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Examen périodique universel

Conseil des droits de l'homme
Conseil
| Sessions 2008

POINT DE VUE, JUIN 2008 | LA SUISSE DEVANT LE CONSEIL DES DROITS DE L'HOMME DES NATIONS UNIES
__La Suisse injustement épinglée
par Michel Barde

"Certains des Etats les plus virulents à l'égard de la Suisse feraient bien de se regarder au préalable dans leur propre miroir".

Le 1er juin [2008], le peuple suisse a, à juste titre, rejeté l'initiative lancée par l'UDC [Union démocratique du centre]. C'est pourtant cette initiative qui a largement alimenté les critiques adressées à la Suisse lors de l'examen de passage auquel elle a dû se soumettre au début du mois de mai devant le Conseil des droits de l'homme dans la rénovation duquel notre pays s'est fortement investi sous l'impulsion de Micheline Calmy-Rey [ministre suisse des Affaires étrangères].

Il s'agit là d'une première perversité. Le Conseil des droits de l'homme, pas plus que les autres agences des Nations unies, n'a vocation de s'immiscer dans les débats internes des pays. Leurs rapports s'adressent aux gouvernements, pas aux partis politiques. Les interrogations de divers pays sur le «climat xénophobe en Suisse véhiculé par certaines campagnes politiques», sur les "discriminations à l'égard des femmes" et sur des "discriminations religieuses" n'ont pas plus de pertinence. Elles ne sont qu'un effet de mode moutonnier, sans égard à la politique gouvernementale.

Sans les nommer ici, certains des Etats les plus virulents à l'égard de la Suisse feraient bien de se regarder au préalable dans leur propre miroir. C'est notamment le cas de ceux dont la population castagne les travailleurs étrangers, de ceux qui refusent à une population nationale d'une autre langue de s'installer ailleurs dans son propre pays, de ceux dont la religion dominante interdit aux tenants d'une confession minoritaire de se présenter aux élections et de ceux dont la religion aussi ne mesure l'égalité des droits entre hommes et femmes qu'à l'aune de la suprématie et de la domination masculine. Ils ne sauraient adresser de reproches à un pays dont la démocratie directe est l'une des vertus cardinales, qui absorbe proportionnellement l'un des taux les plus élevés de population étrangère et de requérants d'asile en Europe et qui est le seul pays à s'être jusqu'ici prononcé par les urnes en faveur de l'élargissement de l'Union européenne aux pays de l'Est. A tous ceux et celles qui ne comprennent pas que ces reproches infondés alimentent un rejet cristallisé au sein de la frange blochérienne de l'UDC, il est de la plus haute importance de leur faire mesurer les enjeux en cours et les conséquences de leurs accusations.

Par vocation et pour ses intérêts propres de petit pays, la Suisse est attachée au respect du droit international. Mais, celui-ci connaît aujourd'hui une certaine dérive entre les droits fondamentaux et l'interprétation qui en est parfois donnée et qui est sujette à caution.

Un récent numéro de la revue catholique Choisir dénonçait ainsi le Conseil des droits de l'homme comme une "machine de guerre idéologique à l'encontre de ses principes fondateurs", ajoutant: "Doudou Diène, le rapporteur spécial des Nations unies sur les formes contemporaines de racisme, déclare d'ores et déjà qu'énoncer une critique contre le port de la burqa constitue une agression raciste et que la laïcité est ancrée dans une culture esclavagiste et colonialiste". "Si le blasphème devait être assimilé à du racisme, poursuit la revue, si le droit à la critique de la religion devait être mis hors-la-loi, ce serait une régression aux conséquences désastreuses".

La foi constitue l'un des domaines par excellence où se manifeste le besoin d'espérance et de transcendance de l'être humain. Mais, ce besoin, aussi diversement ressenti que diversement exprimé, ne saurait être codifié dans un droit qui s'imposerait à tous comme une norme universelle dont la transgression serait assimilée à du racisme.

De même que la mondialisation n'a pas à être le prétexte et le véhicule de normes internationales qui n'ont rien à voir avec le respect des droits fondamentaux de tout être humain, l'application aveugle du principe d'égalité ne peut que conduire à un relativisme où tout est égal à tout, sans repaire et sans identité.

Michel Barde, membre du comité de l'Union patronale suisse, vice-président de l'Organisation internationale des employeurs. Point de vue publié dans le quotidien la Tribune de Genève, 24 juin 2008.
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