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>Les abolitionnistes à travers les siècles
__HIPPOCRATE
"... Je m'abstiendrai de tout mal et de toute injustice. Je ne remettrai à personne du poison si on m'en demande, ni ne prendrai l'initiative d'une telle suggestion ..." / Serment prêté par les médecins français avant d'exercer leur art.
__DIODOTE
Le premier débat parlementaire connu sur la peine de mort s'est déroulé en 427 avant J. -C., date à laquelle Diodote, faisant valoir que ce châtiment n'avait pas d'effet dissuasif, a réussi à persuader l'Assemblée athénienne en Grèce de revenir sur sa décision d'exécuter tous les adultes mâles de la ville rebelle de Mytilène (Thucydide, Histoire de la guerre du Péloponnèse, livre III, par. 25-50).
Diodote, orateur athénien. En 427av. J.- C., l'île de Lesbos rompit son alliance avec Athènes et s'allia aux Spartiates Peu après, une armée athénienne s'empara de Mytilène, capitale de l'île, et le peuple athénien rendit un décret de mort contre tous les Mytiléniens. Une galère partit avertir l'amiral Pachès, qui devait exécuter cet ordre. Mais Diodote fit rapporter le décret et le massacre fut évité.
__POMPÉE / Premier siècle avant notre ère
Pompée, pourtant peu enclin à la mansuétude, prend l'initiative d'une loi supprimant la peine de mort jusque-là appliquée au meurtre d'un proche parent, en lui substituant l'interdiction de l'eau et du feu". La procédure elle-même conduit à la disparition de la sanction capitale : celui qui est menacé d'une accusation grave a droit à la liberté provisoire ; comme il ne peut se dérober par la fuite au jugement qui l'attend, l'exil volontaire est en fait substitué à la mort et les Comices censoriates, appelées à se prononcer sur son cas, se bornaient à sanctionner son bannissement.
__ORIGÈNE / Exégète et théologien né à Alexandrie en 185 mort en 254
Répondant à quelques détracteurs qui accusent les chrétiens d'être de mauvais sujets de l'empereur, Origène précise que les chrétiens ne se sont jamais révoltés et ne se révolteront jamais parce que la loi le leur défend et que le meurtre d'un homme leur est interdit, fut-il le plus grand scélérat
__LES VAUDOIS / Fin du onzième siècle
Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, le principe même de la peine de mort est mis en cause à la fin du XIIe siècle et au début du XIIIe par une secte "chargée de la haine des gouvernements et des peuples (et qui sera évidemment poursuivie par les tribunaux de l'Inquisition) : les Vaudois. Selon les disciples de Valdo, l'homicide - même légal - doit être prohibé de façon absolue.
Les Vaudois trouvent dans l'arsenal des textes de l'Ancien et du Nouveau Testament de solides arguments contre la peine de mort. Ils se réfèrent également à saint Grégoire le Grand. Il faut donc ramener les coupables dans la voie de la justice et du salut, en leur faisant saisir l'énormité de leur crime, en les frappant de peines propres à les empêcher de nuire et à opérer leur amendement, mais non les tuer ! Une telle doctrine, si révolutionnaire par rapport aux croyances communes de l'époque, devait être rejetée sans appel.
__CONDORCET
Un intellectuel en politique, 1785 / Contre la peine de mort
Depuis la mort de d'Alembert, le roi de Prusse, qui avait perdu son fidèle correspondant et ami, avait demandé à Condorcet de le remplacer. Au fil des lettres s'instaure entre eux un dialogue d'une extrême modernité sur la justice et la peine de mort. En mai 1785, Condorcet lui envoie son ouvrage sur la Probabilité des jugements rendus à la pluralité des voix. Dans la lettre qui l'accompagne, il indique que l'un des résultats de ce travail "conduit à regarder la peine de mort comme absolument injuste". Avec une restriction cependant "excepté dans le cas où la vie du coupable peut être dangereuse pour la société."
Pourquoi cette condamnation de la peine de mort ? Parce que toute possibilité d'erreur dans un jugement est une véritable injustice, chaque fois qu'elle a pour cause la volonté du législateur. Or comme on ne peut avoir une certitude absolue de ne pas condamner un innocent, comme il est très probable que dans une longue suite de jugements, un innocent sera condamné, il lui "parait en résulter qu'on ne peut sans injustice rendre volontairement irréparable l'erreur à laquelle on est volontairement et involontairement exposé".
Frédéric II, qui se veut philosophe, se dit d'accord avec les positions de Condorcet. Certes, il vaut mieux sauver un coupable que de perdre un innocent, et la peine de mort doit être réservée aux crimes atroces (assassinats, incendies, par exemple). Mais, en vérité, l'accord n'est que de façade. Frédéric exploite la concession de Condorcet de telle sorte qu'il se retrouve en opposition avec lui. Il se donne, comme certains partisans de la peine de mort, des allures libérales en affirmant que la prison perpétuelle est plus cruelle. Du coup, Condorcet radicalise sa position abolitionniste et l'étend aux crimes les plus atroces, avec un argument fort intéressant: "Une seule considération m'empêcherait de regarder la peine de mort comme utile, même en supposant qu'on la réservât pour les crimes atroces : c'est que ces crimes sont précisément ceux pour lesquels les juges sont le plus exposés à condamner les innocents. L'horreur que ces actions inspirent, l'espèce de fureur populaire qui s'élève" contre ceux qu'on croit les auteurs, troublent les juges, magistrats ou jurés. Cet argument mettra fin à leur discussion, chacun restant sur ses positions. Dans les lettres ultérieures, ils parleront d'autres sujets - affaires académiques, nouvelles littéraires, etc.
"Excepté dans le cas où la vie du coupable peut-être dangereuse pour la société" écrit Condorcet l'abolitionniste, sans doute pour ménager le roi de Prusse mais lui ne sera jamais abolitionniste.
Toujours avec la même prudence Condorcet, le lendemain même de la condamnation de Louis XVI, présente une motion en faveur de l'abolition de la peine de mort 'Abolissez la peine de mort pour tous les délits privés, en vous réservant d'examiner s'il faut la conserver pour les délits de l'Etat. La proposition de Condorcet n'a aucune suite, pas plus que celles proposées en 1793,1794 et janvier 1795
Sources : Diodote : d'après le rapport d'Amnesty International La peine de mort dans le monde,1989 / Les articles sur Pompée, Origène et les Vaudois sont empruntés à Jean Imbert, La peine de mort, Que sais-je ? / L'article sur Condorcet a été écrit par Elisabeth et Robert Badinter. |