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Le nombre des morts
Les victimes juives
Il ne peut s'agir que d'estimations, un certain nombre d'assassinats
isolés ou non étant restés inconnus. Les
deux sources principales, parmi les plus fiables, sont celles
de Raul Hilberg et Sir Martin Gilbert, qui s'appuient
au maximum sur des documents originaux et les recoupent, préférant
donner des chiffres probablement inférieurs à la
réalité plutôt que des estimations aléatoires.
Raul Hilberg, dont l'estimation totale est de 5'100'000
Juifs tués, a recoupé les estimations avec des analyses
d'évolution naturelle. Sir Martin Gilbert indique
que son estimation, 5'750'000, est inférieure à
la réalité : "Bilan minimum, disions-nous.
Un exemple : à l'automne 1941, des milliers de très
jeunes enfants et bébés furent exterminés
par les Einsatzgruppen avant même que leur
naissance n'ait été enregistrée. Des milliers
d'individus, spécialement dans les villages reculés
de Pologne, furent "ajoutés" aux convois de déportation
de grandes localités, sans jamais avoir été
recensés." Il ajoute qu'un certain nombre de communautés
abritant jusqu'à mille Juifs en 1939 avaient disparu en
1945 sans qu'on sache ce qu'elles sont devenues.
Ces deux estimations font preuve d'une très grande rigueur,
les auteurs n'utilisant que des sources avérées,
et se trouvent ainsi obligatoirement en dessous de la réalité.
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Hilbert |
Gilbert |
| Pologne |
jusqu'à 3'000'000 |
3'000'000 |
| URSS |
plus de 700'000 |
1'000'000 |
| Roumanie (avec Bessarabie, Bucovine, Nord-Transylvanie) |
270'000 |
469'632 |
| Tchécoslovaquie (y compris Ruthénie) |
260'000 |
277'000 |
| Hongrie |
plus de 180'000 |
200'000 |
| Lituanie (y compris Memel) |
jusqu'à 130'000 |
143'000 |
| Allemagne |
plus de 120'000 |
160'000 |
| Pays-Bas |
plus de 100'000 |
106'000 |
| France |
75'000 |
83'000 |
| Lettonie |
70'000 |
80'000 |
| Yougoslavie (y compris Macédoine) |
60'000 |
67'122 |
| Grèce (y compris Tharce, Crète, Kos) |
60'000 |
69'701 |
| Autriche |
plus de 50'000 |
65'000 |
| Belgique |
24'000 |
28'518 |
| Italie et Rhodes |
9'000 |
9'700 |
| Estonie |
2'000 |
1'000 |
| Norvège |
moins de 1'000 |
728 |
| Luxembourg |
moins de 1'000 |
700 |
| Dantzig |
moins de 1'000 |
1'000 |
| Albanie |
- |
200 |
| Finlande |
- |
11 |
Le Musée juif de Vilnius, capitale de la Lituanie,
indique les recensements de la population juive de la ville (relevé
par l'auteur) :
| 1897 : |
63'841 |
| 1914 : |
98'700 |
| 1928 : |
56'186 |
| 1933 : |
58'500 |
| 1939 : |
60'000 |
| septembre 1941 : |
40'000 |
| octobre 1941 : |
25'300 |
| avril 1942 : |
18'500 |
| avril 1943 : |
20'192 |
| décembre 1944 : |
800 |
Cela ne mesure pas directement le nombre de victimes : quelques Juifs ont pu s'enfuir, et il y eut des morts naturelles - mais aussi des naissances. L'augmentation entre 1942 et 1943 provient d'un afflux de réfugiés de la campagne :
"Les groupes d'extermination étaient puissamment
armés et jouissaient d'un soutien non négligeable
au sein de la population locale. Les Juifs, désarmés,
étaient en butte à une paysannerie extrêmement
hostile, qui n'hésita pas, en maintes occasions, à
les attaquer, avant même l'arrivée des Einsatzgruppen.
En certains endroits, ces pogroms improvisés prirent
une telle ampleur qu'ils forcèrent les SS à intervenir,
afin de pouvoir les organiser sur une base systématique
et selon les plans prévus. [...] La plupart des Juifs qui
parvinrent à s'échapper des fosses de Ponary tombèrent
sous les balles d'une unité spéciale composée
d'Allemands et de Lituaniens." [1]
On peut classer les décès en trois grandes
catégories (source : Hilberg) :
privations et conditions de vie en ghettos ont entraîné plus de 800'000 morts (dont plus de 600'000 dans les ghettos d'Europe de l'Est);
fusillades à ciel ouvert : plus de 1'300'000;
camps : 3'000'000, dont 90% dans les camps de la mort, et 1'000'000 dans le seul Auschwitz.
H. Langbein, dans Hommes et femmes à Auschwitz,
à propos du bilan d'Auschwitz-Birkenau, donne les indications suivantes :
internés enregistrés : 405'000 (ceux qui échappaient à la première sélection et étaient notés en registre, et tatoués);
19 janvier 1945 : l'Armée rouge dénombre 7'650 personnes encore vivantes;
le 6 février 1945, il n'en reste plus que 4'880 (Croix-Rouge). Combien moururent dans les jours ou semaines qui suivirent ?
membres des Sonderkommandos non enregistrés
(non tatoués) : nombre inconnu - étant donné
leur "renouvellement" régulier, plusieurs milliers;
déportés non internés, c'est-à-dire gazés à leur arrivée :
"Seul le service des entrées au bureau politique
conservait les doubles des rapports envoyés à Berlin
et qui auraient permis de déduire l'importance des sélections
sur la rampe. La SS détruisit ces documents quand l'évacuation
du camp dut être envisagée, mais Kaziemierz Smolen
et Erwin Bartel, employés dans ce service, avaient fait
auparavant des calculs se situant entre trois et quatre millions."
[2]
Les différents Allemands interrogés immédiatement
après la guerre donnaient des estimations allant de deux
à cinq millions, pour le seul camp d'Auschwitz-Birkenau.
Les autres victimes
Les estimations du nombre de victimes tsiganes ne sont pas
inférieures à 200'000. Sir Martin Gilbert indique
220'000, et certains auteurs vont jusqu'à 500'000, incluant
sans doute des décès dus à des bombardements
ou opérations militaires non spécifiquement génocidaires.
Deux mille nourrissons et soixante-dix mille adultes allemands
souffrant de handicap mental ou physique, ainsi que plusieurs
centaines de milliers dans les territoires occupés, furent
"libérés" d'une "vie qui ne méritait
pas d'être vécue".
Les homosexuels n'ont pas fait l'objet de mesures précises,
et de divers témoignages on ne peut qu'extrapoler qu'ils
furent plusieurs dizaines de milliers.
Les témoins de Jéhovah connurent entre 2'000
et 5'000 victimes, essentiellement des Allemands, alors qu'on
évalue à 10'000 le nombre des Bibelforscher
en 1933 en Allemagne.
C'est par centaines de milliers qu'il faut chiffrer le nombre
d'opposants de toutes convictions, et parmi eux de nombreux républicains
espagnols que la France avait internés en camps, et en
millions le nombre de Soviétiques, si l'on comptabilise
les victimes des opérations mobiles de tuerie et les prisonniers
de guerre transférés en camps de destruction et
gazés. Parmi ces Soviétiques figurèrent essentiellement
des Russes. Les Polonais, considérés comme "inférieurs"
et destinés à devenir un peuple au service des Allemands,
furent également fortement touchés, en particulier
l'élite intellectuelle, dont la survie aurait pu démentir
cette théorie de l'infériorité.
1. Sir Martin Gilbert, Atlas de la Shoah, Editions
de l'Aube, La Tour-d'Aigues, pages 76 et 77.
2. H. Langbein, Hommes et femmes à Auschwitz,
Editions Fayard, Paris, 1975.
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