Monde Combattre le racisme


ALLEMAGNE

28 juillet. 7 femmes et 3 hommes, âgés de 24 à 50 ans, originaires de l'ex-Union soviétique (Ukraine, Azerbaïdjan et Russie), blessés par l'explosion d'une bombe, près d'une station de chemin de fer urbain, à l'ouest de Düsseldorf. Sept d'entre eux sont juifs. L'attentat, relève "Le Monde, "a choqué les esprits" et provoque la mobilisation du gouvernement allemand "contre la xénophobie".

Jusqu'à l'attentat, note le journal, "les actes isolés de violence raciste (passages à tabac, violations de sépultures juives, incendies criminels) s'égrenaient avec régularité sans éveiller de débat. Depuis l'apogée de 1992, quand huit personnes, dont des fillettes turques, étaient mortes brûlées dans des attentats contre des foyers d'étrangers, les douloureuses interrogations au regard de l'histoire allemande avaient peu à peu cessé".

En mai dernier, le président de la République, le social-démocrate Johannes Raus, avait dénoncé "une intolérance agressive contre les étrangers". A la mi-juillet, le président du Conseil central des juifs, Paul Spiegel, s'inquiétait de la recrudescence des actes xénophobes. "Je n'aurais pas cru possible que, cinquante-cinq ans après l'Holocauste, nous entendions parler chaque jour de nouvelles attaques racistes, ni que des jeunes de quatorze ou quinze ans ne sachent plus ce que signifie Auschwitz".

9 août. Selon un sondage publié par l'hebdomadaire allemand Die Zeit, les deux tiers des Allemands de 14 à 17 ans ignorent tout de l'Holocauste et seulement 40% d'entre eux savent qu'Auschwitz, Dachau et Treblinka furent des camps de concentration.

7 août. Les dirigeants du Conseil central des juifs et le porte-parole du gouvernement allemand lancent un "pacte" contre l'extrême droite pour mobiliser les citoyens. Sous le mot d'ordre "Affichez les couleurs", cette initiative entend fédérer "la résistance des démocrates" face aux violences xénophobes et antisémitismes dans le pays.

18 août. Le chancelier Gerhard Schröder appelle "l'Etat et la société" à combattre avec "la plus grande détermination" la violence d'extrême droite en Allemagne, en particulier dans les Länder de l'ex-RDA. "Nous ne pouvons admettre que, dans notre pays, des gens soient insultés dans la rue, frappés, voire assassinés à cause de leur langue, de leur religion ou de la couleur de leur peau".

"Il nous faut, Etat et société, réagir d'une façon très claire et avec la plus grande détermination".top

30 août. La justice allemande rend un jugement sévère contre trois jeunes skinheads coupables d'avoir frappé à mort un père de famille mozambicain à Dessau, à l'est du pays (ex-RDA). Le plus âgé, Enrico Hilprecht, 24 ans, a été condamné à perpétuité, les deux autres, mineurs, à neuf ans de prison par le tribunal de Halle. Le jugement intervient alors que l'Allemagne tente de réagir contre la violence xénophobe et les agissements de groupes néonazis.

4 octobre, Düsseldorf. Le chancelier Gerhard Schroeder appelle à "un soulèvement des gens bien" contre le racisme et l'antisémitisme, alors que l'Allemagne politique est en émoi après un incendie criminel perpétré contre une synagogue à Düsseldorf, le deuxième en six mois. "L'écrasante majorité des Allemands ne peut laisser une minorité détruire l'image du pays".

Au président du Conseil central des juifs en Allemagne, Paul Spiegel, qui s'interrogeait sur la pertinence pour les juifs de revivre en Allemagne ("Nous voulons entendre, voir et sentir que ça ne continuera pas ainsi"), le ministre des Affaires étrangères, Joschka Fischer, répond: "Nous voulons que les juifs puissent vivre en Allemagne librement et en toute sécurité. Nous voulons que les communautés juives continuent de grandir en Allemagne".

Ne comptant encore qu'environ 30.000 personnes dans les années 1980, la communauté juive en Allemagne regroupe aujourd'hui quelque 85.000 membres, grâce notamment à l'arrivée de juifs venant de l'ex-URSS.

9 octobre, Berlin. Otto Schily, ministre allemand de l'intérieur, estime "suffisantes" les preuves permettant de déposer une demande d'interdiction du parti national-démocrate (NPD) auprès de la Cour constitutionnelle. Classé néo-nazi par les services de renseignements allemands, le NPD compte quelque 6'000 membres.

27-28 octobre. A Rostock, le 27, des skinheads attaquent trois jeunes adolescents de 10, 14 et 16 ans, Sur le corps nu du plus petit, ils ont écrit: ”Je vis pour l’Allemagne” et dessiné une croix gammée. Le 28, à Himbergen (nord du pays), une vingtaine de skinheads s’en prennent à une famille turque aux cris de ”Sieg Hitler” et ”cochons d’étrangers”.

Le même jour, à Düsseldorf, 25’000 personnes manifestent contre l’extrême droite, à l’appel des partis politiques, des Eglises, des syndicats et de diverses associations. Deux tiers des Allemands sont favorables à l’interdiction des trois partis d’extrême droite, le Parti néo nazi NPD, les Republikaner et l’Union du peuple allemand (DVU), selon un sondage de l’institut Dimap.top

9 novembre, Berlin. L’appel à ”la révolte des honnêtes gens”, lancé en octobre par le chancelier Gerhard Schröder, au lendemain de l’attentat contre la synagogue de Düsseldorf, a été entendu: quelques 200’000 Berlinois manifestent contre l’extrême droite.

14 novembre, Frankenthal. Quatre jeunes skinheads, âgés de 15 à 18 ans, condamnés à des peines allant de 2 ans et demi à 5 ans de prison pour avoir lancé un coktail-molotov sur un foyer de demandeurs d’asiles, attenta qui avait blessé trois albanais du Kosovo.

FRANCE

16 juillet, Paris. Première journée nationale à la "mémoire des victimes de crimes racistes et antisémites de l'Etat français" pendant la dernière guerre et d'hommage aux "Justes" de France - jour anniversaire de la grande rafle des juifs parisiens, le 16 juillet 1942, parqués au vélodrome d'hiver avant d'être déportés vers les camps d'extermination. Jean-Luc Mélenchon, ministre, déclare au nom du gouvernement français : "Des fanatiques ont pensé et voulu ce crime, une masse de prudents zélés et d'indifférents actifs, réunis dans la même lâcheté, l'ont organisé et réalisé". Il a ajouté que "tous sont coupables et tous sont français, pour notre honte".

21 août. Le maire de Strasbourg, Catherine Trautmann, dépose plainte pour "dégradation volontaire par inscription à caractère raciste et antisémite", après la découverte de l'inscription en lettres noires "Le Roy, Sale juif", assortie d'une croix gammée, sur les murs du stade du Racing Club de Strasbourg. Le club de football, qui avait déjà saisi la justice à la suite d'insultes proférées contre l'entraîneur Claude Le Roy et les joueurs noirs de l'équipe, a lui aussi porté plainte "pour incitation à la haine raciale".

12 octobre. "Les actes antisémites se multiplient en France sur fond de crise au Proche-Orient", titre le quotidien "Libération". Plusieurs synagogues ont été la cible d'engins incendiaires et des bâtiments ont été couverts d'inscriptions antisémites.

Le 10 octobre, la synagogue de Trappes (Yvelines) a été en partie détruite par un incendie d'origine criminelle. De semblables attentats ont eu lieu contre des synagogues aux Ulis (Essonne), à Creil (Oise), à Lyon, à Villepinte et Clichy-sous-Bois (Seine St-Denis),dans la banlieue de Strasbourg ainsi qu'à Paris. A Paris, le 11 octobre, un commando du GUD, groupe d'extrême droite, a investi l'Université d'Assas, brûlé un drapeau israélien et laissé des tracts. "Sionistes, hors des facs. A Paris comme à Gaza, Intifada".top

Le Président français Jacques Chirac a condamné les "manifestations d'intolérance" et d'antisémitisme dans le pays. "Elles sont [...] inacceptables dans notre démocratie. Elles mettent en cause de façon inadmissible les valeurs et les traditions de la République française".

14 octobre, Biarritz. Au sommet de l’Union européenne, Jacques Chirac dénonce ”des paroles, des comportements indignes et des actes inacceptables” commis contre la communauté juive et appelle ”au dialogue et à la tolérance”.

15 octobre. Trois synagogues de la banlieue parisienne à Bagnolet, à Noisy-le-Sec (Seine-St-Denis) et à Chevilly-Larue (Val-de-Marne) sont la cibles d’engins incendiaires. Le 16, une voiture-bélier défonce la façade de la synagogue des Minguettes, à Vénissieux (Rhône). A Strasbourg, une boulangerie dont la devanture portait l’inscription ”Juifs assassins”, ainsi qu’un slogan pro-Hezbollah, est incendiée.

NATION rom / Tsiganes

28 juillet. Les Tsiganes réunis en "congrès mondial" à Prague réclament la reconnaissance de la "nation rom" - rom signifie une "personne" dans la langue indo-européenne du même nom. Pour le Tchèque Emil Scuka, président de l'Union rom internationale (URI), les quelque 15 millions de Tsiganes – dont 8 millions environ en Europe – méritent mieux que l'étiquette de groupe "minoritaire ou ethnique" qui leur est accolée ici et là. "L'Onu doit commencer à respecter le préambule de sa Charte, selon lequel toutes les nations sont "égales". Nous voulons être les premiers à demander un tel droit en tant que nation, et non en tant qu'Etat" ("Le Monde", 30-31.07.2000).

Le congrès a par ailleurs réclamé réparation pour le 500'000 tsiganes qui ont péri pendant l'Holocauste nazi.top

4 décembre, Rome. Les quelque 2 millions de Roms vivant dans l’Union européenne ont ”droit à la citoyenneté européennes”, estime Emil Scuka, président de l’Union internationale des roms (IRU). Le leader de la principale organisation tsigane au monde a remis au président du Conseil italien, Giulano Amato, une déclaration solennelle d’une ”nation rom transnationale” permettant aux roms de ”vivre comme et avec les autres Européens”. ”Nous n’exerçons pas de revendications nationalistes ou séparatiste”, a-t-il ajouté en rappelant que les ”préjugés” et les ”discriminations” à l’encontre des roms n’avaient pas disparu en Europe.

RELIGIONS

20 décembre, Vienne (Autriche). Les citoyens de l’Union européenne (UE) sont tolérants - plus de 80% d’entre eux - envers les religions autres que la leur, révèle la dernière enquête de l’Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes (EUMC).

Le Danemark et la Belgique sont les deux pays où la présence d’autres religions rencontre le plus d’hostilité au sein de la population. ”En moyenne, 15% des citoyens de l’UE expriment une certaine inquiétude à l’égard d’autres religions”, note l’enquête, mais le Danemark (32%) et la Belgique (26%) ”comptabilisent un pourcentage nettement plus élevé”. Ce résultat montre, selon Beate Winkler, la directrice de l’EUMC, que ”dans les pays où des partis politiques utilisent la religion comme un élément de leurs campagnes, l’impact sur l’opinion publique est important”.

SUISSE

9 août. Ruth Metzler, responsable du Département de justice et police de la Confédération, souhaite savoir, à la suite des "derniers événements" qui ont perturbé la célébration officielle de la fête nationale du 1er août, sur la prairie du Grütli (Suisse centrale), comment il possible "d'empêcher la propagande raciste ainsi que la gestuelle et les emblèmes qui l'accompagnent". Ruth Metzler, qui se dit inquiète de l'évolution de l'extrême droite en Suisse, a chargé un groupe de travail d'examiner l'application de la norme pénale 261 bis contre le racisme, qui punit tout acte ou propagande raciste à la condition que leur expression soit publique.

24 septembre. Par 63,7% de "non" contre 36,3% de "oui", les Suisses ont refusé de limiter à 18% le nombre d'étrangers autorisés à résider dans le pays. Tous les cantons se sont opposés à cette initiative populaire "pour une réglementation de l'immigration", la sixième en trente ans, lancée par un député conservateur du parti radical, désavoué par sa formation politique.

Actuellement, la Suisse compte 19,3% d'étrangers, soit 1,3 millions de personnes pour 7 millions d'habitants.

19 septembre, Berne. La Police fédérale suisse publie un rapport "sur les milieux skinheads en Suisse". Le rapport, qui s'attache à étudier les comportements et actions du "noyau dur" des extrémistes suisses (700 personnes alors qu'il y aurait, selon certains observateurs, entre 1'500 et 2'000 skinheads actifs en suisse) conclut, qu'il n'y a pas lieu de voir aujourd'hui dans l'extrémisme de droite en général "un grand péril pour la sûreté nationale". Certains développements actuels soulèvent "néanmoins des inquiétudes qui imposent une vigilance accrue".

VATICAN

15 décembre, Rome. Dans son traditionnel message pour la journée de la paix du 1er janvier, le pape Jean-Paul II condamne le racisme et la xénophobie. ”L’amour de la patrie est une valeur à cultiver, mais sans étroitesse d’esprit”, rappelle-t-il, en récusant ”les manifestations pathologiques qui apparaissent lorsque le sens de l’appartenance prend des accents d’exaltation de soi et d’exclusion de la diversité, qui se développent sous des formes nationalistes, racistes et xénophobes”.top

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