MARIA DO NASCIMENTO (Angola) a déclaré que son pays suit avec grande appréhension les évènements sociaux enregistrés dans plusieurs pays, surtout africains, suite à la flambée des prix des denrées alimentaires. Cette situation, a-t-il averti, pourrait jeter dans une plus grande pauvreté encore plus de 100 millions de personnes. Il a fait remarquer que des mesures urgentes sont nécessaires pour s'assurer que les conséquences négatives de cette crise n'affectent pas, de façon encore plus alarmante, les pauvres. Le délégué a expliqué que son pays regrette l'ordre économique actuel qui marginalise le continent africain et qui entrave le développement. Certaines institutions internationales ont poussé les pays africains à développer des cultures d'exportation et d'ouverture des marchés sans se soucier de l'élaboration des stratégies qui pourraient améliorer la compétitivité agricole et l'autosuffisance des pays en développement.

Les fortes subventions dont bénéficient les agriculteurs des pays riches ont particulièrement affaibli l'Afrique, entraînant une baisse des cours mondiaux du coton, du sucre et d'autres produits agricoles africains destinés à l'exportation, a souligné le représentant angolais. Il a également fait observer que les conditions imposées par certains organismes de financement extérieurs ne sont pas favorables aux politiques agricoles des pays en développement et que les producteurs agricoles les plus pauvres n'en bénéficient pas. Rappelant que la Déclaration universelle des droits de l'homme indique que tout le monde a le droit à un logement adéquat, aux soins de santé, au bien-être familial et à une alimentation saine, il a souligné qu'il importe de favoriser un climat de paix et de stabilité et un environnement politique, social et économique normal pouvant contribuer à la capacité de l'État de donner la priorité nécessaire à la sécurité alimentaire et à l'éradication de la pauvreté. Dans cette perspective, l'Angola attache beaucoup d'importance à ce que les politiques de développement agricole, commercial et des investissements aux niveaux national et international correspondent aux objectifs de la réalisation du droit à l'alimentation.

M. LI BAODONG (Chine) a souligné que la flambée mondiale des prix alimentaires sape les efforts déployés par la communauté internationale pour réaliser les objectifs du Millénaire pour le développement. Cette crise menace la stabilité et la sécurité du monde, a-t-il ajouté. La question est non seulement liée au développement et à la sécurité, mais aussi aux droits de l'homme fondamentaux, au nombre desquels figure le droit de chacun d'être à l'abri de la faim, a souligné le représentant chinois, rappelant la responsabilité particulière du Conseil des droits de l'homme à cet égard. Pour faire face à cette crise alimentaire, il convient de coopérer, ensemble, au sein de la communauté internationale. Il faut prendre des mesures pour prévenir la spéculation sur les denrées de première nécessité, a notamment souligné le représentant chinois. Par ailleurs, il faut aider les pays en développement à renforcer leurs capacités de production alimentaire et leur fournir à cette fin une assistance technique. La Chine, pour sa part, figure parmi les premiers pays à avoir réalisé l'objectif du Millénaire consistant à réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de la faim, a fait valoir le représentant.

M. CARLOS ALBERTO CHOCANO BURGA (Pérou) a déclaré que le Conseil des droits de l'homme doit jouer un rôle important dans la crise actuelle qui précarise des populations déjà fragilisées. Dans ce contexte, les efforts de la communauté internationale doivent intégrer une perspective des droits de l'homme, particulièrement le droit à l'alimentation, un droit reconnu par la Déclaration universelle des droits de l'homme aussi bien que par le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels. Il est de fait que cette situation découle d'un ensemble de facteurs, au coeur desquels l'action humaine, a observé le représentant. C'est pour cette raison que les mesures à prendre doivent concerner les raisons structurelles de la crise actuelle. Les chefs d'Etats de l'Amérique latine se sont penchés sur ces problèmes lors de leur réunion à Lima du 15 au 18 mai 2008, et sont convenus d'adopter des mesures immédiates d'aide en faveur des populations touchées. Ils ont en outre invité la communauté internationale à adopter, à plus long terme, des mesures concertées pour renforcer les capacités agricoles et le développement rural, afin d'assurer une réponse à la demande en nourriture.

MME GLAUDINE MITSHALI (Afrique du Sud) a fait remarquer qu'aborder la question de la crise alimentaire dans le cadre du Conseil met en lumière les aspects relatifs aux droits de l'homme de la crise alimentaire actuelle. Elle s'est dite profondément préoccupée que la récente flambée des prix des denrées alimentaires ait mené à une crise touchant les plus vulnérables. La menace de la malnutrition et de la faim continue de toucher les plus pauvres, a-t-elle poursuivi. Le risque d'instabilité politique est extrêmement élevé dans les pays qui sortent d'un conflit, a-t-elle ajouté. S'agissant des causes de cette crise, elle a blâmé le manque d'investissement dans le secteur agricole, les distorsions créées par les subventions, la dégradation de l'environnement, la production de biocarburants et le manque de ressources alimentaires. Elle a ainsi relevé l'importance de fournir un soutien aux agriculteurs des pays en développement pour éviter d'aggraver la pénurie des denrées alimentaires et limiter l'impact de la crise.

D'un point de vue régional, la représentante de l'Afrique du Sud a souligné que le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique a examiné la façon dont les réserves pourraient être mieux utilisées. Elle s'est dite encouragée par la récente réunion d'un groupe de pays africains lors de laquelle ces pays ont consenti à créer un fonds d'environ 500 millions de dollars pour répondre aux besoins urgents de leurs populations. Elle a d'ailleurs souligné qu'une réunion est prévue aujourd'hui à Johannesburg sur la question de la crise alimentaire. Pour conclure, Mme Mitshali a souligné que la crise alimentaire entrave sérieusement la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement et a plaidé pour une meilleure coordination face à ce nouveau défi.

MME R. ARIYARATNE (Sri Lanka) a affirmé que le monde se trouve à un moment crucial de la crise alimentaire mondiale résultant de la flambée des prix des denrées alimentaires et du pétrole, ainsi qu'à la pénurie alimentaire. Importatrice nette de produits alimentaires et préoccupée par l'impact de la crise alimentaire actuelle sur son économie et sa population, Sri Lanka fait en outre face aux défis d'un conflit qui dure depuis deux décennies et des perspectives de reconstruction. Aussi, les pressions exercées par cette hausse des prix agricoles et du pétrole ont-elles des conséquences extrêmement lourdes pour le pays. Parallèlement, Sri Lanka doit assurer la sécurité d'une grande proportion de sa population dont les moyens de subsistance dépendent de l'agriculture.

Cette crise mondiale nous rappelle que nous nous trouvons dans un monde mondialisé, a poursuivi la représentante sri-lankaise. Les décisions d'individus, d'entreprises et, surtout, de pays qui cherchent à protéger leurs propres intérêts ont toutes contribué à aggraver la hausse des prix alimentaires et la pénurie alimentaire, lesquels menacent maintenant le droit le plus fondamental de tous, à savoir le droit à l'alimentation et le droit de chacun d'être à l'abri de la faim. Il faut se pencher sur les questions du recours à des politiques restrictives en matière d'exportation; des subventions qui détériorent les termes de l'échange commercial; et du détournement de la production alimentaire des principales semences.

Sri Lanka se joint donc à l'appel en faveur d'une réponse internationale concertée face à cette crise. Bien que les réponses à court terme soient importantes, la réponde globale doit également traiter des problèmes à long terme de l'insuffisance de la production alimentaires, de la demande croissante de nourriture, de la nécessité d'une distribution équitable des denrées alimentaires et des politiques restrictives qui contribuent à aggraver la crise.

M. REINHARDT SCHWEPPE (Allemagne) s'est félicité de l'initiative de Cuba de convoquer cette session extraordinaire, compte tenu des incidences de la crise actuelle sur les populations les plus démunies. À long terme, l'objectif doit être le développement de la production agricole grâce à l'action des Etats en faveur d'un environnement propice à la réalisation du droit à l'alimentation, y compris en assurant le passage de l'aide humanitaire et alimentaire internationale sur leur territoire. A cet égard, un échec de la conférence de Rangoon, la semaine prochaine, devrait entraîner une réaction du Conseil des droits de l'homme, a estimé le représentant allemand. Il a aussi demandé à la communauté internationale d'oeuvrer à l'instauration progressive des conditions susceptibles de garantir l'application universelle du droit à l'alimentation. L'Allemagne aurait souhaité qu'un message plus fort soit adressé aux Etats, leur rappelant l'obligation d'assurer la sécurité alimentaire de leurs populations, a conclu son représentant.

M. ABDULWAHAB ABDULSALAM ATTAR (Arabie saoudite) a remercié la délégation cubaine pour ses efforts dans la préparation de cette session extraordinaire. Il a rappelé qu'à l'occasion du sommet mondial de 2000, les Nations unies se sont engagées à réduire le nombre de personnes qui souffrent de la faim. Or, le fléau perdure. Il a également fait remarquer que le monde produit suffisamment de denrées pour nourrir 12 milliards d'être humains. Le représentant saoudien a par conséquent relevé l'importance d'assurer la sécurité alimentaire pour tous et de supprimer les entraves qui empêchent la réalisation du droit à l'alimentation. Il a également plaidé en faveur d'une coopération constructive entre les Etats. Il faut tenir compte des facteurs qui ont une incidence négative sur la réalisation de ce droit, a-t-il insisté. Il a appelé de ses vœux une plus grande solidarité internationale. D'autre part, il a remercié l'ancien Rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation, M. Jean Ziegler, pour ses travaux et son engagement. Il a espéré que le Conseil ne se contentera pas de lancer un appel, mais que cette réunion se soldera par un véritable engagement de la communauté internationale en faveur du droit à l'alimentation.

M. YURY BOICHENKO (Fédération de Russie) a déclaré que son pays a soutenu la convocation de cette séance extraordinaire, étant donné que les institutions des Nations unies ne sauraient rester en marge des efforts pour concrétiser le droit fondamental à l'alimentation, pierre angulaire de la jouissance de tous les autres droits. L'un des objectifs doit être d'éradiquer la misère et la sous-alimentation qui frappent une grande partie de la population mondiale. La crise alimentaire résulte de nombreux facteurs, le Conseil des droits de l'homme devant pour sa part se concentrer sur le fait que cette crise compromet les droits de l'homme et les droits fondamentaux des populations concernées. Pour rétablir la sécurité alimentaire dans le monde, la communauté internationale doit agir par le biais de la coopération internationale et l'application des mesures correctives nécessaires, a conclu le représentant.

MME ANGELICA NAVARRO LLANOS (Bolivie) a souligné que son pays a soutenu la convocation de la présente session extraordinaire et qu'il est co-auteur du projet de résolution présenté à cette occasion. La crise alimentaire mondiale actuelle constitue une violation directe de nombre de droits de l'homme; elle est une conséquence directe, entre autres, de nombreuses années de privatisations d'institutions étatiques pourtant essentielles. La représentante bolivienne a dénoncé les effets de la libéralisation des marchés axée de manière obsessionnelle sur les exportations, qui a été menée à marche forcée par les institutions de Bretton Woods. Elle a également dénoncé la prépondérance des sociétés multinationales qui ont monopolisé les sources de subsistance des paysans du monde, allant jusqu'à privatiser les semences essentielles pour les agriculteurs du monde entier.

MME MERCY YVONNE AMOAH (Ghana) s'est réjouie de la tenue de cette session extraordinaire soutenue par la quasi-totalité des membres du Conseil. Elle a espéré que les délibérations et le document final que le Conseil adoptera permettront de dégager un accord commun sur les mesures requises pour éliminer les causes de cette crise alimentaire. Ce serait là une réussite importante à l'occasion du soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme, célébré cette année.

La représentante a regretté que dans le monde actuel, marqué par les progrès et la richesse, un sixième de la population mondiale souffre de la faim, de l'insécurité alimentaire et de la malnutrition, qui favorise à long terme le cycle de la pauvreté. S'agissant des solutions à apporter à cette crise, la représentante ghanéenne a reconnu que la responsabilité première revient aux Etats. Mais parfois, les meilleurs efforts ne suffisent pas. La coopération et l'assistance internationales revêtent une importance considérable pour assurer la réalisation du droit à l'alimentation. Pour conclure, la représentante a exprimé l'espoir que les institutions financières internationales et les autres institutions spécialisées, dont les politiques ont par le passé produit des effets négatifs sur les pays en développement, pourront s'allier à ces efforts.

MME ENCYLA M. SINJELA (Zambie) a souligné que la communauté internationale, faute d'une maîtrise du coût des aliments, doit craindre que les émeutes constatées ces derniers mois ne s'étendent à d'autres parties du monde, compromettant la paix et la sécurité internationales. La communauté internationale doit donc consentir des efforts concertés et coordonnés pour remédier à cette situation et aux prix trop élevés des denrées alimentaires. Dans le même temps, il convient de s'attaquer au problème du réchauffement climatique qui, par les inondations et la sécheresse qu'il occasionne, est un facteur des pénuries alimentaires. La représentante zambienne a également appelé les donateurs à soutenir l'action des institutions internationales chargées de l'aide alimentaire.

M. ABDULLA FALAH ABDULLA AL-DOSARI (Qatar) a rappelé que le Conseil n'a jamais cessé d'affirmer que tous les droits de l'homme sont universels, interdépendants et indivisibles. La présente session extraordinaire du Conseil a pour objet de discuter d'une situation qui porte sur l'un des droits de l'homme les plus fondamentaux, à savoir le droit à l'alimentation, dans le contexte d'une crise alimentaire mondiale qui résulte notamment de la flambée des prix des denrées alimentaires. Il est paradoxal de voir que cette crise alimentaire intervient alors que le monde est plus riche qu'il ne l'a jamais été, a souligné le représentant. Il a rappelé que le chef de l'Etat du Qatar a pris l'initiative de créer un fonds pour le développement associé à l'aide humanitaire d'ensemble apportée par le pays. La communauté internationale doit réfléchir très sérieusement aux mesures qui doivent être prises pour venir en aide aux groupes vulnérables, lesquels n'ont pas besoin de nouveaux engagements, mais simplement de voir tenus les engagements déjà pris, a conclu la représentant.

MME REBECCA SAGAR (Royaume-Uni) a fait observer que cette session extraordinaire est à marquer d'une pierre blanche puisqu'elle constitue la première relative à une question thématique. Elle a estimé important que le Conseil donne son point de vue dans le débat global consacré à la crise alimentaire et donne du poids à la question du droit à l'alimentation. Elle a ainsi estimé important que le Conseil se concentre exclusivement sur les aspects de la question relatifs aux droits de l'homme et ne s'engage pas dans des domaines dans lesquels il n'a pas compétence. Les droits de l'homme ne peuvent être réalisés de manière isolée, a-t-elle poursuivi, ajoutant que cela vaut pour le droit à l'alimentation comme pour tous les autres droits de l'homme. La bonne gouvernance, l'état de droit et la liberté d'expression revêtent également une importance considérable pour lutter contre la famine, a-t-elle ajouté.

La représentante britannique a fait observer à cet égard que le Conseil doit être prêt à identifier les situations et les pays dont les gouvernements ne sont pas capables de réaliser le droit à l'alimentation de leurs populations. Si certains pays ne sont pas capables de le faire, ils doivent accepter l'aide qui leur est proposée, a-t-elle souligné. Dans la foulée, elle a fait part de sa préoccupation face à la situation qui a cours au Myanmar [Birmanie] et rappelé que les autorités doivent faire tout ce qu'elles peuvent pour éviter que la situation s'aggrave et doivent accepter l'aide internationale. S'intéressant ensuite plus particulièrement à la résolution qui a été soumise au Conseil pour adoption, la représentante britannique a estimé qu'en dépit de nombreux bons éléments, mais comporte des lacunes.

M. ALEJANDRO ARTUCIO RODRÍGUEZ (Uruguay) a déclaré que son pays attache une grande importance à cette session extraordinaire, estimant que l'organe suprême en matière de droits de l'homme doit se pencher sur les conséquences des phénomènes dépassant les frontières sur la jouissance des droits de l'homme, et notamment du droit à l'alimentation. Comme l'a relevé l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), des milliers de personnes appartenant aux couches les plus vulnérables meurent chaque jour du fait de la faim et de la pauvreté. Il faut désormais faire face à la demande croissance de nourriture par un renforcement de la production et de la productivité agricoles, une refonte du système actuel du commerce mondial et l'adoption à court terme de mesures d'urgence. L'élimination de la pauvreté, les transferts de technologie et le développement de nouvelles sources d'énergie doivent être des objectifs de la communauté internationale, par le biais de la coopération internationale.

M. MUTAZ FALEH S. HYASSAT (Jordanie) a fait observer que si la crise alimentaire est, certes, une crise structurelle, il s'agit également d'un phénomène lié à des facteurs récents comme les changements climatiques, les catastrophes naturelles et la flambée des prix des denrées alimentaires. Tout en reconnaissant que la responsabilité première d'empêcher et de gérer une telle crise revient aux Etats, il a déclaré qu'il n'en existe pas moins une responsabilité internationale, notamment du fait que cette crise requiert une coopération internationale.

Le représentant jordanien a souligné que le Conseil des droits de l'homme n'est pas une institution spécialisée et, partant, a exhorté toutes les organisations internationales concernées à accorder la plus grande importance au problème urgent et grave de la crise alimentaire. Il a préconisé que l'accent soit mis non seulement sur des réponses à court terme, mais également qu'une attention soit accordée aux moyens à mettre en œuvre pour éviter une aggravation de la crise et sa répétition à l'avenir. En outre, il faudrait veiller à alléger la pression sur les consommateurs pauvres et les économies fragiles. Pour conclure, le représentant a dit placer de grands espoirs dans la réunion de haut niveau prévue à Rome sur la sécurité alimentaire.

M. CHANG DONG-HEE (République de Corée) a souligné que la crise alimentaire actuelle est une crise des droits de l'homme qui menace le droit à une alimentation adéquate. Il s'agit d'une crise humanitaire qui frappe les plus pauvres et les plus faibles. Il s'agit également d'une crise de développement qui menace de réduire à néant tous les efforts déployés en vue de la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement. Il ne fait aucun doute que la situation actuelle requiert une action urgente de la part de la communauté internationale.

Le moment est venu d'agir, a insisté le représentant de la République de Corée. Il a indiqué attendre du Conseil qu'il envoie un message politique fort, par le biais de cette session extraordinaire, indiquant que la perspective des droits de l'homme doit être prise en compte dans le contexte du traitement de la crise alimentaire actuelle. La présente session extraordinaire fournit l'occasion de demander aux Etats de prendre toutes les mesures nécessaires afin d'assurer la réalisation du droit à l'alimentation en tant qu'objectif essentiel du point de vue des droits de l'homme.

M. MOHAMED-SIAD DOUALEH (Djibouti) a souligné que face aux conséquences des pénuries alimentaires, les pays d'Afrique ont multiplié leurs efforts de concertation au niveau du continent pour trouver les moyens de contenir une situation qui risque de remettre en cause les progrès réalisés ces dernières années. Djibouti a pris, de son côté, des mesures pour protéger ses citoyens des pires conséquences de l'augmentation des prix alimentaires. Le représentant a rappelé que l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) n'a cessé de plaider pour le renforcement des capacités agricoles nationales, des appels qui sont, malheureusement, restés lettre morte. Les conséquences de la crise actuelle sont connues, comme il a été relevé dans les interventions de ce matin. Mais, le moment de la crise doit aussi être celui de la décision, décision dans le sens de l'adoption de politiques plus favorables aux populations concernées. C'est pour cette raison que Djibouti appuie l'engagement de la haut commissaire dans ce domaine.

M. BLAISE GODET (Suisse) a fait remarquer que la crise s'est aggravée et que la situation devient de plus en plus insoutenable pour des enfants, des femmes et des hommes à bout de ressources. Des pays membres de ce Conseil sont durement touchés par cette crise, a-t-il ajouté. Le Conseil se doit de réagir car les droits de l'homme et notamment le droit à l'alimentation sont affectés par la crise alimentaire.

Le représentant suisse a tenu à saluer la clairvoyance de l'ancien Rapporteur spécial, M. Jean Ziegler, qui avait décrit les conditions pouvant mener à une crise majeure. Seule une approche multisectorielle, globale et surtout cohérente de tous les Etats et des institutions internationales, des acteurs du secteur privé et d'autres groupes concernés permettra d'y répondre de manière efficace. Le Haut-Commissariat aux droits de l'homme doit occuper la place qui lui revient dans ce contexte et porter au centre de toutes les initiatives un message de protection des droits humains. Blaise Godet s'est dit d'avis que la haut commissaire devrait participer à la Task Force créée par le Secrétaire général et a souhaité qu'elle se rende au sommet de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture à Rome, tout comme le Rapporteur spécial.

Blaise Godet a ensuite fait observer qu'alors que les experts des différentes institutions concernées se penchent sur les causes de la crise alimentaire, les discussions en cours prouvent qu'elles sont multiples et liées entre elles de manière complexe. Il nous incombe maintenant à tous de tirer sans tarder les leçons de cette grave situation et de remplir nos obligations en matière de droits de l'homme en adaptant nos stratégies et nos politiques en matière de sécurité alimentaire, tant au niveau national qu'international. Ajoutant que même s'il est normal que les membres du Conseil aient des perceptions différentiées des causes de la crise alimentaire, le représentant suisse a souligné qu'il faut aujourd'hui remettre l'être humain au centre des préoccupations et replacer les droits de l'homme au centre des enjeux de cette crise.

M. MOHAMMED LOULICHKI (Maroc) a déclaré que l'ampleur de la crise alimentaire mondiale actuelle confirme la centralité du droit à l'alimentation en tant que droit fondamental et inaliénable de tout être humain. Cette crise a montré que ce ne sont pas seulement des vies humaines innocentes qui sont menacées, mais aussi l'équilibre social et même la stabilité politique de plusieurs pays en développement. Chaque augmentation de 1% des prix des denrées de base plonge 16 millions de personnes supplémentaires dans l'insécurité alimentaire. Les efforts entrepris par les pays en développement en vue de développer leur agriculture par la mobilisation de leurs ressources internes demeurent entravés par le manque de moyens financiers, l'augmentation des prix de l'énergie, l'impact des changements climatiques et l'insuffisance de l'aide internationale au développement.

Le représentant marocain a exprimé l'espoir que lors du sommet de la FAO qui se tiendra au début du mois de juin, la communauté internationale répondra à cette crise avec la même promptitude, la même détermination et la même imagination que celles dont elle a fait preuve lorsqu'il s'est agi de traiter la catastrophe du tsunami ou la crise de la grippe aviaire. Il convient, pour répondre à cette crise, de combiner des mesures d'urgence d'aide et d'assistance; des mesures à moyen et long terme pour développer l'offre, stabiliser les prix et remédier à la spéculation sur les produits alimentaires; et des actions concrètes pour favoriser la relance du secteur agricole dans les pays en développement.

M. CARLOS PORTALES (Chili) a déclaré que le Conseil des droits de l'homme doit se prononcer de manière claire et constructive sur le problème de l'accès à l'alimentation, un problème dont la persistance est inacceptable compte tenu des capacités techniques permettant de nourrir plus du double de la population actuelle. Dans un contexte de déséquilibre entre offre et demande alimentaire, le représentant chilien a demandé s'il n'était pas temps que les institutions multilatérales prennent à bras le corps le problème de l'ouverture des marchés agricoles. Un autre axe prioritaire doit être l'action en faveur de l'alimentation maternelle et infantile, afin d'éviter que son incidence ne devienne irréversible.


 
MME KELLIE-SHANDRA OGNIMBA (République du Congo) a souligné que la crise alimentaire est la conséquences de certaines stratégies suivies dans le monde, avec pour conséquence que plus de 850 millions de personnes sont aujourd'hui privées de leur droit à l'alimentation. La communauté internationale doit s'attacher à œuvrer pour rétablir ce droit et ainsi garantir la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement.

M. IDRISS JAZAÏRY (Algérie) a fait observer que le droit à l'alimentation est intimement lié au droit à la vie et ne saurait faire l'objet ni de tarification ni de marchandage. Pourtant, la crise place désormais hors de portée les modestes objectifs de la Déclaration du Millénaire de réduire de moitié la proportion de ceux qui ont faim. M. Jazaïry a souligné que cette crise exige une action urgente et concertée de la communauté internationale pour éviter que des régions entières soient soustraites à la production alimentaire tandis que d'autres régions affamées ne deviennent la proie de l'anarchie et de la violence. La présente situation, si elle perdure, sera génératrice de graves menaces à la paix et à la sécurité internationales, a-t-il averti.

Le représentant algérien a préconisé que tous les Etats prennent d'urgence, individuellement et collectivement, des mesures pour assurer la réalisation du droit à une nourriture suffisante pour chacun. Ceci implique l'intégration des principes agréés des droits de l'homme dans leurs politiques et des politiques qui amènent les entreprises privées à tenir le plus grand compte des droits humains en évitant que la spéculation ne devienne attentatoire au droit à l'alimentation. Enfin, M. Jazaïry a souhaité que les institutions financières internationales soient exhortées à intégrer la perspective de la réalisation du droit à l'alimentation dans leurs agendas et leurs politiques, à corriger les erreurs passées en matière de schémas de développement et à accroître leur soutien au secteur vivier familial dans les pays en développement.

M. PHAM QUOC TRU (Viet Nam) a souligné que ces dernières années, le Vietnam a déployé d'importants efforts afin d'accroître sa production alimentaire en vue de réaliser le droit à l'alimentation de sa population et contribuer, de concert avec la communauté internationale, à assurer la sécurité alimentaire mondiale. Le pays a adopté une politique très claire d'exportation de produits alimentaires fondée sur la sécurité alimentaire, l'intérêt des producteurs de riz, le développement économique national et le souci de contribuer à faire face à la crise alimentaire mondiale. Ces dernières années, le Viet Nam est devenu le deuxième plus grand exportateur mondial de riz, a fait valoir le représentant.

Cette année, en dépit des circonstances difficiles, le pays a maintenu son plan d'exportation de riz et, au cours de ces quatre derniers mois, en a exporté près de trois millions de tonnes. En outre, en coopération avec la FAO et d'autres partenaires, le Vietnam a mené des projets de production de denrées alimentaires dans davantage de pays, notamment des pays africains. Face à la crise alimentaire mondiale actuelle, le Vietnam poursuit ses efforts afin d'accroître sa production de denrées alimentaires et se joint aux efforts de la communauté internationale pour résoudre cette crise. Le représentant vietnamien a précisé que son pays appuie le projet de résolution qui est soumis dans le cadre de la présente session extraordinaire du Conseil et espère que ce texte pourra être adopté par consensus.

M. GABRIEL IGNACIO SALAZAR PINEDA (Venezuela, au nom de plusieurs Etats partenaires à l'initiative d'intégration régionale ALBA) s'est dit en faveur de transformations structurelles susceptibles de garantir des processus justes, durables et rationnels de partage des ressources indispensables au bien-être des peuples du monde. Le représentant vénézuélien a attiré l'attention sur les progrès que permettent les actions concrètes pour l'accès aux aliments de base, grâce à l'application de plans de souveraineté alimentaire au sein des différents pays partenaires de l'initiative ALBA. On voit en ce moment se déployer les effets des politiques structurelles libérales nuisibles pour la réalisation du droit à l'alimentation, a déclaré le représentant, appelant le Rapporteur spécial à étudier ces questions et leur impact sur la crise actuelle.

M. AHMET ÜZÜMCÜ (Turquie) a fait observer que la crise alimentaire, qualifiée par certains de tsunami silencieux qui ne connaît pas de frontières, est surtout liée à un excès de la demande par rapport à l'offre. Le manque d'offre a causé une flambée des prix et une crise qui touche des millions de personnes, a-t-il rappelé, regrettant au passage que les personnes les plus pauvres soient les plus touchées. Le droit à l'alimentation est menacé d'une façon sans précédent. Il a préconisé que la communauté internationale s'attelle tout d'abord à faire face aux conséquences humanitaires de la crise et qu'elle prenne également en compte les questions des relatives aux droits de l'homme dans les politiques qu'elle adoptera. Il a relevé l'importance pour la communauté internationale d'apporter une réponse coordonnée, guidée par la responsabilité de tous les Etats à assurer le respect du droit à l'alimentation.

Cette session extraordinaire, a-t-il poursuivi, est opportune et la priorité devrait être d'arriver à un résultat de consensus qui lance un message fort témoignant de la détermination de la communauté internationale. Il a salué la décision du Secrétaire général d'établir une cellule de crise et estimé que le Haut-Commissariat et le Rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation devraient coopérer le plus étroitement possible avec cette cellule. Le représentant turc a ensuite souligné qu'il importe de chercher une solution mondiale, par exemple en améliorant les mécanismes de réponse et leur coordination. Nous devons consentir tous les efforts possibles pour assurer la réalisation universelle du droit à l'alimentation, a-t-il conclu.

M. SAMIR LABIDI (Tunisie) a déclaré que dans un monde globalisé et de forte interdépendance, les causes de la crise alimentaire actuelle sont complexes et ses conséquences dévastatrices. Outre les mesures et les moyens qui devront être déployés au plan national et international pour faire reculer cette crise, la Tunisie appelle la communauté internationale à ériger la solidarité internationale comme valeur fondamentale des relations internationales. A ce titre, il y a lieu de rappeler qu'à l'initiative du président Ben Ali, l'Assemblée générale des Nations unies a adopté la résolution 57/265 portant création du Fonds mondial de solidarité devant servir d'outil utile pour faire face à l'ampleur et à l'aggravation de cette crise. La Tunisie appelle à l'adoption par consensus et au suivi du projet de résolution présenté à l'occasion de la présente session extraordinaire du Conseil.

M. VEBJORN HEINES (Norvège) a rappelé que si les droits de l'homme sont indivisibles et interdépendants, le droit à l'alimentation est d'une importance toute particulière puisqu'il conditionne la jouissance de tous les autres, notamment le droit à la vie. Il semble clair que les causes de l'augmentation des prix sont structurelles. Cependant, des mesures immédiates doivent être prises. Dans ce cadre, l'action humanitaire de la communauté internationale doit être coordonnée par les Nations unies avec les gouvernements. Une action trop tardive et trop timide aura de graves conséquences, y compris sur le long terme. Le représentant a insisté sur la nécessité d'adopter une perspective axée sur les droits de l'homme dans la réponse à la crise alimentaire actuelle, et souligné le rôle des Nations unies à cet égard. Le représentant norvégien a enfin évoqué l'action de son gouvernement en matière d'aide multilatérale et bilatérale, estimant que les pays en voie de développement ne doivent pas assumer seuls le fardeau économique des augmentations de prix des denrées alimentaires.

MME YSSET ROMÁN MALDONADO (République dominicaine) a estimé urgent de mobiliser l'intelligence des responsables techniques, politiques et diplomatiques de tous les pays pour apporter des solutions à la crise et garantir le droit à l'alimentation. Les Nations unies ont le devoir et la responsabilité d'apporter des solutions appropriées, a-t-elle souligné. L'investissement dans les programmes agricoles à court, moyen et long terme demeure fondamental, a-t-elle ajouté. D'autre part, tout en reconnaissant que cette crise représente une menace immédiate pour le développement, elle a souligné que les pays doivent continuer d'affronter d'autres défis comme les changements climatiques ou des règles commerciales inégales.

La représentante a expliqué que la République dominicaine, considérée comme le "grenier" des Caraïbes, s'est rendue compte de l'aide qu'elle pouvait apporter aux pays de la région et assurer la réalisation du droit à l'alimentation. Dans cette perspective, le gouvernement a proposé de créer un fonds mondial de solidarité alimentaire destiné à aider les pays en développement et plus particulièrement ceux qui sont importateurs nets de denrées alimentaires. Ce fonds serait approvisionné par les pays développés qui ont réduit leur contribution à l'aide publique au développement, a-t-elle précisé, exprimant l'espoir que cette initiative serait bien accueillie.

M. ALBERTO J. DUMONT (Argentine) a souligné que son pays était profondément préoccupé par la situation actuelle d'insécurité alimentaire au niveau mondial et a indiqué que la Présidente argentine allait participer activement à la Conférence de haut niveau sur la sécurité alimentaire mondiale qui doit se tenir à Rome du 3 au 5 juin prochain. Face à la situation actuelle de pénurie et de prix élevés des denrées alimentaires, il convient d'utiliser les ressources du FMI et de la Banque mondiale; d'augmenter les dons et le recours aux ressources budgétaires et de réduire les subventions dans les pays développés, en les canalisant vers l'aide alimentaire et la promotion de l'agriculture dans les pays en développement.

Les pays développés qui appliquent des subventions ont une grande responsabilité dans les tendances du commerce agricole mondial, a insisté le représentant argentin. Les mesures légitimes sur les exportations qu'applique l'Argentine ne sont pas la cause de la restriction de l'offre mais aident à contrôler les prix internes, a-t-il en outre déclaré. En effet, depuis qu'elle a mis en place les droits d'exportation en 2002, l'Argentine a accru sa production et ses exportations agricoles et est parvenue à maintenir une certaine stabilité des prix au niveau intérieur qui a contribué à réduire les niveaux de pauvreté et d'indigence.

M. FRANCISCO XAVIER ESTEVES (Portugal) a réitéré l'importance du droit à l'alimentation comme droit fondamental pour la jouissance de tous les droits de l'homme. Il a mis l'accent sur l'aggravation prévisible de la crise alimentaire actuelle, qui pourrait rejeter plus de cent millions de personnes dans la pauvreté. L'expérience montre que les effets de la faim se font sentir de manière disproportionnée sur les plus pauvres, et en particulier sur les femmes et les fillettes. C'est pourquoi un effort particulier doit porter sur la lutte contre la féminisation de la pauvreté et contre les discriminations contre les femmes en matière d'accès à l'alimentation, à l'eau et à la terre, à l'éducation et au travail. Le représentant portugais s'est félicité de la désignation par le Secrétaire général des Nations unies d'une équipe spéciale de haut niveau sur la crise alimentaire mondiale, espérant que cette instance saura conseiller les Etats sur la manière de concevoir des mécanismes capables de mettre un terme à la crise actuelle.

M. HUBERTUS MATHEUS VAN MEGEN (Saint-Siège) a souligné que la tâche première de la communauté internationale est de mettre au point une réponse cohérente et d'intégrer la crise alimentaire dans le cadre des droits de l'homme. Il a estimé qu'une action urgente et concertée de la communauté internationale est nécessaire pour relever le défi énorme de nourrir la population mondiale. Cette crise, a-t-il poursuivi, est un signal d'alarme sur les conséquences négatives qui affectent le secteur de l'agriculture et met en lumière les déséquilibres du système commercial international à l'heure où 4 millions de personnes par année rejoignent les 854 millions qui souffrent déjà de la faim. Il a ainsi espéré que cette session extraordinaire ouvre les yeux de l'opinion publique sur le coût humain de la famine.

D'autre part, le représentant du Saint-Siège a rappelé que les agences intergouvernementales sont parvenues à la conclusion que la famine n'est pas due à un manque de nourriture, mais bien à un manque d'accès aux ressources agricoles. Il a ainsi plaidé pour la mise au point de politiques efficaces qui assurent l'accès à une alimentation suffisante. Un engagement en faveur du développement agricole est nécessaire, plus particulièrement en Afrique, et le devoir de solidarité envers les plus vulnérables doit être reconnu. Le représentant su Saint-Siège a estimé que les spéculations sur les denrées alimentaires sont inacceptables et que les subventions injustes doivent être éliminées. Il a plaidé pour l'adoption d'une nouvelle mentalité qui place la personne humaine au centre des préoccupations et non le profit économique. Il a également fustigé les sommes immenses consacrées aux armes.
 
M. EVGENY LAZAREV (Bélarus) a estimé que le Conseil peut apporter sa contribution au débat sur la crise alimentaire. Il s'est réjoui que différentes organisations internationales travaillent activement pour surmonter la pénurie des denrées alimentaires et a notamment fait référence à la tenue de la réunion de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture à Rome en juin prochain. Le représentant du Belarus a également souligné l'importance de la prise en considération des aspects de la crise alimentaire relatifs aux droits de l'homme. Cette question ne pourra être résolue sans coopération internationale, a-t-il averti. Il a à cet égard regretté que certains pays enfreignent le droit international et continuent d'appliquer des blocus économiques, des sanctions et autres mesures coercitives unilatérales. Le Conseil doit tenir compte de ces circonstances, a-t-il souligné. Il a ainsi demandé au Rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation d'accorder dans son travail une attention toute particulière aux conséquences des mesures coercitives unilatérales sur le droit à l'alimentation.

M. JUAN HOLGUIN (Equateur) a rappelé qu'avant même l'apparition de la présente crise alimentaire mondiale, un sixième de l'humanité souffrait déjà de faim et de malnutrition. La communauté internationale doit agir de toute urgence en faisant preuve de la plus ferme volonté politique à faire face à la crise alimentaire qui est en train de se produire au niveau mondial. Cette crise est due essentiellement à une hausse soutenue des prix des céréales, oléagineux et autres denrées alimentaires en général. Le déséquilibre croissant entre l'offre et la demande mondiales de produits alimentaires est notamment dû à la diminution des récoles résultant de l'action des changements climatiques et de l'utilisation de certains aliments comme biocombustibles.

Face à cette situation, une action concertée de la communauté internationale est indispensable, a souligné le représentant équatorien. Il a souligné le rôle fondamental que le Rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation peut jouer afin de transmettre dans différentes instances internationales la préoccupation du Conseil face à la crise alimentaire mondiale, d'un point de vue des droits de l'homme. En coordination avec le Haut Commissariat aux droits de l'homme, le Rapporteur spécial peut proposer des politiques et actions à long terme pouvant être engagées par la communauté internationale pour surmonter cette crise grave.

M. SIHASAK PHUANGKETKEOW (Thaïlande) a déclaré que la crise actuelle est le produit de nombreux facteurs interdépendants, notamment une augmentation de la consommation, une perte de productivité, le changement climatique et la flambée du prix de l'énergie. La Thaïlande, premier exportateur mondial de riz, attache une grande importance à la question de la sécurité alimentaire et au renforcement de la coopération internationale. Conscient de ses responsabilités, le pays a décidé, pour ne pas aggraver le problème, de s'abstenir d'intervenir dans les mécanismes du marché et s'efforce plutôt d'augmenter son offre de riz et de favoriser les échanges de savoir-faire afin d'accroître la productivité dans ce secteur. La résorption de la crise actuelle implique que toutes ses causes sous-jacentes soient prises en compte et que la souveraineté politique des Etats soit respectée. La Thaïlande estime enfin que le Conseil des droits de l'homme peut jouer un rôle important dans ce contexte en attirant l'attention sur la gravité de la crise dans la perspective des droits de l'homme.

M. TAN YORK CHOR (Singapour) a souligné, à l'instar de la directrice générale de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), que le monde produit suffisamment d'aliments pour nourrir toute la population mondiale et que trop de personnes sont, en fait, suralimentées. Pourtant, on assiste aujourd'hui à une crise alimentaire alors que les experts ont conclu que les vivres disponibles sont plus que suffisantes pour satisfaire les besoins du monde entier. De même, il y a pour l'instant assez de pétrole et il existe une certaine marge en ce qui concerne les gaz à effet de serre.

Le représentant de Singapour a ainsi estimé que les humains font un très mauvais travail de gestion des ressources qu'ils partagent. Il a déploré cette mauvaise utilisation et fait observer que certains gaspillent, alors que d'autres sont forcés de renoncer à s'alimenter. Ces problèmes peuvent notamment mener à des déplacements massifs de populations, a-t-il averti. Il a plaidé pour l'adoption d'une direction nouvelle, d'une autre mentalité et de changements dans l'utilisation de ces ressources partagées.

M. ÁLVARO E. AYALA (Colombie) a déclaré que s'il est important que la communauté internationale prenne des mesures urgentes pour remédier à la grave crise engendrée par la hausse des prix des denrées alimentaires, il est également important et urgent qu'au-delà de ces mesures, soient recherchées et appliquées des solutions de fond. A cet égard, il est important de tenir compte de la Déclaration adoptée en avril 2008, à Accra, par les Etats membres de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) et dans laquelle était soulignée la nécessité de déployer les efforts nécessaires afin d'accroître la production alimentaire, en particulier en Afrique, dans les pays les moins développés et dans les pays dépendant de l'importation de denrées alimentaires. Ces efforts doivent s'accompagner de mesures prises au niveau global, en particulier par le biais de la réforme et de la libéralisation du commerce agricole.

La Colombie considère comme prioritaire que la communauté internationale dans son ensemble fasse un effort pour conclure les négociations du cycle de Doha, a ajouté le représentant colombien, affirmant que ce cycle offre une occasion valable de corriger les distorsions du marché agricole au niveau mondial et de promouvoir des conditions propices à l'augmentation de la production mondiale d'aliments. La Banque mondiale a elle-même souligné la nécessité de parvenir, au sein de l'OMC, à un accord pour lever les barrières commerciales, ce qui permettrait de dégager des opportunités plus grandes pour que les agriculteurs des pays en développement accroissent leur production. Au niveau national, a poursuivi le représentant, la Colombie a adopté des mesures afin de préserver la sécurité alimentaire du pays, stimulant à cet effet la croissance de la production agricole de produits aussi importants que le maïs, dont l'aire de culture devrait s'accroître cette année de 220'000 hectares.

MME AMY LAURENSON (Nouvelle-Zélande) a souligné que le Conseil des droits de l'homme doit jouer un rôle important pour appuyer les efforts de la communauté internationale dans la recherche de solutions immédiates aussi bien que durables au problème de l'alimentation. La représentante a déploré que la crise compromette des décennies de progrès, au détriment notamment des femmes et des enfants. La crise remet d'autre part en cause la jouissance du droit à l'alimentation et du droit d'être à l'abri de la faim. La représentant a aussi déclaré que la crise est imputable, pour partie, à des problèmes d'accès aux aliments, au moins autant qu'à des difficultés d'offre. Elle a ainsi appelé les États à garantir l'accès de leurs populations à l'aide internationale.

M. JEAN FEYDER (Luxembourg) a attiré l'attention sur les répercussions de cette crise alimentaire qui sont, a-t-il souligné, d'une gravité extraordinaire pour des centaines de millions de personnes, surtout des femmes et des enfants. Il a rappelé qu'avant cette crise dramatique, il y avait déjà sur la planète plus de 800 millions d'affamés. S'intéressant ensuite aux causes de ce problème, il a fait remarquer que beaucoup de pays en développement, souvent autosuffisants sur le plan alimentaire au cours des années 60 et 70, sont tombés dans une dépendance alimentaire croissante. Cette dépendance, a-t-il poursuivi, s'explique par la place trop réduite réservée à l'agriculture vivrière, par la priorité donnée aux produits d'exportation, par les politiques de libéralisation préconisées par les organisations financières internationales.

Citant le nouveau Rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation, le représentant du Luxembourg a fait remarquer que nous payons vingt années d'erreur. Face à cette crise, il a préconisé que des mesures urgentes soient prises sur le court terme et, à cet égard, indiqué que son pays a, d'ores et déjà, augmenté ses contributions au Programme alimentaire mondial. A moyen et long terme, il a souligné qu'il importe de modifier le modèle de développement sur une base durable. L'agriculture vivrière mérite une place prioritaire dans toute stratégie nationale de développement, a-t-il insisté. La garantie de prix rémunérateurs et stables, un environnement commercial approprié, une régulation adéquate du marché et la protection contre la concurrence déloyale sont des clés pour sortir à long terme de la crise et de la pauvreté, a-t-il ajouté.

M. JAVIER GARRIGUES FLÓREZ (Espagne) a déclaré que son pays partage une conception intégrée des droits fondamentaux, tant civils et politiques, qu'économiques, sociaux et culturels. C'est pourquoi l'Espagne est totalement engagée pour la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement et a donc adopté comme priorité la lutte contre la faim et la pauvreté. L'Espagne vise également l'octroi de 0,7% de son PIB à l'aide publique directe au développement. La coopération vise les plus vulnérables, et répond à une approche humanitaire. En quelques années, l'aide à l'Afrique subsaharienne a ainsi quadruplé, à cent millions d'euros. L'action de l'Espagne vise en particulier la souveraineté alimentaire.

M. ALEX VAN MEEUWEN (Belgique) a déclaré que l'impact de l'augmentation des prix sur les populations vulnérables est important et requiert une réponse immédiate des gouvernements et de la communauté internationale. Les gouvernements doivent garantir en toute circonstance l'accès de l'aide humanitaire aux populations qui sont en danger, a-t-il ajouté. La crise actuelle doit aussi être une opportunité pour revoir nos politiques agricoles et alimentaires, a-t-il affirmé. Dans la révision des politiques nationales, a poursuivi le représentant belge, les droits de l'homme et le droit à l'alimentation doivent être un élément central. Chaque Etat est responsable de l'élaboration d'une stratégie nationale qui garantisse le droit d'accès à une alimentation saine à ses ressortissants, a-t-il rappelé. Cela implique notamment de protéger la population d'une trop grande volatilité des prix, a-t-il ajouté. Le représentant belge a par ailleurs souligné que la Conférence de Rome à venir permettra de mieux définir l'action internationale et de renforcer la cohérence des politiques des différents pays.

M. THORBJÖRN JÓNSSON (Islande) a souligné que si la forte augmentation des prix des aliments résulte d'abord d'une demande dépassant l'offre, d'autres facteurs – telle la hausse des prix du pétrole – jouent un rôle dans ce phénomène. De même, les spéculations dans les produits de base et les catastrophes naturelles ont des effets non négligeables. L'Islande se félicite de l'instauration par le Secrétaire général des Nations unies d'une équipe de haut niveau sur la crise alimentaire, espérant qu'elle saura promouvoir une réponse unifiée et durable au défi actuel en matière d'approvisionnement alimentaire. Le représentant a appelé les Etats membres à participer de manière constructive à la conférence de haut niveau sur la sécurité alimentaire qui se tiendra à Rome du 3 au 5 juin prochain à Rome, sous l'égide de la FAO.

M. ABDUL GHAFOOR MOHAMED (Maldives) a expliqué que son pays, composé d'îles éparses, est fortement dépendant de l'importation de denrées alimentaires. De fait, la situation actuelle rend son pays très vulnérable, a-t-il souligné. Il a fait remarquer que la montée des prix des denrées alimentaires a des répercussions importantes sur le droit de tous à un niveau de vie suffisant et sur le droit à l'alimentation. Cette montée des prix va également entraver la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement, et plus particulièrement le premier de ces objectifs de réduction de la faim et de la pauvreté.

Le représentant des Maldives a fait observer que le Conseil seul ne peut résoudre le problème de l'offre de produits alimentaires, tout en soulignant que cela ne signifie pas qu'il doit pour autant rester silencieux. Il s'est dit d'avis que le Conseil doit contribuer à attirer l'attention sur les aspects relatifs aux droits de l'homme de cette crise et encourager une action éthique. Il a appuyé la résolution telle que proposée, et dit apprécier en particulier les références aux facteurs responsables de cette situation, comme les changements climatiques et à la vulnérabilité des pays les moins avancés.

M. PEKKA METSO (Finlande) a relevé que la crise alimentaire actuelle menace la jouissance du droit à l'alimentation et risque d'affecter en particulier les populations les plus vulnérables. Afin de sauver des vies et d'empêcher une aggravation de la crise, il convient d'étendre les programmes d'aide humanitaire et de filets de sécurité existants, en particulier dans les zones de fortes poches de pauvreté et de faibles possibilités de génération de revenus, a poursuivi le représentant finlandais. Il est également essentiel de rester engagé en faveur de la lutte contre les changements climatiques, lesquels risquent d'aggraver les contraintes pesant déjà sur la production et la consommation alimentaires dans de nombreux pays en développement.

M. OMER DAHAB FADOL MOHAMED (Soudan) a déclaré que son pays avait appuyé la convocation de cette session consacrée à la crise alimentaire. Le droit à l'alimentation touche à la dignité humaine et au droit à la vie. L'objectif de la communauté internationale doit être de réduire les injustices en matière de droits économiques, sociaux et culturels. Les victimes de la faim sont plus nombreuses que les victimes de la guerre, a observé le représentant, craignant que le nombre des premières n'augmente encore. L'humanité a le devoir moral d'unir ses efforts et de trouver des solutions pratiques contre la faim et contre les facteurs de l'insécurité alimentaire, dont les causes sont souvent à chercher dans les pays riches.

M. MICHEÁL TIERNEY (Irlande) a déclaré que son pays accorde une priorité à la question de la sécurité alimentaire, laquelle tient une place importante dans la conscience des Irlandais à cause de leur propre histoire. Il s'est réjoui de la tenue de cette session extraordinaire, relevant l'importance de mettre l'accent sur la situation critique des individus les plus affectés par la spirale des prix alimentaires. Il a également estimé que cette session est une préparation appropriée en vue de la prochaine conférence sur la sécurité alimentaire qui se tiendra à Rome en juin et que son pays attend avec impatience. La question de la sécurité alimentaire, a-t-il poursuivi, ne peut être un succès que si elle est accompagnée d'une série d'actions sur le plan local, national et global, en particulier pour accroître la productivité, mettre en valeur les moyens d'existence ruraux, encourager la recherche, supprimer les étranglements politiques et structurels qui empêchent le développement rural.

Le représentant irlandais a ainsi estimé important que l'aide de la communauté internationale pour satisfaire aux besoins immédiats soit accompagnée de vigoureux efforts pour s'attaquer aux causes sous-jacentes de la faim chronique. Il a indiqué que son pays continue de donner la plus grande priorité à assister les agences et les organisations, comme le Programme alimentaire mondial notamment. Dans le même temps, l'Irlande s'engage à aider les populations à ne pas sombrer dans le plus grand dénuement et dans la faim, par le biais de programmes bilatérau.

M. JEAN-CLAUDE PIERRE (Haïti) a rappelé que son pays figure parmi les plus frappés par la flambée des prix des produits alimentaires. Le prix du riz, aliment de base, a doublé, alors que plus de 75% de la population vit avec moins de 2 dollars par jour et par personne, et n'arrive pas à combler ses besoins alimentaires. L'inflation, la détérioration du PIB, la hausse du prix des carburants, les chocs climatiques, les maladies et l'insécurité se sont révélés les principaux facteurs à la base de la détérioration de la situation alimentaire des ménages. Pour faire face à cette situation catastrophique, les autorités haïtiennes ont annoncé une baisse de 15% du prix du sac de riz, optant pour la relance et la subvention de la production domestique. Le représentant a salué l'octroi d'une aide de 10 millions de dollars par la Banque mondiale et la finalisation d'un plan d'action sur six mois par le Programme des Nations unies pour le développement. Enfin, le représentant a remercié les pays qui ont pris des mesures d'urgence pour aider Haïti.

M. OBAID SALEM SAEED AL ZAABI (Emirats arabes unis) a expliqué que la crise actuelle a plusieurs causes et que ces dernières ont entravé la réalisation du droit à l'alimentation sur le terrain en dépit de toutes résolutions adoptées sur ce sujet. À cet égard, il a rappelé que le Conseil a déjà adopté une résolution et un rapport sur le droit à l'alimentation. Le représentant des Emirats arabes unis s'est dit d'avis que l'échec de ces initiatives est dû au fait que de nombreux Etats ont fait une distinction entre ce droit et d'autres et qu'ils ont ignoré son universalité et son indivisibilité. Il s'agit d'un droit essentiel, qui est étroitement lié au droit à la vie, a-t-il insisté. Le représentant a également rappelé qu'il faut veiller à réduire de moitié la proportion des personnes pauvres, conformément aux objectifs du Millénaire pour le développement. Il a espéré que l'enthousiasme et l'espoir suscité aujourd'hui pour des millions de personnes ne se tariront pas. La communauté internationale doit trouver une solution à long terme au fléau de la faim, a-t-il conclu.

MME MUNA RADHI (Bahreïn) a souligné que la communauté internationale doit réagir au problème, fondamental pour la jouissance des droits de l'homme, que constitue la crise alimentaire mondiale actuelle. Cette crise, due essentiellement à la flambée des prix des denrées alimentaires, entrave la jouissance d'un droit fondamental, à savoir le droit à l'alimentation, et affecte de très nombreuses personnes à travers le monde. Cette crise appelle une action concertée au niveau international, a souligné la représentante.
 
M. DHARAR ABDUL-RAZZAK RAZZOOQI (Koweït) a fait part de sa préoccupation face à la montée des prix des denrées alimentaires et a fait remarquer que l'impact de cette crise se déplace, pour la première fois, du monde en développement vers le monde développé. Rappelant que la Banque mondiale prévoit que la demande devrait doubler d'ici à 2030, il a fait observer que la situation actuelle est un signal d'alarme. Il a préconisé que la communauté internationale s'abstienne de toute politisation et de tout dessein égoïste dans la gestion de cette crise.

Le représentant du Koweït a joint sa voix à celle du président de la Banque mondiale, ce dernier ayant souligné que l'éradication de la faim semble être devenue un objectif du Millénaire pour le développement oublié. S'intéressant plus particulièrement à son pays, il a expliqué que l'Émir Sheikh Sabah Al-Ahmad Al-Jaber Al-Sabah a récemment établi un Fonds pour une vie décente dans les États islamiques et a annoncé une contribution de 100 millions de dollars pour ce fonds. Son objectif est de créer un partenariat économique entre les pays musulmans, d'éliminer la pauvreté, la faim et la malnutrition et de combattre les maladies, a-t-il précisé.

LA CONCLUSION DU RAPPORTEUR SPECIAL SUR LE DROIT A L'ALIMENTATION



M. OLIVIER DE SCHUTTER, Rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation, a estimé que beaucoup a pu être appris durant cette session extraordinaire, notamment pour ce qui est du rôle du Conseil. Grâce à la résolution adoptée à l'issue de cette session, le Rapporteur spécial a reçu, ainsi que le Haut Commissariat aux droits de l'homme, un mandat clair pour ce qui est de porter, auprès de nombreuses autres instances ou institutions, le message en provenance des droits de l'homme.

Ont notamment été rappelées les obligations nationales des Etats à l'égard des populations relevant de leur juridiction. A également été souligné le devoir de créer un environnement international permettant aux Etats de s'acquitter de ces obligations. Il faut travailler sur les causes structurelles et développer des politiques globales pour faire face à la crise alimentaire, a poursuivi le Rapporteur. Les biocarburants peuvent constituer un danger si l'alimentation et les combustibles sont en compétition sur les terres arables, a-t-il par ailleurs relevé.

Source : Nations unies, Genève, mai 2008.
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