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2009, MAI-JUIN 2009 | APRES LA FIN DES COMBATS, LES PREMIERS BILANS
__Plus de 20'000 civils ont été tués dans les dernières semaines du conflit entre l'armée sri-lankaise et la guérilla tamoule affirment "Le Monde" et "The Times"
Les Nations unies ont caché l'ampleur des massacres au Sri Lanka, dénonce le quotidien "Le Monde". L’organisation internationale reconnaît un nombre "inacceptable" de civils tués
Le démenti de Ban Ki-moon
Plus de 20’000 civils ont été tués dans les dernières semaines du conflit entre l'armée sri-lankaise et la guérilla séparatiste des Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE), affirme The Times, à Londres, dans son édition du 29 mai 2009.
"Des documents confidentiels des Nations unies obtenus par le quotidien britannique répertorient la mort de près de 7’000 civils dans la zone sans combats [où sont réfugiés des centaines de milliers de civils] jusqu'à fin avril", avance le journal.
Faisant référence à des "sources aux Nations unies", le quotidien ajoute que le "nombre de victimes a ensuite explosé, avec 1’000 civils tués en moyenne chaque jour, entre fin avril et le 19 mai", le lendemain de la mort du chef de la rébellion tamoule, Vellupillai Prabhakaran.
"La majorité [des civils] a péri sous les canons du gouvernement" visant notamment les rebelles qui utilisaient les camps de réfugiés comme boucliers humains, souligne le Times. "Cela porterait le bilan final à plus de 20’000" morts, relève le journal, précisant qu'une source des Nations unies lui avait indiqué que le bilan serait même "supérieur". Les Nations unies ont a estimé à 7’000 le nombre de civils tués au cours des quatre derniers mois d'un conflit séparatiste qui a duré 37 ans.
Le quotidien britannique précise que ses informations s'appuient également sur l'analyse de photos aériennes prises lors de la visite du secrétaire général des Nations unies au Sri Lanka, Ban Ki-moon, ainsi que sur des témoignages et des experts.
La rébellion tamoule est accusée d'avoir retenu contre leur gré des dizaines de milliers de civils dans l'étroite bande côtière où se sont concentrés les combats dans les derniers mois du conflit, tandis que les forces gouvernementales sont soupçonnées d'avoir bombardé de manière aveugle cette zone.
L’enquête du "Monde"
Le quotidien français Le Monde, dans son édition datée du 28 mai, a dénoncé "le silence coupable de l’ONU qui a minimisé le nombre de civils tués". Citant une cellule onusienne ayant collecté des données auprès notamment d'employés locaux des Nations unies, d'organisations non gouvernementales et de médecins, "Le Monde" affirme que "l’ONU a caché l’ampleur des massacres au Sri Lanka", où l’armée "aurait tué quelque 20'000 personnes", et lui reproche d’avoir "ménagé le régime de Colombo".
L’envoyé spécial du "Monde" à Colombo, Philippe Bolopion, parle de "chiffres étouffés", de "rapports sans suite", d’un "bilan des victimes très vraisemblablement sous-estimé", et de "principes reniés".
"Bien qu'elle ait disposé d'éléments accablants sur la conduite de l'armée sri-lankaise, la hiérarchie de l'ONU a, écrit Philippe Bolopion, gardé le silence, de peur de compromettre ses activités dans ce pays. Tandis que se préparait ce qu'elle a fini par décrire comme un "bain de sang", l'ONU a fait le choix de la conciliation avec Colombo, au risque de faillir à son devoir envers des centaines de milliers de civils en danger.
"Le refus de l'ONU de publier le bilan des victimes est emblématique. Tout au long de l'offensive de l'armée contre l'une des plus vieilles et des plus violentes guérillas dans le monde […], une cellule onusienne a collecté et recoupé des données auprès d'employés locaux de l'ONU, d'ONG, de médecins ou de prêtres.
"Son total, entre le 20 janvier et le 13 mai (une semaine avant l'assaut final), est de 7’720 morts (dont 678 enfants) et 18’465 blessés (dont 2’384 enfants). Il y a eu "une tentative de suppression systématique de ce matériel", affirme un officiel onusien.
"Quand les chiffres ont été communiqués à la presse par des voies détournées, le coordonnateur local de l'ONU, Neil Buhne, a exigé d'être, désormais, le seul destinataire de ces bilans. En public, les responsables onusiens ont pris leurs distances avec ces chiffres.
"Contre l'avis du secrétaire général, Ban Ki-moon, et de Vijay Nambiar, son chef de cabinet, le haut-commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Navi Pillay, a jugé qu'il était de la responsabilité de l'ONU de publier ces données "crédibles", selon elle (le décompte était alors de 2 800 morts). De peur de provoquer l'ire de Colombo, le chef des affaires humanitaires de l'ONU, John Holmes, a dû prévenir l'ambassadeur du Sri Lanka à l'ONU.
"Bien qu'il ne tienne pas compte des lourdes pertes des derniers jours, le chiffre de 7’700 morts continue à faire référence dans la presse. Mais, Vijay Nambiar a été informé que le bilan final "dépasserait sans doute les 20 000 morts". Ce chiffre, non vérifié, est une extrapolation des rares informations disponibles".
LES REACTIONS
SRI LANKA. Un porte-parole de la représentation du Sri Lanka à Londres, a rejeté "toutes [les] accusations" du "Times" et du "Monde". "Pas le moindre civil n'a été tué par des bombardements du gouvernement", selon lui. Le gouvernement de Colombo assure que ses troupes ont arrêté dès le 27 avril de tirer à l'arme lourde sur les positions rebelles et affirme que les Tigres tamouls ont utilisé comme des "boucliers humains" les 100’000 civils bloqués dans la zone des combats.
"Depuis le début du conflit, Colombo a systématiquement été pris en défaut sur le sort des civils dans la zone de guerre, relève Arnaud Vaurein, dans le quotidien Libération [30-31 mai 2009]. Trois jours avant la fin des combats, le 15 mai, les autorités militaires claironnaient qu’il ne restait "quasiment plus personne" dans l’enclave. Avant de recueillir près de 80’000 personnes piégées entre les soldats et les LTTE" [Tigres tamouls].
S’agissant du bilan côté gouvernemental, c’est le black-out, note encore Arnaud Vaulerin. "Mi-mai, un diplomate sri-lankais avançait le chiffre de "plusieurs centaines" de soldats tués au combat depuis janvier. A Colombo, un officier évoquait récemment un ratio "d’un soldat tué pour douze guérilleros morts" en se gardant bien de communiquer le moindre chiffre précis. Colombo préfère déclarer qu’il détient 9’100 anciens combattants des Tigres dans des "centres de réhabilitation". Dont on ne sait absolument rien".
Le gouvernement sri-lankais a rendu publiques, le 22 mai, les pertes militaires lors de la dernière phase du conflit. Selon les chiffres du secrétaire à la défense, 6’200 soldats ont été tués et près de 30’000 blessés depuis juillet 2006, date à laquelle l'armée a lancé une offensive de grande ampleur contre les bastions des Tigres tamouls.
NATIONS UNIES. Les informations du "Times" et du "Monde" ont mis "le feu aux Nations unies", selon l’un des membres de l’organisation internationale à Colombo. Un nombre "inacceptable" de civils ont été tués au Sri Lanka ces derniers mois pendant les combats entre les forces armées et les rebelles tamouls, a déclaré, le 29 mai, à Genève, Elisabeth Byrs, porte-parole du Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (Ocha). Selon elle, les chiffres sur les victimes récemment cités dans divers médias sont des estimations issues de sources "bien informées" données aux Etats membres de l’organisation internationale au cours de réunions privées.
"De toute évidence, nous avons là des estimations [issues de sources] bien informées et non des chiffres précis, vérifiables", a souligné Elisabeth Byrs à l'Agence France-Presse (AFP), refusant toutefois d'avancer des chiffres.
"Les Nations unies n'ont pas fait de rétention sur les souffrances et les victimes civiles", a-t-elle assuré, rappelant que les Nations unies avaient affirmé "publiquement et de manière répétée" que le nombre élevé des morts au cours des derniers mois était "inacceptable". "Les Nations unies ont partagé leurs inquiétudes à ce sujet avec le gouvernement [de Colombo] et les autres parties concernées", a ajouté Elisabeth Byrs.
Des sources au sein de différentes agences onusiennes à Genève ont reconnu qu'elles faisaient l'objet de pressions au sujet de leurs déclarations sur le Sri Lanka, en particulier en ce qui concerne le bilan des victimes, relate l’AFP.
"Si ces enquêtes ont été sérieusement réalisées et recoupées, c’est une vraie bombe", a déclaré, de son côté, un responsable des Nations unies cité par "Libération". Ce responsable dit avoir vu des notes internes faisant état de "rapports monstrueux" en terme de pertes humaines. "Entre la fin avril et les tout premiers jours de mai, nous avons eu des bilans avec plus de 1’000 morts quotidiens". Rien au-delà de cette date. Mais, ces chiffres restent difficiles à recouper car il n’y avait plus beaucoup de sources dans la mal nommée "zone de sécurité", estime Arnaud Vaulerin.
La guerre de plusieurs dizaines d'années entre l'armée sri-lankaise et les rebelles tamouls dans le nord de l'île a fait jusqu'à 100.000 morts, selon les estimations des Nations unies annoncées le 20 mai 2009. Les Nations unies avancent alors le chiffre de 80’000 à 100’000 personnes tuées depuis le déclenchement du conflit en 1983. L’organisation estimait jusqu'à présent le nombre total de victimes du conflit à 70’000. Par ailleurs, des estimations officieuses évoquent le chiffre de 7’000 civils tués pour le seul mois de janvier 2009.
Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, s'était dit le 19 mai, quelques jours avant son déplacement au Sri Lanka, "profondément troublé" par le nombre de civils tués, évoquant la possibilité d'"enquête" sur d'éventuels crimes de guerre.
"Nous n'avons toujours pas accès [aux zones] au-delà d'Omanthai (nord du Sri Lanka)", a déploré, le 29 mai, à Colombo, le coordinateur des Nations unies, Neil Bhune, devant des journalistes.
Environ 260’000 Tamouls déplacés par les combats sont retenus dans des camps entourés de fils de fer barbelés et par les forces de sécurité, à la recherche, affirme-t-elles, d'anciens rebelles déguisés en civils.
Sources : presse française, dont les quotidiens Le Monde et Libération, mai 2009.

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