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Réactions internationales
Avant le déclenchement de la guerre
Alors que les Juifs sont expressément poussés
à l'exil d'Allemagne, ils se trouvent confrontés
à des politiques le plus généralement restrictives.
La Pologne menace l'Allemagne d'y expulser les Juifs allemands
résidant sur son sol pour refuser les Juifs polonais vivant
en Allemagne. Les Etats-Unis refusent d'augmenter leurs quotas,
définis par pays d'origine. La Suisse obtient de l'Allemagne
que la mention "Juif" soit portée sur
les passeports des Juifs allemands. La France ouvre en 1938 un
camp pour "étrangers indésirables" où
des Juifs côtoient d'anciens combattants des brigades internationales
d'Espagne. La Grande-Bretagne ira même jusqu'à interner,
pendant la guerre, des Juifs en tant qu'originaires du pays ennemi.
L'Agence juive, organisation du mouvement sioniste, échange
avec l'Allemagne en 1933 de fortes importations de produits allemands
par le Yishouv (communauté des Juifs résidant en
Palestine) contre la possibilité pour 60'000 Juifs d'émigrer
en Palestine : cet accord est dénié par de nombreux
Juifs européens (dans ses Carnets, Adam Czerniaków
aura plus tard des mots très durs contre ceux qui obtiennent
des passeports), qui n'avaient pas conscience de la réalité
du danger. L'Angleterre, en charge d'un mandat de la Société
des Nations pour la Palestine, veut même contrer ces tentatives
de peuplement juif par un Livre blanc qui en 1939 limite drastiquement
le nombre autorisé de nouveaux immigrants en terre palestinienne.
En juillet 1938 se tient à Evian une conférence
internationale sur la question des réfugiés, qui
se révèle incapable de trouver une solution d'accueil,
et reconnaît même à l'Allemagne le droit de
traiter ses ressortissants comme elle l'entend.
A la veille de la guerre, la situation des Juifs est résumée
par une formule de Haïm Weizmann, citée par
Georges Bensoussan : "Le monde semble être divisé
en deux parties : les endroits où les Juifs ne peuvent
pas vivre et ceux où ils ne peuvent pas entrer."
Pendant la guerre et la destruction
8 août 1942 : "Reçu nouvelle alarmante
qu'au quartier général du Führer discussion
et examen d'un plan selon lequel après déportation
et concentration à l'Est tous les Juifs des pays occupés
ou contrôlés par l'Allemagne représentant
trois et demi à quatre millions de personnes doivent être
exterminés d'un seul coup pour résoudre définitivement
la question juive en Europe. Exécution prévue pour
l'automne méthodes à l'examen y compris l'acide
prussique. Transmettons information sous toutes réserves,
son exactitude ne pouvant être confirmée. Informateur
considéré comme ayant rapports étroits avec
les plus hautes autorités allemandes et comme communiquant
nouvelles en général fiables."
Gerhardt Riegner, représentant du Congrès
juif mondial en Suisse, a adressé ce message au Foreign
Office et au président du Congrès juif mondial.
En fait, à cette date, Treblinka avait déjà
englouti plus de 100'000 Juifs de Varsovie, Auschwitz fonctionnait
déjà...
Les Britanniques, interceptant des messages allemands, avaient
connaissance de massacres dès l'été 1941.
Les autorités françaises étaient informées
en novembre 1941 par leur ambassadeur en Roumanie.
Le représentant du Gouvernement polonais en exil, Jan
Karski, qui s'était rendu lors d'un voyage clandestin à
l'intérieur même du ghetto de Varsovie, en témoigna
à Londres et Washington dans l'indifférence.
Par deux fois les Britanniques refusèrent des offres
nazies d'échanges de Juifs : ainsi furent sacrifiés
60'000 Juifs alors réfugiés en Bulgarie et, en 1944,
près de 200'000 Juifs hongrois.
La Croix-Rouge fut informée très tôt et choisit
de ne pas dénoncer. L'Eglise catholique, forte en Pologne,
adopta une attitude proche de celle du pape Pie XII : l'indignation
est très fortement atténuée par l'antisémitisme,
et pour le pape par une nette germanophilie.
Pour résumer, le monde entier connaissait l'essentiel,
sinon le détail des modalités, dès 1941-1942.
En 1943-1944, des condamnations solennelles, des menaces
de sanctions judiciaires commencèrent à être
émises, alors que la plus grande partie des massacres étaient
déjà commis. La question du bombardement des camps
de destruction fut repoussée par les Américains
: elle aurait été la seule réponse militaire
possible. Plus que les Juifs d'Europe pris au piège, c'est
bien le reste du monde, Alliés, diaspora et Palestine,
qu'il conviendrait d'accuser de passivité.
Rudolf Vrba explique à Claude Lanzmann, dans
Shoah, qu'il comprit un jour que la Résistance,
à Auschwitz (et dans les camps de destruction), ne pouvait
pas se fixer le même objectif qu'à Dachau et dans
les camps de concentration, à savoir l'amélioration
des conditions de vie : "Si les besoins du camp étaient,
disons, de 30'000 prisonniers, et si 5'000 mouraient, ils étaient
remplacés par une force neuve, prélevée sur
les transports juifs. Et si 1'000 seulement mouraient, 1'000 étaient
remplacés. Et un plus grand nombre était gazé."
Il en tire la conclusion que la Résistance doit s'organiser
pour détruire la machinerie de meurtre de masse, même
si c'est suicidaire. Les Alliés ne tirèrent pas
cette conclusion : pour eux, dès 1943, la destruction des
Juifs d'Europe, bien qu'encore inachevée, était
déjà un fait acquis.
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