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__Apprendre la Shoah : Auschwitz expliqué à ma filleComment expliquer la Shoah aux enfants? Une historienne répond.
| Annette Wieviorka : un livre sur la Shoah, le génocide | Sur cette immense question de la Shoah, sur l'énigme du mal absolu, une historienne réputée, et dont plusieurs parents sont morts à Auschwitz, Annette Wieviorka, répond aux questions, très directes, de sa propre fille Mathilde.
"Car s'il m'est facile comme historienne de décrier Auschwitz, d'expliquer comment s'est déroulé le génocide des Juifs, il reste un noyau proprement incompréhensible, donc inexplicable : pourquoi les nazis ont-ils voulu supprimer les Juifs sur la planète ? Pourquoi ont-ils dépensé tant d'énergie à aller chercher aux quatre coins de l'Europe qu'ils occupaient, d'Amsterdam à Bordeaux, de Varsovie à Salonique, des enfants et des vieillards, simplement pour les assassiner ?" Auschwitz expliqué à ma fille par Annette Wieviorka, Editions du Seuil, Paris, 1999. 60 p., 39 FF. Annette Wieviorka : "un livre sur la Shoah, le génocide"__En fait, le livre n'est pas à proprement parler sur Auschwitz, et vous dites très vite votre incapacité à "expliquer". "C'est plus un livre sur la Shoah, le génocide, que sur Auschwitz. Les questions ne sont pas forcément celles que ma fille m'a posées, mais une synthèse de toutes les questions que j'ai entendues quand j'étais enseignante, quand on laisse réellement les jeunes poser des questions, qu'on ne les assomme pas avec des questions de morale, qu'on leur donne une leçon d'histoire et pas de morale - ce qui ne signifie évidemment pas être immoral. __Vous racontez ainsi l'arrivée à Auschwitz: "Les femmes ont été obligées de se déshabiller. A cette époque, on était beaucoup plus pudique qu'aujourd'hui et on ne se mettait jamais nu devant les autres. Ce fut pour beaucoup une première humiliation." N'y a-t-il pas un décalage entre l'horreur d'Auschwitz et la différence de pudeur entre les femmes d'aujourd'hui et celles des années 40 ? "J'ai monté en 1991 pour l'université de Yale une enquête de collecte de témoignages de déportés, comme Spielberg l'a fait ensuite. J'en ai eu un très grand nombre. La nudité, c'est ce que les déportés disent en premier, c'est ce qu'ils racontent quand ils viennent parler aux jeunes dans des classes. Un jeune d'aujourd'hui ne comprend pas l'humiliation de la nudité. Ça a été une leçon d'histoire de montrer à ma fille le temps qui nous sépare de ça. A un moment donné, je veux expliquer qui est juif, c'est une question qu'on pose tout le temps, y compris les professeurs quand je fais de la formation, les professeurs de lycée ne comprennent pas qui sont leurs élèves juifs, ils ont d'ailleurs tout à fait raison car c'est incompréhensible, je leur explique pourquoi ils ne comprennent pas. "J'écris pour ma fille que pour savoir qu'un camarade à l'école est juif, aujourd'hui, il faut qu'il porte une kippa, ou une étoile de David, ou qu'il le dise. Elle a rayé ça. Je le réécris autrement. Elle raye de nouveau. On discute et je me rends compte qu'elle ne comprend pas que quelqu'un de juif ne le dise pas. Elle est dans une école du Xe [arrondissement de Paris], elle a des amis séfarades qui vont à la syna, comme ils disent. "C'est aussi une façon de faire de l'histoire de montrer que maintenant on est fier d'être juif, alors que dans les années d'après-guerre on ne l'affichait pas, on était toujours dans une culture républicaine pour laquelle le fait d'être juif ressortissait de la vie privée et pas de l'affirmation publique."
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