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La fin des camps
| Le discours nazi affirmait que la guerre avait été
fomentée par les Juifs, que c'était la guerre des
Juifs contre l'Allemagne : si cela avait été le
cas, ou si le sort des Juifs européens avait été
la cause de l'engagement des Alliés dans le conflit, il
est certain que les opérations militaires n'auraient pas
été menées de la même façon. |
La bataille de Stalingrad (février 1943) marque
le début de l'avance des troupes soviétiques et
la perte de territoires par le Reich. En se retirant, l'Allemagne
veilla à ne laisser aucune trace des exterminations de
masse. Or, dans les premiers temps (avant la construction des
fours crématoires), les cadavres avaient été
soit brûlés dans des fosses ou sur des bûchers,
soit enfouis dans d'immenses fosses (notamment lors des massacres
perpétrés par les Einsatzgruppen).
Himmler créa des unités spéciales, les
unités "1005", composées de déportés
essentiellement juifs (qui furent systématiquement liquidés
après l'accomplissement de leur tâche) et chargées
de déterrer les cadavres, de les brûler et de disperser
leurs cendres.
Corps déterrés par les unités "1005"
entre mars 1943 et janvier 1945 :
| Treblinka : |
840'000 |
| Belzec : |
600'000 |
| Chelmno : |
360'000 |
| Sobibór : |
250'000 |
| Ponary : |
58'000 |
| Babi Yar : |
33'771 |
| Plaszow : |
9'000 |
La destruction des camps
Il fallut aussi faire disparaître les traces des camps
d'extermination, par exemple :
Chelmno : destruction du château, jusqu'à
ses fondations, et plantation de gazon.
Belzec : destruction des chambres à gaz au
printemps 1943, plantation de pins.
Treblinka : dernières traces effacées,
archives brûlées, Sonderkommando fusillé
au 17 novembre 1943. Une ferme est créée et confiée
à un Ukrainien.
Sobibór : cessation d'activités fin
1943 et destructions.
Maïdanek, à Lublin, fut incomplètement
évacué.
Auschwitz-Birkenau fut le dernier à
fonctionner. En octobre 1944, une révolte aboutit à
l'incendie du four crématoire III. En novembre, Himmler
ordonna le démantèlement des chambres à gaz
et des fours : mais il était trop tard pour en dissimuler
les traces. Eliminer les traces, c'est aussi éliminer les
survivants : ce seront les marches et les trains "de la mort".
Marches et trains de la mort
Il s'agit d'une véritable entreprise systématique,
qui concerna tous les survivants, quelle que soit leur catégorie.
Désormais, chaque survivant savait, avait vu ou avait subi
: alors que la défaite était clairement inéluctable,
les responsables nazis savaient qu'ils allaient devoir rendre
des comptes. Devant cette perspective, dans une "logique"
toute nazie du règlement d'une "question" par
la mort de masse, ils entreprirent leurs derniers crimes contre
l'humanité.
22 juillet - 1er août 1944 :
De Maïdanek à Kielce à pied, puis train jusqu'à
Auschwitz, 1'200 au départ, 380 morts.
29 juillet - 1er août 1944 :
3'520 partent de Varsovie à pied jusqu'à Zychlin.
500 morts. Train de Zychlin à Dachau : 1'000 morts.
Août 1944 :
6'000 départs de Bor (Yougoslavie) à pied vers Györ
(Hongrie) : plusieurs milliers de morts.
2 - 8 novembre 1944 :
50'000 départs à pied de Budapest à Strasshof
: 10'000 morts.
Décembre 1944 :
3'500 départs à pied de Lieberose à Sachsenhausen
: 2'600 morts.
18 janvier 1945 :
Région d'Auschwitz 9'748 départs, 1'437 morts.
D'Auschwitz-Birkenau à Geppersdorf, 3'000 départs
à pied, 2'720 morts. 98'000 évacués en train
d'Auschwitz le 20 janvier 1945, 4'200 abattus sur place.
20 janvier 1945 :
De Danzig et Stutthof, au 27 janvier à Ravensbrück
et Sachsenhausen, 29'000 départs, 26'000 morts.
26 janvier 1945 - 11 mars 1945 :
De Neusalz à Flossenburg, 1'000 départs, 800 morts.
Mars - avril 1945 :
2'000 départs de Koszeg à Ebensee (nombre de morts
non connu).
19-25 avril 1945 :
Partent 17'000 femmes de Ravensbrück et 40'000 hommes de
Sachsenhausen : morts par milliers.
20 avril 1945 :
2'775 partent en train de Rehmsdorf à Marienbad : 1'000
morts. Les 1'775 survivants partent à pied à Theresienstadt
: 1'200 morts.
La dernière marche eut lieu du 1er au 5 mai 1945, de
Mauthausen à Gunskircher (effectifs non connus). [1]
L'implantation des camps, les transferts successifs - malgré
les trains et marches de la mort, il restait des survivants -
firent que les derniers camps furent libérés très
tard : il semble que la conduite des opérations militaires
(enrôlement d'enfants et de vieillards) et la défense
acharnée de certains fronts aient eu pour motifs la volonté
de parachever l'extermination, et peut-être aussi un acharnement
sacrificiel sur le peuple allemand lui-même, qui n'avait
pas permis à Hitler d'achever son dessein.
Maïdanek fut libéré le 23 juillet
1944, Auschwitz le 27 janvier 1945, Buchenwald le
1er avril, Dachau le 29 avril, Mauthausen le 5 mai,
et enfin Theresienstadt le 9 mai.
Les déportés, Juifs et non Juifs, n'étaient
cependant pas sauvés par cette libération. Un grand
nombre succombèrent encore, du fait des épidémies,
des conséquences des privations et mauvais traitements.
Au total, de la libération à la mi-1947, 1'000
Juifs furent assassinés en Pologne, et 100'000 s'enfuirent.
1. Source : Sir Martin Gilbert, Atlas de la Shoah,
Editions de l'Aube, La Tour-d'Aigues, 1987.
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