NATIONS UNIES, AVRIL 2006 / LE RAPPORT 2006 DU HAUT COMMISSARIAT POUR LES REFUGIES
__La multiplication des guerres civiles a conduit à une augmentation du nombre de personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays
Alors que le nombre de réfugiés dans le monde
est tombé à son plus bas niveau depuis 25 ans -
9,2 millions -, l'agence des Nations unies pour les réfugiés
s'inquiète, dans un rapport publié le 19
avril 2006, à Londres, de la hausse du nombre de déplacés
"internes" - 25 millions -, nouveau défi pour
la communauté internationale. Le rapport critique les "restrictions
de plus en plus sévères" au droit d'asile imposées
par les pays riches.
Intitulé "Les réfugiés dans le monde
: les déplacements humains au nouveau millénaire",
le rapport du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés
(HCR) souligne la nouvelle dynamique internationale des déplacements
de populations et les nouveaux défis qui attendent la communauté
internationale. Il dénonce "l'intolérance grandissante"
des pays d'accueil et la confusion de plus en plus généralisée
entre "migrants et réfugiés".
Les 9,2 millions de demandeurs d'asile dans le monde sont toujours
"décrits [...] comme des migrants illégaux,
des terroristes potentiels et des criminels, ou, au mieux, comme
des fraudeurs", souligne le rapport.
Le HCR dénonce "la situation désespérée
de dizaines de millions de déplacés "internes",
la confusion très répandue entre migrants et réfugiés
et l'intolérance grandissante face aux demandeurs d'asile"
"Un phénomène, constate le rapport, alimenté
par des politiques faisant appel aux sentiments xénophobes"
des électeurs.
Selon Antonio Guterres, le haut commissaire des Nations
unies pour les réfugiés, le principal obstacle pour
les candidats à l'asile est l'égoïsme des pays
riches "et le nombre croissant de mesures restrictives adoptées
pour limiter l'accès à l'asile". "Le danger
dans le contexte international actuel est par exemple que les
Etats utilisent la question du terrorisme pour légitimer
l'introduction de pratiques restrictives en matière d'asile,
un processus qui a commencé bien avant les événements
du 11 septembre 2001", plaide le rapport du HCR.
Si la baisse des conflits entre les Etats a entraîné
une diminution du nombre de personnes franchissant les frontières
entre pays, la multiplication des guerres civiles a conduit
à une augmentation du nombre de personnes déplacées
à l'intérieur de leur propre pays, précise-t-il
dans la préface du rapport.
"Les personnes qui avant cherchaient la sécurité
dans les pays voisins sont maintenant contraintes de rester dans
leur propre pays, dans des conditions semblables à celles
des réfugiés", souligne Antonio Guterres, qui
estime que le problème des déplacements "interne"
de population est "le plus grand échec"
de la communauté internationale dans le domaine de l'action
humanitaire.
Le nouveau rôle de l'agence des Nations unies pour
les réfugiés qui a décidé d'étendre
son action aux déplacés "internes" est
donc "crucial", fait-il observer.
[Le nombre de réfugiés a considérablement
baissé, passant de près de 18 millions en 1992 à
9,2 millions en 2004, grâce notamment à la réduction
du nombre de conflits armés. Cette forte baisse s'explique
notamment par le retour au pays de millions de réfugiés
afghans - 4 millions - et de centaines de milliers de réfugiés
en Angola, au Sierra Leone, au Burundi et
au Libéria. Les conflits en cours en République démocratique du Congo et au Soudan expliquent en partie la forte hausse du nombre de déplacés "internes" - 7,5 millions pour les deux pays. Le HCR relève cependant que 5,7 millions des réfugiés sont figés dans cette situation depuis plus de cinq ans.
Le HCR souligne la partie cachée de l'iceberg : les
20 à 25 millions de "déplacés
internes" contraints de fuir leurs domiciles, poussés
par la guerre, la misère ou les catastrophes environnementales,
mais hors des statistiques des réfugiés car ils
n'ont pas franchi de frontières internationales.]
Source : Haut Commissariat pour les réfugiés,
Genève, avril 2006.