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FRANCE, 17 JUILLET 2005 / JOURNEE NATIONALE A LA MEMOIRE DES VICTIMES DES CRIMES RACISTES ET ANTISEMITES DE LETAT FRANÇAIS
__Dominique de Villepin : "contre toutes les formes dantisémitisme, de racisme ou de xénophobie, qui sont autant datteinte à la dignité de chaque homme, luttons sans relâche"
| Le premier ministre français, Dominique de Villepin,
a présidé, le 17 juillet 2005, à Paris,
la cérémonie officielle à la mémoire
des victimes des crimes racistes et antisémites de "l'Etat
français" et d'hommage aux "Justes" de France.
Il a appelé au devoir de mémoire face aux
"pièges" du fanatisme et à lutter "sans
relâche" contre "toutes les haines" et "contre
le terrorisme". |
Dans son discours, prononcé devant le monument de la
Rafle du "Vel d'Hiv", square de la place des Martyrs
juifs du Vélodrome d'Hiver, Dominique de Villepin a rappelé
les paroles du président de la République, Jacques
Chirac, pour qui, les 16 et 17 juillet 1942, "la France,
ce jour-là, accomplissait l'irréparable".
"Je veux saluer la patience et la détermination
des historiens qui ont recueilli un à un les témoignages,
les rapports administratifs, les portraits, les notices biographiques",
a-t-il déclaré. Ce travail de mémoire, qui
est "le rendez-vous de la conscience", doit nous permettre
d'"éviter les pièges d'un fanatisme qui malgré
les leçons du passé ne désarme jamais tout
à fait".
En conséquence, "contre toutes les formes d'antisémitisme,
de racisme ou de xénophobie, qui sont autant d'atteinte
à la dignité de chaque homme, luttons sans relâche",
a-t-il ajouté, en précisant que son gouvernement
"combattra[it] avec la plus grande sévérité"
ces "fautes contraires à l'esprit de la République".
Par ailleurs, Dominique de Villepin a souligné que "contre la haine, toutes les haines, contre le terrorisme, qui ensanglante nos capitales et fait peser une menace sur tous les peuples", il fallait affirmer "nos principes et le respect de l'Etat de droit".
LE DISCOURS E DOMINIQUE DE VILLEPIN
C'est avec une émotion profonde que je prends la parole aujourd'hui devant vous. Avant de venir à votre rencontre, j'ai tenu [
] à faire le chemin du mémorial de la Shoah. J'ai tenu à me recueillir devant le mur des
noms, celui des 76'000 juifs déportés de France.
J'ai tenu à allumer la bougie du souvenir.
Les 16 et 17 juillet 1942, 4'500 policiers et gendarmes
français arrêtaient à leur domicile 12 884
juifs pour les conduire au Vélodrome d'Hiver. Parmi eux,
4'051enfants furent emmenés seuls, séparés
de leurs parents, dans les camps de transit de Pithiviers puis
de Drancy. Pas un seul de ces enfants ne revint. Devant leurs
vies brûlées, dont ne restent que les noms, je veux
d'abord faire silence.
Les 16 et 17 juillet 1942, la France livrait à la
détresse et à la cendre ceux qui étaient
sa lumière et sa vie. Aux premières heures du
matin, elle bafouait les plus essentielles de ses valeurs pour
se faire la complice des bourreaux. Prévenant les ordres
de l'occupant, Laval assisté de Bousquet et de Darquier
de Pellepoix, recommandait de n'épargner personne. Il y
a dix ans, le Président de la République Jacques
Chirac, au nom du peuple français tout entier, l'a reconnu
: "La France, ce jour-là, accomplissait l'irréparable".
Vous tous ici rassemblés aujourd'hui, vous nous avez
appris la vérité : les familles brutalement arrachées
à leur sommeil, les portes enfoncées, les escaliers
qu'on dévale pour un voyage inconnu, les bus parisiens
et les fourgons de la préfecture de police réquisitionnés
pour la besogne, les heures d'attente, les journées dans
la chaleur atroce du Vel d'Hiv, sans jamais savoir pourquoi, sans
jamais imaginer jusqu'où. Vous nous avez appris aussi les
gestes d'héroïsme ou d'humanité de trop rares
policiers français qui ont permis à des enfants
d'échapper, dans un coin d'ombre, au détour d'une
rue, à un malheur qu'ils ne pouvaient pressentir.
Pas de photo. Pas de trace. Ce jeudi noir, der fintzerer Donnerstig,
aurait pu rester un jour blanc si vous n'aviez été
là pour lui rendre un visage. Votre témoignage a
tiré l'impensable de l'oubli. Vous avez su affronter votre
mémoire, avec tout ce qui remue encore en elle de secret,
d'incompréhensible et de déchirant, pour éclairer
la nôtre.
Je veux rendre hommage ici à votre courage. Je veux
saluer la patience et la détermination des historiens qui
ont recueilli un à un les témoignages, les rapports
administratifs, les portraits, les notices biographiques. Tous
ces documents qui font foi, toutes ces images bouleversantes que
Serge Klarsfeld a rassemblées dans son Mémorial
des enfants juifs déportés de France.
Je voudrais citer aussi ces lettres d'inconnus, internés
au Vel d'Hiv et à Drancy, qui sont partis dans un ciel,
comme le dit Celan, où l'on est moins à l'étroit.
Leurs mots travaillent à jamais nos consciences. Clara,
14 ans, déportée à Auschwitz par le convoi
n°16 du 7 août 1942 : "Hier on nous a donné
du lait pour les enfants de moins de dix ans, une tartine de pain,
une tablette de chocolat, une madeleine, des pâtes. Je ne
sais pas si on pourra supporter encore longtemps ceci. Maman n'en
peut plus". Marc Moïse, onze ans, dans un billet jeté
du train qui l'emmène vers les camps : "Je suis dans
un train pour où ? Je vous jure que ce n'est pas par imprudence
que je suis là." Des lettres de tous âges, de
toutes conditions, qui commencent simplement par : "Ma chère
maman", "Papa chéri", et qui n'auront trouvé
d'autres dépositaires que nous. Ces mots lancés
à l'aventure, abandonnés à une main amie
ou sur un banc pour être lus, pour rassurer des proches,
des parents, mais qui pour la plupart seront dispersés
sur la terre sèche de l'été 42, je souhaite
que nous en gardions à jamais au fond de nous la détresse
infinie et l'espoir fou.
Nous sommes à un moment décisif de l'histoire
de la commémoration de la rafle du Vel d'Hiv. A l'heure
où la mémoire brûlante des vivants peut encore
faire surgir pour nous les images de ce qu'ils ont vécu.
A l'heure où une parole, votre parole, est encore possible.
Aussi plus que jamais, restons fidèles à la source
première, à cette exigence de transmission qui vous
a guidés depuis plus de soixante ans. Rien ne doit s'effacer
de cette lente maturation des consciences. Pour que vive notre
histoire commune, vos paroles doivent être entendues. Vos
regards doivent veiller en chacun de nous. Ils doivent être
nos avertissements pour demain. Je sais que beaucoup d'entre
vous trouvent encore la force de se rendre dans les classes d'écoles
pour raconter ce qu'ils ont vécu. Je veux vous dire ici
ce matin que votre témoignage est irremplaçable.
Qu'y a-t-il de plus fort que la voix de celui qui a vu et qui
parle, de celui qui a vécu et qui partage ?
A vous qui portez témoignage, nous devons répondre par la certitude de la mémoire, qui fait la vie plus grande, qui fait la vie plus vraie. Elle représente la seule vraie revanche contre tous ces peut-être qui ont été votre lot durant les jours de drame et de désarroi. A l'effritement du temps doivent répondre la prière du chemin, la révérence de l'aube qui sont au cur de votre héritage. Vous, juifs de France, devez avoir la certitude que vos enfants, vos petits-enfants, vos proches, pourront à leur tour raconter et rappeler. Vous devez avoir la certitude que les livres d'histoire garderont l'empreinte de ce qui devait rester secret, que chaque citoyen, que chaque enfant portera gravé au fond de lui votre témoignage. Je veux vous dire que les autorités de votre pays se porteront garantes du souvenir et du respect. Contre ce qui ronge, nul n'oubliera vos bagages d'ombre et les visages à claire-voie. Votre histoire et celle de la République, que vous avez toujours servie, ne font qu'un.
Pour chacun d'entre nous, qui regardons avec lucidité
notre passé, qui voulons savoir, qui voulons comprendre,
la mémoire est un souffle perpétué. Même
dans le malheur et la honte, nous avons connu des heures de courage
et de grandeur. Rappelons-nous que l'année 1942 marque
aussi le début du sursaut, le rejet des lois antisémites
par beaucoup de nos compatriotes et l'entrée pour certains
dans la résistance. Rappelons-nous que de nombreuses familles,
des fondations, des religieux, prirent le risque dans ces années
de fer de cacher des juifs pour les soustraire à la traque
de l'occupant et de la Milice.
Nous avons connu l'égarement et la souffrance. L'idée
que nous nous faisons de la France s'apprécie à
l'aune de ses valeurs comme de sa capacité à reconnaître
et à dire ses fautes. La mémoire n'est jamais d'une
pièce. Elle est le rendez-vous de la conscience. Notre
volonté est de l'accepter tout entière pour en faire
le lieu d'un rassemblement et d'un dépassement.
Car il n'y a de mémoire que vivante et active. Nous
devons apprendre avec elle à éviter les pièges
d'un fanatisme qui malgré les leçons du passé
ne désarme jamais tout à fait. Nous devons trouver
en elle la force de construire le monde. Votre mémoire
ne sera pas un tombeau mais une lumière qui transperce
la nuit.
Contre toutes les formes d'antisémitisme, de racisme
ou de xénophobie, qui sont autant d'atteinte à la
dignité de chaque homme, luttons sans relâche. Dans
ce domaine, toute attaque physique ou verbale, toute atteinte,
toute négation est inacceptable. Ce sont des fautes contraires
à l'esprit de la République. Mon gouvernement les
combattra avec la plus grande sévérité.
Contre la haine, toutes les haines, contre le terrorisme, qui
ensanglante nos capitales et fait peser une menace sur tous les
peuples, affirmons nos principes et le respect de l'Etat de droit.
La plus grande fermeté, oui. La plus grande vigilance,
oui. La coopération la plus étroite entre tous les
Etats, oui. Ne donnons pas aux terroristes la satisfaction de
semer la peur et le doute dans nos esprits. A force de volonté
et de justice, nous gagnerons ce combat.
Contre le terrible ressassement de la violence, qui n'épargne
aucune région du monde, faisons preuve d'audace et d'imagination.
Ne laissons pas les situations se détériorer sans
fin. Je ne crois pas à la fatalité du mépris.
Des hommes et des femmes se dressent pour dire non, par fidélité
à un idéal, par refus de la répétition
du malheur.
Oui, votre mémoire est un appel.
Rien n'est jamais comparable dans l'histoire des hommes. Et
aucune expérience n'est moins réductible à
une autre que celle de la Shoah. Que grandisse la promesse
! Que votre mémoire murmurée de proche en proche,
à vos enfants, à vos amis, à tous vos descendants,
que votre mémoire partagée avec chacun de nos compatriotes,
fasse écho et soit un appel à dénoncer sans
relâche l'injustice et l'irréparable. Qu'elle soit
une incitation à écarter l'étau de la résignation
pour ouvrir un horizon nouveau. Qu'elle reste pour nous, face
à l'aveugle des jours, une leçon de lucidité.
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