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XXIe siècle
Le génocide des Juifs





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CONSEIL DE L'EUROPE, 2004 / ENSEIGNER LA MEMOIRE
__La Shoah


QU'EST-CE QUE LA SHOAH ?

C'est la tentative, par l'Allemagne nazie, de détruire la totalité des Juifs d'Europe, hommes, femmes et enfants, de 1939 à 1945.

QUEL EN FUT LE RÉSULTAT ?

Selon les travaux des historiens, on estime que cinq à six millions de personnes ont été assassinées, sur les neuf millions que comptait l'Europe avant 1939.

QUELLES EN FURENT LES ÉTAPES ?

Dans un premier temps, les nazis laissaient partir les Juifs d'Allemagne. Au début de la guerre, ils en expulsèrent même dans les pays conquis (en Pologne, en France).

A partir de la nuit des pogroms du 9 novembre 1938, de nombreux Juifs furent envoyés en camps de concentration.

Dans certains pays occupés au centre et à l'Est de l'Europe, ils furent parqués dans des ghettos. La malnutrition et les mauvais traitements entraînèrent une forte mortalité des Juifs dans les camps et les ghettos.

A partir de l'été 1941, la destruction des Juifs devint systématique. Lors de l'offensive contre l'URSS, des groupes spéciaux (Einsatzgruppen) suivaient l'armée et dans chaque ville et village regroupaient les Juifs et les assassinaient. Dès le printemps de 1942, les Juifs des ghettos et ceux qui étaient raflés (en Europe de l'Ouest et du Sud) furent conduits dans des camps de destruction, où ils étaient assassinés en masse dans des chambres à gaz, puis brûlés dans des fours crématoires ou dans des fosses. Dès la fin 1942, au moins 4 millions de Juifs avaient déjà été massacrés. Mais les opérations continuèrent, moins régulièrement : ainsi, 300 000 à 400 000 Juifs hongrois furent déportés et gazés entre mai et août 1944.Up

COMMENT CONNAIT-ON LE NOMBRE DE VICTIMES ?

– Les nazis ne tenaient pas toujours des comptes précis, et détruisirent de nombreux documents devant l'avance des troupes alliées. Les victimes étaient brûlées et leurs cendres éparpillées afin de ne pas laisser de traces.
– Les historiens disposent de documents nazis dans un certain nombre de cas (rapports d'officiers, nombre de trains utilisés pour transporter des Juifs vers les camps de destruction). Ils ont recoupé ces informations avec des données sur la population juive européenne : nombre de personnes avant guerre, nombre d'exilés des différents territoires, estimation de la natalité pendant la période, mais aussi de la mortalité naturelle, nombre de survivants. Les travaux les plus connus sont ceux de Raul Hilberg (5 150 000 victimes) et de Martin Gilbert (5 750 000) : mais tous deux indiquent que ces chiffres sont des minimums, car de nombreux assassinats n'ont pu être comptabilisés. Ainsi, dans les camps de destruction, les déportés immédiatement gazés n'étaient pas enregistrés, et l'on détruisait leurs papiers

Les Juifs ne furent pas les seules victimes des nazis : les opposants politiques, les témoins de Jéhovah, les homosexuels furent déportés, et beaucoup moururent. Les élites des peuples considérés comme " inférieurs " (Polonais, Slaves) furent éliminées, mais aussi les Roms (Tsiganes), les prisonniers de guerre soviétiques, les malades mentaux et handicapés

POURQUOI LES JUIFS ?

Le judaïsme est la plus ancienne des religions monothéistes (avant le christianisme et l'islam). Après la seconde destruction de leur grand Temple (70 après J.-C.), les juifs se sont éparpillés : mais leurs migrations furent toujours pacifiques (ils n'ont pas conquis de territoires), comme celles des Roms (Tsiganes). Cela en faisait des boucs émissaires faciles. L'antijudaïsme était d'abord religieux. Puis les Juifs (et les Roms) furent accusés, là où ils se trouvaient, d'être responsables de toutes les catastrophes (Peste noire en 1345, famines, épidémies de choléra).
En 1492, après plusieurs siècles de cohabitation avec des catholiques et des musulmans, ils sont expulsés d'Espagne, sauf s'ils se convertissent (mais les Marranes, juifs convertis, sont soupçonnés de rester juifs en secret).

A chaque répression, les communautés se déplaçaient vers des contrées plus accueillantes ou plus tolérantes. C'est ainsi que beaucoup se retrouvèrent en Pologne et dans les actuels pays baltes (notamment la Lituanie), développant une véritable culture propre et une langue, le yiddish.
Au XIXe siècle, certains "scientifiques" établirent la conception de "races" pour définir des groupes ethniques : ainsi les juifs furent-ils catégorisés.Up

Le nazisme met en avant des valeurs "nouvelles" : la force, le sang la pureté de la "race" viennent remplacer les idées de bien et de mal, de vertu et d'humanisme.

Les juifs furent les premières victimes désignées, car les valeurs humanistes du judaïsme furent reprises par le christianisme et l'islam, et inspirèrent même l'idéologie communiste : dans les discours nazis, l'ennemi était souvent désigné comme le "judéo-bolchévisme" (or, partout dans les pays sous influence soviétique, la proportion de Juifs dans les dirigeants était la même que dans la population générale).

Dès l'été 1941, la décision d'éliminer tous les Juifs fut prise et mise en oeuvre, puis organisée à partir du 20 janvier 1942, et impliquant de façon générale tous les rouages de l'Etat allemand et du parti nazi. Fin 1942, après la liquidation des différents ghettos, une grande partie de la destruction était déjà effectuée, et les Alliés le savaient.

Nazisme : idéologie raciste selon laquelle les Allemands seraient une "race" supérieure à toutes les autres, appelée à dominer le monde. Il leur faut donc un territoire où ils puissent prospérer, sans contact avec les autres ("pureté de la race"). Les races de "sous hommes" devaient être éliminées, et autour de l"espace vital" allemand, des pays satellites seraient exploités par des "races inférieures" (Slaves) réduites en esclavage pour fournir des denrées et des richesses aux Allemands.

LES ÉTAPES DU GÉNOCIDE DES JUIFS

1. La définition
Dès leur prise de pouvoir, les nazis se préoccupèrent de définir, d'une part, qui était allemand, et d'autre part, qui était juif. L'appartenance et la pratique de la religion ne leur suffisaient pas à définir cette "race". Les discussions furent compliquées, car il existait de nombreux couples "mixtes", qui avaient une descendance Dans un premier temps, il fallait trois grands-parents juifs pour être soi-même juif. Mais progressivement, la définition fut élargie, surtout à partir de la phase de destruction massive (1941-1942), pour englober un maximum de gens : ainsi, de nombreuses personnes qui ne s'étaient jamais senties juives furent cependant déportées et assassinées.

2. Le recensement
Il importait à l'État nazi de connaître l'identité et l'adresse de tous les Juifs, "métis" ou non. Cette phase est importante, car elle déterminait la possibilité de trouver (et de "rafler") facilement tous les Juifs. Dans certains pays comme la France, les autorités devancèrent les demandes allemandes.Up

3. La désignation
La propagande hitlérienne (dirigée par Goebbels) ne cessait de dénoncer les Juifs comme responsables de tous les maux : il fallait que les populations puissent voir qui était juif. Des inscriptions furent apposées sur les commerces et les ateliers, et les gens durent porter des brassards (en Pologne occupée), puis des étoiles jaunes pour être reconnus, et beaucoup furent ainsi l'objet de brimades violentes dans les rues. Un tampon fut apposé sur les papiers d'identité (d'abord en Allemagne, à la demande de la Suisse, pour refouler des candidats à l'immigration).

4. Restrictions et spoliations
Les Juifs se virent interdire un très grand nombre d'activités. Leurs entreprises furent confisquées, leurs déplacements limités. Il s'agissait de les appauvrir et de leur ôter le maximum de leurs moyens de subsistance.

5. Exclusion
Les Juifs furent expulsés de la fonction publique et de nombreuses autres activités, même lorsque leur exclusion devait désorganiser certains services publics ou privés (hôpitaux, par exemple).

6. Isolement
Etre désignés, exclus et appauvris ne suffisait pas à faire rejeter les Juifs par la totalité des populations, tant en Allemagne que dans les pays occupés (ainsi, en 1933, un mot d'ordre de boycott des magasins juifs en Allemagne fut un échec). Pour soustraire les Juifs des autres populations, on envoya un grand nombre d'entre eux dans des camps de concentration, où ils furent les plus maltraités de tous les déportés (au départ, des opposants politiques, puis d'autres catégories). Et surtout, notamment dans les zones occupées de l'Est, on décida de parquer les Juifs dans des ghettos : dans un quartier d'une ville, souvent des plus pauvres et insalubres, on enfermait les Juifs, soumis à des restrictions alimentaires, destinées à réduire leurs chances et durée de survie. La mortalité dans les ghettos, par la faim, les épidémies et les mauvais traitements, était considérable (on l'estime à 800 000 morts).Up

7. Destruction
Mais beaucoup trop de Juifs survivaient encore. C'est alors qu'intervint la destruction massive et systématique. Elle fut d'abord l'oeuvre des Einsatzgruppen, qui avançaient derrière la ligne de front russe en exécutant tous les Juifs qu'ils trouvaient, ainsi que les "commissaires politiques" (1 300 000 morts).
À partir du printemps 1942, les ghettos furent progressivement démantelés, et leurs habitants envoyés dans les camps de destruction de masse, où la plupart étaient dès leur arrivée conduits dans des camions puis des chambres à gaz, et leurs corps brûlés dans les fours crématoires ou des fosses : les six camps spécialisés dans la destruction de masse furent Auschwitz-Birkenau, Belzec, Chelmno, Lublin-Maïdanek, Sobibor et Treblinka.
Le nombre de Juifs morts dans les camps de concentration (par esclavage, sous-nutrition et mauvais traitements) et dans ceux de destruction massive est estimé à trois millions (dont au moins un million à Auschwitz-Birkenau).

UNE EXCEPTION DANS L'HISTOIRE ?

C'est à propos de la Shoah et du nazisme qu'ont été définies les notions de génocide et de crimes contre l'humanité. D'autres destructions avaient bien sûr été perpétrées dans l'histoire du monde, que les historiens peuvent aujourd'hui interpréter (très nombreux massacres de l'histoire ancienne, Indiens d'Amériques, Africains asservis soumis à la traite, Arméniens). Le caractère sans précédent de la Shoah tient dans la recherche d'une destruction totale et systématique, et dans le fait que l'on ne pouvait y échapper par conversion.

Mais savoir et se souvenir n'ont pas suffi à empêcher, depuis 1945, d'autres catastrophes humaines. Le tribunal de Nuremberg, qui a jugé les principaux dignitaires nazis, les tribunaux pénaux internationaux instaurés pour le Rwanda et l'ex-Yougoslavie ne sont que des réponses à des situations données. Ils n'ont pas servi à prévenir génocides et crimes contre l'humanité au Cambodge, au Rwanda, en ex-Yougoslavie, au Timor oriental

La culture et la démocratie n'ont pas empêché le nazisme, et ne sont donc pas des garanties contre de nouvelles catastrophes. En cela, la question se pose de savoir comment, au plan des consciences individuelles et des sociétés, mais aussi au plan mondial, pourrait être envisagée une prévention : la mémoire, le souvenir, la connaissance de l'histoire en sont des conditions nécessaires, mais jamais suffisantes. Les concertations internationales les plus larges sont indispensables à la prévention : elles se heurtent encore aujourd'hui à des résistances de natures très diverses, la première étant le refus de nombre d'États de voir la communauté internationale s'ingérer dans leurs affaires "intérieures".

ET A L'ECOLE ?

La difficulté est tout aussi grande : l'école peut enseigner l'histoire, éduquer les enfants et les jeunes à des valeurs communes, notamment celles des droits de l'homme : la réalité nous apprend que cela ne suffit pas. La source des racismes est généralement la méconnaissance de l'autre, ou même de l'idée qu'on puisse vivre autrement que soi : l'ignorance engendre alors facilement la crainte, le rejet, et la haine. C'est pourquoi cette journée de commémoration n'a pas seulement pour but de rappeler cette barbarie du milieu du siècle dernier, mais de prévenir d'autres catastrophes, en particulier en conduisant les jeunes à mieux se connaître, dans leurs diversités et leurs richesses mutuelles.

Conseil de l'Europe, Programme "Enseigner la mémoire", 2004.
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