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FEVRIER 2002, AMEN, FILM DE COSTA-GAVRAS : LA POLEMIQUE

__Le silence de Pie XII pendant l’extermination des juifs


Costa-GavrasAmen, le film de Costa-Gravas, a suscité une vive polémique lors de sa présentation, en février 2002, au Festival de Berlin. Le film, inspiré de la pièce Le Vicaire, du dramaturge autrichien Rolf Hochhuth, évoque le silence du Vatican – et du pape Pie XII – pendant l'extermination des juifs programmée par Hitler.

Affiche "Amen"
C'est l'affiche du film, signée par le photographe italien Oliviero Toscani, où le tracé de la croix gammée se superpose à celui de la croix chrétienne, qui provoque la polémique autant que le film lui-même : la croix des chrétiens fondue dans le même graphisme rouge et noir que la croix gammée, cette svastika dont, dès 1920, Hitler écrivait qu'elle symbolisait la "lutte pour la victoire de l'homme aryen". Les photos des deux personnages principaux du film - un officier nazi et un prêtre catholique, joués par les acteurs Ulrich Tukur et Mathieu Kassovitz – figurent également sur l'affiche.

"On avait déjà vu des keffiehs sur une croix chrétienne dans une conférence palestinienne à Beyrouth. Ou une femme nue lovée contre le sexe du Christ crucifié sur l'affiche du film Larry Flint, traduit en justice en 1996. Mais personne n'avait encore osé associer ainsi le symbole premier de la foi chrétienne et celui du régime le plus monstrueux de l'histoire humaine", écrit Henri Tincq dans Le Monde.

Le cinéaste - réalisateur notamment de Z, sur la dictature en Grèce, L'Aveu sur les régimes totalitaires de l'Est, ou de Missing sur la dictature au Chili) - se défend : "Cette affiche n'a aucun caractère délibérément provocant : elle correspond au problème posé par le film". Et Oliviero Toscani assure avoir fait une image dans le seul but de "raconter une vérité historique, celle d'une Eglise qui a trop longtemps composé avec cette fameuse croix gammée."Up

Une affiche jugée "inacceptable" par l'épiscopat français

PhotoEn France, l'affiche a été jugée "inacceptable" par l'épiscopat – une "atteinte à la dignité de tout croyant", a dit son secrétaire général, Stanislas Lalanne. Qualifiant le graphisme de l'affiche de "provocation", le président de la Conférence des évêques, Mgr Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux, a estimé que cette affiche créait "une identification intolérable du symbole de la foi chrétienne avec celui de la barbarie" et devait être, à ce titre, "dénoncée par tous ceux qui sont attachés à la dignité humaine, à la liberté humaine et au respect des croyances".

Mgr Ricard a cependant souhaité que la diffusion du film soit "l'occasion d'une réflexion historique et d'une prise de conscience renouvelée sur ce problème" et permette l'ouverture d'un débat d'historiens. "Le travail historique du film ouvre le champ des questions : nous souhaiterions que des historiens nous éclairent sur une situation et un personnage plus complexes que ce que montre le film". "Le thème de ce film est l'indifférence [...], et cette indifférence est aussi bien celle de la Société des Nations, que de l'Amérique, du Vatican ou de l'Eglise protestante".

Le cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris, a souligné que le graphisme de l'affiche était "un fauteur de haine". "On risque de voir sur les cimetières, les églises, le graphisme très intelligent de M. Toscani comme un graphisme de haine, de la même façon qu'on trouve des croix gammées sur certaines tombes ou sur les synagogues", a-t-il déclaré. "C'est utiliser la violence, la haine, comme un signe provocateur pour faire vendre un film".

Costa-Gavras : ce n'est pas une attaque contre le Vatican

PhotoEn Suisse, le théologien Nicolas Betticher, porte-parole de Mgr Genoud, évêque catholique de Fribourg, Lausanne et Genève, a regretté que Costa-Gavras ait associé croix gammée et croix chrétienne. "La croix est ancrée dans notre histoire, a-t-il confié au quotidien suisse Le Matin. Elle figure sur [le drapeau suisse], elle est le symbole de notre solidarité au travers de la Croix-Rouge. Pour des milliers et des milliers de citoyens, elle signifie la vie, la joie, l'espoir, la résurrection. Et ce depuis deux mille ans. En signant son film d'un Amen qui veut dire ainsi soit-il, le réalisateur assume le fait qu'il ramène ce signe d'espoir qu'est devenue la croix au symbole d'horreur et de martyre qu'elle était sous le [régime d'Hitler]. Qu'il ne s'étonne pas dès lors que des croyants réagissent !".

Pour Costa-Gavras, Amen est un "film qui parle de la cohabitation entre les nazis et les Eglises. C'est une vérité historique. […] A aucun moment le film ne dit que l'Eglise a été un complice actif du génocide. Ce n'est pas non plus une attaque contre tous les papes ou le Vatican".

Sources : Le Monde, Paris, 14 et 15 février 2002; Le Matin, Lausanne, 17 février 2002.

Le Vatican a annoncé le15 février 2002 qu'une partie des archives du Saint-Siège, couvrant une période allant de 1922 à 1939, sera accessible à partir de 2003. La totalité de ces documents ne sera, elle, accessible qu'à partir de 2005. Pour les documents allant au-delà de 1939, le Vatican a précisé qu'il faudra attendre "le temps qu'il faudra".

Ces archives, qui concernent notamment les activités du cardinal Eugenio Pacelli, avant qu'il ne soit élu pape en 1939 sous le nom de Pie XII, devraient permettre de mieux connaître l'attitude du cardinal envers les nazis quand il fut nonce apostolique à Munich (1922-25) et à Berlin (1925-29).Up