_Lu dans la presse_
| Le Monde | Libération | Le Figaro | Le Temps |
___ Au nom de l'islam...
"L'Afghanistan des talibans est une suite d'interdits édictés au nom de l'islam : la musique, le cinéma, les cassettes vidéo, la danse, toute autre tenue vestimentaire que celle décrétée par les mollahs, qui imposent aux hommes le port de la barbe, non taillée, et, cinq fois par jour, la prière à tous. Au nom d'une interdiction des représentations figuratives qu'édicterait l'islam, les " étudiants en religion " ont entrepris de démolir à l'explosif le patrimoine architectural et statuaire bouddhiste du pays. [
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"Ce vandalisme perpétré par un régime qui n'est reconnu que par trois pays [le Pakistan, l'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis] appartient à la vieille folie de ces révolutions qui, voulant créer un " homme nouveau ", entendent tuer le passé en commençant par en éradiquer la mémoire. En cela, l'islam intégriste des talibans se rattache à la barbarie des grands totalitarismes modernes nazi et, dans ses versions stalinienne et maoïste, communiste.
"Comment arrêter les talibans sans faire souffrir davantage les Afghans ? La réponse passe sans doute par une pression sur le parrain pakistanais. Mais, tous ces crimes étant perpétrés au nom de l'islam, on aimerait aussi entendre la condamnation sans appel des plus hautes autorités musulmanes. Car, à tort bien sûr, c'est aussi l'image de l'islam qui est en jeu à Kaboul et à Bamiyan."
Editorial "Le Monde", Paris, 3 février 2001.
___ Abrutis
"Les pierres, elles, ne pleurent pas, à la différence des innombrables victimes des soudards pachtouns, en particulier les femmes afghanes soumises à une terreur quotidienne. Pourquoi s'émouvoir d'un crime symbolique quand c'est sur la chair vive de leur peuple que les islamistes de Kaboul exercent d'abord leur férocité ? Parce que c'est un véritable défi lancé au monde entier - les Afghans dans leur grande majorité sont en effet trop perclus de misère et de peur pour se soucier de l'art du Gandhara, dont beaucoup ignorent de toute façon jusqu'à l'existence.
"Le vandalisme des talibans est donc un camouflet pour toute l'humanité, pour l'idée même d'humanité, en un sens très général et peu normatif tel qu'il est par exemple représenté dans l'cuménisme de l'ONU. Il n'est pour ces brutes de place sur terre que pour l'Umma, la communauté des croyants musulmans, et pis encore, pour l'interprétation passéiste et violente qu'ils en donnent. C'est peu dire que leur geste les place au ban des nations puisque c'est justement ce qu'ils revendiquent eux-mêmes avec leur djihad culturelle. [
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"Avec l'instinct confus des abrutis, ils frappent là où ils ont compris que ça ferait mal. Dans un pays ravagé depuis plus de vingt ans par les horreurs de la guerre, il leur fallait trouver une surenchère et affirmer leur impunité. Le slogan qui voulait faire du passé table rase se voulait progressiste, il était surtout ambigu. Qu'il se conjugue avec le pire obscurantisme n'en est pas la moindre preuve."
Editorial, "Libération", 2 mars 2001.
___ Les talibans rasent le passé
"Le mollah Omar, chef du mouvement au pouvoir à Kaboul, a estimé qu'il ne s'agissait "que de casser des pierres". Sont notamment concernés certains chefs-d'uvre afghans de l'art bouddhique pré-islamique. Cette décision à l'encontre de la défense du patrimoine mondial a soulevé l'indignation internationale.
"Les femmes, la photo et maintenant les statues. Décidément, les taliban au pouvoir en Afghanistan ne semblent guère s'accommoder du beau. La décision réaffirmée [] par leur chef suprême, le mollah Mohammad Omar, de détruire toutes les statues du pays - dont des chefs-d'uvre uniques de l'art bouddhique préislamique - suscite un tollé international. En "cassant des pierres", la milice fondamentaliste continue à faire raser de tout passé ou présent qui ne servirait pas son idéologie islamiste. [
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"Considérer comme un péché la conservation des monuments bouddhiques s'inscrit dans la droite ligne d'une série de décrets obscurantistes. Depuis longtemps déjà, à Kaboul, photographier une créature vivante relève du sacrilège. Depuis longtemps, dans les "zones libérées", les femmes ne peuvent plus travailler dans les administrations, les hôpitaux, les écoles. Depuis longtemps, "l'Emirat islamique d'Afghanistan" court dans le sens inverse de l'Histoire."
"Le Figaro", Arnaud de La Grange, Paris, 28 février 2001.
___ Des statues et des hommes
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] En prenant la décision de détruire les statues pré-islamiques d'Afghanistan, à commencer par les deux bouddhas géants de Bamiyan", [les talibans] ne causent pas seulement d'irréparables dommages au patrimoine de leur pays, et à celui du monde. Ils repoussent une nouvelle fois les limites de leur délire idéologique. Même si leur geste répond sans doute aussi, chez ces Pachtouns, à une volonté purement politique de broyer le moral de leur irréductibles ennemis, les Hazaras, dont ces chefs-d'uvre constituent la fierté. [
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"La communauté internationale ferait bien de saisir l'occasion pour remettre en cause sa propre stratégie. A-t-il été efficace de frapper d'un total ostracisme le pouvoir taliban, qu'elle ne reconnaît pas officiellement alors qu'il occupe Kaboul depuis quatre ans et tient 90% du territoire national ? A-t-il été efficace de le frapper de sanctions internationales, encore renforcées en décembre [2000] ? La réponse est claire. C'est non. Mais l'histoire n'a pour l'instant qu'une morale : l'intérêt des Afghans ne compte guère. Le sort des statues de Bamiyan a suscité plus de réactions indignées que celui de centaines de femmes et d'enfants morts récemment de froid à Hérat."
"Le Temps", Etienne Dubuis, Genève, 3-4 mars 2001. |