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FRANCE, PARIS, 2007 / 3e CONGRÈS MONDIAL CONTRE LA PEINE DE MORT __Emmanuel Decaux : "L'abolition n'est plus hors de porté"
A ce sujet, la France se trouve à un tournant important avec l'annonce faite en janvier 2006 par le président de la République, d'une prochaine révision de la Constitution pour permettre à notre pays de ratifier le protocole n°2 au Pacte sur les droits civils et politiques. Ce sera d'abord un engagement solennel venant pleinement consacrer l'abolition votée en 1981. Mais cela donnera surtout plus de poids à la France pour plaider, comme l'avait fait Jacques Chirac à l'ONU, pour une abolition universelle. Notre message sera d'autant mieux entendu que nous prêcherons l'exemple en ratifiant ce protocole. La Francophonie qui a su tisser des liens étroits entre les continents devrait se mobiliser pour la cause de l'abolition. Mais il faut bien voir que si l'abolition doit être une
priorité, ce n'est pas - ou ce n'est pas seulement - un
but en soi. C'est tout le système de l'administration de
la justice et de l'exécution des peines qui doit être
pris en compte. Lorsque la justice ne fonctionne pas, trop souvent
la "justice de la rue" se traduit par des lynchages
populaires. A fortiori dans les situations de crises, les disparitions
forcées et les exécutions extra-judiciaires se multiplient.
Il est essentiel que la "convention internationale pour la
protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées"
préparée par un groupe de travail de la Commission
des droits de l'homme présidé par le représentant
de la France, l'ambassadeur Bernard Essedjian, entre rapidement
en vigueur. L'abolition officielle de la peine de mort ne doit
pas se traduire par la pratique clandestine des exécutions
sommaires, en dehors de toutes les procédures légales
et de toutes les garanties judiciaires, comme si la peine de mort
était sous-traitée à des para-militaires
ou à des milices privées. Le droit est essentiel,
mais il faut savoir regarder les réalités en face.
Ainsi les Etats européens ne cessent de féliciter
le Turkménistan pour avoir été le premier
Etat d'Asie centrale à abolir la peine de mort, mais cette
abolition de façade cache une hypocrisie macabre dans une
dictature où les prisonniers politiques sont torturés
et condamnés à une mort lente. D'après vous, comment la cause de l'abolition universelle de la peine de mort peut-elle et doit-elle avancer ? A côté des traités, la jurisprudence des différents tribunaux a une place essentielle pour traduire l'évolution des esprits. Le rôle d'amicus curiae que joue l'Union européenne devant la Cour suprême des Etats-Unis devrait être prolongé par les ONG et les collectifs d'avocats, comme cela a été le cas en Mauritanie, grâce à ECPM. Mais au-delà des "spécialistes", c'est évidemment toute l'opinion publique qu'il faut sensibiliser et persuader. Si les responsables politiques peuvent devancer le mouvement de l'opinion, par des gestes courageux, il n'en reste pas moins nécessaire d'accompagner cette évolution en profondeur par une transformation des mentalités, comme cela a été le cas en France ainsi qu'en témoignent les sondages. Faute de quoi, en période de crise, comme par exemple dans la lutte contre le terrorisme, la tentation de revenir sur les réformes impopulaires - et qui plus est imposées de l'extérieur - peut être forte, comme aujourd'hui en Russie. A cet égard, les personnalités religieuses ont une responsabilité particulière, me semble-t-il, pour rappeler les enjeux éthiques et culturels de l'abolition de la peine de mort. Quelles raisons vous ont poussé à rejoindre le Comité scientifique du 3ème Congrès mondial contre la peine de mort ? Je me souviens encore d'avoir vu lors d'une réunion de la CSCE organisée à Moscou en 1991, un diplomate russe essayer de faire fléchir un négociateur britannique qui rappelait que la question de l'abolition relevait exclusivement du Parlement de Westminster. De même tout au plus les Etats-Unis avaient-ils concédé d'évoquer la question des progrès vers l'abolition, dans le cadre de la CSCE, avant de faire marche arrière. Mais il y a bien sûr un enjeu plus profond. Pour avoir suivi les travaux de la coalition depuis l'origine, je me réjouis de voir ses efforts porter peu à peu leurs fruits. Je n'ai jamais considéré que le droit devait être une tour d'ivoire et que ce soit comme expert indépendant à la Sous commission des droits de l'homme des Nations unies ou comme membre de la CNCDH, je considère que les ONG ont un rôle irremplaçable à jouer en faveur des droits de l'homme. Que des ONG aussi diverses sachent se fédérer pour une cause commune, avec le soutien des pouvoirs publics, c'est quelque chose qu'il faut saluer. Et je suis heureux de pouvoir contribuer à cette réflexion collective, plus d'ailleurs comme "citoyen du monde" que comme expert ! Quel rôle peut avoir, selon vous, ce type de rassemblement ? Source : ECPM, Paris, avril 2006.
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