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La doctrine nazie
Un programme du parti nazi est élaboré
le 24 février 1920 :
"[
] 4. Seul peut être citoyen un frère de race [Volksgenosse]. Seul est frère de race celui qui est de sang allemand, sans considération de confession. Aucun Juif ne peut donc être un frère de race.
5. Qui n'est pas citoyen ne peut vivre en Allemagne que comme hôte et doit être soumis à la réglementation sur les étrangers.
6. Le droit de décider de la direction et des lois de l'Etat ne peut appartenir qu'à des citoyens. Nous demandons donc que toutes les fonctions officielles, de quelque nature qu'elles soient, aussi bien dans le Reich que dans les Länder et dans les communes, soient exercées uniquement par des citoyens. [
]
8. Toute nouvelle entrée de non Allemands doit être interdite. Nous demandons que tous les non Allemands entrés en Allemagne depuis le 2 août 1914 soient forcés de quitter immédiatement le Reich allemand." [1]
Ce texte, indique Hilberg, est la seule position écrite
du parti sur la question. Les autres écrits se réduisent
à peu près à Mein Kampf. Il est difficile
de parler de théorie, de doctrine ou d'idéologie
à propos des orientations de Hitler et du nazisme, dans
la mesure où les termes et concepts employés le
sont dans une acception particulière affirmée comme
un postulat: tout au plus peut-on indiquer quelles étaient
ces affirmations.
La "race" est déterminée par le "sang".
La "race allemande" est une race de "seigneurs".
Elle doit être préservée pure, et donc ne
pas être mêlée à des races "inférieures".
Le peuple allemand est le peuple supérieur: il a besoin
d'un "espace vital", qu'il peut conquérir, s'approprier,
contrôler et "purifier" par tous les moyens, son
intérêt étant la seule considération
qui détermine les choix et les actes, sans souci aucun
d'humanité ni de morale. Les deux plus grands dangers pour
la "race allemande", sur son sol, en Europe et dans
le monde, sont le judaïsme et le bolchevisme - qui en est
un avatar, de même que le christianisme.
L'idéal nazi, que l'on peut considérer comme son but ultime, est une domination totale d'un monde complètement débarrassé des "races inférieures", des religions et du bolchevisme, où parmi les "races aryennes" la "race allemande" ne connaisse aucune limite à son pouvoir.
Les "races" juive et tsigane sont parasites - au sens premier du terme. Le "parasitisme tsigane" est l'aspect "asocial" de son mode de vie. Le "parasitisme juif" est beaucoup plus dangereux car plus pernicieux : depuis des siècles, les Juifs mènent une "entreprise" visant à contrôler, asservir et dégrader tous les autres peuples, en particulier par le moyen de la finance.
Aucune de ces affirmations n'a la moindre rigueur scientifique
ou théorique, même s'il est fait appel à des
"spécialistes" pour les théoriser. Il
s'agit d'incantations exprimées de façon répétées,
tant dans Mein Kampf que dans les interventions
publiques de Hitler et de tous les dignitaires du nazisme, mais
aussi à l'école, comme autant d'incitations inouïes
à la haine, accompagnées de "prophéties",
tant sur l'espace vital que sur "l'extermination" (Vernichtung)
ou "l'éradication" des Juifs.
Ces prophéties et ces incantations ne sont pas réellement une doctrine, et ont d'abord une fonction de propagande, d'endoctrinement des foules. Elles représentent cependant la visée de Hitler, et dicteront, en fonction des événements internationaux et des conjonctures internes, les orientations de politique étrangère et la progression de diverses mesures (contre les opposants, les homosexuels, les Juifs, les Tsiganes, les handicapés et aliénés, les asociaux, etc.). Elles impliquent la négation de l'ensemble des valeurs occidentales.
"Mon professeur de latin, qui disait toujours "Salvete Discipuli", portait un uniforme des troupes d'assaut, l'uniforme brun. Le salut aussi avait changé, ce n'était plus "Salvete Discipuli" et "Salvete Magister" en retour, mais "Heil Hitler". Il est entré en lançant "Heil Hitler, élèves", et nous devions nous lever et répondre "Heil Hitler; professeur". Puis nous avons changé de programme pour intégrer cette Rassenkunde, la raciologie. C'était une matière principale. Nous étions supposés apprendre ce que c'est qu'un aryen, la race aryenne. En opposition à la race aryenne, c'était nous, les Juifs. Les élèves devaient apprendre les différences entre un pur aryen blond aux yeux bleus et un Juif." [2]
1. Cité par Raul Hilberg, La destruction des
Juifs d'Europe, Gallimard, collection Folio, volume 1, Paris,
page 35.
2. Frank S., in Joshua Greene et Shiva Kumar, Témoigner - Paroles de la Shoah, traduction Robert Macia, Flammarion, Paris, 2002, pages 43 et 44.
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