 |
2005, VIENNE , AUTRICHE / LA MORT DU "CHASSEUR" DES NAZIS
__Hommage unanime après la mort de Simon Wiesenthal, "une conscience mondiale"
"Le procès Eichmann a sonné le réveil de la mémoire juive"
Simon Wiesenthal, le célèbre "chasseur
de nazis" autrichien, est mort le 20 septembre 2005 à
Vienne (Autriche), à l'âge de 96 ans. Il était
né en 1908 en Ukraine et avait contribué à
la capture de plus de 1'100 criminels de guerre nazis,
"malgré l'apathie et l'indifférence du monde",
note le Simon Wiesenthal Center, basé à Los Angeles.
C'est lui qui, dès 1953, signala la présence
en Argentine d'Adolf Eichmann, un des principaux exécutants
de la "solution finale", finalement jugé et exécuté
en Israël en 1962. Son grand regret aura été
de n'avoir pas pu faire traduire en justice le Dr Josef Mengele,
l'"Ange de la Mort", du camp de concentration d'Auschwitz.
"Simon Wiesenthal était devenu le représentant
permanent des victimes, résolu à traîner en
justice tous les auteurs du plus grand crime de l'Histoire. Il
était la conscience de la Shoah", a rappelé
le rabbin Marvin, doyen et fondateur du Centre Simon-Wiesenthal. Lorsque l'Holocauste pris fin en 1945, "le monde entier rentra à la maison pour oublier. Pas lui. [
] Il avait une tâche que personne d'autre ne voulait, alors que les Alliés s'intéressaient surtout à la guerre froide".
La plupart des chefs d'Etat ont salué la mémoire
de celui "qui nous avait appris à ne pas oublier",
comme l'a souligné l'ancien président tchèque
Vaclav Havel. Les efforts de Simon Wiesenthal pour que
les victimes de l'Holocauste obtiennent justice "ont envoyé
au monde le message qu'il ne doit y avoir aucune impunité
pour les génocides et les crimes contre l'humanité",
a déclaré le secrétaire général
des Nations unies, Kofi Annan.
Le président français Jacques Chirac a
salué en Simon Wiesenthal "un combattant infatigable
de la justice et du droit". "Par l'ardeur de son engagement,
par la ténacité de son combat, il n'a eu de cesse
de proclamer l'épouvante de la Shoah, pour que l'humanité,
en n'oubliant jamais qu'elle a commis l'irréparable, se
construise un avenir qui le rende à jamais impossible",
a-t-il ajouté. Pour Simone Veil, présidente
de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, "le meilleur
hommage est de poursuivre son combat pour la tolérance
et sa lutte contre le racisme et l'antisémitisme".
"Il s'est engagé quand les autres sont restés
muets", a affirmé Gerhard Schröder. Pour
le chancelier allemand, Simon Wiesenthal s'est consacré
à la justice en essayant de redonner aux victimes de l'Holocauste
"un visage et une dignité" et a contribué
à ce que "l'Allemagne ait conscience de la nécessité
d'assurer constamment les fondements de la liberté, de
la dignité, de la tolérance et du respect mutuel".
De son côté, le président du Conseil central
des juifs d'Allemagne, Paul Spiegel, a indiqué que
Simon Wiesenthal "ne voulait pas la vengeance, mais la justice,
et militait pour que les millions de victimes de la terreur nazie
ne soient jamais oubliées".
En Israël, l'hommage le plus vibrant est venu d'Avner
Shalev, directeur du mémorial de Yad Vashem : "Simon
Wiesenthal était une conscience mondiale, le symbole vivant
des poursuites engagées dans le monde contre les criminels
de guerre nazis", a-t-il déclaré. Pour le chef
de l'Etat, Moshe Katsav, le vieil homme était "le
plus grand combattant de notre génération et représentait
la morale de l'humanité".
 |
|
|
Photo Centre Simon-Wiesenthal.
|
|
[Né en 1908 dans une famille juive à Buczacz, près
de Lvov (Ukraine), Simon Wiesenthal échappa à
la police secrète soviétique. Il fut libéré
en 1945 du camp de concentration de Mauthausen par les Américains.
C'était-là son cinquième camp de la mort
parmi la dizaine de camps nazis où il a séjourné.
Il avait expliqué qu'il s'était alors rapidement
rendu compte qu'il "ne pouvait y avoir de liberté
sans justice", et avait décidé de consacrer
"quelques années" à la justice. "Ces
années se sont transformées en décennies",
avait-il ajouté.
"Je suis épris de justice, pas de vengeance",
affirmait-il. "La chose la plus importante que j'ai faite
est de combattre contre l'oubli et de garder le souvenir intact.
Il est primordial de faire savoir aux gens que nous n'oublions
pas nos ennemis".
"Nous vivons à une époque de vulgarisation
du mot "Holocauste", avait-il déploré
dans une interview à l'agence Associated Press, en mai
1999. "Ce qui est arrivé aux juifs ne peut en aucun
cas être comparé avec tous les autres crimes. Chaque
juif était sous le coup d'une condamnation à mort
sans en connaître la date".]

|