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CONSEIL DE L'EUROPE, 2004 / ENSEIGNER LA MEMOIRE
SITUATION POLITIQUE EN 1939La France des années trente fut marquée par les événements mondiaux et des troubles politiques spécifiques : les effets de la crise mondiale s'ajoutèrent au traumatisme de la première guerre mondiale, qui devait demeurer la "der des ders". La République fut ébranlée par divers scandales, et par une tentative insurrectionnelle en 1934. Le Front populaire de 1936 et ses successeurs, dans une ambiance majoritaire de pacifisme, ne s'engagèrent pas dans la guerre civile espagnole, et menèrent une politique attentiste devant les coups politiques d'Hitler (réoccupation de la Ruhr, remilitarisation, Anschluss, annexion de la Bohême-Moravie). Certaine de sa puissance militaire et de l'efficacité de la ligne Maginot, la France eut, avec la Grande-Bretagne, la "naïveté" d'accepter la conférence de Munich, qui avalisa en septembre 1938 ces différents coups. Malgré les traités de défense passés avec différents pays menacés par l'Allemagne, elle se contenta, lors de l'invasion de la Pologne en septembre 1939 de déclarer la guerre, sans lancer d'opérations militaires effectives, laissant ainsi le champ libre aux troupes hitlériennes à l'Est. LES JUIFS EN FRANCELa première venue certaine de Juifs sur l'actuelle France date des toutes premières années de l'ère chrétienne. Comme dans l'Europe centrale et septentrionale, le sort réservé aux communautés fut très variable, passant de l'exclusion à l'accueil puis au bannissement au gré des changements de souverains et de l'influence de l'Église catholique. Il arriva ainsi que saint Bernard leur apporte son soutien au XI e siècle, mais Louis IX "couvrit" leur massacre lors du départ des croisades. Progressivement, une partie significative des Juifs s'était bien intégrée au fil des siècles. En 1939, la population juive comptait approximativement 250 000 personnes. L'ANTISÉMITISME EN FRANCEJusqu'au XIX e siècle, les Juifs servirent souvent de boucs émissaires pour tous les maux qui Dreyfus fut l'occasion d'une expression virulente d'un antisémitisme latent, s'appuyant sur de prétendues sources scientifiques pour se déplacer du terrain religieux à celui du racisme. La "juiverie" fut clairement définie comme ennemie de la France par le gouvernement de Vichy. LA POLITIQUE ANTIJUIVEZONE OCCUPEE
ZONE "LIBRE" (ADMINISTREE PAR LE GOUVERNEMENT DE VICHY) REACTIONS DES POPULATIONSCollaborations Les collaborations individuelles furent de deux ordres : une partie doit être considérée comme idéologique, comparable à celle de l'État, et une autre partie, non négligeable, fut liée à la recherche d'avantages divers, notamment autour du marché noir. Elles prirent la forme de participations à des opérations (militaires, paramilitaires ou civiles), mais aussi de dénonciations diverses (allant jusqu'à l'assouvissement de vieilles rancoeurs, vis-à-vis de Juifs, de communistes ou simplement la poursuite de querelles personnelles). Résistances Une résistance civile et intellectuelle s'affirma également, de façon progressive. Quelques membres de l'Église catholique exprimèrent publiquement leur condamnation des mesures antijuives. Ce furent surtout les protestants qui multiplièrent les interventions publiques, mais aussi de très nombreuses actions de protection et d'abri de Juifs. Au plan individuel, les initiatives furent également nombreuses, pour cacher des Juifs, leur procurer nourriture, travail, faux papiers et filières de sortie du territoire. De nombreux enfants juifs furent cachés pendant toute la durée de la guerre (même si certains furent convertis malgré eux au catholicisme). Les Juifs eux-mêmes ne restèrent pas inactifs. Selon leur passé, leur nationalité, leur degré d'intégration et leurs opinions, leur engagement prit des formes diverses : ainsi, et ce ne sont que quelques exemples, une solidarité sociale fut organisée dès juin 1940, des Juifs participèrent aux organisations clandestines, des groupes spécifiques de sionistes se formèrent, jusqu'à se fédérer dans l'Organisation juive de combat (OJC), des Juifs d'origines diverses participèrent avec d'autres réfugiés situés à gauche à la Main-d'oeuvre immigrée aux côtés des communistes Francs tireurs et partisans, sous le nom de FTP-MOI. De même que dans l'ensemble de la population, cette résistance n'était pas le fait de tous, d'autant que les Juifs, français ou étrangers, étaient évidemment dans une situation incroyablement précaire, et beaucoup ne pouvaient se préoccuper que de la survie quotidienne de leur famille. VICTIMES ET PARTISANSSelon les sources (Serge Klarsfeld, Raul Hilberg, Martin Gilbert), les Juifs déportés de France et massacrés furent entre 75 000 et 83 000. Les survivants furent approximativement 200 000 : la différence avec les 250 000 de 1939 s'explique beaucoup plus par l'arrivée de Juifs d'Europe de l'Est que par un excédent démographique naturel (la natalité fut faible). Les autres victimes des crimes nazis (génocides, crimes contre l'humanité et crimes de guerre) furent en nombre plus restreint, mais cependant significatifs : des milliers de Tsiganes, des homosexuels (notamment en Alsace), des populations civiles victimes de représailles (otages exécutés, et populations massacrées, comme à Oradour-sur-Glane). Source: Conseil de l'Europe, Programme "Enseigner la mémoire", 2004. |
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