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GENEVE, AVRIL 2004 / COMMEMORATION DE LA SHOAH
__Robert Cramer: "La Shoah, c'est le pire de l'être humain face à l'être humain lui-même"
Le devoir de mémoire exige que l'on se souvienne, au delà des générations, de cette catastrophe indicible que fut la déshumanisation et l'extermination méthodique et industrialisée, organisée par le régime national-socialiste, de six millions de Juifs, de centaines de milliers de tziganes, d'handicapés et malades mentaux, d'homosexuels et de témoins de Jéhovah. Au-delà de ces chiffres abstraits, il y a le regard d'un enfant face au regard des hommes qui vont le tuer, et c'est aussi le regard de toutes les victimes, de toutes ces femmes et de tous ces hommes qui ne comprennent pas, qui ne peuvent pas comprendre. La Shoah, c'est le pire de l'être humain face à l'être humain lui-même. Ici comme ailleurs, au nom du respect absolu dû à la personne humaine, il incombe aux collectivités publiques de contribuer à l'uvre de mémoire. A cet égard, je me permets de rappeler, sur le plan fédéral, les importants travaux de la Commission indépendante d'experts Suisse-Seconde Guerre mondiale, présidée par le professeur Jean-François Bergier. Ceux-ci ont notamment permis de mieux connaître l'attitude passée de la Suisse, mais aussi la responsabilité tant historique que juridique du pays à l'égard des hommes et des femmes persécutés par le national-socialisme et le fascisme. Dans le canton de Vaud, c'est le professeur André Lasserre qui a conduit une étude historique portant sur l'attitude des autorités politiques, judiciaires, administratives et bancaires vaudoises vis-à-vis des réfugiés victimes du nazisme. Sur le plan genevois, les Archives d'Etat de la République
et canton de Genève ont publié il y a près
de trois ans un rapport sur les réfugiés civils
et la frontière genevoise durant la Seconde Guerre mondiale.
Ce rapport a été établi en collaboration
avec les Archives fédérales et le professeur Jean-Claude
Favez. La recherche a été effectuée à
la suite d'une demande émanant de l'Institut israélien
Yad Vashem et d'une motion du Grand Conseil genevois, qui avait
invité le Conseil d'Etat, en mai 1997, à rassembler
les données concernant le refoulement des réfugiés
pendant la Deuxième Guerre mondiale. Quand bien même
cette publication ne se voulait pas être une contribution
à l'histoire de la Shoah, il est impossible de ne pas être
touché, voire bouleversé, par ce qu'elle a révélé. A travers chaque fiche, à travers chaque dossier, c'est un portrait de femme, d'homme, de famille qui s'esquisse. Ce sont des destinées meurtries par la guerre, pleines d'attentes et d'espoirs quant à leur avenir, qui sont révélées à un moment de leur histoire. Ces histoires individuelles nous touchent d'autant plus qu'elles sont intimement liées à un environnement qui nous est familier. Les camps d'accueil se trouvent aux Charmilles, au Bout-du-Monde, à Varembé, au Petit-Saconnex ou à la Plaine. Les noms cités sont genevois : associations d'entraide, hommes politiques ou d'Eglise, avocats, parents, témoins, délateurs... Les recherches, qui doivent encore se poursuivre, permettent cependant de suggérer qu'à certaines périodes de la guerre, les autorités cantonales ont laissé la perception qu'elles avaient de la raison d'Etat prévaloir sur la tradition du refuge. C'est la raison pour laquelle il a paru au Conseil d'Etat nécessaire de reconnaître l'action généreuse de toutes ces personnes, connues et inconnues, qui ont pris des risques pour porter secours à des réfugiés menacés et pour qu'ils échappent à un sort dont on a par la suite mesuré l'horreur. Dans une déclaration adressée au Grand Conseil le 17 février 2000 [...], le Conseil d'Etat a rendu hommage à toutes celles et tous ceux qui, par leur courage et leur générosité, ont contribué à sauver des vies. Il a également exprimé ses profonds regrets aux victimes et à leurs familles.
Pour que les victimes ou leurs proches, ainsi que la communauté académique, puissent accéder aisément aux renseignements dont les Archives d'Etat sont dépositaires, le rapport ainsi que la liste exhaustive des personnes mentionnées dans les document conservés ont été publiés dans le site Internet de l'Etat à l'adresse www.geneve.ch/archives/refugies/. Comme l'écrit justement Serge Klarsfeld, le génocide juif interpelle la conscience universelle en raison de son ampleur, de ce qu'il a révélé d'inquiétant sur l'homme, et de son impuissance à empêcher d'autres massacres et génocides en d'autres régions du monde. Le racisme, la xénophobie et l'antisémitisme sont toujours présents et la Shoah est le produit véritable de ce que ces forces sont capables d'engendrer. "Jamais plus". C'est pour cela que l'uvre de mémoire, à laquelle les autorités cantonales s'efforcent de contribuer, est indispensable. Robert Cramer, Président du Conseil d'Etat, République
et canton de Genève, avril 2004. |