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Le génocide des Juifs





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1944 – 2002 / MEMOIRE : DES ELEVES GENEVOIS A IZIEU
__Les retrouvailles des enfants de la Maison d’Izieu
par Charles Heimberg


6 avril 1944. Dans la maison d'Izieu (sud de l'Ain, France), 44 enfants juifs et sept adultes sont raflés par les services de Klaus Barbie. Tous les enfants seront déportés et exterminés, aucun ne survivra.

31 mai, 1er et 2 juin 2002. Au Mémorial de la maison des enfants d'Izieu, une bonne douzaine d'enfants survivants se sont retrouvés, venus pour certains des quatre coins du monde. En tout, 105 enfants avaient en effet passé quelque temps dans la maison, entre 1943 et 1944. Et 61 d'entre eux étaient déjà repartis le 6 avril 1944.

A l'occasion de ces retrouvailles, des témoins ont pu rencontrer des historiens, ce qui a notamment permis d'enregistrer des souvenirs et de travailler collectivement sur des documents, surtout des photographies de l'époque. Il fallait donner une identité à tous ces visages innocents, avec la peur - l'immense peur, a-t-il été souligné - de ne pas parvenir à tous les reconnaître, de devoir laisser un visage ou l'autre dans l'anonymat. Le croisement des représentations que se faisaient les témoins avec les documents, tout comme celui des mémoires personnelles de chacun, ont permis de mettre de l'ordre dans les souvenirs et d'attribuer une légende aux images. C'est tout l'intérêt du travail de mémoire.

Le dimanche après-midi, sous un soleil de plomb, des historiens ont rappelé l'histoire de ces enfants survivants. Et celle des organisations de secours aux enfants juifs. Simon Pintel, lui-même fils d'un enfant d'Izieu, a raconté comment il avait inventorié les documents que Sabine Zlatin, ancienne responsable de la Maison d'Izieu, avait réussi à récupérer en toute hâte quelques semaines après la rafle. Bertrand Poirot-Delpech, qui préside l'association de la Maison d'Izieu, a de son côté rappelé toute l'importance du travail des enseignants, ces "passeurs", ces "multiplicateurs", pour le travail de mémoire. Plusieurs enfants d'Izieu sont allés dans le même sens. Notamment parce qu'ils sont conscients de vivre une période charnière, située entre un long silence et leur inéluctable disparition.

"On a tout de suite voulu se fondre dans la normalité française - déclara par exemple l'une des survivantes. On n'a eu ni enfance, ni adolescence. On n'a jamais parlé entre nous de ce qui s'était passé. On a occulté pour oublier et passer à la vie normale. Raconter ? Pourquoi ? Personne ne nous écoutait. On a donc vécu comme tout le monde. Et ce n'est que ces quinze dernières années que l'on a commencé à parler".

La force du souvenir et de son expression était impressionnante. Pour un autre rescapé, "il faut se rappeler la douleur de ceux qui nous ont abandonné pour qu'on vive. On n'en parle pas assez ". Certains ont dit leur difficulté à transmettre cet héritage à leurs enfants. Ils sont à disposition pour leur en parler s'ils le souhaitent, mais ils ne veulent pas s'imposer. En outre, des actes de solidarité ont été rappelés. Un gendarme, par exemple, était venu discrètement conseiller à un garçon un peu plus grand que les autres, et ainsi repéré, de partir sur-le-champ. Une famille catholique de la région avait accueilli la plus jeune des enfants d'Izieu. Tous les deux, le "grand garçon" et la "toute petite", étaient là, en 2002, pour témoigner.

Quelques semaines auparavant, des classes du Cycle d'orientation, de la Florence et du Foron, avaient visité la Maison d'Izieu et rencontré des témoins. Déjà, les portraits et les dessins des enfants étaient émouvants. Mais le contact direct avec une victime de la déportation allait l'être bien davantage encore. L'une d'entre elles, qui fut arrêtée à Albertville et passa plus d'un an à Auschwitz, raconta à juste titre qu'on lui en voulait pour son origine juive, pour son sang, alors qu'elle n'était pas pratiquante. Elle raconta aussi l'humiliation, les comptages répétés, la soupe sans cuillère. Et combien elle fut mal comprise à son retour.

Le travail de mémoire est indispensable, et l'école a un grand rôle à jouer dans ce domaine. Les expériences effectuées à la Maison d'Izieu nous montrent par ailleurs qu'il est bien plus efficace lorsqu'il se développe dans un lieu particulier, en contact avec des témoins. La région genevoise n'a fort heureusement pas été le théâtre de drames aussi atroces que celui d'Izieu. Mais un lieu consacré à la mémoire peut aussi évoquer des faits inscrits dans un espace plus large. D'où l'appel qui vient d'être lancé par des enseignants genevois en faveur de la création, [à Genève], d'une Maison de la mémoire qui serait destinée aux élèves, à leurs enseignants et au public.

Charles Heimberg, historien et enseignant à Genève. Article paru dans Le Courrier, Genève, 2002.
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