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_Costa-Gavras: Pie XII espérait arbitrer les discussions pour la paix_
Quelle est votre opinion sur l'attitude de Pie XII pendant la guerre ?
Je suis convaincu qu'il savait tout. Pendant les années de guerre, le pape a échangé au moins cent quarante lettres avec les évêques allemands. Ils devaient raconter ce qui arrivait aux chrétiens et aux autres. Pie XII avait donc en main tous les éléments. D'ailleurs, quand il était nonce en Allemagne, dans les années 1920, il avait fait installer au Vatican un service d'information qu'il a fait réactiver quand il est devenu pape.
Peut-on expliquer son silence par l'antisémitisme ?
C'est la thèse de la pièce Le Vicaire, et surtout de son auteur, Rolf Hochhuth. De nos jours l'antisémitisme est un crime parce que l'on sait où cela conduit. A l'époque, l'antisémitisme était quasiment un fait de société. Chez les orthodoxes, que je connais bien, tous les dimanches à la messe, on évoquait le peuple déicide. C'était instillé dans le cerveau des chrétiens, goutte à goutte, depuis l'enfance. Je pense que l'antisémitisme a généré l'indifférence. [
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Troisième piste possible, l'anticommunisme...
L'anticommuniste de l'Eglise était profond et actif. D'une manière générale, les chrétiens espéraient qu'Hitler allait abattre le communisme. Garder le silence sur l'élimination des juifs, c'était aussi permettre à Hitler de faire ce travail. Surtout, Pie XII souhaitait jouer un rôle important après la guerre. Il espérait peut-être que sa neutralité lui permettrait d'imposer la paix aux parties adverses. Je pense que c'est sa grande affection pour l'Allemagne qui lui a dicté ce projet. Et il me semble que c'est la raison principale qui l'a poussé au silence.
Source: Témoignage chrétien, Paris, 28 février 2002.

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