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Naissance du nazisme
De l'éclosion du parti national-socialiste au putsch
de 1923
Par Vincent Magnien, historien
| Revenons un instant sur les conditions ayant favorisé
la percée du mouvement nazi; sans pour autant tomber dans
un déterminisme simpliste et fallacieux, une démonstration
pluricausale permettra d'avancer quelques explications. |
Des données historiques et le cadre géopolitique
peuvent fournir des éclaircissements : l'Allemagne est
au centre de l'Europe, entourée de nombreux Etats, traversée
par des flux migratoires; depuis toujours, cette région
européenne est le cadre de guerres, de conflits, de tensions.
Cette situation n'est pas propre à l'Allemagne, mais cela
provoque des réactions de défense et de méfiance
vis-à-vis de l'étranger, plus particulièrement
en Prusse où, au 19e siècle, cette réaction
défensive se mue progressivement en réaction offensive
et impérialiste, et finit par atteindre toute l'Allemagne
après l'unification de 1871; l'Allemagne évolue
désormais entre archaïsmes et modernité, entre
des classes traditionnelles aristocratiques qui continuent de
dominer la vie politique et l'armée, alors que la haute
bourgeoisie, face à ces pesanteurs, se contente des secteurs
économiques dynamiques, au détriment d'une participation
politique.
Il importe aussi de prendre en compte la révolution
industrielle et ses bouleversements socio-économiques qui
touchent une bonne partie des Allemands au tournant du siècle;
apparaît alors l'éclatement des structures d'encadrement
traditionnelles, à travers, par exemple, la désertion
de l'église, la dissolution des familles... L'individu,
auparavant entretenu dans un réseau de sociabilité,
se trouve isolé, sans repères.
La défaite de la première guerre mondiale est,
par ses conséquences, un événement majeur
dans une recherche d'explications du nazisme. Elle apporte, outre
son lot de douleur et d'affliction, une relative surprise; en
effet, même si le conflit a fait souffrir la population
civile par ses privations, celle-ci n'a jamais douté de
l'issue finale - il est nécessaire de rappeler que le territoire
allemand n'a pas été envahi sur le front ouest.
La république naissant du chaos est fragile, elle est surtout
déconsidérée par l'opinion publique et par
les forces politiques traditionnelles qui restent solidement implantées
partout en Allemagne. En outre, les conditions particulièrement
humiliantes du Traité de Versailles et l'occupation française
de la Ruhr en 1923 sont ressenties comme une blessure profonde.
Aussi, il n'est pas étonnant de voir se multiplier les
tensions; les mouvements protestataires sont récurrents
(révoltes, putschs, assassinats...).
La crise économique d'après guerre qui touche
l'ensemble de la société à travers les famines,
le chômage, les faillites, etc., prend une tournure catastrophique
en 1923, où l'inflation atteint un taux record (le mark-or
vaut 1 trillion de markspapier en décembre 1923!).
C'est dans ce contexte que prend essor le National-sozialistiche
Deutsche Arbeiter Partei (Parti ouvrier allemand national-socialiste
- NSDAP).
La naissance du NSDAP
Adolf Hitler, issu de la petite bourgeoisie, artiste
raté, semble trouver sa voie en tant que bon soldat de
la première guerre mondiale. Il garde une rancoeur énorme
de la défaite de 1918 et une haine envers ceux qu'il considère
comme les criminels de novembre, qui sont indifféremment
les personnages dominant la vie politique des années 20.
Dès 1919, Hitler fait partie, à Munich, d'un
petit groupuscule mené par Anton Drexler, le Parti ouvrier
allemand, fortement teinté d'antisémitisme, ce qui
attire le caporal autrichien. Progressivement, il se démarque,
avec sa fougue de tribun, et impose une dictature au parti qu'il
transforme en NSDAP, dès 1921. On assiste dès lors
à un encadrement militaire des membres, les SA (sections
d'assaut, organisation de défense paramilitaire) sont créées,
le drapeau rouge frappé de la svastika est adopté...
Les grands thèmes nazis, qui seront mis en pratique
par la suite, sont déjà présents au début
des années 20 : nationalisme virulent, antisémitisme,
anticommunisme... Ce n'est qu'un groupuscule extrémiste
comme il en existe beaucoup alors, qui conteste plus qu'il n'offre
de solutions. Le parti reçoit un accueil favorable chez
certains industriels bavarois (renflouant par là même
la trésorerie) qui, dans la crise de 1923, craignent le
péril rouge.
Le putsch de la brasserie
L'événement en lui-même n'a rien de glorieux;
l'action se déroule dans l'urgence, sans préparation
ni réel souci d'organisation.
Le Land de Bavière, à l'idéologie
réactionnaire et séparatiste, s'est désolidarisé
du gouvernement central en septembre 1923. Hitler pense pouvoir
tirer profit de la situation; aussi, le 8 novembre 1923, il fait
son apparition, avec des hommes de main, dans la brasserie Bürgerbraükeller
à Munich, où se tient une réunion de dirigeants
du pouvoir bavarois. Grâce à une persuasion armée,
il finit facilement par imposer ses vues et l'idée d'une
marche sur Berlin. La nuit venue, ces dirigeants désapprouvent
en bloc, à la radio, l'événement. Le lendemain,
c'est une véritable épreuve de force qui s'engage
entre les partisans nazis bien décidés à
prendre par la force le pouvoir et le gouvernement local. On assiste
alors à une bataille de rue sanglante, d'où Hitler
est évacué. Il sera arrêté deux jours
plus tard, puis jugé et emprisonné.
L'événement n'a rien d'exceptionnel, car en cette
fin d'année 1923 la décomposition de l'Allemagne
est très nette politiquement et surtout économiquement;
aussi, les tentatives de putsch sont fréquentes. Ce qui
importe finalement, pour les membres présents et à
venir, est de constater que le NSDAP est un mouvement d'action
qui ne se contente pas mollement de critiquer. En outre, Hitler
en sort grandi, il devient martyr d'une république impuissante.
Enfin, l'emprisonnement "doré" imposé
à Hitler lui permet de dicter la première partie
de Mein Kampf et d'engager, après réflexion,
son parti dans les voies démocratiques.
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