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SHOAH / SEPTEMBRE 2000, BERLIN, LES 50 ANS DU CONSEIL CENTRAL DES JUIFS
__Gerhard Schroeder : Le rappel des crimes commis par les Allemands sous le national-socialisme, et de l'enlisement de l'être humain dans le racisme et le génocide, est l'une des obligations découlant du passé et dont nous devons nous acquitter
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Dans une allocution prononcée le 21 septembre 2000, à Berlin, à l'occasion de la cérémonie du cinquantenaire du Comité central des juifs d'Allemagne, le chancelier allemand Gerhard Schroeder a estimé que la fondation du Conseil central avait été "le signal pour les Juifs allemands de rester en Allemagne". A contrario, "leur départ aurait signifié le triomphe final d'Hitler", comme l'avait analysé après-guerre l'historien de l'appareil SS, Eugen Kogon.
Rappelant "qu'il ne saurait exister de pardon pour le génocide", pas plus que "d'oubli", il a souligné que "personne ne pouvait et ne voulait en rendre responsable la 3e ou 4e génération d'après-guerre". "Mais, ouvrir les yeux de la jeunesse sur les crimes du passé et les confronter à l'implication d'êtres humains dans la haine raciale et le génocide, cela est notre nécessaire travail de mémoire", a-t-il ajouté.
Sur les 600.000 juifs vivant en Allemagne avant la prise du pouvoir par Adolf Hitler en 1933 - des juifs si fortement assimilés, qu'avait alors cours l'expression "symbiose judéo-allemande" - 400.000 ont émigré pour fuir les persécutions nazies et sur les 200.000 autres, seulement 12.000 ont survécu à l'Holocauste.
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Nous commémorons aujourd'hui la création du "Comité
central des juifs d'Allemagne" qui a eu lieu le 19 juillet
1950. Il s'agit, à tout point de vue, d'un évènement
"historique". C'est pourquoi je voudrais commencer par
citer un historien.
Au sujet de cet acte fondateur qui avait réuni à
l'époque les représentants des organisations juives
des anciennes zones d'occupation ainsi que les représentants
des juifs des camps de "personnes déplacées",
le chercheur américain Michael Brenner a écrit ceci:
"A l'encontre de toutes les résistances de l'intérieur
et de l'extérieur, ils ont posé en Allemagne la
première pierre d'une infrastructure juive à long
terme." 
Très vite, les "résistances de l'intérieur
et de l'extérieur" ont évolué vers l'acceptation
et vers l'établissement d'une éminente institution
sociale qui joue un rôle inestimable dans la préservation
et la réputation de la démocratie allemande, à
l'échelon national et international.
Le Comité central des juifs d'Allemagne peut être
fier de cette évolution.
Car quelques années après la fin de la guerre
et du régime criminel nazi, il n'était pas du tout
évident que ceux qui avaient pu être libérés
des camps, ceux qui avaient survécu, veuillent justement
choisir pour eux et pour leurs enfants le "pays des criminels"
pour recommencer une nouvelle existence et reconstituer de nouvelles
communautés.
On ne peut pas pardonner le génocide
La création du Comité central des juifs d'Allemagne
en tant qu'organisation dirigeante de la communauté juive
et de ses fédérations régionales a été
le "signal d'implantation" pour les hommes et les femmes
de confession juive.
"Jamais plus", pouvait-on lire encore en 1948
dans une déclaration du Congrès juif mondial, les
juifs ne pourront se sentir chez eux "sur le sol allemand
inondé de sang". Sur la toile de fond de l'histoire
et du génocide perpétré contre les juifs
sous le régime national-socialiste, une telle déclaration
était compréhensible.
Certes, la République fédérale s'était
dotée d'une Loi fondamentale exemplaire. Mais dans certaines
de ces institutions, régnait encore cet esprit d'obéissance
servile qui avait rendu possible l'émergence du "Reich
millénaire". Et d'aucuns étaient pressés
d'oublier cette honte et de ne parler que "d'effondrement"
alors qu'il s'était agi de la libération du fascisme
d'Hitler.
Certains, comme Eugen Kogon, exprimèrent leur opposition
à la résistance extérieure qui appelait les
juifs à se retirer d'Allemagne en déclarant que
"leur attitude parfaitement compréhensible marquerait
le triomphe définitif d'Hitler". Et comme Heinz Galinski
qui était persuadé que "la Conférence
de Wannsee ne pouvait pas être le dernier acte de la vie
de la communauté juive en Allemagne".
C'est cette opinion qui a finalement réussi à
s'imposer. Cette persévérance, cette volonté
de rester en Allemagne n'était pas un "pardon"
- et ne pouvait pas non plus l'être. On ne peut pas pardonner
le génocide, pas plus qu'on ne peut l'oublier ou le refouler.
Non, les juifs qui avaient survécu ou qui étaient
revenus en Allemagne insistaient sur leur droit naturel de vivre
ici et de participer à l'édification d'une nouvelle
société libérale. 
Un engagement sans relâche dans la lutte contre toute discrimination et xénophobie
La création du Comité central des juifs d'Allemagne
a marqué le début de la consolidation de la communauté
juive. Le Comité central a toujours donné des impulsions
importantes à la vie sociale dans la phase de création
de la jeune République fédérale. Et il a
joué un rôle déterminant dans le développement
de la stabilité et du succès de la démocratie
ainsi que d'une société tolérante.
L'affirmation de l'identité juive en Allemagne grâce
à la conservation de l'héritage historique et culturel
juif, le développement de la vie juive et, en même
temps, la recherche d'une coopération avec l'environnement
non juif dans l'Etat et la société, telles sont
les tâches essentielles que le Comité central s'est
fixées.
L'action du Comité central des juifs d'Allemagne se
distingue tout particulièrement par le fait que, depuis
sa création, il ne défend pas seulement l'infrastructure
de la "vie juive" contre les résistances, mais
aussi celle de la vie démocratique, d'une manière
générale. Et parmi ces "résistances",
il n'y a pas que l'extrémisme de droite à inspirer
de la "répugnance". Le gouvernement fédéral
et le Comité central ont uni leurs efforts pour lutter
avec détermination contre ce mouvement.
A cet endroit, je voudrais tout particulièrement remercier
Paul Spiegel pour l'engagement et la volonté dont
il a fait preuve pour combattre la xénophobie en prenant
parti.
D'une manière générale, les communautés
juives allemandes prouvent chaque jour leur engagement sans relâche
dans la lutte contre toute discrimination et xénophobie,
et pour la défense de la vraie humanité, sans distinction
de religion et de couleur.
Garder la mémoire des crimes du passé
J'arrive maintenant peut-être à la "résistance"
la plus dure à laquelle le Comité central de juifs
d'Allemagne a été et est confronté. Il s'agit
de la résistance de l'oubli. Garder la mémoire des
crimes du passé, confronter les individus à l'expérience
du racisme et du génocide - cela fait partie des conditions
fondamentales d'une société civile et libérale.
De par notre histoire, et pas seulement celle de l'ancienne République
fédérale d'Allemagne, nous savons que refouler le
passé empêche d'avoir une approche consciente du
présent. 
Dans l'ex-RDA, comme peuvent en témoigner les représentants
des communautés juives est-allemandes ici présentes,
l'"antifascisme" ordonné par l'Etat était
tellement autoritaire qu'il ignorait la vie juive et permettait
de cultiver le ressentiment contre les juifs. Je ne vais pas me
perdre ici dans des explications sociologiques. Mais nous devrions
nous demander pourquoi la xénophobie et l'antisémitisme
se manifestent particulièrement dans les rues de l'Allemagne
de l'Est.
Et peut-être que nous devrions également réfléchir
aux conséquences d'une attitude qui, même au nom
d'une "idéologie de l'égalité"
excessive, consiste à ne plus informer les jeunes gens
sur les différences inhérentes à la société,
et à ne plus enseigner la tolérance à l'égard
de ces différences.
C'est pourquoi je trouve toujours un peu réducteur de
limiter le rôle du Comité central des juifs d'Allemagne
à une fonction de "mémoire" du passé.
Aussi important et indispensable cela soit-il, la contribution
des communautés juives en Allemagne est de représenter
aussi la vie juive en Allemagne, et d'être ainsi une source
d'enrichissement pour notre société.
Le rappel des crimes commis par les Allemands sous le national-socialisme,
et de l'enlisement de l'être humain dans le racisme et le
génocide, est l'une des obligations découlant du
passé et dont nous devons nous acquitter si nous voulons
être capables de maîtriser le présent et l'avenir.
Personne ne peut ni ne veut rendre responsable la jeunesse
d'aujourd'hui, c'est-à-dire la troisième ou la quatrième
génération d'après-guerre, d'actes qu'elle
n'a pas commis. Mais il est nécessaire de faire un travail
de mémoire qui consiste à leur rappeler les crimes
du passé et à les confronter à l'enlisement
de l'être humain dans le racisme et le génocide.
L'horreur des crimes d'Auschwitz
Cette tâche, comme vous le savez tous, ne devient pas
plus facile avec le temps.
Il est difficile de trouver les mots pour exprimer toute l'horreur
des crimes d'Auschwitz et transmettre le message aux jeunes. Et
cela est d'autant plus difficile qu'il ne reste plus tellement
de témoins de cette époque pour raconter ce qu'ils
ont vécu.
C'est pourquoi le travail de mémoire, que le Comité
central ne cesse de nous rappeler, revêt une très
grande importance. Et c'est ce qui fait la valeur inestimable
de manifestations, telles que l'exposition au Centre judaïque
sur le destin des juifs berlinois entre 1938 et 1945. 
Lorsque le rabbin Nathan Peter Levinson, qui était
revenu en Allemagne à la demande expresse de Leo Baeck,
tint, en 1950 à Berlin, son sermon d'investiture, sa devise
était la suivante: "Un lieu n'est pas simplement un
lieu. Un lieu existe quand des êtres humains se sont réunis
pour être ensemble."
Ces êtres humains, des parents, des amis, des frères
et soeurs furent cruellement arrachés à la ville
de Berlin. Le Berlin, dans lequel Levinson était venu au
monde, n'exista plus. Et, à partir de là, Berlin
fut nécessairement associé au "quartier général
du Führer" et à la "Conférence de
Wannsee".
Aujourd'hui, Berlin est à nouveau la capitale de l'Allemagne
unie et, depuis 1999, le siège du gouvernement. Et depuis
1999, la ville de Berlin est également le siège
du Comité central des juifs d'Allemagne. Pour le gouvernement
fédéral, mais aussi pour la communauté juive
allemande, c'est un retour dans l'histoire.
Berlin doit être aussi un lieu de mémoire
Le Comité central des juifs d'Allemagne a très
largement contribué, et je tiens à le souligner
tout particulièrement ici, à l'encontre de toutes
les résistances de l'intérieur et de l'extérieur,
à ce que la République fédérale soit
réadmise dans la communauté internationale.
Il faut également s'en souvenir, si nous voulons unir
nos efforts pour que Berlin redevienne aujourd'hui un lieu vivant.
Une ville qui ne peut plus être le Berlin des années
vingt et qui ne doit pas être le Berlin des années
trente et quarante. C'est pourquoi justement Berlin doit être
aussi un lieu de mémoire. Néanmoins, je ne pense
pas qu'il soit suffisant d'ériger des mémoriaux
et de créer des sites de commémoration.
Nous avons besoin de beaucoup de lieux de mémoire et
de confrontation. De lieux qui nous rappellent l'horreur, mais
aussi les quelques exemples de courage civique de cette période
- qui de par leur rareté méritent d'autant plus
de ne pas être oubliés.
Quand nous devons justement confronter les jeunes générations
aux crimes du passé, nous devrions également mentionner
que, même dans les périodes les plus sombres de l'histoire,
il y a eu des hommes et des femmes qui en tant que policier, pasteur
ou politicien se sont acquittés de leur devoir, en tant
qu'être humain et non en tant que sujet servile. Et qui
ont aidé leurs concitoyens harcelés et persécutés.
L'hommage aux "petits héros" de la vie de tous
les jours ne diminue en rien l'horreur indicible de cette époque.

"Faire quelque chose"
Au contraire: si nous prenons conscience que le courage civique
peut protéger et sauver la vie des autres, alors ces excuses
selon lesquelles l'"on ne pouvait rien faire" ou l'"on
ne savait pas" sont d'autant plus déplorables.
On pouvait faire quelque chose - et l'on peut faire quelque
chose aujourd'hui.
"Faire quelque chose" - cela veut dire certainement
et à raison que les responsables politiques sont appelés
à prendre des mesures. Cela concerne le passé, mais
aussi et surtout le présent et l'avenir. Le gouvernement
fédéral a mis assez longtemps à prendre enfin
ses responsabilités face au destin des anciens travailleurs
forcés.
Avec la création de la Fondation fédérale
"Mémoire, responsabilité et avenir",
nous avons franchi un premier pas. Et je saisis cette occasion
pour appeler encore une fois toutes les entreprises concernées
à enfin verser leur contribution.
Mais "faire quelque chose", cela concerne naturellement
surtout la démarche à suivre face aux réalités
insupportables que sont l'extrémisme de droite, l'antisémitisme
et la violence xénophobe en Allemagne.
À cet égard, ce n'est pas seulement l'Allemagne
en tant que "site d'implantation" qui est en jeu, ou
notre réputation dans le monde, ou encore le désir
des investisseurs et des spécialistes étrangers
de venir dans notre pays.
Rester tolérants à l'égard des intolérants
Non, il s'agit ici prioritairement des valeurs fondamentales
de notre démocratie, de ce qui garantit la cohésion
essentielle de notre société. En résumé:
il s'agit de la tolérance que nous atteindrons seulement
en restant tolérants à l'égard des intolérants.
J'ai à plusieurs reprises mentionné la conjugaison
de trois domaines qui devraient être activés pour
combattre l'extrémisme de droite et la violence.
Premièrement: la défense implacable de
l'Etat de droit et de son monopole du recours à la force.
Cela signifie une intervention précoce des forces de l'ordre,
une dissuasion efficace et des recherches intensives.
Deuxièmement: des offres de discussion et d'intégration
destinées aux jeunes capables d'accepter un échange
et une intégration. Cela signifie naturellement aussi l'ouverture
de perspectives sociales, des offres d'emploi, un engagement commun
dans les quartiers des villes concernées.
Troisièmement: la mobilisation de la société
civile. A ce sujet, je n'ai pas besoin de dire grand-chose au
Comité central des juifs d'Allemagne, vous qui êtes
depuis cinquante ans le pilier le plus important de notre société
civile.
Sauf peut-être une déclaration de votre président
inoubliable, l'homme qui se présentait formellement comme
un "citoyen allemand de confession juive".
Cet homme, Ignatz Bubis, disait déjà en 1994: "J'espère que la situation politique se calmera et que j'aurai à nouveau le temps de me consacrer aux affaires juives." Cet espoir est plus que jamais actuel. Je voudrais donner au Comité central des juifs d'Allemagne l'assurance que le gouvernement fédéral lui accordera son plein soutien pour la réalisation de ce vux.
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