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XXIe siècle
Les talibans contre Bouddha





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_CHRONIQUE D'UN VANDALISME ANNONCE_


La statue détruite de Bouddha
La statue de Bouddha avant (à gauche) et après la destruction (à droite) ©CNN

Le directeur général de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco), Koïchiro Matsuura, a confirmé, le 12 mars 2001, que la majeure partie des deux bouddhas géants de Bamiyan, dans le centre de l’Afghanistan, avaient été détruits, probablement les 8 et 9 mars, à l’explosif. Les talibans [”étudiants en théologie”] n’ont tenu compte ni des protestations de la communauté internationale, ni des interventions des plus hautes autorités de l’islam.

Koïchiro Matsuura a qualifié ces démolitions de “crime contre la culture” et de ”destruction, froidement calculée, de biens culturels qui constituaient la patrimoine du peuple afghan, et, au-delà, celui de l’humanité toute entière”.

Le 26 février 2001, le chef suprême des talibans, le mollah Mohammad Omar, avait ordonné, par un décret, la destruction de toute la statuaire bouddhique en estimant qu'elle était "anti-islamique" et que la faire disparaître était "une injonction de l'islam".

”Contraire aux engagements pris en 1999 [par les talibans], la démolition des statues géantes de Bamiyan, en dépit de la mobilisation internationale, témoigne des luttes d’influence au sein du mouvement religieux afghan”, luttes qui opposent, ”au sein des talibans, les durs aux plus ”modérés” ou plutôt aux plus ouverts, qui ont compris que les talibans devaient quelque peu composer avec la communauté internationale”, note le quotidien ”le Monde” [13 mars 2001].Up

Vue de la vallée de Bamiyan
Vue de la vallée de Bamiyan. Photo Unesco.

26 FEVRIER________
Le chef suprême de la milice sunnite au pouvoir à Kaboul, le mollah Mohammad Omar, ordonne la destruction dans le pays de toute la statuaire afghane en estimant qu'elle était "anti-islamique" et que la faire disparaître est "une injonction de l'Islam".

A Paris, l'ancien directeur général de l'archéologie et conservateur des monuments historiques d'Afghanistan, Zémar Tarzi, déclare à l'Agence France Presse (AFP) que la décision des talibans est "une catastrophe culturelle mondiale".

L’annonce de la destruction des bouddhas géants de Bamiyan, sculptés entre le 2e et le 5e siècle de notre ère, provoque une vague d'indignation partout dans le monde.

27 FEVRIER________
A New York, le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, lance un "appel urgent" aux talibans "pour qu'ils fassent tout ce qui est en pouvoir pour assurer la préservation des vestiges uniques et irremplaçables du riche héritage de l'Afghanistan – musulmans comme prémusulmans". Il rappelle que L'assemblée générale de l'Onu a, à plusieurs reprises, appelé "toutes les parties afghanes à protéger les vestiges et monuments culturels et historiques qui font partie de l'héritage commun de l'humanité".

A Kaboul, l'agence Afghan Islamic Press (AIP) publie un entretien avec le mollah Omar. Celui-ci justifie son ordre de destruction, affirmant qu'il ne s'agit "que de casser des pierres". "La loi de l'Islam est la seule que j'accepte", précise-t-il, ajoutant que "garder ces statues serait contraire à l'Islam, alors que (les) détruire est une injonction de l'Islam". "Certains croient en ces statues et leur offrent des prières", a-t-il ajouté, assurant que son régime "ne permettait pas ces croyances".Up

28 FEVRIER________
A Kaboul, les talibans affirment que leur décision est irréversible. "Avez-vous jamais vu l'Emirat islamique d'Afghanistan revenir sur l'une de ces décisions", déclare le ministre afghan des affaires étrangères, Wakil Ahmed Mutawakel.

L'AFP rapporte que, selon un responsable taliban qui ne souhaite pas être nommé, la décision du mollah Omar est loin de faire l'unanimité au sein du mouvement. "Cela va faire un grand tort à l'Histoire afghane", déplore-t-il, ajoutant : "Des rois qui étaient de fervents musulmans ont déjà régné sur l'Afghanistan et aucun n'a pris une décision pareille".

A Paris, le directeur général de l'Unesco, Koïchiro Matsuura, qualifie la décision de détruire toutes les statues d'Afghanistan de "véritable désastre culturel" et demande, par télégramme, au mollah Mohammad Omar de reconsidérer cette décision.

"La mise en uvre de cette décision constituerait un véritable désastre culturel portant définitivement atteinte à un patrimoine d'une valeur universelle exceptionnelle. Un patrimoine qui constitue un élément fondamental de la mémoire et de l'identité afghane mais aussi un jalon dans l'histoire d'autres civilisations".

Il ajoute : "Détruire aveuglement des statues ne changera pas l'histoire, cela privera juste l'Afghanistan de demain d'une de ses richesses. Je demande instamment à tous ceux qui sont concernés, et au premier chef aux Afghans eux-mêmes, de tout faire pour protéger ce patrimoine culturel unique. La perte des statues afghanes, et en particulier des bouddhas de Bamiyan, serait une perte pour toute l'humanité".

"Les auteurs de cet acte irrémédiable porteraient une terrible responsabilité devant le peuple afghan comme devant l'histoire", conclut-il.Up

1er MARS________
A Kaboul, le ministre afghan de l'information et de la culture, Qadratullah Jamal, annonce que "tous les officiels, y compris les personnels du ministère de la promotion de la Vertu et de la lutte contre le Vice [police religieuse] ont reçu le feu vert pour détruire toutes les statuts". Il confirme que "toutes les statues à travers le pays seront détruites".

Selon un officiel taliban, cité par l'agence Afghan Islamic Press (AIP), les bouddhas géants de Bamiyan ont été "attaqué" par des tirs de barrage aux chars, roquettes et armes automatiques. Les talibans, qui auraient agi "de leur propre initiative", "ont commencé à tirer avec des blindés, des lance-roquettes anti-chars et avec toutes les armes qu'ils avaient sous la main".

Cet officiel annonce que les bouddhas vont être dynamités - car "il n'y avait pas d'autre moyen"-, probablement le vendredi 2 mars, jour de la prière des musulmans. Il précise que les talibans ont massé des explosifs dans les niches dans lesquelles sont creusés les bouddhas.

La communauté internationale se mobilise à l'annonce de ce vandalisme "moyenâgeux". Des pays bouddhistes comme la Thaïlande, mais aussi l'Inde, se proposent pour accueillir les précieux vestiges, ainsi que le Metropolitan Museum of Art de New York.

A New York, le porte-parole du département d'Etat américain, Philip Reeker, déclare que les destructions "contredis[aient] directement un des principes fondamentaux de l'Islam: la tolérance envers les autres religions", alors que, à Moscou, le ministère russe des affaires étrangères déclare que "le vandalisme des talibans à l'égard du riche patrimoine spirituel afghan témoigne de leur hostilité ouverte envers les valeurs humaines".

A Berlin, le ministre allemand des affaires étrangères, Joschka Fischer, estime quel "rien ne justifie" un tel acte. "L'Afghanistan porte une haute responsabilité pour la conservation du patrimoine culturel mondial sur son territoire. La destruction des statues en Afghanistan, en particulier celles des bouddhas de Bamiyan, serait une perte irremplaçable pour l'humanité".

Bouddha de BamiyanA Paris, au siège de l'Unesco, Koïchiro Matsuura, affirme que "les mots lui manquaient pour décrire de manière juste (ses) sentiments de consternation et d'impuissance" face aux "irréparables dommages en train d'être commis contre l'héritage culturel exceptionnel de l'Afghanistan". Il estime que la destruction des statues correspond à une "interprétation de la religion (islamique) qui n'avait cours nulle part ailleurs".Up

"En Afghanistan, on détruit des statues que le monde entier considère comme des chefs-d'uvre. Et cela au nom d'une interprétation de la religion qui n'a cours nulle part ailleurs. Cet acharnement iconoclaste me choque, comme il choque tous ceux qui ont de l'homme, mais aussi de la religion, une vision empreinte de dignité, de respect et de tolérance. En perpétrant ces actes de vandalisme, les taliban ne font progresser ni l'Afghanistan ni l'Islam".

Le directeur de l'Unesco demande à l'ambassadeur du Pakistan, un des rares pays à maintenir un contact direct avec les taliban, de tout faire pour qu'Islamabad appuie les efforts de l'Unesco en vue de faire cesser les destructions. Il contacte les représentants d'autres pays islamiques - Arabie saoudite, Emirats arabes unis, Qatar, République islamique d'Iran, Tadjikistan - ainsi que la Présidence et le secrétariat de l'Organisation de la Conférence islamique. "Ils m'ont tous manifesté un soutien sans réserve et se sont engagés à tout mettre en uvre pour qu'il soit immédiatement mis fin à ces destructions".

En fin d'après-midi, Koïchiro Matsuura convie les représentants des 54 Etats membres de l'Organisation de la Conférence islamique à une "réunion de crise" : "Nous devons trouver une solution concertée de toute urgence. Je ne peux pas croire que nous ne la trouverons pas"

2 MARS________
Les talibans entreprennent la destruction au canon et au mortier des Bouddhas géants de Bamiyan. "Ils utilisent toutes les armes à leur disposition contre les Bouddhas. Des explosifs, comme de la poudre à canon, ont été placés sous les statues pour plus d'efficacité", déclare un responsable taliban.

Au Caire (Egypte), un grand religieux musulman égyptien, le mufti Sheikh Nasr Farid Wassel, demande aux taliban "d'agir avec retenue" et de "peser les opinions des experts sans fanatisme ou précipitation". Dans une interview publiée par le quotidien arabe Al Hayat, il affirme que les bouddhas afghans "ne sont qu'une transcription de l'histoire et n'ont aucun impact négatif sur la foi des musulmans. Le mufti, dont les fatwas (avis religieux) ont effet de loi pour les musulmans sunnites, dont font partie les taliban, compare les statues afghanes aux monuments pharaoniques en Egypte et rappelle que l'islam n'interdit nullement la conservation des uvres antiques.Up

A Paris, le directeur général de l'Unesco, dépêche un envoyé spécial, porteur d'un message de sa part aux autorités taliban, afin de les amener à reconsidérer leur décision de détruire les statues du patrimoine afghan. Il s'agit de Pierre Lafrance, ancien ambassadeur de France en Iran et au Pakistan - et membre fondateur de la "Society for the preservation of Afghanistan's Cultural Heritage" (SPACH).

"J'ai choisi une personnalité très connue et respectée dans la région, grand connaisseur des questions du Moyen-Orient et de l'Asie centrale", déclare Koïchiro Matsuura, qui souhaite "inverser ce mouvement vers l'absurde dans lequel se sont engagées les autorités de Kaboul".

Le groupe des pays arabe auprès de l'Unesco, comprenant les 22 Etats membres de la Ligue arabe - dont l'Arabie Saoudite et la Ligue arabe -, condamne "ces actes sauvages", qualifie l'attitude de Kaboul de "barbare" et exige "une mobilisation internationale autour d'actions concrètes, afin de mettre un terme à cette entreprise sans précédent, qui affecte des trésors inestimables du patrimoine universel".

A Islamabad, le Pakistan appelle une nouvelle fois les autorités de Kaboul à la retenue : "Le gouvernement pakistanais se joint à toutes les autres nations pour appeler le gouvernement des talibans à reconsidérer sa décision concernant les statues du dieu Bouddha. Les musulmans sont fortement incités à respecter les autres religions et leurs croyances", affirme un communiqué du ministère es affaires étrangères.

A Téhéran (Iran), le porte-parole du ministère iranien des affaires étrangères, Hamid-Reza Assefi, affirme qu'"il est clair que les Musulmans de par le monde dénoncent l'action des taliban, sectaires, et qui n'implique en rien les Musulmans afghans dans ce mouvement anti-culturel". "Malheureusement, regrette-t-il, la destruction des statues par les talibans a semé dans le monde le doute sur les valeurs globales de l'Islam".

A New Delhi, le ministre indien des affaires extérieures, Jaswant Singh, qualifie la décision afghane de "sacrilège pour l'Humanité" et de "régression vers la barbarie médiévale", et propose que toutes les statues anciennes d'Afghanistan soient apportées en Inde.

A Rabat, l'Organisation islamique pour l'éducation, la science et la culture (Isesco), pendant musulman de l'Unesco, exhorte les talibans à cesser leur entreprise de destruction des anciennes statues "qui ne sont pas objet de culte et n'ont rien qui puisse nuire à l'islam".Up

3 MARS________
A Kaboul, le ministre afghan de l'information et de la culture, Quadratullah Jamal, annonce que la destruction des bouddhas géants de Bamiyan "est en cours" et sera menée à son terme.

"La destruction des statues, conformément au décret, se poursuit dans tout le pays. Elle n'est pas terminée et prendra encore deux, trois ou quatre jours", déclare-t-il, soulignant que "détruire était plus facile que construire" : "Il ne faut pas beaucoup de roquettes et de bombardements de chars", précisant que le travail était effectué avec "de la poudre, des marteaux et des pioches".

A Islamabad (Pakistan) , l'ambassadeur afghan, Abdul-Salam Zaeef, déclare au représentant spécial de l'Unesco, Pierre Lafrance, que les bouddhas n'ont pas été attaqués. "Il y a encore une faible lueur d'espoir", affirme l'ancien ambassadeur français.Up

A Kaboul, le ministre afghan de l'information et de la culture, Quadratullah Jamal, affirme à l'agence américaine Associated Press (AP) que "la tête et les jambes des statues de Bamiyan ont été détruites vendredi"[2 mars]. Il ajoute : "Nos soldats travaillent dur pour démolir les parties restantes. Elles tomberont bientôt".

Par ailleurs, le ministre précise que cette campagne de destruction durera "trois jours" et indique que plusieurs dizaines d'"idoles" en bois et en argiles ont été détruites sur les sites de Hérat, Ghazni, Kaboul et Jalalabad. "Elles étaient faciles à briser, et cela n'a pas pris beaucoup de temps".

4 MARS________
A Kaboul, le ministre afghan de l'information et de la culture, Quadratullah Jamal, assure que les informations, selon lesquelles les bouddhas de Bamiyan n'avaient pas été attaqués, "étaient fausses".

A Kandahar, la ville du sud de l'Afghanistan où se trouve le quartier général de la milice des talibans, le ministre afghan des affaires étrangères, Wakil Ahmed Mutawakel, confirme que l'ordre de destruction des statues bouddhiques de Bamiyan sera appliqué. Le "décret [de destruction] sera accompli, si Dieu le veut", affirme-t-il.

A Kaboul, l'agence Afghan Islamic Press (AIP) annonce que le ministre des affaires étrangères, Wakil Ahmed Mutawakel, a reçu, à Kandahar, l'ancien ambassadeur Pierre Lafrance, émissaire de l'Unesco, et lui a confirmé la décision du régime afghan de détruire les bouddhas géants de Bamiyan." Je ne vois, a-t-il dit, aucune possibilité de revenir sur notre décision et d'arrêter la démolition de ces statues".Up

Pierre Lafrance, tout en confirmant la destruction par les talibans de petites statues dans les musées des villes de Ghazni, Jalalabad et Hérat, laisse cependant entendre qu'un espoir subsistait. " Toutes les portes ne sont pas fermées. Les contacts se poursuivent et de nouvelles consultations de religieux ont lieu en Afghanistan".

5 MARS________
A Kaboul, la presse fait l'écho d'une déclaration du mollah Mohammad Omar qui réaffirme que la stuatuiare d'Afghanistan "sera détruite conformément aux principes de l'islam".

A Paris, l’Unesco fait savoir que deux importantes autorités religieuses islamiques ont ainsi exprimé un point de vue contraire à celui des talibans afghans. Un chef religieux de Doha (Qatar), le Cheik Youssef Kardaoui, a déclaré : “Les statues faites par les anciens avant l’Islam font partie d’un patrimoine historique. Quand les musulmans ont pénétré en Afghanistan, au premier siècle de l’hégire, ces statues s’y trouvaient et ils ne les ont pas détruites. Je conseille à nos frères du mouvement taliban de reconsidérer leur décision vu son danger et son impact négatif”.

Pour sa part, Sabri Abdel-Raouf, chef de la Division des études islamiques à l’Université Al-Azhar (Le Caire, Egypte), a précisé : “Les statues destinées à l’adoration peuvent être interdites comme contraires à l’Islam mais les statues non adorées ne sont pas interdites”.

6 MARS________
En Afghanistan, des informations contradictoires sur le sort des bouddhas circulent dans le pays. Alors que des officiels talibans déclarent que le dynamitage des bouddhas géants de Bamiyan a commencé, des responsables de l’opposition afghane affirment qu’ils ont "entendu dire qu'ils [les bouddhas de Bamiyan] avaient été bombardés, mais […] pas encore été dynamités". Les talibans "veulent [seulement] effrayer le monde" estime Ahmed Barham, porte-parole du mouvement d'opposition Hezb-i-Wahdat.

Un autre responsable de l'opposition, Mohamed Ashraf Nadeem, déclare que les statues, "bombardés" lundi [5 mars], "ont été en partie détruites, mais nous ne pouvons pas dire jusqu'à quel point".

A Islamabad, l'ambassadeur du régine afghan, Abdul Salam Zaeef, assure à l'agence Afghan Islamic Press (AIP) que le dynamitage des deux bouddhas sculptés dans la falaise de Bamiyan il y a plus de 1.500 ans a commencé dimanche [4 mars] et "qu'un quart de chacune des deux statues a déjà été détruit".Up

Selon l'Agence France-Presse, "des diplomates au Pakistan ont indiqué en privé qu'ils ne croyaient pas que les destructions étaient aussi importantes que les talibans l'affirmaient".

8 MARS________
A Kaboul, le ministre afghan des affaires étrangères, Wakil Ahmed Mutawakel, confirme que le décret ordonnant la destruction de la statuaire bouddhique est ”irréversible” et donc qu’il ”sera appliqué”.

9 MARS________
A Kaboul, l’agence Afghan Islamic Press (AIP) annonce que les talibans ont détruit la tête du plus grand bouddha de Bamiyan. Selon un membre de l’opposition afghane, Ahmed Bahram, les talibans, qui utilisent des chars, de l’artillerie et de l’explosif, ont repris la destruction des bouddhas, après trois jours d’interruption en raison de la fête religieuse de l’Eid.

Un autre responsable de l’opposition, Mohamed Ashraf Nadeem, porte-parole du commandant Massoud, assure qu’un ”témoins oculaire” a assisté, jeudi soir 8 mars à Bamiyan, au dynamitage des deux bouddhas. Les deux bouddhas auraient été ”réduits en morceaux” et ”complètement détruits”.

A Paris, l’Unesco poursuit ses efforts de mobilisation des leaders politiques et religieux en vue de préserver le patrimoine afghan.

Les Etats de la région d’Asie-Pacifique adoptent une déclaration de soutien aux actions entreprises par l’Unesco, notamment la création d’un Fonds spécial pour la préservation du patrimoine afghan et lui demandent d’“ examiner avec attention les propositions constructives et les efforts déployés par plusieurs pays de la région pour assurer la sécurité et la préservation des éléments du patrimoine culturel d’Afghanistan, y compris par leur re-localisation temporaire ”.

A New York, dans une résolution parrainée par plus de 75 pays, l'Assemblée générale des Nations unies invite le régime taliban à arrêter la destruction des vestiges culturels non islamiques du pays, et à revoir le décret du 26 février en ce sens. La résolution note que la destruction des statues d'Afghanistan, notamment les sculptures bouddhistes uniques de Bamiyan, constituerait "une perte inestimable pour l'ensemble de l'humanité".Up

10 MARS________
A Kaboul, le ministre afghan des affaires étrangères, Wakil Ahmed Mutawakel, réaffirme que "le décret (de destruction) est irréversible" et annonce qu’il va rencontrer le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, en visite au Pakistan : "Je vais lui dire que ce que nous faisons est une affaire religieuse interne qui n'est pas destinée à défier le monde".

Citant le mollah Omar, Radio-Charia, la radio officielle du régime, indique que la "décision de destruction des statues était fondée sur des ordres de Dieu le tout-puissant, c'est-à-dire sur des ordres du Coran".

De Kandahar, Abdul Hai Mutmaen, porte-parole des talibans et proche du mollah Omar, affirme que travail de démolition des bouddhas de Bamiyan "arrive à son terme". Selon lui, les deux bouddhas "ont été détruits à 80 ou 90%".

A Islamabad, le ministère pakistanais des affaires étrangères annonce que le ministre pakistanais de l'intérieur, Moinuddin Haider, a rencontré à Kandahar le mollah Omar mais a échoué dans sa mission de persuader les talibans d'épargner le patrimoine préislamique Afghan.

A Paris, le directeur général de l’Unesco, Koïchiro Matsuura, adresse, par l’entremise de son envoyé spécial en Afghanistan, Pierre Lafrance, une lettre au mollah Omar lui demandant de suspendre le décret ordonnant la destruction des statues pré-islamiques afghanes dans l’attente de l’arrivée d’une délégation de l’Organisation de la Conférence islamique (OCI).

Dans sa lettre, Koïchiro Matsuura rappelle qu’il a consulté de nombreux ulémas et propose que le décret ainsi suspendu soit réexaminé par la Cour suprême afghane après audition de la délégation de spécialistes de la loi islamique qui devrait arriver à Kandahar le 11 mars.

11 MARS________
A Islamabad, Kofi Annan affirme, à l'issue de sa rencontre avec le ministre afghan des affaires étrangères, que la décision des talibans de détruire les bouddhas est "lamentable", mais ajoute "qu'il fallait d'abord penser au peuple afghan qui est dans une situation tragique et désespérée".Up

A Kandahar, les dirigeants religieux afghans reçoivent une délégation de l'Organisation de la Conférence islamique (OCI) présidée par le cheikh Nasr Farid Wassel, mufti d’Egypte – et qui comprend notamment le secrétaire général adjoint pour les affaires politiques de l’OCI, Ibrahim Baker; deux oulémas sunnites renommés : le cheikh Youssef al-Qaradaoui, de Doha, et le cheikh Mohamed al Raoui, uléma de Al Azhar; l’écrivain islamique, Fahmi al-Hoaydi, et d’autres juges de la Charia et professeurs.

"Le point de vue religieux est clair: ces statues font partie du patrimoine de l'humanité et n'affectent en rien l'islam", a déclaré le cheikh Wassel avant d’arriver en Afghanistan.

12 MARS________
A Kaboul, le ministre afghan de l'information et de la culture, Quudratullah Jamal, s'en prend aux oulémas de la délégation de l'OCI : "Pourquoi ces religieux musulmans ne sont-ils pas allés en Inde quand la mosquée Babri était démolie. Pourquoi, maintenant, ne vont-ils pas à Jérusalem qui est un lieu et une propriété des musulmans" ?

La destructionA Paris, le directeur général de l'Unesco, Koïchiro Matsuura, a condamné la destruction par les talibans des bouddhas de Bamiyan, destruction qui lui a été confirmée par son envoyé spécial, Pierre Lafrance, et qu’il a qualifie de “crime contre la culture” et de ”destruction, froidement calculée, de biens culturels qui constituaient la patrimoine du peuple afghan, et, au-delà, celui de l’humanité toute entière”.

Aux Etats-Unis, la chaîne américaine CNN diffuse en photo en couleur, ”prise par un Afghan sur place”, de la destruction du plus grands des deux bouddhas. La photo montre une épaisse fumée sur la falaise, mais pas de détails de la statue ou des statues détruites.

13 MARS________
A Islamabad, une ”source sûre” – citée par l’Agence France Presse – affirme que la destruction des deux bouddhas de Bamiyan a eu lieu les 8 et 9 mars à la dynamite. ”Il ne reste plus que quelques morceaux des bouddhas accrochés à la falaise”.Up

15 MARS________
A Kaboul, le porte-parole des talibans déclare. ”Nous ne détruisons pas ces statues en réaction contre les bouddhistes. Nous n’avons pas un seul bouddhiste qui adore ces statues en Afghanistan. Il n’est donc pas juste que les gens soient offensés dans le monde entier. Ces statues sont comme des rocs qui feraient parie intégrante de notre territoire. Il s’agit donc d’une affaire interne. L’islam est une religion progressiste. Et c’est précisément pour la cause du progrès que les idoles sont détruites”.

16 MARS________
A Kaboul, Radio-Charia annonce que cent vaches vont être sacrifiées en expiation du retard apporté à la démolitions des bouddhas géants de Bamiyan. Cette ”offrande pour la plus grande gloire de Dieu” est, selon la radio du régime afghan, ordonnée par le mollah Omar.

19 MARS________
A Doha (Emirat arabe du Qatar), la chaîne de télévision al-Jazira diffuse des images de la destruction par les taliban d'un des deux bouddhas de Bamiyan - les images auraient été tournées après la fête musulmane d'al-Adha, qui s'est achevée le 9 mars.

Les images montrent le dynamitage de la plus petite statue de 38 mètres de haut, sculptée dans une falaise dans la ville de Bamiyan. L’Agence France-Presse rapporte que ”le film commence avec un plan de quelque secondes montrant la statue avant sa destruction, suivi d'une énorme explosion. Une épaisse fumée noire se dégage du site dynamité et des cris d'Allah Akbar (Dieu est le plus grand) sont entendus hors champ.

”La séquence suivante montre la niche dans laquelle se dressait le bouddha, vide. Des hommes, vraisemblablement des membres de la milice des taliban, arrivent pour inspecter le lieu.”Up

20 MARS________
A Paris, le président français Jacques Chirac qualifie les destructions d'oeuvres d'art par les taliban d'"acte barbare et injustifiable" et dénonce "l'obscurantisme qui conduit aussi à l'inacceptable et honteuse humiliation des femmes et à la répression des libertés en Afghanistan".

Jacques Chirac, qui déplore qu'avec la disparition des bouddhas géants de Bamiyan, "l'irrémédiable ait été accompli", a rappelé "les dangers du fanatisme et le devoir de tolérance" et plaidé pour "un dialogue confiant entre les civilisations, où chacun se sente respecté dans ce qu'il a de plus cher, ses convictions, ses racines, ses traditions".

22 MARS________
A Kaboul, des responsables talibans ouvrent les portes du Musée de Kaboul, dont les statues préislamiques ont disparu, aux journalistes étrangers. ”Retourné au silence des ruines qui l’entourent, le musée de Kaboul ne retrouvera plus jamais sa splendeur. Une partie de l’histoire de l’humanité a disparu”, écrit Françoise Chipaux dans ””Le Monde” [24.03.2001].

Le musée abritait, selon Nancy Dupré, coauteur d’un livre sur le musée en 1974, ”l’une des plus belles collection d’art préhistorique, classique, bouddhique, hindou et islamique de cinquante millénaires d’histoire de l’humanité”.

26 MARS________
Une vingtaine de journalistes étrangers, amenés à Bamiyan à bord d’un vieil avion à hélice de la compagnie gouvernementale Ariana Airlines, témoignent de la destruction des bouddhas géants. Des deux bouddhas sculptés dans la falaise de Bamiyan, "presque complètement détruits par les talibans", il ne reste, selon les journalistes, qu’un ”tas de roches et de débris”.

Selon le témoignage du correspondant de l’Agence France-Presse (AFP) à Kaboul, ”il ne reste rien de la plus grande statue qui mesurait 55 mètres de haut, tandis que ne subsistent qu'une partie de l'épaule droite et de la robe de la plus petite statue qui mesurait 38 mètres de haut. Les responsables talibans ont affirmé qu'à coup de dynamite, de roquettes et de canons de blindés, une vingtaine de jours avaient été nécessaires pour réduire à l'état de gravats ces statues sculptées dans la falaise entre le IIe et le Ve siècle".Up

Le correspondant de l’Associated Press (AP) note ”que des trous avaient été creusés dans les statues avant que des explosifs ne réduisent les deux géants à l’état de ruines. ”D’abord nous avons détruit la petite statue. C’était une femme. Puis nous avons détruit son mari, la grande statue”, explique Abdul Haidi, le commandant taliban qui a supervisé la destruction par explosif”.

Par ailleurs, l'AFP rapporte que des combats opposent encore dans cette région du centre de l'Afghanistan les talibans et l'opposition afghane du Hezb-i-Wahdat, le mouvement anti-taliban des Hazaras chiites.

27 MARS________
A Paris, Koïchiro Matsuura, annonce que l’Unesco est décidée à poursuivre sa mobilisation en faveur du patrimoine afghan malgré la destruction des bouddhas de Bamiyan par les talibans. La sauvegarde du reste du patrimoine afghan, tant islamique que pré-islamique, le maintien du dialogue et l’approfondissement des arguments d’ordre religieux favorables à la protection du patrimoine, un travail normatif sur le concept de crime culturel sont, souligne-t-il, les grands axes de l’action à venir.


6 AVRIL________
A Islamabad, au Pakistan où il effectue une visite officielle de deux jours, Koïchiro Matsuura, directeur général de l’Unesco, évoque la ”récente destruction” des deux bouddhas géants: "La tragédie de la destruction des monuments Bamiyan souligne l'urgence [d’une] ”éthique culturelle”. Et je suis convaincu que c'est seulement par le biais de l'éducation qu'une telle éthique peut être bâtie dans l'esprit des hommes et des femmes. Car la tragédie de Bamiyan est la tragédie d'un fanatisme religieux qui s'est épanoui sur le lit de l'ignorance".

Sources : Unesco (Paris), presse internationale [dont "Le Monde" et "Libération"].Up