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26 FEVRIER________
A Paris, l'ancien directeur général de l'archéologie et conservateur des monuments historiques d'Afghanistan, Zémar Tarzi, déclare à l'Agence France Presse (AFP) que la décision des talibans est "une catastrophe culturelle mondiale". Lannonce de la destruction des bouddhas géants de Bamiyan, sculptés entre le 2e et le 5e siècle de notre ère, provoque une vague d'indignation partout dans le monde. 27 FEVRIER________
A Kaboul, l'agence Afghan Islamic Press (AIP) publie un entretien avec le mollah Omar. Celui-ci justifie son ordre de destruction, affirmant qu'il ne s'agit "que de casser des pierres". "La loi de l'Islam est la seule que j'accepte", précise-t-il, ajoutant que "garder ces statues serait contraire à l'Islam, alors que (les) détruire est une injonction de l'Islam". "Certains croient en ces statues et leur offrent des prières", a-t-il ajouté, assurant que son régime "ne permettait pas ces croyances". 28 FEVRIER________
A Paris, le directeur général de l'Unesco, Koïchiro Matsuura, qualifie la décision de détruire toutes les statues d'Afghanistan de "véritable désastre culturel" et demande, par télégramme, au mollah Mohammad Omar de reconsidérer cette décision. "La mise en uvre de cette décision constituerait un véritable désastre culturel portant définitivement atteinte à un patrimoine d'une valeur universelle exceptionnelle. Un patrimoine qui constitue un élément fondamental de la mémoire et de l'identité afghane mais aussi un jalon dans l'histoire d'autres civilisations". Il ajoute : "Détruire aveuglement des statues ne changera pas l'histoire, cela privera juste l'Afghanistan de demain d'une de ses richesses. Je demande instamment à tous ceux qui sont concernés, et au premier chef aux Afghans eux-mêmes, de tout faire pour protéger ce patrimoine culturel unique. La perte des statues afghanes, et en particulier des bouddhas de Bamiyan, serait une perte pour toute l'humanité". "Les auteurs de cet acte irrémédiable porteraient une terrible responsabilité devant le peuple afghan comme devant l'histoire", conclut-il. 1er MARS________
La communauté internationale se mobilise à l'annonce de ce vandalisme "moyenâgeux". Des pays bouddhistes comme la Thaïlande, mais aussi l'Inde, se proposent pour accueillir les précieux vestiges, ainsi que le Metropolitan Museum of Art de New York. A New York, le porte-parole du département d'Etat américain, Philip Reeker, déclare que les destructions "contredis[aient] directement un des principes fondamentaux de l'Islam: la tolérance envers les autres religions", alors que, à Moscou, le ministère russe des affaires étrangères déclare que "le vandalisme des talibans à l'égard du riche patrimoine spirituel afghan témoigne de leur hostilité ouverte envers les valeurs humaines". A Berlin, le ministre allemand des affaires étrangères, Joschka Fischer, estime quel "rien ne justifie" un tel acte. "L'Afghanistan porte une haute responsabilité pour la conservation du patrimoine culturel mondial sur son territoire. La destruction des statues en Afghanistan, en particulier celles des bouddhas de Bamiyan, serait une perte irremplaçable pour l'humanité".
"En Afghanistan, on détruit des statues que le monde entier considère comme des chefs-d'uvre. Et cela au nom d'une interprétation de la religion qui n'a cours nulle part ailleurs. Cet acharnement iconoclaste me choque, comme il choque tous ceux qui ont de l'homme, mais aussi de la religion, une vision empreinte de dignité, de respect et de tolérance. En perpétrant ces actes de vandalisme, les taliban ne font progresser ni l'Afghanistan ni l'Islam". Le directeur de l'Unesco demande à l'ambassadeur du Pakistan, un des rares pays à maintenir un contact direct avec les taliban, de tout faire pour qu'Islamabad appuie les efforts de l'Unesco en vue de faire cesser les destructions. Il contacte les représentants d'autres pays islamiques - Arabie saoudite, Emirats arabes unis, Qatar, République islamique d'Iran, Tadjikistan - ainsi que la Présidence et le secrétariat de l'Organisation de la Conférence islamique. "Ils m'ont tous manifesté un soutien sans réserve et se sont engagés à tout mettre en uvre pour qu'il soit immédiatement mis fin à ces destructions". En fin d'après-midi, Koïchiro Matsuura convie les représentants des 54 Etats membres de l'Organisation de la Conférence islamique à une "réunion de crise" : "Nous devons trouver une solution concertée de toute urgence. Je ne peux pas croire que nous ne la trouverons pas" 2 MARS________
Au Caire (Egypte), un grand religieux musulman égyptien, le mufti Sheikh Nasr Farid Wassel, demande aux taliban "d'agir avec retenue" et de "peser les opinions des experts sans fanatisme ou précipitation". Dans une interview publiée par le quotidien arabe Al Hayat, il affirme que les bouddhas afghans "ne sont qu'une transcription de l'histoire et n'ont aucun impact négatif sur la foi des musulmans. Le mufti, dont les fatwas (avis religieux) ont effet de loi pour les musulmans sunnites, dont font partie les taliban, compare les statues afghanes aux monuments pharaoniques en Egypte et rappelle que l'islam n'interdit nullement la conservation des uvres antiques. A Paris, le directeur général de l'Unesco, dépêche un envoyé spécial, porteur d'un message de sa part aux autorités taliban, afin de les amener à reconsidérer leur décision de détruire les statues du patrimoine afghan. Il s'agit de Pierre Lafrance, ancien ambassadeur de France en Iran et au Pakistan - et membre fondateur de la "Society for the preservation of Afghanistan's Cultural Heritage" (SPACH). "J'ai choisi une personnalité très connue et respectée dans la région, grand connaisseur des questions du Moyen-Orient et de l'Asie centrale", déclare Koïchiro Matsuura, qui souhaite "inverser ce mouvement vers l'absurde dans lequel se sont engagées les autorités de Kaboul". Le groupe des pays arabe auprès de l'Unesco, comprenant les 22 Etats membres de la Ligue arabe - dont l'Arabie Saoudite et la Ligue arabe -, condamne "ces actes sauvages", qualifie l'attitude de Kaboul de "barbare" et exige "une mobilisation internationale autour d'actions concrètes, afin de mettre un terme à cette entreprise sans précédent, qui affecte des trésors inestimables du patrimoine universel". A Islamabad, le Pakistan appelle une nouvelle fois les autorités de Kaboul à la retenue : "Le gouvernement pakistanais se joint à toutes les autres nations pour appeler le gouvernement des talibans à reconsidérer sa décision concernant les statues du dieu Bouddha. Les musulmans sont fortement incités à respecter les autres religions et leurs croyances", affirme un communiqué du ministère es affaires étrangères. A Téhéran (Iran), le porte-parole du ministère iranien des affaires étrangères, Hamid-Reza Assefi, affirme qu'"il est clair que les Musulmans de par le monde dénoncent l'action des taliban, sectaires, et qui n'implique en rien les Musulmans afghans dans ce mouvement anti-culturel". "Malheureusement, regrette-t-il, la destruction des statues par les talibans a semé dans le monde le doute sur les valeurs globales de l'Islam". A New Delhi, le ministre indien des affaires extérieures, Jaswant Singh, qualifie la décision afghane de "sacrilège pour l'Humanité" et de "régression vers la barbarie médiévale", et propose que toutes les statues anciennes d'Afghanistan soient apportées en Inde. A Rabat, l'Organisation islamique pour l'éducation, la science et la culture (Isesco), pendant musulman de l'Unesco, exhorte les talibans à cesser leur entreprise de destruction des anciennes statues "qui ne sont pas objet de culte et n'ont rien qui puisse nuire à l'islam". 3 MARS________
A Islamabad (Pakistan) , l'ambassadeur afghan, Abdul-Salam Zaeef, déclare au représentant spécial de l'Unesco, Pierre Lafrance, que les bouddhas n'ont pas été attaqués. "Il y a encore une faible lueur d'espoir", affirme l'ancien ambassadeur français. A Kaboul, le ministre afghan de l'information et de la culture, Quadratullah Jamal, affirme à l'agence américaine Associated Press (AP) que "la tête et les jambes des statues de Bamiyan ont été détruites vendredi"[2 mars]. Il ajoute : "Nos soldats travaillent dur pour démolir les parties restantes. Elles tomberont bientôt". Par ailleurs, le ministre précise que cette campagne de destruction durera "trois jours" et indique que plusieurs dizaines d'"idoles" en bois et en argiles ont été détruites sur les sites de Hérat, Ghazni, Kaboul et Jalalabad. "Elles étaient faciles à briser, et cela n'a pas pris beaucoup de temps". 4 MARS________
A Kandahar, la ville du sud de l'Afghanistan où se trouve le quartier général de la milice des talibans, le ministre afghan des affaires étrangères, Wakil Ahmed Mutawakel, confirme que l'ordre de destruction des statues bouddhiques de Bamiyan sera appliqué. Le "décret [de destruction] sera accompli, si Dieu le veut", affirme-t-il. A Kaboul, l'agence Afghan Islamic Press (AIP) annonce que le ministre des affaires étrangères, Wakil Ahmed Mutawakel, a reçu, à Kandahar, l'ancien ambassadeur Pierre Lafrance, émissaire de l'Unesco, et lui a confirmé la décision du régime afghan de détruire les bouddhas géants de Bamiyan." Je ne vois, a-t-il dit, aucune possibilité de revenir sur notre décision et d'arrêter la démolition de ces statues". Pierre Lafrance, tout en confirmant la destruction par les talibans de petites statues dans les musées des villes de Ghazni, Jalalabad et Hérat, laisse cependant entendre qu'un espoir subsistait. " Toutes les portes ne sont pas fermées. Les contacts se poursuivent et de nouvelles consultations de religieux ont lieu en Afghanistan". 5 MARS________
A Paris, lUnesco fait savoir que deux importantes autorités religieuses islamiques ont ainsi exprimé un point de vue contraire à celui des talibans afghans. Un chef religieux de Doha (Qatar), le Cheik Youssef Kardaoui, a déclaré : Les statues faites par les anciens avant lIslam font partie dun patrimoine historique. Quand les musulmans ont pénétré en Afghanistan, au premier siècle de lhégire, ces statues sy trouvaient et ils ne les ont pas détruites. Je conseille à nos frères du mouvement taliban de reconsidérer leur décision vu son danger et son impact négatif. Pour sa part, Sabri Abdel-Raouf, chef de la Division des études islamiques à lUniversité Al-Azhar (Le Caire, Egypte), a précisé : Les statues destinées à ladoration peuvent être interdites comme contraires à lIslam mais les statues non adorées ne sont pas interdites. 6 MARS________
Un autre responsable de l'opposition, Mohamed Ashraf Nadeem, déclare que les statues, "bombardés" lundi [5 mars], "ont été en partie détruites, mais nous ne pouvons pas dire jusqu'à quel point". A Islamabad, l'ambassadeur du régine afghan, Abdul Salam Zaeef, assure à l'agence Afghan Islamic Press (AIP) que le dynamitage des deux bouddhas sculptés dans la falaise de Bamiyan il y a plus de 1.500 ans a commencé dimanche [4 mars] et "qu'un quart de chacune des deux statues a déjà été détruit". Selon l'Agence France-Presse, "des diplomates au Pakistan ont indiqué en privé qu'ils ne croyaient pas que les destructions étaient aussi importantes que les talibans l'affirmaient". 8 MARS________
9 MARS________
A Paris, lUnesco poursuit ses efforts de mobilisation des leaders politiques et religieux en vue de préserver le patrimoine afghan. Les Etats de la région dAsie-Pacifique adoptent une déclaration de soutien aux actions entreprises par lUnesco, notamment la création dun Fonds spécial pour la préservation du patrimoine afghan et lui demandent d examiner avec attention les propositions constructives et les efforts déployés par plusieurs pays de la région pour assurer la sécurité et la préservation des éléments du patrimoine culturel dAfghanistan, y compris par leur re-localisation temporaire . A New York, dans une résolution parrainée par plus de 75 pays, l'Assemblée générale des Nations unies invite le régime taliban à arrêter la destruction des vestiges culturels non islamiques du pays, et à revoir le décret du 26 février en ce sens. La résolution note que la destruction des statues d'Afghanistan, notamment les sculptures bouddhistes uniques de Bamiyan, constituerait "une perte inestimable pour l'ensemble de l'humanité". 10 MARS________
A Islamabad, le ministère pakistanais des affaires étrangères annonce que le ministre pakistanais de l'intérieur, Moinuddin Haider, a rencontré à Kandahar le mollah Omar mais a échoué dans sa mission de persuader les talibans d'épargner le patrimoine préislamique Afghan. A Paris, le directeur général de lUnesco, Koïchiro Matsuura, adresse, par lentremise de son envoyé spécial en Afghanistan, Pierre Lafrance, une lettre au mollah Omar lui demandant de suspendre le décret ordonnant la destruction des statues pré-islamiques afghanes dans lattente de larrivée dune délégation de lOrganisation de la Conférence islamique (OCI). Dans sa lettre, Koïchiro Matsuura rappelle quil a consulté de nombreux ulémas et propose que le décret ainsi suspendu soit réexaminé par la Cour suprême afghane après audition de la délégation de spécialistes de la loi islamique qui devrait arriver à Kandahar le 11 mars. 11 MARS________
A Kandahar, les dirigeants religieux afghans reçoivent une délégation de l'Organisation de la Conférence islamique (OCI) présidée par le cheikh Nasr Farid Wassel, mufti dEgypte et qui comprend notamment le secrétaire général adjoint pour les affaires politiques de lOCI, Ibrahim Baker; deux oulémas sunnites renommés : le cheikh Youssef al-Qaradaoui, de Doha, et le cheikh Mohamed al Raoui, uléma de Al Azhar; lécrivain islamique, Fahmi al-Hoaydi, et dautres juges de la Charia et professeurs. "Le point de vue religieux est clair: ces statues font partie du patrimoine de l'humanité et n'affectent en rien l'islam", a déclaré le cheikh Wassel avant darriver en Afghanistan. 12 MARS________
Aux Etats-Unis, la chaîne américaine CNN diffuse en photo en couleur, prise par un Afghan sur place, de la destruction du plus grands des deux bouddhas. La photo montre une épaisse fumée sur la falaise, mais pas de détails de la statue ou des statues détruites. 13 MARS________
15 MARS________
16 MARS________
19 MARS________
Les images montrent le dynamitage de la plus petite statue de 38 mètres de haut, sculptée dans une falaise dans la ville de Bamiyan. LAgence France-Presse rapporte que le film commence avec un plan de quelque secondes montrant la statue avant sa destruction, suivi d'une énorme explosion. Une épaisse fumée noire se dégage du site dynamité et des cris d'Allah Akbar (Dieu est le plus grand) sont entendus hors champ. La séquence suivante montre la niche dans laquelle se dressait le bouddha, vide. Des hommes, vraisemblablement des membres de la milice des taliban, arrivent pour inspecter le lieu. 20 MARS________
Jacques Chirac, qui déplore qu'avec la disparition des bouddhas géants de Bamiyan, "l'irrémédiable ait été accompli", a rappelé "les dangers du fanatisme et le devoir de tolérance" et plaidé pour "un dialogue confiant entre les civilisations, où chacun se sente respecté dans ce qu'il a de plus cher, ses convictions, ses racines, ses traditions". 22 MARS________
Le musée abritait, selon Nancy Dupré, coauteur dun livre sur le musée en 1974, lune des plus belles collection dart préhistorique, classique, bouddhique, hindou et islamique de cinquante millénaires dhistoire de lhumanité. 26 MARS________
Selon le témoignage du correspondant de lAgence France-Presse (AFP) à Kaboul, il ne reste rien de la plus grande statue qui mesurait 55 mètres de haut, tandis que ne subsistent qu'une partie de l'épaule droite et de la robe de la plus petite statue qui mesurait 38 mètres de haut. Les responsables talibans ont affirmé qu'à coup de dynamite, de roquettes et de canons de blindés, une vingtaine de jours avaient été nécessaires pour réduire à l'état de gravats ces statues sculptées dans la falaise entre le IIe et le Ve siècle". Le correspondant de lAssociated Press (AP) note que des trous avaient été creusés dans les statues avant que des explosifs ne réduisent les deux géants à létat de ruines. Dabord nous avons détruit la petite statue. Cétait une femme. Puis nous avons détruit son mari, la grande statue, explique Abdul Haidi, le commandant taliban qui a supervisé la destruction par explosif. Par ailleurs, l'AFP rapporte que des combats opposent encore dans cette région du centre de l'Afghanistan les talibans et l'opposition afghane du Hezb-i-Wahdat, le mouvement anti-taliban des Hazaras chiites. 27 MARS________
Sources : Unesco (Paris), presse internationale [dont "Le Monde" et "Libération"]. |