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La violation des droits de l'homme dans le monde
 

 LES VIOLATIONS 

Les rapports


Le Rapport annuel 2001 d’Amnesty International

__L’organisation de défense des droits de l’homme dénonce les effets de la mondialisation
Amnesty recense des atteintes aux droits humains commises dans 149 pays


Rapport 2001A l'heure où aucun Etat-nation n'échappe à la mondialisation et où celle-ci fait de la pauvreté une question essentielle sur le plan des droits humains, il importe de trouver un moyen d'obliger les Etats à rendre compte de leurs agissements, estime Amnesty International (AI) dans son Rapport annuel 2001 - rapport qui recense aussi les atteintes aux droits de l'homme dans 149 pays.

Soulignant qu'elle est confrontée au défi de la mondialisation en matière de droits humains, l'organisation de défense des droits de l'homme a décidé d'élargir son action en ne la limitant plus à la défense des seuls droits civils et politiques.

Amnesty, a souligné le secrétaire général d'Amnesty, le Sénégalais Pierre Sané [auquel succédera en août [2001] la Bangladaise Irène Khan.] "s'efforce désormais d'agir plus directement en faveur "des droits économiques, sociaux et culturels", ses objectifs "ne devront plus se limiter à la défense des seuls droits civils et politiques, mais porter sur l'ensemble des droits fondamentaux de la personne humaine".

"La mondialisation, c'est-à-dire l'expansion de l'économie de marché et des nouvelles technologies, a-t-il rappelé, a permis une croissance économique considérable, mais elle s'est également traduite par un endettement, un appauvrissement et un accroissement des inégalités". Dans plus de 80 pays, , le revenu par habitant était inférieur en 2000 à ce qu'il était en 1990, et "au moins 1,3 milliard d'êtres humains tentent de survivre avec moins d'un dollar par jour".

Les gouvernements doivent assumer leurs obligations relatives aux droits de l'homme

De nombreux Etats prétendent avoir été contraints à adopter des politiques économiques qui remettent en cause les droits sociaux, économiques et culturels. Pour Amnesty, les gouvernements ne peuvent se dédouaner face à la mondialisation alors qu'ils ont le pouvoir de défendre leurs citoyens contre l'action arbitraire des sociétés multinationales ou les pressions des institutions financières intergouvernementales.Up

"Les gouvernements discourent sur les droits de l'homme, mais ils sont peu nombreux à respecter leurs engagements, relève l'organisation. "Il y a beaucoup de choses que les gouvernements peuvent et se doivent de faire : veiller à la protection des travailleurs contre les pires formes d'exploitation; lutter contre l'impunité, ce poison qui permet le développement, la poursuite et la réapparition des violations des droits de l'homme; cesser de s'en prendre aux militants des droits de l'homme; assumer, et c'est leur devoir, leurs obligations relatives à ces droits".

L'action d'Amnesy dans les milieux économiques internationaux

Le défi en matière de droits de l'homme, qui est lié à la mondialisation, a incité Amnesty à élargir son action en encourageant le respect des droits de l'homme dans les milieux économiques, en plaçant les sociétés et les institutions financières internationales face à leurs responsabilités et en appelant les entreprises à s'engager en faveur de la défense de ces droits, en particulier celles qui sont présentes dans les pays où les violations de ces droits sont une pratique très fréquente.

En 2000, l'organisation internationale a exercé des pressions énergiques sur les sociétés qui produisent ou vendent des diamants à l'échelle internationale, afin qu'elles prennent des mesures efficaces pour élaborer un système inviolable visant à empêcher que les diamants provenant des zones de conflit en Sierra Leone n'arrivent sur les marchés internationaux. Les militants d'Amnesty ont fait campagne devant des bijouteries aux Etats-Unis et entamé des discussions avec le Conseil supérieur du diamant, situé à Anvers, et avec le groupe De Beers. Amnesty a également exhorté publiquement les compagnies pétrolières présentes au Soudan à évoquer des préoccupations relatives aux droits de l'homme avec les autorités de ce pays et à adopter des mesures pour protéger ces droits dans leur sphère d'activités.

Les violations des droits de l'homme dans le monde

Ce qui ressort du Rapport annuel 2001 d'Amnesty International, c'est l'image d'un monde où les atteintes aux droits de l'homme, dans au moins 149 pays et territoires, ne sont pas commises uniquement par des responsables gouvernementaux ou des représentants de l'Etat, mais aussi, souvent, par des proches de la victime, des gens de la même communauté ou encore des employeurs, des personnes contre lesquelles les autorités ne prennent aucune mesure. Des groupes d'opposition armés et des groupes paramilitaires commettent eux aussi, quotidiennement, des atteintes à ces droits.Up

Amnesty a mené campagne notamment contre la torture et les atteintes aux droits de l'homme en Algérie, Bélarus, Russie, Haïti, Inde, Indonésie, République démocratique du Congo et au Soudan. Elle a recensé des exécutions extrajudiciaires dans 61 pays, des exécutions judiciaires dans 28 pays, des prisonniers d'opinion dans au moins 63 pays, des "disparitions" dans 30 pays et des cas de torture et d'autres mauvais traitements dans 125 pays ou territoires. L'organisation estime néanmoins que tous ces chiffres sont bien en deçà de la réalité.

De l'Afrique à l'Europe

Certains drames ont frappé les esprits, tandis que d'autres sont passés quasiment inaperçus. En Afrique, des conflits armés inter-ethniques ont conduit à de graves exactions. Dans plusieurs pays, au Burundi ["où la population civile continue de payer le prix de la guerre civile"], en Guinée, au Liberia, au Congo [où la poursuite du conflit armé "a servi de prétexte" pour justifier la répression des dissidents non violents], en Sierra Leone et au Soudan, la guerre a provoqué la mort de très nombreux civils et a donné lieu à un nombre considérable de viols, d'actes de torture, de "disparitions", ainsi que des déplacements massifs de populations.

En Amérique latine, la situation est préoccupante dans de nombreux pays. En Colombie, plus de 4.000 personnes ont été victimes d'homicides à caractère politique, plus de 300 ont "disparu", et quelque 300.000 ont été déplacés à l'intérieur du pays.

Aux Etats-Unis, Amnesty dénonce l'application de la peine de mort ainsi que les violences policières et les conditions de détention dans les prisons. L'organisation, qui note "le manque d'équité et de crédibilité du système judiciaire dans le domaine de la peine de mort", rappelle les dénonciations, par le Comité contre la torture des Nations unies, des mauvais traitements "infligés par des policiers et des gardiens de prison souvent mus par des préjugés racistes" et des "violences sexuelles infligées par des gardiens à des détenues".Up

En Asie, l'intolérance à l'égard des groupes minoritaires religieux ou ethniques s'est traduite par de graves atteintes aux droits de l'homme, particulièrement en Chine [où l'on observe un "regain de la répression des libertés fondamentales"], en Indonésie et aux Philippines.

Au Proche-Orient, Amnesty dénonce les atteintes aux droits de l'homme liées au conflit israélo-palestinien. L'organisation critique Israël pour son recours "excessif à la force" durant l'Intifada, l'accusant notamment d'avoir utilisé des armes lourds pour tirer "aveuglément" sur des zones palestiniennes. En Irak, l'organisation déplore la poursuite des attaques aériennes américaines sur la population civile.

En Europe, Amnesty dénonce de nombreux cas de mauvais traitements, d'injures racistes - et parfois même de torture comme en Turquie - par la police. Ils sont fréquents en Bosnie, en Slovaquie, en Bulgarie, mais il y en a aussi dans des pays d'Europe occidentale. L'organisation épingle la France où "l'impunité de fait accordée par certains tribunaux à des officiers de police, notamment pour des cas de décès en détention, continue de susciter l'inquiétude". En ce qui concerne la Suisse, Amnesty consacre la majeure partie de ses critiques aux procédures de renvoi sous la contrainte de ressortissants étrangers. "Selon certaines allégations, des policiers auraient brutalisé, menacé de mort et insulté par des propos racistes des ressortissants étrangers qui résistaient à leur expulsion forcée aux aéroports de Kloten [Zurich] et de Genève".

Amnesty : nous pouvons faire bouger les choses dans la bonne direction

Par ailleurs, Amnesty révèle que le commerce international des matraques électriques à haute tension, des boucliers à électrochocs, des pistolets incapacitants à aiguillons et des ceintures incapacitantes s'est développé tout au long des années 90. Au cours des deux dernières années, plus de 150 sociétés implantées dans 22 pays ont fabriqué ou commercialisé des armes envoyant des décharges électriques. L'organisation demande que soient interdits les équipements de police ou de sécurité dont l'utilisation est cruelle, inhumaine ou dégradante.

En conclusion, Amnesty note que "les forces à l'oeuvre contre le mouvement de défense des droits humains sont peut-être considérables, mais [que] l'indignation face à l'injustice, cette même indignation qui avait abouti à la naissance d'Amnesty International il y a quarante ans, continue de motiver des millions de personnes déterminées à construire un monde meilleur et à demander des comptes aux gouvernements : si le monde idéal n'est pas à portée de main, nous pouvons au moins faire bouger les choses dans la bonne direction."

Source: Amnesty International France et presse internationale, mai 2001.Up