droitshumains.org
XXIe siècle
La Suisse pendant la Seconde Guerre mondiale




>Retour
Suisse : 2e Guerre mondiale

L’HISTOIRE SUISSE ET LE RAPPORT BERGIER

__Comment l'enseignement de l'histoire peut-il tirer profit du rapport Bergier ?


Elaborer à partir du rapport Bergier un "manuel scolaire confédéral? Pour Jean-François Bergier lui-même, "l'aboutissement normal et heureux" de son rapport serait que "l'enseignement scolaire en tienne compte de manière durable".

En novembre 2001, la parlementaire socialiste Vreni Müller-Hemmi interpellait à ce sujet le Conseil fédéral : "Tous les élèves du secondaire doivent avoir accès aux résultats de la commission Bergier. L'impulsion doit venir du Conseil fédéral". Elle ajoutait : "Il ne s'agit pas de juger la Suisse ou les Suisses mais de savoir ce qui s'est passé à l'époque. Le rapport Bergier est basé sur des documents qui n'ont pas été inventés. Il est l'occasion de débats critiques essentiels pour les jeunes".

Bouclage de la frontièreLe débat ne fait que s'ouvrir. Le 21 mars 2002, à la veille de la publication du rapport Bergier, L'Hebdo citait le vice-directeur de l'Office fédéral de la culture, Christoph Reichenau, qui estime que "le rapport Bergier ne doit pas finir dans les tiroirs" et qu'il est temps que tous les livres scolaires "disent adieu aux mythes". Il défend l'idée d'un vrai manuel suisse d'histoire qui serait distribué à tous les élèves, de la 7e à la 9e - l'histoire contemporaine est en principe abordée vers 15 ans. Le premier rôle d'un tel livre serait d'en terminer une bonne fois avec l'image d'Epinal de la Suisse sans reproche au milieu de la Seconde Guerre mondiale.

L'idée fait craindre le remplacement d'une histoire officielle par une autre, écrit Le Temps, dans son édition du 26 mars 2002. Le quotidien a interrogé trois enseignants romands.

"J'aurais peur d'un manuel officiel de la Confédération remplaçant un récit fermé par un autre. On n'est pas efficace en étant moralisateur et prescriptif" réagit le Genevois Charles Heimberg, professeur d'histoire et formateur des maîtres enseignant cette discipline. Réticence qui ne doit rien à de l'embarras devant la période considérée, ou sa relecture.

"Charles Heimberg est l'auteur du Rapport Bergier à l'usage des élèves*, rédigé en 1999 lors de la sortie du volume sur les réfugiés, et qu'il compte compléter maintenant que la synthèse finale est publiée. Son opuscule présente les aspects contrastés de la période, des documents et des témoignages étayant ces contrastes. Il se termine par cette apostrophe aux élèves: "A vous maintenant de participer au débat et de vous forger votre opinion."

"Professeur-formateur d'histoire à la Haute école pédagogique vaudoise, Lyonel Kaufmann défend une ligne similaire: "A mon sens, la bonne façon de tirer parti du rapport Bergier consiste à offrir aux élèves une panoplie de documents, qui soient des outils acceptables, leur permettant de retrouver eux-mêmes le fil, et de l'insérer également dans l'actuelle problématique des réfugiés." Dans cette optique, si le rapport Bergier devait servir de base à un manuel, ce serait plutôt à un outil d'enseignement, destiné aux maîtres.

"Le rapport Bergier est un travail de spécialistes, ce n'est pas quelque chose d'utilisable en classe" commente Patrick de Leonardis, enseignant au Collège de Moudon et président de la Commission d'histoire vaudoise. Pour lui, il n'y a pas lieu d'être forcément volontariste: "Ce travail mettra le temps qu'il faudra pour être intégré, l'histoire est un discours qui a besoin d'être digéré par une culture." Quelle que soit la priorité qui serait conférée à la confection d'un nouveau manuel, il faudrait de toute manière plusieurs années pour le réaliser. "

Sources : Le Temps, Genève, 26 mars 2002; L'Hebdo, Lausanne, 21 mars 2002.

* Le rapport Bergier à l'usage des élèves [DIP, Genève, 1999] est disponible sur ce site.Up