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Section 5

4. "The Guardian Angels"
Une action par groupes de pairs dans les grandes villes

[ Le démarrage
Le groupe cible
Principale teneur du projet
Description d'une session de formation
Formation
Les patrouilles
Les meilleurs et les pires moments du projet Les principaux succès et échecs
Formation
Résultats et impacts du projet ]

PhotoLe projet est né en Angleterre à l'initiative de jeunes, hommes et femmes, qui ont contacté l'organisation des "Guardian Angels" (les anges gardiens) à New York, où le mouvement avait été fondé en 1979. Les jeunes fondateurs de ce projet en Angleterre étaient : Dave Edmonds, Tom Hibberd et Colin Hatcher ; avec l'aide de membres de l'organisation de New York : Collins Pompey, Sebastian Metz, Robert Powell et le fondateur des "Guardian Angels", Curtis Sliwa. Moi (Colin Hatcher), je faisais partie des Londoniens qui ont contacté le groupe de New York. Je fus également l'un des premiers membres du projet après sa création à Londres en janvier 1989.

Le démarrage

En 1988, dans les rues de Londres, comme dans celles de beaucoup d'autres grandes villes et métropoles, la violence s'intensifiait. Les combats de rue entre jeunes (filles et garçons) se multipliaient. La haine raciale et l'intolérance en étaient les causes principales. Il y avait des gangs de rue de jeunes Noirs, de jeunes Blancs et de jeunes Asiatiques. Les plus dangereux étaient les gangs de racistes et de hooligans blancs, supporters d'équipes de football, responsables d'actes terribles de violence durant cette année. Ils écumaient le métro les samedis soir, à la recherche d'ennuis qu'ils ne manquaient pas de trouver.
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Un autre problème, en 1988, fut l'émergence de gangs de "Steamer" constitués d'une dizaine de jeunes, voir davantage, armés de couteaux, qui embarquaient dans les wagons du métro et, entre les arrêts, volaient (et agressaient) les passagers. Parce que ces vols devaient être perpétrés très rapidement, toute résistance de la part des victimes était violemment contrée. Les cibles de ces gangs étaient souvent des jeunes garçons et filles du même groupe d'âge qu'eux : c'étaient des gangs d'adolescents qui volaient et agressaient des adolescents.

En 1988, la violence contre les femmes n'était pas un fait nouveau, mais elle prenait de l'ampleur, notamment dans les transports publics, et en particulier dans le métro, où le manque de sécurité en faisait un paradis pour les violeurs, les exhibitionnistes et les obsédés. De plus en plus, les femmes, notamment les adolescentes, répugnaient à voyager seules la nuit.

A cette époque, le chômage croissant, le manque d'opportunités et l'ennui entraînaient beaucoup d'enfants vers la violence et le crime. Pour beaucoup d'entre eux, le crime était la seule façon de se procurer de l'argent. De plus en plus de jeunes trouvaient leurs modèles (symbolisés par l'argent, la réussite et la position sociale) parmi les dealers et les gangsters du coin de la rue, et beaucoup aspiraient à ce mode de vie. Un climat d'intolérance, de haine et de violence se développait. L'indifférence grandissait ; les passagers dans les trains restaient assis à observer tandis que les gangs frappaient leurs victimes. Personne n'intervenait.
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Mais beaucoup de jeunes étaient affligés par ce qui se passait dans les rues de Londres. Ils étaient malheureux de cette situation, des divisions entre les jeunes, de la violence, de la haine et de la peur qui rendaient les samedis soir de plus en plus dangereux.

Londres est comme toutes les autres grandes villes. Le samedi soir, beaucoup de gens sortent pour s'amuser. Puis, tout le monde essaie de rentrer à la maison, mais tous n'y arrivent pas. Certains terminent en prison, d'autres à l'hôpital. Les plus exposés sont les jeunes hommes et femmes entre 16 et 25 ans. Mes amis et moi-même avons tous soufferts de cette violence : combats de rue, violences raciales, attaques et agressions sexuelles.

C'est pourquoi nous recherchions un moyen d'agir. Vous savez ce que s'est. La plupart des gens regardent la télévision ou lisent les journaux, et se disent : "Dans quel monde terrible nous vivons !". Mais ils ne FONT rien. Nous, nous voulions FAIRE quelque chose, afin de rendre nos villes plus sûres et d'unir les jeunes contre la haine raciale et la violence. Parce que les jeunes sont l'avenir.

Comme nous avions entendu parler des "Guardian Angels" depuis longtemps et que nous admirions la façon dont ils avaient réunis les jeunes de New York, nous les avons contactés pour leur demander de venir à Londres nous apprendre à devenir des "Guardian Angels". Ils ont répondu par l'affirmative, des instructeurs sont venus de New York et ont mis en place un programme de formation.

Le groupe cible

Le projet a démarré en janvier 1989, basé à Kings Cross, un quartier de Londres connu pour ses problèmes de violence, de drogue et de prostitution, et où finissent souvent les jeunes qui ont fui la maison familiale. L'autre lieu de formation, Leytonestone, dans l'est de Londres à proximité du terrain de football de West Ham United, regroupe une importante minorité asiatique. C'est aussi le théâtre de beaucoup de violences raciales.

Le groupe cible du projet était constitué des jeunes de la ville - tous ! Nous voulions réunir des jeunes filles et garçons représentatifs de toutes les races, religions, cultures et subcultures (comme les skinheads, les B-Boys ou les Hip Hoppers), de toutes les aptitudes et de toutes les opinions politiques (seuls les racistes et les jeunes véhiculant la haine et l'intolérance n'étaient pas les bienvenus). Beaucoup de personnes nous ont rejoints et ont modifié leurs opinions au contact de notre groupe.
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Nous sommes parvenus à entrer en contact avec les jeunes de la ville de manière très directe. Le rôle des "Guardian Angels" consiste essentiellement à arpenter les rues, à monter dans les trains et à aider les gens à rentrer chez eux en toute sécurité. Lorsque nous effectuons nos "patrouilles de sécurité", comme nous les appelons, nous portons un uniforme qui permet de nous identifier et se compose d'un béret rouge et d'un tee-shirt blanc avec le logo rouge de notre organisation (nous appelons cela nos "couleurs"). A part le béret rouge et le tee-shirt, chacun peut s'habiller comme il le désire et affirmer sa propre personnalité par le biais de sa tenue vestimentaire. Ainsi, au début, lorsque nous marchions dans Londres, des jeunes hommes et des jeunes femmes nous ont repérés et ont exprimé le désir de nous parler. Ainsi, notre travail a consisté à discuter avec chaque personne rencontrée. Nous distribuions aussi des dépliants sur notre groupe invitant les jeunes à nous rejoindre et à participer à notre action.

Outre le fait de parler aux jeunes dans les rues, dans les quartiers les plus dangereux et les plus violents, nous avons bénéficié d'une couverture médiatique par la télévision, la radio et les journaux, car notre initiative était la première de ce type en Angleterre. A cette époque, certains disaient : "Cela ne marchera pas en Angleterre - C'est un truc américain". Les "Guardian Angels" de New York nous ont rassurés en nous expliquant : "C'est une idée universelle face à un problème universel". Puis, ils nous ont fait observer que lorsque le crack et la violence des gangs à la mode américaine sont arrivés en Angleterre, personne n'a dit : "Cela ne marchera pas, parce que nous sommes en Angleterre".

Principale teneur du projet

L'objectif des "Guardian Angels", dans chacune des villes où nous intervenons, est double. Notre premier objectif consiste à empêcher les crimes de rue et la violence en agissant en tant que force de dissuasion visuelle et, si nécessaire, physique. Cela signifie que, lorsque nous voyons des actes de violence, nous nous interposons entre les personnes qui se battent pour tenter d'y mettre un terme. Nous plaçons nos corps entre les criminels et leurs victimes. Le groupe est non-violent et, par conséquent, non armé. Mais nous pouvons intervenir physiquement s'il le faut. Les rues sont dures et nous le sommes aussi. Pourtant, nous respectons les lois d'autodéfense, dans quelque pays que nous travaillions.

Nous sommes des activistes qui veillons au respect de la Déclaration des Droits de l'Homme des Nations Unies de 1948, et notamment de l'Article 3 qui stipule : "Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne".

Notre deuxième objectif, d'égale importance, est de proposer aux jeunes des modèles de vie concrets. Nous leur donnons l'exemple de membres de leur propre groupe de pairs, avec les mêmes antécédents et les mêmes problèmes qu'eux, qui parviennent à les résoudre de manière constructive et non-violente. L'objectif est de détourner les jeunes de la violence et de les amener à des activités positives. L'activité que nous leur proposons est vraiment excitante !

Up"Dans ce monde, quelques bons restent bons, et quelques mauvais restent mauvais". Mais la grande majorité se situe au milieu et fait des choix, notamment à l'adolescence. Beaucoup de jeunes pourraient choisir l'une ou l'autre de ces voies, selon les possibilités qui s'offrent à eux. Les "Guardian Angels" ont été créés pour ces gens là - PAR ces gens là. Beaucoup de nos membres sont d'anciens membres de gang ou des fauteurs de trouble qui ont trouvé un moyen d'exprimer positivement leur énergie.

Curtis Sliwa, fondateur de l'organisation à New York, a trouvé le moyen de développer un groupe qui présente tous les attraits d'un gang - des "couleurs", un look, un langage, un comportement -, sans les aspects négatifs.

Les nouveaux membres du groupe reçoivent une formation de trois mois avant d'être diplômés. Durant cette période, ils ont la possibilité d'acquérir quelques compétences d'une réelle efficacité en matière de survie urbaine. Tout est gratuit.

De plus, les nouveaux membres commencent à travailler sur le terrain dès le début, et apprennent à communiquer, à protéger et à aider les autres. Ce sentiment de responsabilisation est capital. Nous croyons que les jeunes se joignent à des gangs pour y trouver l'amour et le respect, l'amitié et une place, mais surtout pour se sentir forts. Au sein des "Guardian Angels", nous avons réussi à donner ce sentiment de puissance à des jeunes femmes et des jeunes hommes qui, jusqu'à présent, ne l'avaient trouvé que par le biais d'activités criminelles.

Les "Guardian Angels" déambulent dans les rues et sur les places. Ils ont l'air relaxe et sont perçus par les jeunes comme des modèles positifs. Les jeunes veulent nous ressembler et nous leur ressemblons. Par conséquent, lorsqu'ils nous voient, ils pensent :"Je pourrais être comme ça !". Parce que, parmi nous, il n'y a pas que des garçons, ou des Noirs, ou des costauds. Les jeunes sont attirés par notre look, par le fait que nous avons un objectif, et parce qu'ils constatent que nous y prenons du plaisir. Le sentiment de danger et de risque inhérent à notre activité constitue un attrait supplémentaire pour les jeunes. Nous sommes de vrais super-héros de bandes dessinés. Les arts martiaux sont une composante capitale de notre programme de formation et de notre philosophie.

Description d'une session de formation

Je vais décrire brièvement une session de formation typique et l'activité d'une patrouille de sécurité un samedi soir.Up

Formation

Un groupe d'une vingtaine de jeunes s'est réuni dans une pièce à l'étage d'un centre de jeunesse à Kings Cross, à Londres. Le groupe est multiracial. Aujourd'hui, l'instructeur en chef est étonnamment une jeune Indienne dont le nom de rue est "Judge". Les autres instructeurs sont un Noir trapu, qui se fait appeler "Mr X", et un Blanc appelé "Gabriel". Le groupe de formation se compose d'un mélange de "Guardian Angels" expérimentés et de stagiaires relativement nouveaux. Les nouveaux et les inexpérimentés sont rapidement associés aux plus expérimentés. La plupart des stagiaires portent les tee-shirts et les bérets rouges des "Guardian Angels". Les diplômés expérimentés portent un tee-shirt avec l'inscription "Patrouille de sécurité des Guardian Angels". Les stagiaires ayant déjà pris part à des patrouilles, mais non encore diplômés, portent des tee-shirts où l'on peut lire "Je soutiens les Guardian Angels".

Judge se présente et accueille les deux nouveaux. Et, c'est là l'une des particularités de toute la formation - en dépit de l'intensité et de la violence physique qui la caractérisent aussi -, les "Angels" s'occupent les uns des autres avec beaucoup d'attention. Le cours débute par un exercice de close combat appelé "Sticky Elbows Defensive Wall Drill" ; ce titre à rallonge décrit en fait un simple exercice qui permet à tous de s'échauffer et d'acquérir une sensibilité au contact étroit. Cela apprend aussi à se protéger la tête lors d'un combat.

Suit un exercice de lutte. Les partenaires luttent au sol, chacun essayant de maintenir l'autre plaqué à terre. Après la partie consacrée au combat, vient le jeu de rôle. Quelques-uns des "Angels" les plus expérimentés ôtent leur béret et leur tee-shirt et deviennent de mauvais garçons, ou des "mutants", comme ils les surnomment. Une patrouille de 6 "Angels" est formée et quitte la salle. Puis la patrouille regagne la salle, et se retrouve face à un problème à résoudre - un combat entre deux personnes, une rencontre avec un gang, un homme harcelant une femme, etc. -. Quelle que soit la situation, la patrouille doit essayer de la gérer et de calmer les personnes impliquées, en faisant usage du minimum de force et, si nécessaire, doit prodiguer les premiers soins.

"Les "Angels" doivent être formés au secourisme", dit Judge. "Pour beaucoup de gens, le secourisme, c'est pas cool - les machos pensent que c'est réservé aux faibles, et les sexistes disent que c'est pour les filles. Chez les "Angels", les premiers soins, c'est cool, c'est le boulot des toubibs pendant la guerre ou dans l'armée - ce sont des héros. Et c'est aussi ce que nous sommes. Plus tard, dans la rue, lorsque vous aurez à prodiguer les premiers soins, que ça marchera et que tout le monde vous remerciera, surtout si vous avez sauvé une vie - ce que nous avons souvent fait - alors vous ressentirez une impression incroyable. Vous planerez pendant des jours."
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Quelquefois, la patrouille bousille le jeu de rôle - et les choses se passent mal. "Mais tout l'intérêt de la formation est là", fait remarquer Judge. "Vous apprenez en faisant des erreurs, et c'est la meilleure façon d'apprendre."

"Vous devez fixer les limites auparavant", fait remarquer Judge, et elle poursuit avec une série d'exercices, avec lesquels les Angels apprennent à quel moment ils doivent arrêter les négociations et commencer à se battre, et ce qu'ils doivent faire entre-temps. "Cela dépend des mutants", fait observer Judge. "Nous ne voulons pas nous battre, mais si les mutants nous poussent trop loin, alors ils en paient les conséquences".

Tout autour de nous, des mutants dépassent les limites et sont mis à mal par les "Angels". Les techniques employées sont celles de la rue - par exemple, il est permis de tirer les cheveux, et il faut faire attention aux morsures des mutants. "Dans la rue, il n'y a pas de règles", commente Mr X. "Dans un combat de rue, les gens se mordent, s'arrachent les yeux, se lancent des coups de pied, se griffent - font tout ce qu'ils peuvent pour gagner. Les "Angels" sont préparés à tout. Les rues sont dures, nous aussi - mais nous avons des coeurs d'or. Nous usons du minimum de force pour empêcher que le combat ne continue. Quoi qu'il en soit, ne vous laissez pas duper - nous sommes des pacificateurs, non des pacifistes."

Vous comprenez pourquoi cette formation est si populaire. Même les membres les plus petits peuvent s'en prendre aux voyous. Judge dit que l'un des principaux objectifs de cette formation consiste à créer et à développer ce que les "Angels" appellent "l'esprit guerrier".

La formation se termine par une séance de "knuckle push-up" - pour parachever la formation à l'esprit guerrier, d'après Judge, puis le groupe bavarde. Chacun se présente, fait quelques commentaires sur la formation et pose des questions.

"Chaque "Angel" a un nom - un nom de rue", répond Judge. "Cela fait partie de notre tradition, que chacun choisisse un surnom. Votre nom de rue est votre alter ego. Il va avec vos couleurs. Dans votre vie quotidienne, vous n'avez pas besoin de faire preuve d'autant de courage, mais lorsque vous revêtez vos couleurs, vous devenez un "Angel", avec votre nom spécifique. Nos membres y trouvent leur inspiration. Cela fait partie de notre culture."Up

Les patrouilles

Je rencontre les patrouilles dans leur QG situé dans une rue sombre de Kings Cross. Il est 19h30. Le QG est un bureau en sous-sol, décoré de photos et d'articles sur les "Angels". Le groupe est multiracial et regroupe des filles et des garçons. La moyenne d'âge est d'environ 18 ans. "Nous nous habillons pour le combat, le confort et le style, dans cet ordre", explique Michael "Mr X" Quinn, l'un des responsables de patrouille pour ce soir. Je l'interroge à propos de l'uniforme. "L'uniforme se limite à un béret rouge et un tee-shirt - nous appelons cela les couleurs", répond Mr X. "A part ça, les gens peuvent s'habiller somme ils le désirent. Nous encourageons la diversité au sein du groupe - ça développe la tolérance."

Il y a 18 "Guardian Angels" présents. Mr X nous rappelle à l'ordre, et le silence et l'attente s'installent. Mr X appelle les "Angels" haut et fort, affectant chacun à une patrouille. Chaque patrouille porte un nom. Ce soir, "Justice Machine" (conduite par Dominie "Judge" Kitaj) descendra à Londres.

Avant le départ, les "Angels" sont fouillés. J'en demande la raison à Mr X. "Nous vérifions qu'aucun d'entre nous n'est armé ou en possession de drogue", explique-t-il. "Dehors, en situation, les "Angels" ne doivent compter que sur leurs corps et sur les autres membres de la patrouille pour assurer leur protection."

Les patrouilles se séparent. "Justice Machine" se dirige vers le métro pour rejoindre un quartier dangereux dans l'est de Londres, appelée Stratford, où a récemment eu lieu un viol sur les quais de la station. Le responsable de la station est un fervent supporter des "Angels". "Rapture" se dirige vers les bas quartiers de West End, où pullulent les clubs et où circule une foule de monde. Dans ce secteur, une bande locale vend du crack et d'autres drogues aux touristes.

"Department of Correction" se rend dans le secteur de la station de Kings Cross. Il y a deux mois, un jeune Blanc de 15 ans a été tué à coups de couteau par un gang de six Asiatiques - certains des tueurs n'avaient que 13 ans. "La haine raciale et la violence règnent depuis longtemps", explique Judge. "Le meurtre a eu lieu juste à notre porte. C'est notre quartier, nous voulons faire quelque chose."

Les "Angels" descendent la rue Drummond, une rue remplie de restaurants et de boutiques asiatiques. A mi-chemin se trouve une bande de jeunes Asiatiques désoeuvrés qui traînent et s'ennuient. La plupart des centres de jeunes de ce secteur sont fermés, car il n'y a pas d'argent pour payer le personnel nécessaire. Les jeunes Asiatiques sont nerveux. Tous attendent l'inévitable revanche des gangs blancs. Ici, dans la rue Drummond, les Asiatiques sont relativement en sécurité.
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Les "Angels" s'arrêtent pour bavarder, serrer des mains et distribuer des brochures d'information. Ils sont respectés par les Asiatiques qui ont beaucoup à dire à propos de cette situation. Les "Angels" quittent le secteur asiatique et rejoignent le territoire du gang des Blancs. Les Asiatiques ne cachent pas leur peur de marcher dans ces rues, mais il semble que les "Angels" puissent aller où ils veulent. J'en demande les raisons à Judge.

"Tout d'abord", répond-elle, "nous sommes multiraciaux. Cela signifie que, dans une zone de tension raciale, nous calmons les esprits simplement du fait de notre présence physique. La deuxième raison est que les gangs de rue savent que nous sommes neutres dans tout conflit. Nous tentons de ne pas prendre position. Nous sommes contre la violence, mais pas "contre" des personnes en particulier. Si nous voyons un gang d'Asiatiques frapper un Blanc, nous agirons de la même façon que si nous voyions un gang de Blancs s'en prendre à un Asiatique. Nous mettrons simplement un terme à la violence. Et tous le savent. La troisième raison qui explique que nous sommes respectés de tous est que tous savent que nous ne sommes pas armés. Enfin, les jeunes ont de la considération pour nous parce que nous ne sommes pas payés pour ce que nous faisons - nous sommes des volontaires. Ils respectent ce genre d'engagement."

Devant un pub, la patrouille rencontre une bande de Blancs. Comme les Asiatiques, ils traînent et s'ennuient. Ils attendent simplement que quelque chose se passe. A nouveau, les "Angels" serrent des mains et discutent.

"Vous savez", dit Judge à deux d'entre eux, "vous me dites exactement la même chose que les Asiatiques de la rue Drummond. Ils pensent que vous avez commencé, et vous pensez qu'eux ont commencé. Ils détestent les flics et pensent que vous les avez dans votre poche, et vous, vous détestez les flics et pensez que les Asiatiques les ont dans leur poche. Vous êtes assis là à vous ennuyer, et ils sont assis de leur côté à s'ennuyer autant que vous. Pourquoi ne vous réunissez-vous pas pour faire la fête ?". Une fourgonnette de police passe. La police ne se déplace pas à pied dans ces rues. Elle patrouille en véhicules anti-émeute. Les policiers ne sont pas très populaires parmi les jeunes. "Regardez ces types là-bas",dit Falcon en désignant quelques jeunes voyous, "nous les avons arrêtés il y a quelques semaines. Ils étaient en train de frapper et de dépouiller un vieil homme de 65 ans. Il y a eu un combat. Nous avons gagné. Nous les avons arrêtés et avons appelé la police."

La nuit sera tendue mais calme. "C'est une bonne nuit pour nous", dit Falcon. "Une bonne nuit, pour les "Guardian Angels", c'est lorsque rien ne se passe." Nous retournons à la base et retrouvons les autres patrouilles. Tous sont excités. Ils retirent leurs couleurs et se détendent. Lorsque nous rentrons chez nous, le soleil se lève. Je pose à Judge une dernière question. Pourquoi font-ils cela, puisque c'est un travail volontaire et qu'aucun d'entre eux n'est payé ?

Up"Bien, nous pensons tous que tout le monde a le droit de sortir le samedi soir pour s'amuser, sans être menacé, attaqué ou volé, et nous croyons que chacun a la responsabilité de protéger ce droit, non pas seulement par des paroles, mais par l'action. Nous voulons faire de notre ville un lieu plus sûr. Beaucoup d'entre nous ont été attaqués dans les rues, et il n'y avait alors personne pour nous protéger. Nous ne voulons pas que ce qui nous est arrivé arrive à d'autres."

Les meilleurs et les pires moments du projet
Les principaux succès et échecs

Le principal succès de notre groupe est d'avoir réussi à ne pas se limiter à Londres, mais à s'étendre en Europe. Nous avons aujourd'hui deux groupes en Angleterre (Londres et Manchester), trois groupes en Suède (Stockholm, Malmö et Göteborg) et deux groupes en Allemagne (Berlin et Hambourg). A Berlin notamment, le groupe a joué un rôle important dans la lutte contre l'expansion du mouvement néo-nazi parmi les jeunes Blancs, en réunissant des Allemands blancs, des Turcs, des Africains, des Juifs allemands et d'autres minorités. Nous avons aussi effectué une visite à Amsterdam, Paris, Milan, Copenhague, Liverpool et Moscou. En 1995, nous espérons créer des groupes à Milan, Moscou et Copenhague.

A mon avis, le meilleur moment dans l'histoire de notre projet fut le jour où 50 "Guardian Angels" ont reçu leur diplôme à Berlin, en juin 1993. Du fait de la gravité des problèmes de haine raciale et de violence dans cette ville, je pense que le travail du groupe y est primordial.

Le principal échec du groupe est sa taille encore réduite par rapport à la population des 16-25 ans dans nos villes. Nous recherchons en permanence de nouveaux moyens pour nous développer.

Je me souviens de deux moments terribles. Tout d'abord, en 1991, lorsqu'un homme avait eu une crise cardiaque dans une station de métro : j'avais alors tenté de le réanimer, mais décéda. Le deuxième moment difficile, nous l'avons vécu à Malmö, en suède, alors que nous patrouillons durant les émeutes lors des championnats d'Europe des Nations de football, cela devait être en été 1992. Ce soir là, nos patrouilles ont été prises dans une tornade de violence incroyable et, même si nous avons réussi à sauver quelques personnes, nous étions impuissants. Il y avait plusieurs centaines de hooligans déchaînés et armés, et la police s'était retirée du secteur. Beaucoup de nos membres patrouillaient pour la première fois. Ce fut un sale baptême du feu.

Formation

La formation n'est pas réservée aux seuls nouveaux membres. Nous encourageons tous nos membres à se former pour devenir des responsables. De solides compétences en matière de leadership et de secourisme sont essentielles pour le groupe.

Résultats et impacts du projet

Nous savons que nous avons changé la face de nombreuses villes d'Europe. Nous avons offert aux jeunes une chance de faire quelque chose de positif. Jusqu'à ce jour, nous avons probablement formé plusieurs milliers de jeunes qui travaillent aujourd'hui pour stopper la violence dans les villes. Le rôle des groupes ne se limite pas à patrouiller dans les rues ; nous intervenons dans les écoles et les centres de jeunesse, pour parler de la violence avec réalisme. Nous proposons des cours d'autodéfense aux femmes, et des "stages de formation à la rue" pour les enfants (de 6 à 14 ans). Enfin, nous participons à des distributions de nourriture pour les sans-abris. Nous savons que nous avons apporté quelque chose de différent.

Pour de plus amples informations, veuillez contacter :
The Guardian Angels
Europe Office
von der Tann Strasse 1
D - 20259 Hambourg
Allemagne
Tél:+49 40 40 212
Fax : +49 40 494 079
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