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JANVIER 2000, LE FORUM INTERNATIONAL DE STOCKHOLM SUR LA SOAH
__Ruth Dreifuss, Suisse : Les horreurs de la Shoah, les atrocités vécues et infligées, le souvenir des victimes doivent rester présents à notre mémoire
Aujourd'hui, c'est tous ensemble que les Etats représentés ici veulent aborder ce questionnement, dans la conscience qu'il appelle des réponses complexes. Pour cela, chaque pays doit accepter une confrontation profonde à son histoire, en une démarche qui concerne ses citoyens et citoyennes, et fait la lumière sur ses propres actions et réactions. Ce travail de mémoire doit s'inscrire dans un débat large, digne des principes démocratiques au nom desquels nous voulons que l'histoire soit connue, la vigilance accrue, les leçons tirées : c'est ce que nous avons voulu en Suisse, en donnant un mandat très large à la Commission indépendante d'experts Suisse-Deuxième Guerre mondiale dirigée par le professeur Jean-François Bergier. [
] Cet effort dans chaque pays est nécessaire pour qu'ensemble nous entreprenions ce qui est possible afin de prévenir avec détermination le racisme, l'intolérance et la discrimination de groupes entiers de nos sociétés, pour empêcher la résurgence d'une violence voulue et organisée. L'anti-sémitisme et la Shoah ne doivent pas faire l'objet d'un enseignement isoléAgir pour l'avenir : dans cette perspective, l'enseignement est un champ prioritaire. Il nous faut réfléchir en permanence au meilleur moyen de lier l'enseignement de l'histoire et la sensibilisation à la lutte contre l'intolérance et le racisme. La responsabilité en incombe tout autant aux autorités politiques qu'aux enseignants. Les élèves ne doivent pas traverser le cursus scolaire sans recevoir les connaissances expliquant pourquoi et comment l'ostracisme et le racisme minent la démocratie, et détruisent à terme la société, toute la société. L'échange international d'expériences dans l'éducation, la comparaison des résultats obtenus permettent l'amélioration et le développement de nos moyens pédagogiques. En Suisse, nous avons pris des mesures concrètes pour la formation continue des enseignants et pour assurer le développement des instruments didactiques. Les premières expériences nous montrent que l'anti-sémitisme et la Shoah ne doivent pas faire l'objet d'un enseignement isolé, mais bien être explicités à la lumière de l'actualité, mis en rapport avec la xénophobie et le racisme contemporains. L'objectif, c'est la promotion de la tolérance, du respect de la dignité des personnes et ces thèmes doivent être traités parallèlement dans plusieurs disciplines, comme l'histoire, la littérature ou la philosophie. Internet et la diffusion de thèses racistesUn autre domaine doit être au cur de la collaboration internationale contre le racisme, l'anti-sémitisme et l'incitation à la violence : Internet. Le réseau mondial est de plus en plus une source d'information privilégiée pour l'enseignement et la formation personnelle. Mais malheureusement, Internet est aussi le vecteur transfrontalier de thèses racistes, d'appels à la haine et à la discrimination. Pis : la toile permet à celles et ceux qui défendent de telles thèses de s'organiser en réseau et de promouvoir leurs produits, livres, rapports prétendument scientifiques ou autres par le biais du commerce électronique, voire de coordonner leurs actions subversives. Seule une collaboration internationale et étroite permettra de combattre une telle offre et son usage, en élaborant les instruments préventifs et juridiques indispensables à cette lutte. [ ] De nombreuses mesures concrètes, de nombreuses mesures communes sont nécessaires pour garder éveillée notre vigilance face à la haine et à la négation de la dignité humaine, pour les reconnaître, pour les combattre avec succès. La Suisse est décidée à persévérer dans cette voie. Ruth Dreifuss, Confédération helvétique, Stockholm, 27 janvier 2000. |