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COMMEMORATION DE LA SHOAH / AVRIL 1998, GENEVE
__Martine Brunschwig Graf : L'horreur d'hier doit nous pousser à combattre l'horreur d'aujourd'hui et d'empêcher, si cela est possible, l'horreur demain
Allocution de Martine Brunschwig Graf, vice-présidente
du Conseil d'Etat (exécutif) de la République et
Canton de Genève, à l'occasion de la commémoration
du Yom Hashoa, le 23 avril 1998. |
Personne ne ressort intact d'une cérémonie de
commémoration de la Shoah. Ces moments de communion
de pensées tournées en priorité vers celles
et ceux qui ont subi l'horreur du génocide et de la négation
de leur qualité d'être humain nous renvoient à
ce que nous sommes, à nos devoirs et obligations envers
la communauté des humains. J'aimerais donc en préalable
dire combien il est important, pour le gouvernement que je représente
ici et pour l'ensemble des citoyens genevois, de participer à
cette commémoration douloureuse et indispensable.
Ne jamais laisser l'ignorance prendre le pas sur la connaissance du passé
Nous ne sommes pas ici pour chercher ou dispenser le réconfort,
nous sommes là par ce que nous reconnaissons un besoin
impératif de ne jamais laisser l'ignorance prendre le pas
sur la connaissance du passé.
Primo Levi, en automne 1986, écrivait :
"Nous, les survivants, nous sommes des témoins
et chaque témoin est tenu, même par la loi, de répondre
de manière complète et véridique. Il s'agit
pour nous d'un devoir moral. Parce que notre groupe, exigu depuis
toujours, va en s'amenuisant."
Ainsi le devoir de mémoire ne peut être le fait
des seuls survivants. Il est bien davantage encore celui de leurs
contemporains et des générations qui les suivent.
La douleur du témoignage qui s'ajoute à tant d'autres
douleurs ne doit pas rester vaine. Elle constitue pour nous tous,
juifs et non juifs, une obligation perpétuelle de veiller
à ce que ce qui a été vécu à
en mourir par tant d'êtres humains reste présent
dans les esprits et dans les coeurs. La tâche est lourde
et toujours à recommencer si l'on veut que les témoignages
complets et véridiques des survivants ne soient ni déformés,
ni édulcorés, ni manipulés par le refus ou
l'oubli.
Permettre aux jeunes de reprendre à leur tour le flambeau de la mémoire et du témoignage
Aussi, il nous faut encourager toutes les démarches
qui permettent aux jeunes de reprendre à leur tour le flambeau
de la mémoire et du témoignage. La commémoration
de la Shoah constitue aussi l'occasion de nous rappeler cette
nécessité. J'en profite pour adresser toute ma reconnaissance
aux témoins qui, telle Madame Fayon et d'autres encore,
acceptent de rencontrer nos élèves et leur permettent
ainsi d'entendre l'indicible et d'acquérir la conviction
nécessaire à la transmission du souvenir.
Qu'ils aient survécu ou non, celles et ceux qui ont
vécu la Shoah sont en outre en droit d'attendre qu'au-delà
du souvenir, nous sachions, à notre manière dans
le champ de nos capacités, contribuer au "jamais
plus" que nous appelons de nos voeux. L'horreur d'hier
doit nous pousser à combattre l'horreur d'aujourd'hui et
d'empêcher, si cela est possible, l'horreur demain.
Primo Levi : "Que vous soyez ou non croyant, que
vous soyez ou non "patriote", si un choix vous est donné,
ne vous laissez pas séduire par l'intérêt
matériel ou intellectuel, mais choisissez le domaine qui
peut rendre moins douloureux et moins périlleux l'itinéraire
de vos contemporains et de vos descendants."
Nous avons sans cesse à choisir entre l'ombre et la lumière
Il est particulièrement important d'assumer ce choix-là
à l'heure où la Suisse se trouve confrontée
aux aspects les plus sombres de son passé récent.
Rien n'efface les erreurs commises, mais cela ne dispense
en rien des les reconnaître et d'y apporter réparation
lorsque c'est possible. Les citoyens de ce pays sont donc conduits
reconnaître que l'ombre de la lâcheté et de
l'injustice a cohabité avec la lumière d'actes de
solidarité et de courage. Nous ne pouvons modifier ni l'ombre
ni la lumière du passé. Mais aujourd'hui, au quotidien,
nous avons sans cesse à choisir entre l'ombre et la lumière.
De cela nous sommes responsables et comptables. Que cette commémoration
nous conforte dans notre volonté de choisir, en tout temps,
la voie du courage, du respect et de la dignité, quoi qu'il
nous en coûte.
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