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>Retour Suisse : 2e Guerre mondiale |
AOUT 2001 / LA PUBLICATION DES PREMIERES ETUDES DU RAPPORT FINAL DE LA COMMISSION BERGIER __Biens spoliés, commerce extérieur, entreprises suisses actives dans l'Allemagne nazie : la Suisse entre compromis et compromissions
Ces huit études, qui totalisent plus de 3.000 pages, portent sur des aspects aussi divers que le transit ferroviaire à travers la Suisse, le problème du transfert des biens culturels pillés par les nazis ou encore la situation des entreprises chimiques suisses sous le IIIe Reich. Pour la presse suisse, elles n'apportent pas de révélations fracassantes, mais éclairent d'un jour nouveau plusieurs aspects de l'histoire suisse. "Pourquoi la Suisse et les Suisses auraient-ils dû faire preuve d'une plus haute vertu et de plus de clairvoyance que tous les autres Etats et les autres peuples ?", s'est interrogé le professeur Bergier en présentant les documents à la presse suisse. "Compromis et compromissions d'une part, attachement à l'indépendance et à la démocratie d'autre part: la Suisse a tenté de mener une politique pragmatique durant la Seconde Guerre mondiale alors que les équilibres étaient précaires", Associated Press. "Les huit premières études du rapport final [de la Commission Bergier] rappellent les services rendus aux nazis par les industriels, producteurs d'électricité ou chemin de fer suisses", Le Temps. "L'économie suisse a étroitement collaboré avec l'Allemagne nazie", La Tribune de Genève." L'indépendance [de la Suisse] au prix d'adaptations", Le Courrier. Tels sont quelques uns des titres de la presse genevoise au lendemain de la publication des premières études sur la Suisse entre 1933 et 1945. L'historien Saul Friedlaender, membre de la Commission, a souligné que ces études ne comportaient "pas véritablement de grandes révélations". Leur mérite principal est "d'apporter beaucoup plus de complexité et de nuances à une image qui dans l'ensemble était connue". Le professeur Jean-François Bergier a souligné que "les compromis et parfois les compromissions que les dirigeants publics et privés de la Suisse ont dû conclure, ou cru bon de conclure, n'ont pas détourné le pays de sa détermination à l'indépendance, à la démocratie et au fédéralisme. Au contraire ont-ils vu dans une politique pragmatique et dans les équilibres très précaires qu'ils réalisaient une garantie des valeurs auxquelles les Suisses demeuraient attachés dans leur immense majorité". "Adaptation ou résistance": selon lui, ce fut à l'époque un faux dilemme car il y eut "résistance à travers une adaptation calculée comme un risque". Le problème était moins de savoir si les uns avaient été héroïques et les autres lâches, mais jusqu'où il était possible d'être à la fois lâche et héroïque, a-t-il expliqué. Jean-François Bergier fait un distinction entre les acteurs publics, qui "ont en général servis honnêtement, fidèlement et parfois avec un engagement remarquable les intérêts du pays, tels qu'ils les comprenaient", et les acteurs privés banques, assureurs, industriels "surtout attentifs aux résultats de leur entreprise et à l'avenir de celle-ci". "Bien rares sont ceux qui se sont retirés tout à fait du marché allemand. Mais peu nombreux sont ceux qui en ont retiré avantages et amassé un véritable profit de guerre", conclut-il. Les liens économiques de la Suisse avec l'Allemagne et l'ItaliePlusieurs des huit études, note l'agence Associated Press, rappellent en premier lieu l'importance économique et financière de la Suisse pour l'Allemagne et l'Italie durant la guerre et les avantages que la Confédération pouvait aussi retirer de cette situation et qui a amené cette dernière, au cours de l'été 1940, alors que la Suisse était encerclée militairement, à accorer des crédits de clearing public aux puissances de l'Axe. Ces crédits très élevés - environ 1,3 milliard de francs - ont permis aux entreprises suisses d'exporter sans encourir de risques de paiement. Dans le même temps, ils ont servi à financer l'effort de guerre des puissances de l'Axe, car ils leur permettaient d'acheter du matériel de guerre suisse sans devoir fournir une contre-prestation directe. Sans ces crédits, les achats d'armes en Suisse n'auraient pas connu la hausse massive qu'ils ont enregistrée en 1940. "Ces crédits octroyés par le gouvernement suisse allaient donc à l'encontre des principes de neutralité. D'un point de vue global, on peut les considérer comme un tribut financier versés aux puissances de l'Axe, qui ont contrôlé l'économie extérieure de la Suisse jusqu'en 1944 grâce à leur contre-blocus. Les accords de crédit de 1940 et 1941 ont concrétisé la disposition de la Suisse à collaborer avec l'Allemagne sur le plan économique", écrit Stefan Frech, auteur de l'étude sur le "clearing". La Commission relève que compte tenu de leur importance commerciale, la tentation était en effet grande pour les industriels suisses de ménager l'Allemagne nazie et l'Italie fasciste. L'étude de Lukas Straumann et Daniel Wildman sur la chimie suisse sous le IIIe Reich montre que Geigy et Sandoz se sont pliés aux lois raciales en évinçant des Juifs des organes de direction de leurs filiales allemandes. "La marge de manoeuvre existait, mais elle a été diversement utilisée", soulignent-ils. Les entreprises suisses en Allemagne : le recours au travail forcéAutre facette du "modus vivendi" trouvé par les entreprises industrielles suisses en Allemagne : le recours au travail forcé, qui a concerné au moins 11.000 travailleurs forcés ou prisonniers de guerre mis à disposition de ces entreprises par le régime nazi. Les historiens Christain Ruch, Myriam Rais-Liechti et Roland Peter décrivent dans le détail les conditions terribles de logement, le manque de nourriture et les mauvais traitements auxquels étaient soumis ces travailleurs. "La responsabilité de ces agissements incombent avant tout aux directions locales", écrivent-ils, estimant cependant que les directions suisses savaient que leurs filiales employaient des travailleurs forcés. "En maintenant leur production et en employant une importante main-d'oeuvre, elles ont contribué au redressement et au développement de l'économie allemande et, partant, ont soutenu le système national-socialiste. Les entrepreneurs ont estimé que c'était leur devoir envers l'Etat national-socialiste, quel que fussent son système politique et sa légitimité". Selon les trois historiens, il est difficile de dire quel profit les entreprises helvétiques concernées, plus particulièrement les maisons mères en Suisse, ont tiré de leurs activités au sein du IIIe Reich. Ils constatent néanmoins qu'au moment de la chute du nazisme, la plupart des filiales affichaient une santé structurelle et financière excellente et disposaient ainsi de très bonnes chances pour redémarrer. Le transit ferroviaire de marchandises entre la suisse et l'AllemagneLe transit ferroviaire de marchandises et la fourniture d'électricité ont été deux points forts des relations entre la Suisse et l'Allemagne nazie. Le transit ferroviaire de marchandises, dont le volume a plus que triplé pendant la guerre, a été jugé par l'Allemagne comme l'un des services les plus précieux - avec le marché des devises - offert par la Suisse au Reich. "Son importance est telle que les Allemands vont renoncer au déclenchement d'une guerre économique avec la Suisse", souligne Gilles Forster. S'agissant d'éventuels transports de matériel de guerre pour approvisionner l'Afrikakorps via la Suisse, les autorités fédérales, averties des soupçons des Alliés à ce sujet, n'ont contrôlé que "mollement" le trafic, selon la Commission. Enfin, la Commission affirme qu'aucun convoi de déportés juifs n'a transité par la Suisse à destination des camps d'extermination nazis. Autre "service" particulièrement apprécié par l'Allemagne nazie: l'électricité. Si l'électricité fournie par la Suisse ne couvrait qu'une part infime de la consommation allemande, elle a, note la commission, profité à certains secteurs-clés de l'industrie de guerre allemande. Source : presse suisse romande Le Temps, La Tribune de Genève et Le Courrier, 31 août 2001. |