|
![]() |
|
________FICHE 16 |
Isolement
L'exclusion fut alors renforcée par des mesures visant à isoler les Juifs et les Tsiganes, notamment, du reste de la population. On discuta beaucoup, par exemple, pour savoir s'il fallait dans les trains réserver un wagon ou un compartiment pour les Juifs, ou bien ne les laisser monter dans les couloirs que lorsque tous les "aryens" auraient une place assise, ou bien encore leur interdire tout simplement ce mode de transport. Comme dans beaucoup de domaines, cette progression de la discrimination et des brimades fut plus rapide dans les territoires occupés qu'elle ne l'avait été en Allemagne - et c'est en Pologne qu'elle fut la plus accélérée et la plus brutale. Mais il ne suffit pas de prendre des mesures contraignant les Juifs et les Tsiganes : il fallut aussi en prendre à l'égard des Allemands et des habitants des territoires occupés. Ainsi, la défense aux Juifs d'acheter à des "aryens" dut être renforcée par l'interdiction - sanctionnée par amende, voire par prison ou camp de concentration - aux "aryens" de vendre aux Juifs. L'interdiction portait sur les aspects les plus divers de la vie quotidienne, y compris jusqu'à l'échange de paroles. Cet isolement était une préparation aux exactions qui allaient suivre. En Allemagne, il s'agissait d'habituer les Allemands à ne plus fréquenter les Juifs, à ne plus leur parler, à ne plus les voir : au moment où ils disparaîtraient finalement, la population pourrait quasiment ne pas s'en apercevoir. "Un déménageur [...] se trouve soudain en face de moi dans la Freiberger Strasse, me saisit la main dans ses deux patoches et chuchote, de telle sorte qu'on doit l'entendre de l'autre côté : "Allons, monsieur le professeur, surtout ne vous découragez pas! Ces sales types auront bientôt leur compte!" Cela se veut un réconfort, c'est en effet un baume pour le coeur; mais si, sur l'autre trottoir, cette réflexion tombe dans les oreilles de qui ne doit pas l'entendre, alors, cela coûtera la prison à mon consolateur et, à moi, la vie, via Auschwitz..." [1] 1. Victor Klemperer, LTI - La langue du IIIe Reich,
traduction d'Elisabeth Guillot, Albin Michel, Paris, 1999, page
219. |