Amen, film de Costa-Gravas: les silences de Pie XII
 

Le Monde

Libération

Témoignage chrétien

Le Nouvel Obserateur

Le film
L'affiche
Repères historiques
:: Lu dans la presse
Le débat
Le Vicaire de Hochhuth
A lire


Le Nouvel Observateur
_Alors le film ?_


Alors le film? On sait qu'il s'agit de l'adaptation libre d'une pièce de théâtre de Rolf Hochhuth, "le Vicaire", dont on a dit que c'était l'uvre littéraire la plus critiquée de sa génération. Elle a pour thème le silence du pape Pie XII devant le massacre des juifs d'Europe pendant la Seconde Guerre mondiale, et elle a donc implicitement trait à la politique du Vatican envers le IIIe Reich.

J'ai retrouvé un texte de Hannah Arendt qui, en février 1964, commentait cette polémique passionnée*. Selon elle, "les faits eux-mêmes sont indiscutables. Personne n'a nié que le pape possédait toutes les informations utiles sur la déportation nazie".

Pour l'auteur d'Auschwitz et Jérusalem, la pièce de Hochhuth est une uvre réaliste et honnête. "Nulle part le pape Pie XII n'est accusé d'être responsable d'Auschwitz. Nulle part il n'est nié qu'en France et en Italie les juifs aient bénéficié d'une protection effective des hiérarchies religieuses." Même si Hannah Arendt rappelle que la Gestapo n'aurait tout de même pas pu découvrir que cette nonne carmélite convertie – Edith Stein, philosophe de renom – avait du sang juif si elle n'avait pas été livrée par des religieux.

Hannah Arendt rappelle la tentative du père prévôt Bernhard Richtenberg, de la cathédrale Sainte-Hedwig, à Berlin, qui accompagnait les juifs à l'Est; ou encore le martyre du père Maximilien Kolbe, un prêtre polonais, à Auschwitz. Et tant d'autres. Hannah Arendt note que "Rolf Hochhuth eut la chance d'avoir à son côté une grande partie des érudits catholiques et de l'opinion publique."

A l'époque, on ne se posait pas la question de savoir si l'Eglise devait se comporter en autorité spirituelle ou en institution politique. On tenait pour acquis que le Vatican et Israël étaient deux Etats qui ne pourraient jamais être comme les autres, dans la mesure où ils avaient une mission qui débordait la protection du territoire et les intérêts nationaux. Simplement, on prêtait à Pie XII, comme on le fait aujourd'hui, l'idée que, le mal absolu étant le communisme soviétique, on ne pouvait pas négliger le fait que les Allemands, fussent-ils nazis, étaient en situation de lui porter les coups les plus décisifs.

Jean Daniel, Le Nouvel Observateur, 7 mars 2002. [* Auschwitz et Jérusalem, Pocket, Agora, p. 221].
top

 
Fermer cette fenêtre