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La violation des droits de l'homme dans le monde


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MAI 2004 / LA SITUATION DES DROITS DE L’HOMME DANS LE MONDE
__Amnesty International : les gouvernements n'agissent plus dans une perspective morale et sacrifient les valeurs universelles sur l'autel de la sécurité

  Lu dans la presse

Rapport 2004Guerre en Irak, crise de légitimité des Nations unies, violations flagrantes des droits fondamentaux dans certains Etats, impunité Amnesty International a présenté, le 26 mai 2004, à Londres, son rapport annuel qui détaille la situation des droits de l'homme dans 155 pays et territoires pour l'année 2003 et donne une vue d'ensemble de l'évolution de cette situation par région.

Le rapport 2003 rappelle les thèmes prioritaires de l'action d'Amnesty International - violence contre les femmes, droits sociaux, économiques et culturels, justice, protection des réfugiés et des migrants - et célèbre les progrès réalisés par les militants dans ces domaines et dans d'autres.

L'année 2003 a lancé bien des défis au mouvement international de défense des droits humains. Au nom de la "guerre contre le terrorisme", les normes internationales en matière de droits de l'homme ont continué d'être bafouées, relève l'organisation de défense des droits de l'homme qui dénonce le fait que des milliers d'hommes et de femmes ont subi des détentions illégales, des procès inéquitables ou des tortures, bien souvent pour leurs seules convictions religieuses ou leur appartenance ethnique.

Dans le monde entier, plus d'un milliard de personnes ont vu leur vie dévastée par la pauvreté et l'injustice sociale, tandis que les gouvernements continuaient d'investir sans restriction dans les programmes d'armement, assure Amnesty.

AMNESTY Guerre contre les valeurs universelles : les offensives des groupes armés et des Etats entretiennent la méfiance, la peur et la division

Logo Amnesty Des Etats et des groupes armés mènent une guerre contre les valeurs universelles et battent en brèche les droits fondamentaux de citoyens ordinaires, déclare Amnesty International, à l'occasion de la sortie du rapport annuel de l'organisation, qui fait le bilan de la situation des de l'homme dans le monde entier.Up

Sous les feux croisés des violences perpétrées par les groupes armés et des violations croissantes commises par les États, les droits humains et le droit international humanitaire ont subi en 2003 les attaques les plus systématiques depuis un demi-siècle, déclare Amnesty International lors du lancement de son Rapport 2004, soulignant que cette situation était à l'origine d'un monde où la méfiance, la peur et la division gagnent chaque jour du terrain.

Irene Khan"Les attaques criminelles, cruelles et implacables menées par des groupes armés comme Al Qaïda mettent très concrètement en péril la sécurité de personnes dans le monde entier. Nous condamnons avec la plus grande énergie ces actes, qui sont des crimes graves en vertu du droit international et des législations des Etats et constituent dans certains cas des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité ", souligne Irene Khan, la secrétaire générale de l'organisation.

Amnesty International se déclare indignée par les atrocités commises par des groupes armés, comme les attentats perpétrés le 11 mars 2004 à Madrid ou celui qui, le 19 août 2003, a visé les locaux des Nations unies en Irak et au cours duquel le haut-commissaire aux droits de l'homme, Sergio Vieira de Mello, a été tué.

L'organisation indique que les attaques violentes contre les civils et contre les institutions chargées de trouver des solutions aux conflits et à l'insécurité, telles que les Nations unies et le Comité international de la Croix-Rouge, constituaient une menace nouvelle et bien réelle pour la justice internationale.

"Mais il est tout aussi effrayant de voir de puissants Etats laisser de côté, saper ou faire voler en éclats les principes du droit international et les instruments de l'action multilatérale susceptibles de nous protéger contre ces attaques", dénonce Irene Khan. Les gouvernements n'agissent plus dans une perspective morale et sacrifient les valeurs universelles sur l'autel de la sécurité. Ces erreurs au plus haut niveau constituent un dangereux renoncement devant le terrorisme imputable aux groupes armés.

"Les visées sécuritaires mondiales du gouvernement des Etats-Unis se révèlent dépourvues de principes ou de clairvoyance. En se rendant coupable de violations des droits humains sur son territoire, en fermant les yeux sur les atteintes commises à l'étranger et en recourant sans restriction à des frappes militaires préventives, ce gouvernement porte atteinte à la justice et à la liberté et rend le monde encore moins sûr".Up

Le rapport recense un certain nombre d'homicides illégaux de civils commis par les troupes de la coalition et par des groupes armés en Irak. Dans ce pays, mais aussi sur la base américaine de Guantánamo Bay (Cuba), en Afghanistan et ailleurs, des centaines de personnes ont été emprisonnées par les Etats-Unis et leurs alliés. Vulnérables, comme en témoignent les informations faisant état d'actes de torture et de mauvais traitements, elles sont détenues sans inculpation ni jugement, ne sont pas autorisées à consulter un avocat et ne bénéficient pas de la protection des Conventions de Genève.

"En refusant de protéger les droits fondamentaux de coupables présumés, les gouvernements portent atteinte aux droits d'innocents et nous mettent tous en danger".

La "guerre contre le terrorisme" et la guerre en Irak ont suscité une nouvelle vague d'atteintes aux droits humains et détourné l'attention de situations préexistantes. Le Rapport 2004 contient des informations sur les conflits persistants qui, en Colombie, au Népal, en République démocratique du Congo, au Soudan, en Tchétchénie et dans d'autres pays, donnent lieu aux pires atrocités, et ce loin de l'attention de la communauté internationale. La violence en Israël et dans les Territoires occupés s'est aggravée, tandis que dans d'autres Etats, les autorités jouent ouvertement la carte de la répression.

"Obnubilés par la menace représentée par l'éventuelle présence d'armement de destruction massive en Irak, les Etats ne se sont pas préoccupés des véritables armes de destruction massive que sont l'injustice et l'impunité, la pauvreté, la discrimination et le racisme, le commerce non réglementé d'armes légères, la violence contre les femmes et contre les enfants", souligne Irene Khan.

"Le monde a grand besoin de dirigeants guidés par le sens moral et s'appuyant sur les valeurs universelles des droits humains".

Tout en mettant en évidence les atteintes aux droits humains et l'impunité, ainsi que l'hypocrisie et le double langage, Amnesty souligne le rôle grandissant de la société civile, qui peut renverser le cours des choses au bénéfice du respect des droits humains.

Les millions de personnes qui, à travers le monde, sont descendues dans la rue en signe de solidarité avec le peuple irakien, les Espagnols qui ont défilé au nom du respect des principes d'humanité après les attentats de Madrid, et les citoyens du monde qui se sont rassemblés au Brésil pour le Forum social mondial témoignent de l'existence d'un mouvement en faveur de la justice au niveau de la planète.

Irene Khan : "Il faut que les gouvernements nous entendent. Dans ces temps d'incertitude, le monde doit non seulement lutter contre les menaces planétaires, mais également pour la justice planétaire".

Malgré la croisade menée par les Etats-Unis pour affaiblir la justice internationale et obtenir l'immunité universelle de ses ressortissants, la Cour pénale internationale a nommé son procureur et s'est mise sérieusement au travail. Lentement, mais sûrement, les tribunaux des Etats-Unis et du Royaume-Uni commencent à se pencher sur les manœuvres des pouvoirs publics visant à restreindre les droits fondamentaux.

"Il faut compter avec les droits humains, parce qu'ils offrent une véritable conception d'un monde meilleur et plus juste, et qu'ils forment la base d'un programme concret permettant de construire un tel monde. La meilleure voie pour parvenir à la paix et à la sécurité passe par ces valeurs universelles de justice", conclu Irene Khan [Communiqué Amnesty International, 26 mai 2004].

Source : Amnesty International, Londres, mai 2004.
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